Affaires étrangères et Commerce international Canada
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Discours du ministre d’État Kent devant le Conseil des Amériques

No 2010/33 – New York, New York - Le 18 mai 2010

Sous réserve de modifications

Je suis un fervent admirateur de votre organisation [Conseil des Amériques]. Votre engagement indéfectible à l’égard de la démocratie, de la primauté du droit et des libres marchés à l’intérieur de notre hémisphère est partagé par le gouvernement du Canada. Comme vous, nous savons que ce sont là les trois piliers de la prospérité.

Bon nombre d’entre vous ont probablement déjà entendu des ministres et des hauts fonctionnaires canadiens proclamer que le Canada est un pays des Amériques. Sur le plan géographique, ce fait est indéniable, mais il est de plus en plus évident que la prospérité économique du Canada, son adhésion inconditionnelle au principe de la gouvernance démocratique ainsi que sa détermination à protéger la sécurité de ses citoyens sont liées à celles de ses voisins.

C’est pourquoi le premier ministre Stephen Harper a annoncé, à l’été 2007, que les Amériques constitueraient une priorité essentielle de la politique étrangère de notre gouvernement.

Il avait alors déclaré que la vision du Canada pour la région et notre engagement renouvelé à l’endroit des Amériques seraient fondés sur trois objectifs interreliés qui se renforcent mutuellement : consolider l’appui à la gouvernance démocratique, bâtir un hémisphère sûr et accroître la prospérité des citoyens.

Je crois que la logique de cette approche est évidente. Nous savons tous qu’une plus grande prospérité est impossible en l’absence de sécurité ou de liberté et de lois issues d’une gouvernance démocratique. Dans le même ordre d’idées, la gouvernance démocratique ne peut exister lorsque la pauvreté et l’exclusion sociale perdurent ou lorsque la sécurité personnelle est menacée par la criminalité et la violence.

Je me sens à l’aise d’affirmer que notre décision de renouveler notre engagement à participer activement et de manière constructive aux dossiers des Amériques ne passe pas inaperçue. Cet engagement renforce notre rôle d’acteur régional clé. Je pense que nous sommes maintenant pour de bon sur l’écran radar de nos partenaires, qui sont de plus en plus conscients que le Canada est là pour soutenir leurs efforts.

Le cas d’Haïti

L'engagement du Canada en Haïti et le rôle crucial qu’il y joue s'enracinent dans notre histoire partagée, notre héritage français commun, et une communauté canado-haïtienne des plus énergiques, qui a trouvé refuge à Montréal durant les années de répression de la dictature Duvalier en Haïti.

Notre engagement en Haïti est un très bon exemple de l’efficacité de notre stratégie et une preuve du bien-fondé des excellents principes sur lesquels elle s’appuie.

Comme vous le savez, c’est aujourd’hui la fête du drapeau d’Haïti. Il y a plus de deux cents ans, Haïti est devenu le deuxième pays indépendant de l’hémisphère occidental et la première république noire du monde. Les nombreuses épreuves que les Haïtiens ont traversées au cours de ces deux siècles témoignent de leur fierté et de leur résilience.

Le 12 janvier 2010 est une date dont nous nous souviendrons longtemps. Les ravages causés ce jour-là par le tremblement de terre, dans ce pays déjà fragile, ont été soudains et extrêmes. Au cours des jours et des semaines qui ont suivi, les Haïtiens ont fait preuve d’une résilience sans précédent devant une catastrophe inimaginable. 

Bouleversée par la situation critique de ce membre estimé de la famille des nations, la communauté internationale a réagi rapidement et généreusement. Même des pays qui recevaient encore de l’aide internationale il n’y a pas si longtemps ont promis de contribuer au rétablissement et à la reconstruction d’Haïti.

Étant donné ses liens de longue date avec ce pays des Caraïbes, le Canada a été l’un des premiers pays à participer à la vaste mission de secours.

Moins de 20 heures après la première secousse, une équipe de civils et de militaires formée de personnel d’Affaires étrangères et Commerce international Canada, de l’Agence canadienne de développement international et du ministère de la Défense nationale, a été déployée dans les zones les plus touchées, avec pour mission d’évaluer les besoins, de collaborer avec d’autres donateurs et le gouvernement haïtien, et de cerner les mesures susceptibles d’être prises par le Canada. Moins d’une semaine plus tard, notre équipe d’intervention en cas de catastrophe était sur place afin d’apporter des secours.

À ces troupes se sont rapidement joints 2 000 autres membres des Forces canadiennes qui ont aidé à construire des abris et à fournir des services médicaux dont la population avait désespérément besoin.

Afin de mieux coordonner les secours internationaux et l’effort de reconstruction, le Canada s’est empressé d’organiser et d’accueillir la Conférence ministérielle préparatoire sur Haïti, qui s’est tenue à Montréal à la fin du mois de janvier, puis a coprésidé la Conférence internationale des donateurs pour un nouvel avenir en Haïti, qui a eu lieu à New York en mars.

Nous avons versé 150 millions de dollars sous forme d’aide humanitaire et nous nous sommes engagés à verser 400 millions de dollars supplémentaires pour les efforts humanitaires et de reconstruction au cours des deux prochaines années, en plus des 555 millions de dollars déjà engagés pour la période 2006-2011.

Au cours du premier mois qui a suivi la catastrophe, les Canadiens et Canadiennes ont ouvert leur cœur et leur portefeuille et fait une généreuse contribution de 220 millions de dollars à l’effort humanitaire. Et notre gouvernement a égalé chacun de ces dons privés, dollar pour dollar.

Mais Haïti n’a pas seulement besoin d’argent. Haïti a besoin de partenaires constructifs et prêts à l’aider dans l’hémisphère.

Engagement hémisphérique en Haïti

C’est pourquoi le Canada est en train de mettre en place de nouveaux projets de coopération trilatéraux avec les pays de la région; ces projets ont pour objectif d’opérer un changement significatif en Haïti.

Avec le Brésil, nous avons élaboré des projets de vaccination ainsi que des initiatives visant à réduire la violence urbaine en Haïti; avec l’Argentine, nous avons établi un partenariat axé sur la promotion de la sécurité alimentaire; et avec le Chili, nous avons engagé un dialogue sur le sujet de la réforme de la police.

Le Canada appuie également l’Organisation des États américains [OEA] à titre de principal forum dans la région ainsi que sa mission spéciale en Haïti, en particulier en ce qui concerne les questions concernant la gouvernance démocratique, les droits de la personne et le développement.

Le partenariat hémisphérique avec Haïti commence à exercer une influence sur la scène mondiale.

Depuis la fondation, au début des années 1990, du Groupe des amis d’Haïti [de l’OEA], un outil d’influence stratégique auprès du Conseil de sécurité des Nations Unies, six pays latino-américains en sont devenus membres : l’Argentine, le Brésil, le Chili, le Pérou, l’Uruguay et le Mexique. Et la tradition veut maintenant que la présidence du Groupe soit assumée par l’un de ces pays.

Le Groupe discute de tous les sujets concernant Haïti, des politiques au développement en passant par l’aide humanitaire. Mais ce sont les questions de sécurité, en particulier la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti, la MINUSTAH, qui occupent le devant de la scène.

La MINUSTAH est la seule opération de maintien de la paix dans l’hémisphère et, en plus du Canada et des États-Unis, pas moins de 13 pays de la région ont affecté des troupes ou des policiers à la Mission.

Cette mobilisation non seulement rend les rues d’Haïti plus sûres, mais elle provoque un changement dans l’hémisphère. Une meilleure coordination des troupes ? le célèbre mécanisme 2x9 [initiative de plusieurs pays d’Amérique latine] ? est une contribution à l’amélioration de la sécurité régionale fort appréciée.

C’est peut-être l’envoyé spécial des Nations Unies en Haïti, l’ex-président des États-Unis Bill Clinton, qui a le mieux décrit cette coopération entre des pays qui n’ont pas toujours bien travaillé ensemble; il a parlé d’un nouvel accueil, de la reconnaissance du fait « qu’Haïti est l’un de nos voisins et que, peut-être pour la première fois, cette reconnaissance se traduit par une responsabilité commune : celle d’aider le peuple haïtien à transformer son présent et son avenir ».

Le cas de la solidarité régionale

Le Canada, les États-Unis et leurs voisins et partenaires de l’Amérique latine et des Caraïbes ont déjà démontré un solide leadership dans leur façon de réagir à la situation d’urgence en Haïti.

En utilisant une approche globale et intégrée, ils ont exercé une plus grande influence, individuellement et collectivement, au sein de la communauté internationale. Ce succès amènera d’autres partenaires de la région à vouloir jouer un rôle en Haïti ? et je pense au Mexique en particulier.

Nous ne devons pas nous objecter à ce genre de démarche. Nous ne formons pas un club sélect. Il est de notre responsabilité commune de faire une place à tous ceux qui veulent contribuer et les aider à se trouver un créneau. Nous en sortirons tous gagnants. Haïti doit être perçu comme un catalyseur de la solidarité hémisphérique.

Malgré les conséquences tragiques du séisme du 12 janvier, par son aide des plus généreuses, la communauté internationale offre au peuple haïtien l'occasion de s’engager vers un avenir meilleur et de bâtir un pays qui soit l’expression de sa fierté, de son talent et de sa ténacité.

En tant que région, nous devons nous rallier autour d’une cause commune et aider l’un de nos voisins à se relever de cette catastrophe et à se reconstruire afin de devenir un contributeur net et un partenaire dans l’hémisphère.

En tant que collectivité, nous devons nous montrer à la hauteur des idéaux ambitieux que nous entrevoyions pour notre hémisphère lorsque nous avons adopté, il y a près de dix ans, la Charte démocratique interaméricaine.

Nous devons respecter la promesse de l’espoir et d’un avenir meilleur pour tous, qui est au centre de chaque Sommet des Amériques et de chaque assemblée générale de l’OEA. Nous devons défendre nos valeurs communes que sont la liberté, la démocratie, les droits de la personne et la primauté du droit. Nous devons bâtir des économies plus fortes, plus durables et plus inclusives. Et nous devons relever les nouveaux défis de notre époque en matière de sécurité.

Ce n’est un secret pour personne qu’Haïti n’est pas seulement exposé aux risques de catastrophes naturelles, mais aussi à d’autres menaces : ce pays est une plaque tournante importante pour le commerce des drogues, la contrebande d’armes, le trafic d’êtres humains et le crime organisé.

Ces menaces ne connaissent pas de frontières. Elles mettent en danger non seulement la stabilité politique d’Haïti mais aussi la vie de ses citoyens, elles pèsent sur toute la région, sur notre voisinage.

Le niveau de coopération régionale que nous avons atteint jusqu’à maintenant est sans précédent. Et c’est la clé de notre réussite ? en Haïti et en tant que région.

Mais une chaîne n’est jamais plus solide que son maillon le plus faible. En tant que région, nous ne pouvons nous permettre d’échouer en Haïti. Les bénéfices de notre solidarité et de notre projet commun pour Haïti l’emportent largement sur le coût du rapprochement au-delà de nos différences. Nous devons pousser encore plus loin notre coopération.

La contribution du Canada à cet effort ne faiblira pas. Car nous, gens des Amériques, avons tous un intérêt dans ce qu’il adviendra d’Haïti. Son avenir est aussi le nôtre.

Et bien que le défi qui nous attend soit grand, plus grande encore est notre détermination à surmonter les obstacles. Et nous les surmonterons. Ensemble, nous assurerons un avenir plus sûr et plus prospère en Haïti et dans notre hémisphère. 

Je vous remercie.

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Date de modification :
2011-11-01