Affaires étrangères et Commerce international Canada
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Notes pour une allocution du ministre d’État des Affaires étrangères (Amériques), l’honorable Peter Kent, lors du dialogue d’experts sur l’engagement du Canada dans les Amériques

Le 25 février 2009
Ottawa (Ontario)

Sous réserve de modifications

C'est pour moiun privilège de vous entretenir aujourd'hui sur l'engagement du Canada dans les Amériques à l'occasion de ce dialogue d'experts. Avant toute chose, j'aimerais vous remercier d’être ici et de partager vos opinions sur le sujet.

Les universitaires et experts éminents tels que vous ont un rôle extrêmement important à jouer pour orienter la stratégie du Canada dans les Amériques. J’apprécie votre participation soutenue et les points de vue d’importance cruciale que vous apportez au débat.

La rencontre d'aujourd'hui arrive à point nommé pour le Canada. La crise financière mondiale frappe durement tous nos pays. La plupart des pays de l’hémisphère devraient être en mesure de surmonter cette crise sans trop de mal, ce qui nous permet d’afficher un optimisme prudent, mais nous devons tout de même rester vigilants.

Les Amériques sont actuellement à la croisée des chemins sur le plan du développement de politiques et de l’économique. Le Canada croit fermement que le choix de politiques judicieuses peut mener à une stabilité durable dans l’hémisphère.

Le Canada est donc prêt à travailler avec ses partenaires pour aborder les enjeux communs aux Amériques. Notre proximité géographique ne peut que nous inciter à travailler ensemble, puisque nos intérêts présents et futurs sont liés à ceux de nos voisins.

La stratégie du Canada : trois objectifs qui se renforcent mutuellement

La vision de l’hémisphèrequ’entretient le Canada repose sur trois objectifs qui se renforcent mutuellement : accroître la prospérité des Canadiens et des citoyens des Amériques; bâtir un hémisphère où règne la sécurité; etrenforcer tant la gouvernance démocratique dans l’hémisphère que le soutien à cette gouvernance.

Le nombre et la diversité de ministères canadiens actifs dans les Amériques démontre bien que nos objectifs dans la région sont étroitement liés. Le MAECI [Affaires étrangères et Commerce international Canada] établit la stratégie globale, mais d’autres ministères s’investissement aussi beaucoup. Ce sont notamment la Défense nationale, l'Agence canadienne de développement international [ACDI], Santé Canada, Ressources humaines et Développement des compétences Canada et Industrie Canada.

Les efforts de chacun seront plus efficaces si tous travaillent de concert. J’y reviendrai plus loin. Mais en premier lieu, je tiens à souligner qu’à chaque fois que je me déplace dans l’hémisphère, la participation des Canadiens qui œuvrent à l’extérieur du cadre gouvernemental m’impressionne vivement.

Cette diversité des efforts apporte une richesse et une profondeur à notre présence dans les Amériques qui sont révélatrices des nombreux intérêts du Canada. Elle montre aussi la complexité de certains des grands défis que nous devons relever.

Permettez-moi de décrire brièvement les progrès accomplis dans l’atteinte de nos trois objectifs que sont la prospérité, la sécurité et la démocratie.

La prospérité

Premièrement, la prospérité.

Selon moi, le ralentissement économique actuel rend encore plus évidente l’importance de relancer l'économie canadienne en renforçant notre partenariat avec une partie du monde jouissant d’un grand potentiel économique.

Nous continuons à bâtir sur la base de nos substantielles expériences en matière de libre-échange avec le Chili et le Costa Rica, sur notre partenariat nord-américain avec les États-Unis et le Mexique, ainsi que sur nos relations commerciales avec d'autres pays dans le monde.

L'an dernier, nous avons signé des accords de libre-échange [ALE] avec le Pérou et la Colombie. L’accord avec le Pérou a été présenté à la Chambre des communes; celui avec la Colombie le sera sous peu.

Ces procédures parlementaires permettront d'ouvrir le débat et d'entendre les points de vue sur le bien-fondé de tels accords.

La Colombie est aux prises avec le plus long conflit de nature civile dans l’histoire de l’hémisphère.À nos yeux, l’ALE ne constitue qu'un instrument parmi d'autres que notre gouvernement et celui d'autres pays emploient pour encourager une transformation démocratique et sociale.

Si nous voulons que la démocratie fonctionne, il faut qu’il existe une possibilité d’amélioration du niveau de vie grâce à une augmentation du nombre d’occasions d’affaires. De plus, les populations doivent se sentir en sécurité.

Le Canada s'investit depuis longtemps dans le développement en Colombie. Nos efforts se concentrent sur la lutte contre la violence à l’endroit des enfants, l’aide aux populations déplacées et le démantèlement des forces paramilitaires. L'ALE entre le Canada et la Colombie peut contribuer à ces objectifs, notamment par ses accords avant-gardistes sur le travail et l'environnement.

L’ALE nous donne une base solide pour dialoguer avec les autorités colombiennes sur ces questions de grande importance.

Nous poursuivons aussi les négociations de libre-échange avec le Panama, et nous travaillons d’arrache-pied pour faire avancer les pourparlers avec le Groupe des quatre de l'Amérique centrale, c'est-à-dire le Guatemala, le Honduras, le Nicaragua et le Salvador, ainsi qu'avec la République dominicaine et la Communauté des Caraïbes [CARICOM].

Nous établissons des partenariats et des liens commerciaux privilégiés avec l'Amérique centrale et les Antilles depuis des décennies. Je me suis rendu dernièrement dans ces deux régions et j'y ai rencontré des interlocuteurs de plusieurs milieux, y compris des hauts fonctionnaires, des représentants du secteur privé et de la société civile ainsi que les ambassadeurs des principaux pays donateurs.

Mon séjour dans les Antilles s'est révélé fort utile pour exprimer l'engagement du Canada envers cette région. Il m’a de plus donné une idée précise des sujets de préoccupation régionaux.

Nous devons solliciter la participation de nos partenaires des Antilles pour rehausser le niveau des relations entre le Canada et la CARICOM, notamment en négociant un accord commercial.

J’ai également pu discuter du prochain Sommet des Amériques avec le président [de Trinité-et-Tobago, M. Patrick] Manning, le secrétaire général de l'OEA [Organisation des États américains, M. José Miguel] Insulza et d’autres interlocuteurs. Je leur ai rappelé que le Canada tient à ce que le Sommet s’attache à produire des résultats tangibles pour les citoyens des Amériques.

Au sein d'autres instances, comme l'APEC [Coopération économique Asie-Pacifique], le Canada continue de collaborer étroitement avec ses partenaires hémisphériques en vue de libéraliser les échanges et de faciliter le commerce.

L'engagement commercial du Canada dans la région est évidemment important. Mais c'est notre présence en tant qu'investisseur qui nous donne la possibilité de contribuer au changement, et ce, de plusieurs façons.

Tout d'abord, en tant que troisième pays investisseur après les États-Unis et l'Espagne, le Canada joue un rôle important dans de nombreux pays, en particulier dans le secteur financier et dans celui de l'extraction.

Les banques canadiennes sont relativement en bonne santé et cela constitue un atout pour les Antilles, où elles représentent la majorité [des institutions] du secteur. Au Guatemala, où je viens de me rendre, la société qui contribue le plus aux recettes nationales est Goldcorp Inc., une entreprise établie à Vancouver qui exploite une mine aurifère à San Marcos.

Deuxièmement, la présence canadienne dans le domaine de l'investissement permet de démontrer la responsabilité sociale des entreprises par la mise en œuvredes meilleures pratiques en la matière, qui devraient être suivies à tous les niveaux.

Ce ne sont là que quelques exemples de la façon dont nous renforçons nos relations avec nos partenaires clés dans les Amériques afin de garantir l’accès aux marchés tout en développant un climat propice aux affaires.

Dans tout l’hémisphère, nous trouvons de nouvelles voies de coopération bilatérale en matière d'innovation. Au cours de sa visite au Canada l'été dernier, la présidente [Michelle] Bachelet du Chili et le premier ministre Harper ont signé cinq protocoles d'entente dans les domaines de la science et technologie, des bourses d'études, de la mobilité des jeunes, de la promotion de l'investissement bilatéral et de l’exploitation minière durable.

Par ailleurs, la visite du ministre [du Commerce international, l’honorable Stockwell] Day au Brésil, en décembre 2008, a conduit à la signature d'un accord en science et technologie entre les deux pays, accord qui ouvrira de nouvelles possibilités d'investissement intéressantes dans les technologies de pointe.

Ces nombreux liens bilatéraux qui ne cessent de croître donnent des résultats positifs. Mais l'heure n'est pas au laisser-aller. Il est non seulement possible, mais nécessaire d’en faire plus pour garantir la place actuelle et future du Canada dans les Amériques.

La sécurité

Permettez-moi de passer maintenant à la sécurité. Comme vous le savez tous, il ne peut y avoir d'affaires florissantes ni de développement équitable dans un climat d'insécurité.

Nous entendons travailler en collaboration avec nos partenaires de l'hémisphère pour soutenir le renforcement des capacités locales en matière d’application de la loi, de justice, de préparation aux catastrophes et de secours, de même que de santé. L’objectif est de réduire les répercussions de la criminalité, du traffic des stupéfiants, du terrorisme, des catastrophes et des pandémies sur les Canadiens et les citoyens des Amériques.

Le rôle actif que nous jouons dans les efforts de stabilisation et de reconstruction en Haïti est un bon exemple du leadership canadien en ce qui concerne l'assistance en matière de sécurité.

Nous croyons à l’importance d’un engagement à long terme. Il n'existe pas de solution instantanée. Au cours des 20 dernières années, il y a eu huit missions sous l’égide de l'ONU en Haïti. Nous avons tiré des leçons de nos erreurs et nous sommes déterminés à améliorer la coordination tant au sein du système canadien qu’avec les autorités haïtiennes. C'est pourquoi le Canada s'est engagé à contribuer en Haïti 555 millions de dollars sur une période de cinq ans, de 2006 à 2011. Ceci fait de nous le deuxième donateur d'aide bilatérale et de déploiement de personnel en Haïti. Nous croyons également en la nécessité d'une coordination des donateurs. Là encore, le Canada fait figure de proue.

À l'heure actuelle, nos collègues de l'ACDI organisent une réunion technique avec le gouvernement haïtien et les principaux partenaires de son développement.

Cette réunion, qui aura lieu prochainement, préparera la Conférence internationale des donateurs qui doit se dérouler à Washington en avril 2009.

L'action du Canada en Haïti s'inscrit actuellement dans un effort auquel un nombre important de pays des Amériques prennent part pour la première fois,. Notre engagement mutuel contribue ainsi à l'enrichissement de nos relations bilatérales.

La détermination du Canada à renforcer la paix et la sécurité dans la région se reflète aussi dans son action au niveau multilatéral.

Par le biais du Groupe de travail sur la stabilisation et la reconstruction et d’autres programmes du MAECI, nous travaillons avec les Nations Unies et l'Organisation des États américains à fournir une réponse adéquate et coordonnée aux besoins de renforcement de la paix et de la sécurité dans des pays comme Haïti et la Colombie. Nous travaillons aussi avec l'Organisation panaméricaine de la santé à aider les pays à accroître leur capacité d’offrir des services de santé à leurs citoyens et de faire face efficacement à d’éventuelles pandémies.

L’automne dernier, le Canada a été l'hôte de la Conférence des ministres de la Défense des Amériques, qui a permis de renforcer davantage la coopération en matière de défense. De plus, nous avons collaboré étroitement avec nos partenaires dans le cadre de la première Réunion des ministres des Amériques chargés de la Sécurité publique, réunion qui a eu lieu en octobre au Mexique.

Le Canada continue de veiller à ce que tous ces divers processus ministériels alimentent le processus du Sommet des Amériques, en vue d'accroître la cohérence et d’optimiser l'efficacité de l'architecture interaméricaine.

La gouvernance démocratique

Permettez-moi maintenant de passer au renforcement de la gouvernance démocratique, qui demeure l'une des priorités du Canada.

Nous sommes optimistes lorsque nous contemplons les progrès accomplis sur la voie de la démocratie par de nombreux pays des Amériques au cours des deux dernières décennies.

La gouvernance démocratique n'est cependant pas ancrée de façon uniforme dans l’hémisphère. Les conséquences de la tourmente économique ajoutent encore aux défis.

Dans certains pays, la fragilité des institutions démocratiques et de l'administration publique, combinée à la pauvreté et aux clivages socioéconomiques, compromet la réalisation de progrès additionnels.

La distribution des revenus dans la région est parmi les plus inéquitables du monde, ce qui risque d'alimenter l’opposition au libre marché et à la démocratie.

En réponse, le Canada a réitéré son engagement à promouvoir la liberté, la démocratie, les droits de la personne et la primauté du droit.

Nous collaborons avec ceux des gouvernements des Amériques qui souhaitent améliorer leurs institutions démocratiques et publiques, rendre leurs citoyens autonomes et leur permettre de s'exprimer.

Nous offrons une aide à l'échelle bilatérale pour accroître l'efficacité, la transparence, la responsabilité et la capacité d'intégration des démocraties.

Plus d'un tiers de l'enveloppe consacrée à la démocratie du Programme Glyn-Berry pour la paix et la sécurité du MAECI est consacrée aux Amériques.

Lors de l'Assemblée générale de l'Organisation des États américains en 2007, le Canada a participé à la rédaction de la résolution 2327. Celle-ci exigeait du Conseil permanent de l’organisation qu’il tienne une réunion spéciale avec des représentants d’organisations de la société civile pour examiner la contribution de ces organisations au renforcement de la culture démocratique dans l’hémisphère.

La réunion spéciale a eu lieu en mars 2008. Le programme Glyn-Berry a fourni un appui à l'organisation logistique de l’événement ainsi qu’à la participation de 31 représentants de la société civile.

J'ai le plaisir de dire que les fonds du programme appuient efficacement les travaux importants que certains d'entre vous entreprennent en vue de renforcer les efforts déployés localement pour augmenter la participation des citoyens au processus politique et la représentation politique dans la région andine, particulièrement au Venezuela.

Au niveau multilatéral, nous œuvrons à promouvoir et à défendre la liberté, la démocratie, le respect des droits de la personne et la primauté du droit en tant que valeurs fondamentales de base de la coopération hémisphérique.

Le renforcement des capacités de l'Organisation des États américains d’appuyer la démocratie découle des deux décennies d'adhésion du Canada à cette organisation.

Nous avons de plus déployé les efforts nécessaires pour que la gouvernance démocratique soit discutée de façon adéquate au prochain Sommet des Amériques.

À chaque rencontre avec nos interlocuteurs de l’hémisphère, nous continuons d'affirmer l'importance qu'attache le Canada à la mise en place d'institutions démocratiques solides.

Lors de ma récente visite au Nicaragua, j'ai pu exprimer les inquiétudes du Canada au sujet de rapports faisant état d’irrégularités commises à grande échelle lors des récentes élections municipales. Grâce aux relations de longue date qu'entretient le Canada avec les pays de la région, j'ai pu faire part de manière franche et ouverte de ces préoccupations au président Daniel Ortega. Je suis confiant que maintenant, nous comprennons mutuellement mieux le point de vue de l'autre.

Conclusion

L’engagement du Canada dans les Amériques s’inscrit dans une perspective à long terme. Le Canada possède déjà divers intérêts dans les Amériques et y a créé de nombreux liens qui impliquent des ministères et des organismes gouvernementaux, le secteur privé, des organisations non gouvernementales, le milieu universitaire, des groupes de réflexion et des centres de recherche.

Nous devons tirer parti de ces liens afin d'accroître la prospérité, la sécurité et la démocratie au sein de l'hémisphère.

Tels sont les objectifs que s'est fixé le gouvernement du Canada dans les Amériques. Et leur réalisation nécessite la pleine collaboration de la société canadienne et de ses partenaires.

Vous êtes des membres influents des milieux diplomatiques, universitaires, gouvernementaux et commerciaux. Par votre action, vos travaux de recherche et vos activités économiques, vous contribuez au leadership et à la promotion des valeurs du Canada dans l’hémisphère.

Votre expertise dans vos champs de spécialisation respectifs peut contribuer de manière substantielle à l’élaboration d’un plan d'action cohérent, efficace et adapté à la complexité des questions que nous devons considérer.

D’ailleurs, c’est l’objectif de l’événement qui nous réunit aujourd’hui : ouvrir le dialogue dans une ambiance de convivialité, d'écoute et d'échange mutuels. Nous devons mettre à profit l'expertise de chacun pour améliorer le bien-être des Canadiens et des citoyens de nos pays partenaires dans les Amériques.

Je vous invite à me faire part de vos commentaires et c’est avec plaisir que je répondrai à vos questions.

Je vous remercie.

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Date de modification :
2011-11-01