Notes pour une allocution du ministre d’État des Affaires étrangères (Amériques), l'honorable Peter Kent, devant le Conseil canadien pour les Amériques

Le 6 février 2009
Toronto (Ontario)

Sous réserve de modifications

Je suis heureux d'être ici aujourd'hui pour vous parler de l'importance que le Canada accorde aux Amériques.

Cependant, je dois dire que je suis très conscient de l’énorme quantité de savoir-faire réuni dans cette pièce.

Individuellement et collectivement, vous témoignez du courant d’énergie et d'optimisme qui circule entre le Canada et nos partenaires en Amérique latine et dans les Caraïbes.

Votre organisme — et le milieu des affaires que vous représentez dans son ensemble — ont été au cœur de cet engagement dès le début.

Grâce au leadership de gens comme M. Ken Frankel [président du conseil] et aux efforts des anciens et des actuels membres dévoués du conseil, nous avons observé un dynamisme renouvelé au sein de la section de Toronto du conseil canadien pour les Amériques [CCA].

Vous avez réussi à attirer plusieurs conférenciers très influents, dont M. Francisco Santos Calderòn, vice-président de la Colombie et M. Michael Lee-Chin, président de Portland Holdings, Inc.

Vous avez été, en quelque sorte, un « intégrateur » des intérêts des entreprises canadiennes dans la région en donnant à leurs préoccupations une tribune plus large et en approfondissant les liens de coopération avec les différentes chambres de commerce bilatérales dans toute la région. À ce titre, vous êtes un « incubateur » précieux du genre d'idées dont nous avons besoin pour l'avenir, et pour le gouvernement, un élément capital de la stratégie d'engagement du Canada dans les Amériques.

C'est pour moi un honneur et un privilège d'apporter aujourd'hui ma modeste contribution à ces travaux importants.

Comme vous le savez, je viens d'entreprendre mon mandat comme ministre d'État pour les Amériques. Je connais bien la région, en raison du temps où j'étais journaliste, mais je pourrais dire que je l'observe aujourd'hui sous un angle nouveau. J'ai fait ma première visite officielle dans la région le mois dernier.

Il m'apparaît clair qu'en tant que nations des Amériques, nos intérêts actuels et futurs sont de plus en plus interdépendants. En tant que voisins dans les Amériques, notre géographie nous oblige à travailler ensemble.

Notre avenir l'exige.

Pour le Canada, c'est une vision qui émane du sommet. Comme vous le savez, notre premier ministre s’est personnellement engagé à contribuer à l’amélioration de la prospérité, du respect de la démocratie et de la sécurité de l'hémisphère, de manière à offrir des possibilités et une stabilité accrues à ses citoyens.

Ces domaines sont intimement liés. La prospérité ne peut prendre racine sans sécurité ni sans les libertés et les lois inhérentes à une gouvernance démocratique. Par ailleurs, la démocratie ne peut fonctionner sans sécurité personnelle, ni la chance d'améliorer les niveaux de vie grâce à des débouchés commerciaux plus nombreux.

Le vaste éventail de ministères du gouvernement canadien actifs dans les Amériques démontre également la nature intimement liée des enjeux dans la région. En effet, outre le MAECI [Affaires étrangères et Commerce international], le ministère de la Défense nationale, l'Agence canadienne de développement international, Santé Canada, Ressources humaines et Développement des compétences Canada ainsi qu'Industrie Canada y sont présents.

Cette diversité des interventions apporte richesse et profondeur à notre présence dans la région, une richesse et une profondeur qui témoignent des nombreux intérêts du Canada. Cette diversité est également révélatrice de certains des défis énormes auxquels nous sommes confrontés.

Notre région n'est pas étrangère aux calamités et aux catastrophes, mais ces défis, qu'il s'agisse de catastrophes naturelles comme les ouragans et les séismes, ou de défis d'origine humaine comme la criminalité, la drogue, le terrorisme et l'instabilité politique, ont une façon de révéler ce qu’il y a de meilleur en nous, quand nous unissons nos efforts pour relever ces défis et créer de nouvelles sources d'espoir pour nos populations.

Le message que nous voulons adresser aux peuples des Amériques, c'est que la meilleure voie vers la prospérité et la sécurité passe par l’ouverture des marchés et la démocratie.

Cependant, nous devons nous assurer que la démocratie porte ses fruits — c'est-à-dire des débouchés et des emplois, la sécurité et l'accès à des biens collectifs fondamentaux comme l'éducation, le transport et la santé.

Nous croyons que tout cela découle d'une saine gouvernance. Pour concrétiser l'engagement du premier ministre Harper, nous aidons les pays de la région à renforcer leurs institutions démocratiques pour les rendre plus transparentes et plus responsables envers leurs citoyens. Cela comprend des modèles de gouvernance qui ont une incidence directe sur les entreprises, par exemple les cadres réglementaires, la législation interne et la vérification.

Le commerce ne peut s'épanouir dans un climat d'insécurité. La corruption, la criminalité et la violence sont des obstacles à la création d’occasions d’affaires et d'emplois. Le Canada contribue donc activement à aider les pays de la région à renforcer leurs capacités par l'amélioration de la formation, des systèmes et des processus.

Le rôle important que joue le Canada au sein de plusieurs organismes internationaux et régionaux consolide également la paix et la sécurité dans la région. Par exemple :

  • nos contributions aux Nations Unies et à l'Organisation des États américains;
  • ou à l'Organisation panaméricaine de la santé, où nous collaborons avec des pays pour renforcer leurs capacités à offrir des services de santé à leurs citoyens et à prendre des mesures efficaces pour lutter contre des pandémies potentielles;
  • le processus du Sommet des Amériques, qui réunira tous les dirigeants de l'hémisphère à Trinité-et-Tobago en avril prochain, afin d'établir une vision et un plan pour le développement de la région.

Ce genre de coopération et d'effort est absolument essentiel alors que nous sommes confrontés à une nouvelle crise — une crise économique.

La crise financière mondiale a durement frappé tous nos pays. Même si nous estimons que la plupart des pays de la région sont bien placés pour surmonter assez bien la crise, nous devons rester vigilants. Si elle n’est pas contrôlée, la crise menace d'amplifier les nombreux autres défis auxquels nous faisons face dans l'hémisphère, ce qui peut engendrer une vision isolationniste étroite.

Dès les premiers jours de la crise, le Canada a eu pour approche de mettre en garde contre le protectionnisme et l'isolationnisme — idéologies qui ont déterminé la durée et la gravité de la Grande Dépression — pour insister plutôt sur l'importance des partenariats économiques mondiaux et régionaux pour nous aider à traverser cette période difficile et à en ressortir plus forts et plus compétitifs que jamais.

C'est un message que ce gouvernement, le premier ministre Harper et ses ministres, dont le ministre du Commerce international, Stockwell Day, et le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, ont défendu sur toutes les tribunes : à l'APEC [Coopération économique Asie-Pacifique], dans le cadre des réunions de l'initiative de la Voie vers la prospérité, au Forum économique mondial et lors de réunions bilatérales avec nos homologues dans le monde entier.

Je devrais ajouter qu'aucune nation n'est entièrement à l'abri de la « tentation protectionniste ».

Comme vous le savez, le Canada a été parmi les plus ardents opposants aux dispositions « Buy American » à l'étude au Congrès des États-Unis, dispositions qui nous semblent extrêmement protectionnistes. Le premier ministre a été l'un des premiers chefs d'État à exprimer ses préoccupations, et d'autres lui ont depuis emboîté le pas.

Nos voix ont été entendues. L'amendement approuvé par le Sénat des États-Unis comporte l'exigence que les dispositions « Buy American » respectent les obligations qui incombent aux États-Unis en vertu d'ententes internationales.

Les Américains eux-mêmes sont divisés sur la question. Pour sa part, la Chambre de commerce des États-Unis s'est prononcée fermement contre l'insertion de quelque mesure protectionniste que ce soit dans le plan de relance économique proposé. Je trouve encourageants les nombreux messages positifs qui nous viennent des États-Unis à l'égard des dispositions « Buy American » du projet de relance des États-Unis. Toutefois, le processus législatif n'est pas encore terminé. Les décisions finales sur ces mesures controversées n'ont pas encore été prises, et nous continuerons de faire valoir notre point de vue à l'Administration et aux législateurs des États-Unis.

Nos homologues du monde entier partagent les préoccupations du Canada sur cette question. Nous sommes tous d'accord que ce serait une erreur d'adopter des lois qui entraveraient la reprise économique mondiale que nous souhaitons tous.

Nous devons nous sortir ensemble de cette crise, par la croissance. Les marchés ouverts stimulent nos économies, créent des emplois et assurent la vigueur de nos pays.

Les emplois américains et les collectivités américaines dépendent des intrants canadiens, du savoir-faire canadien et des investissements canadiens. Par ailleurs, le Canada est un important acheteur de biens et de services américains. Il est clair que le Canada peut être un acteur clé de la solution aux nombreux défis intérieurs auxquels les États-Unis sont confrontés.

Nous croyons que le Canada est la nation tout indiquée pour transmettre ce message de coopération à ce moment critique que traverse l'économie mondiale. Après tout, notre économie est fondée sur le commerce. Nos emplois et notre qualité de vie en dépendent.

Notre histoire est un exemple parfait de la création d’emplois, de la prospérité et des possibilités pour la population qui résultent de l’ouverture économique, que ce soit à l'Organisation mondiale du commerce, dans le cadre de nos accords de libre-échange avec le Chili et le Costa Rica, dans le cadre de notre partenariat nord-américain avec les États-Unis et le Mexique, ou de nos relations commerciales avec d'autres nations dans le monde entier, dont l'Amérique latine et les Caraïbes, où nous avons tissé des liens commerciaux il y a des décennies.

Aujourd'hui, grâce à des gens comme vous, les entreprises, les produits, les services, le savoir-faire et les investissements canadiens sont présents partout dans les Amériques.

Des entreprises canadiennes figurent actuellement parmi les plus grands investisseurs en Amérique latine et dans les Caraïbes, principalement dans les secteurs des services financiers et des industries extractives.

Comme troisième source de capitaux de la région, le Canada joue un rôle important. Je l'ai constaté moi-même au Guatemala, où les investissements canadiens dans le secteur minier sont devenus la principale source de revenus du gouvernement national.

L'investissement au Canada est aussi un facteur. L'achat récent d'Inco par la société Vale a aidé le Brésil à se classer au septième rang parmi nos principaux investisseurs étrangers en 2007. Ce fait n'est pas passé inaperçu à l'Agence de promotion des exportations du Brésil, l'APEX, qui a fait du Canada l'un de ses pays prioritaires pour l'année à venir.

Le secteur privé a bien sûr collaboré à tisser ces liens, mais le gouvernement a clairement un rôle à jouer lui aussi. La première visite du ministre Day dans la région a eu lieu au Brésil, où il a signé un nouvel accord en sciences et technologie qui créera de nouvelles possibilités d'investissement dans les technologies de pointe entre le Canada et le Brésil.

Dans toute la région, nos délégués commerciaux s’activent à établir des rapports entre nos partenaires et les entreprises canadiennes présentes dans les secteurs du commerce, de l'investissement et de l'innovation. Nos services ont pris de l’expansion au Brésil, où le gouvernement ouvre deux nouveaux bureaux, l’un à Recife, et l’autre à Porto Alegre.

Exportation et développement Canada maintient aussi une présence importante dans la région.

Pour accroître cette présence et favoriser davantage les activités commerciales, le ministre Day met de l’avant une stratégie énergique. L'an dernier, nous avons mené à bien les négociations d'un accord de libre-échange avec le Pérou et la Colombie.

Nous poursuivons aussi nos négociations en vue d'un accord de libre-échange avec le Panama et nous travaillons d’arrache-pied pour faire progresser les pourparlers dans ce domaine avec les pays du Groupe des quatre de l'Amérique centrale, soit le Salvador, le Honduras, le Guatemala et le Nicaragua, de même qu'avec la République dominicaine et la Communauté des Caraïbes.

Nous ouvrons de nouvelles avenues de coopération bilatérale dans le domaine de l'innovation. Au cours de la visite de la présidente [Michelle] Bachelet du Chili, celle-ci et le premier ministre ont signé un protocole d'entente en sciences et technologie.

Nous multiplions aussi les liaisons aériennes en établissant ou en améliorant des accords avec de nombreux pays de la région. De plus, nous travaillons étroitement avec Citoyenneté et Immigration Canada pour régler des problèmes cruciaux, comme la délivrance de visas et la mobilité de la main-d'oeuvre, qui ont une incidence sur les affaires.

Vous nous avez dit aussi que les liquidités posent problème. Le Canada est résolu à aider les économies émergentes et les pays en développement à obtenir l'accès au financement et aux fonds de développement dont ils ont besoin, par l'intermédiaire de dispositifs nouveaux ou existants à la Banque interaméricaine de développement [BID], au Fonds monétaire international et à la Banque mondiale.

L'automne dernier, le ministre Cannon et moi-même avons rencontré le président de la BID, M. [Luis Alberto] Moreno, qui a présenté plusieurs propositions intéressantes que nous examinons conjointement. Nous espérons pouvoir faire une annonce dans un proche avenir.

Ce que je veux souligner ici, c'est que toutes les activités d'engagement économique dans la région donnent des résultats positifs.

Selon l'Organisation de coopération et de développement économiques, la croissance du PIB dans la région a atteint 5,6 p. 100 en 2007. Le présent ralentissement économique se répercutera probablement sur ce rendement, mais les résultats montrent qu'une décennie de discipline macroéconomique améliorée jumelée à une ouverture renouvelée au commerce et à l'investissement semble produire des assises économiques plus solides.

C'est assurément le cas pour le Canada, comme en font foi les statistiques sur nos échanges bilatéraux de biens dans la région, qui dépassent de beaucoup la moyenne mondiale. De janvier à novembre 2008, nos exportations de marchandises vers la région (sauf vers le Mexique) se sont accrues de près de 30 p. 100 comparativement à nos exportations vers le reste du monde, qui n'ont augmenté que de 7,8 p. 100.

Ce n'est toutefois pas le moment d'être complaisants. Nous pouvons et nous devrions en faire plus pour assurer notre position actuelle et future dans la région.

C'est là que vous entrez en scène.

Au fil des ans, vous avez contribué de façon importante à consolider et à améliorer les partenariats du Canada dans l'hémisphère, en augmentant le flot bilatéral du commerce et des investissements et en faisant la promotion de la culture et des valeurs des entreprises canadiennes. À certains égards, le gouvernement se met aujourd'hui au diapason de la position de chef de file que vous avez déjà établie en agissant comme ambassadeurs commerciaux du Canada dans la région.

Comme je l'ai dit au départ, le CCA est pour le gouvernement un « incubateur » essentiel d'idées en ce qui a trait à notre engagement dans la région. J'aimerais donc entendre aujourd'hui ce que vous avez à dire sur les domaines où nous devrions mettre davantage l'accent à l'avenir, en particulier compte tenu de la crise économique.

J'aimerais par exemple connaître votre opinion sur l’incidence que la crise aura sur vos projets, ou sur les projets à court et à moyen terme de vos partenaires dans la région.

J'aimerais aussi savoir ce que vous pensez de la façon dont nous pouvons tirer le plus grand profit des accords de libre-échange sur lesquels nous travaillons, et de ce que vous pouvez faire dans la région à l'appui de nos négociations.

Comme vous le savez, la négociation de ces accords n'est que la première étape. Comment pouvons-nous les rendre les plus utiles possible pour les deux parties?

Qu'en est-il des partenariats publics-privés? Ces initiatives aident-elles les entreprises canadiennes à obtenir l'accès à des marchés émergents dans les Amériques et à fonctionner avec plus de confiance et de certitude?

D'autres idées, comme celle des programmes de stages qui ouvrent à de jeunes entrepreneurs canadiens des débouchés dans la région, sont-elles vraiment prometteuses?

Ce ne sont là que quelques-uns des sujets sur lesquels j'aimerais connaître votre avis aujourd'hui.

Nous vous remercions sincèrement du leadership que vous exercez dans les Amériques. Je sais qu'en cette période de crise économique, notre collaboration deviendra encore plus importante, pour le Canada et pour nos partenaires dans toute la région.

Je vous remercie de votre travail acharné et de votre engagement soutenu à la coopération et aux partenariats en ce moment crucial.

Je vous remercie.