Discours de la ministre d’État Ablonczy à l’Assemblée générale de l’Organisation des États américains

No 2011/20 - San Salvador, Salvador - Le 6 juin 2011

Sous réserve de modifications

Je suis ravie d’être ici aujourd’hui. Le Canada considère l’Organisation des États américains [OEA] comme la principale instance multilatérale dans les Amériques et  un forum privilégié pour la coopération avec des partenaires hémisphériques, où poursuivre un multilatéralisme efficace et y défendre des intérêts communs. L’an dernier, nous avons célébré avec fierté le 20e anniversaire de notre adhésion à l’OEA en tant que membre de plein droit et nous envisageons de nombreuses années encore d’une participation canadienne ferme et active.

Le thème de l’assemblée générale de cette année, « La sécurité des citoyens dans les Amériques », est tout aussi pertinent qu’opportun. Comme vous le savez, il s’agit de la troisième année d’affilée où l’Assemblée générale se tient sous un thème lié à la sécurité. Cet accent mis sur la sécurité par trois présidences successives, conjugué aux nombreuses résolutions sur la sécurité qui seront adoptées dans le cadre de la rencontre de cette année, témoigne de l’importance que tous les pays de l’hémisphère attachent à cet enjeu crucial.

Le crime organisé transnational, à commencer par le trafic de drogue, se moque des frontières. Il sème la criminalité, la violence et l’insécurité sur son passage, ici en Amérique centrale comme dans toute la région, y compris dans mon pays. Devant cette menace, nous devons améliorer la coordination de nos actions dans l’hémisphère.

C’est pourquoi le Canada se réjouit que le gouvernement du Guatemala accueille la Conférence internationale d’appui à la Stratégie de sécurité pour l’Amérique centrale, qui se tiendra plus tard ce mois-ci. C’est là une occasion importante de réunir les principaux donateurs internationaux et les chefs d’État de la région, afin qu’ils définissent et coordonnent la coopération technique et financière nécessaire pour s’attaquer aux causes profondes de la criminalité et de la violence qui affligent la région.

La sécurité et les droits de la personne figurent au rang des grandes priorités qui orientent l’engagement du Canada auprès de l’OEA. Le renforcement de la sécurité est un autre pilier important de la stratégie d’intervention du Canada dans les Amériques en plus d’être une priorité de la politique étrangère de notre gouvernement, depuis qu’elle a été annoncée par le premier ministre Stephen Harper, au début de 2007.

Nous félicitons le Salvador d’avoir choisi d’axer l’Assemblée générale de cette année sur la sécurité des citoyens et nous serons heureux de collaborer avec tous les États membres afin de renforcer la capacité de l’OEA de protéger les citoyens de l’hémisphère contre les nombreuses menaces à leur sécurité.

À cet égard, je suis très heureuse d’annoncer qu’en vertu du Programme visant à renforcer les capacités de lutte contre la criminalité d’Affaires étrangères et Commerce international Canada, le gouvernement du Canada versera plus de 4,9 millions de dollars à l’appui des efforts importants que déploie l’OEA pour accroître la sécurité dans l’hémisphère.

Cette somme financera notamment le Mécanisme d’évaluation multilatéral de la Commission interaméricaine de lutte contre l’abus des drogues (CICAD), l’un des outils fondamentaux qui contribuent à renforcer la solidarité hémisphérique et la coopération multilatérale dans la lutte antidrogue et à mieux faire connaître cet enjeu.

Des ressources financières seront également allouées à la CICAD pour appuyer ses importantes initiatives dans les Caraïbes, dont la création d’un réseau d’information sur les drogues à l’échelle de cette région. Il s’agit d’une initiative novatrice qui aidera les pays participants à élaborer des politiques et des programmes de lutte antidrogue. Il est aussi prévu d’aider financièrement la mise sur pied d’un centre de renseignements sur la lutte antidrogue dans les Caraïbes ainsi que la tenue d’ateliers de formation de la CICAD sur les techniques d’enquête concernant le commerce de drogues dans Internet, une nouvelle et grave menace qui plane sur les États membres de l’OEA.

Conscient de l’importance de s’attaquer à la fois à l’offre et à la demande de drogues illicites, le Canada accordera en outre une aide financière à la stratégie de la CICAD visant à réduire la demande en contrant l’abus des stupéfiants, la criminalité et la violence dans les Caraïbes.

Enfin, je suis très heureuse d’avoir assisté hier à la signature d’une entente entre le ministre des Affaires étrangères [du Salvador, M. Hugo] Martinez et le secrétaire général [de l’OEA, M. José Miguel] Insulza, dans le cadre d’une nouvelle approche de la réforme systémique de la sécurité axée sur les faits. Au cours des trois prochaines années, la contribution du Canada devrait aider le Secrétariat à la sécurité multidimensionnelle de l’OEA à élaborer, exécuter et évaluer un plan d’intervention intégré ayant pour objet de réduire le crime organisé transnational en Amérique centrale, qui débutera avec un projet pilote au Salvador.

L’importance de sa contribution financière à l’OEA démontre bien les convictions du Canada quant à l’utilité de l’organisme et, tout particulièrement, du travail de ses instances chargées de renforcer la sécurité dans les États membres. Elle reflète également l’engagement soutenu du Canada pour moderniser le cadre de sécurité dans l’hémisphère, de façon à le rendre plus cohérent et efficace.

À cet égard, un volet important des efforts déployés par notre pays consistera à mieux intégrer l’Organisation interaméricaine de défense à l’OEA et à la guider dans le processus de réforme interne et de modernisation nécessaire pour qu’elle puisse jouer un rôle déterminant dans le renforcement de la sécurité multidimensionnelle dans la région.

Le Canada est particulièrement heureux d’avoir été élu à la présidence de l’OID. Je suis convaincue que le lieutenant-général Guy Thibault, ici présent, se réjouit déjà à l’idée d’assumer ses fonctions de président à compter du 1er juillet prochain, pour s’atteler à la tâche importante qui l'attend.

Vous n’ignorez pas que la paix et la sécurité reposent, en dernier ressort, sur le respect des principes démocratiques et des droits de la personne. Nous avons enchâssé ces principes dans la Charte démocratique interaméricaine, une réalisation historique dont nous marquerons cette année le 10e anniversaire.

Dans le cadre de notre action collective visant à renforcer la gouvernance démocratique dans l’hémisphère, la Charte démocratique interaméricaine demeure un jalon fondamental. Le Canada se réjouit que la résolution pour promouvoir la démocratie dans l’hémisphère, telle qu’elle est proposée cette année, appelle à la poursuite du dialogue en vue de renforcer les principes qui sous-tendent ce document fondateur, entre autres en reconnaissant la contribution importante de la société civile.

Certes, la nécessité d’œuvrer pour la démocratie, en tant qu’expression de la volonté politique, suscite une large adhésion des États membres. Toutefois, le Canada souhaite que les discussions insistent davantage à l’avenir sur la « pratique » de la démocratie. Par « pratique de la démocratie », j’entends les responsabilités dont s’acquittent quotidiennement nos gouvernements ainsi que les modalités de l’interaction entre nos institutions et nos citoyens.

Pour le Canada, cela englobe des éléments tels que l’équilibre des pouvoirs entre les institutions publiques, la liberté d’expression, une société civile dynamique, le respect des droits et des points de vue des minorités, l’existence de médias libres et le respect d’une opposition politique légitime.

En tant que parlementaire, je porte une très grande attention au rôle des représentants élus et de la société civile dans une démocratie saine et dynamique.

Le Canada estime qu’un franc débat sur la pratique de la démocratie dans les Amériques serait salutaire pour celle-ci. Nous pourrions en premier lieu mettre en commun notre expérience de la démocratie à l’œuvre. Le Canada propose aux États membres de créer un recueil de pratiques exemplaires, grâce auquel ils pourraient analyser et échanger de l’information sur les mesures qui, de l’avis de chaque État membre, constituent sa contribution aux pratiques démocratiques.

Nous estimons que tous les pays de l’hémisphère, y compris le Canada, ont avantage à participer à un échange et à un dialogue structurés sur les pratiques exemplaires en matière de gouvernance démocratique. Nous espérons que de tels efforts déboucheront sur une mise en œuvre plus généralisée de la Charte démocratique.

Malgré les avancées de la démocratie ces deux dernières décennies, des crises politiques menacent toujours la stabilité de la région. Le coup d’État au Honduras, il y a deux ans, a marqué un recul important pour ce pays, mais il a aussi fait planer une menace sur les progrès démocratiques réalisés collectivement dans la région.

Grâce à un gouvernement démocratiquement élu et à une commission nationale de la réconciliation dont le rôle est vital, le Honduras est maintenant bien engagé sur la voie du redressement. Bien que le président [Porfirio] Lobo ait dû surmonter d’énormes difficultés à la suite de la crise de 2009, il a su réagir de manière constructive aux préoccupations d’intervenants nationaux et internationaux.

Par conséquent, le Canada a accueilli avec grande satisfaction la réintégration du Honduras à l’OEA entérinée à l’Assemblée générale extraordinaire tenue la semaine dernière à Washington. Par cette réintégration, nous pouvons profiter de nouveau de la contribution importante que ce pays apporte à l’Organisation tout comme nous pouvons nous concentrer sur d’autres enjeux hémisphériques de taille qui requièrent toute notre attention.

Parmi ces grands enjeux figure la situation actuelle en Haïti. Le Canada poursuit depuis longtemps son action dans ce pays, où il a mis à exécution ses premiers programmes bilatéraux dès 1968. Haïti est d’ailleurs le premier bénéficiaire de l’aide canadienne dans les Amériques à l’heure actuelle.

Le Canada est déterminé à aider ce pays, notamment en maintenant l’aide humanitaire en cours et en contribuant aux efforts de reconstruction à long terme. Avec la collaboration étroite de l’OEA et du Groupe de contact des pays d’optique commune, notre pays a joué un rôle décisif dans la transition électorale en Haïti.

Nous saluons le nouveau gouvernement mis en place par le président [Michel] Martelly et nous sommes déterminés à collaborer avec ce dernier pour répondre aux besoins fondamentaux du peuple haïtien. La bonne gouvernance et le renforcement de la primauté du droit seront les garants de l’avenir de ce pays. Ses dirigeants politiques et ses élites doivent être les premiers à agir de manière responsable, et ce sont eux qui montreront le chemin et feront d’Haïti un endroit meilleur.

En dernier lieu, je tiens à souligner la nécessité urgente de s’attaquer au grave déficit budgétaire de l’OEA et de veiller à ce que l’Organisation puisse poursuivre efficacement nos grandes priorités. À cette fin, il convient que tous les États membres fassent preuve de discipline et de souplesse dans les discussions sur la situation budgétaire et l’établissement des priorités, de façon à trouver des solutions viables.

Pour sa part, le Canada entend promouvoir une responsabilisation, une transparence, une efficience et une efficacité accrues de la part de l’OEA, pour que celle-ci puisse s’attaquer aux grands problèmes auxquels est confronté l’hémisphère.

Par l’intermédiaire de l’Agence canadienne de développement international, nous apportons notre soutien à un certain nombre d’initiatives de l’OEA visant à améliorer sa comptabilité et sa gestion axées sur les résultats, sa planification stratégique ainsi que ses autres méthodes de fonctionnement.

Nous continuerons à soutenir l’assainissement des finances de l’OEA, notamment en présidant un exercice pluriannuel d’examen des programmes et d’établissement des priorités, lequel vise à restreindre le fardeau que lui impose son mandat, à établir des priorités budgétaires claires et à mettre en place des mesures d’austérité qui aideront à aplanir les difficultés financières actuelles.

Toutefois, pour équilibrer le budget de fonctionnement et assainir de manière durable les finances de l’OEA, il sera nécessaire de procéder à d’autres réformes, qui entraîneront de difficiles décisions quant à ses activités. Mais cela nous offrira également, à mon avis, l’occasion de donner une nouvelle impulsion à l’Organisation.

Le Canada est prêt à collaborer avec tous les États membres afin de dégager un consensus sur les priorités de l’OEA tout comme il est disposé à appuyer le secrétaire général et le Secrétariat dans l’atteinte de cet objectif si important.

Ensemble, nous pouvons revitaliser l’OEA et lui permettre de s’attaquer aux enjeux prioritaires auxquels est confronté notre hémisphère, y compris la consolidation de la démocratie et le renforcement de la sécurité au bénéfice de nos citoyens.

Je vous remercie.