Discours de la ministre d’État Ablonczy à l’occasion du Dialogue ministériel sur les Amériques

Nº 2011/41 - Ottawa (Ontario) - Le 6 décembre 2011

Sous réserve de modifications

Bonjour et bienvenue à ce dialogue ministériel sur les Amériques. Je vous remercie tous d’être venus. C’est formidable de voir ici réunies autant de personnes talentueuses, issues d’un éventail si large de secteurs.

Je suis en outre extrêmement heureuse de constater votre intérêt évident pour le renforcement des relations du Canada avec ses voisins des Amériques, et votre détermination à y contribuer. Je suis convaincue que nos discussions d’aujourd’hui éclaireront notre engagement stratégique avec les pays de l’hémisphère.

Depuis ma nomination au poste de ministre d’État des Affaires étrangères responsable des Amériques et des Affaires consulaires, en janvier 2011, je me suis rendue partout dans notre hémisphère, y compris dans tout le Canada. Je suis allée au Salvador, au Pérou, au Brésil, au Honduras et au Costa Rica, en Colombie, au Chili, au Mexique, au Guatemala et en République dominicaine, à Washington, à Vancouver, à Edmonton, à Calgary, à Toronto, à Montréal ainsi qu’à Fredericton et à Halifax.

J’ai eu l’occasion de rencontrer la plupart de mes homologues, de nombreux universitaires et des représentants du secteur privé et de la société civile.

Et ces rencontres se sont avérées très instructives.

Toutefois, j’ai encore beaucoup à apprendre et je me pose bon nombre de questions. Après tout, la rencontre d’aujourd’hui a bien pour nom le Dialogue ministériel sur les Amériques. Elle consiste à échanger des idées, de sorte que je souhaite connaître votre point de vue, aussi bien en tant qu’experts que de praticiens.

Le dialogue d’aujourd’hui fait partie d’une série de consultations par le gouvernement du Canada, qui vise à pousser notre réflexion sur l’engagement du Canada dans les Amériques.

Quatre ans après que le premier ministre Stephen Harper a décidé que l’engagement du Canada à l’égard des Amériques était l’une des grandes priorités de la politique étrangère du Canada, il est essentiel de revoir constamment notre stratégie et d’en assurer la pertinence, de façon à tirer parti des possibilités de plus en plus grandes qu’offre l’hémisphère.

Tout récemment, en août dernier, le voyage du premier ministre dans la région a été l’occasion de réaffirmer l’engagement pangouvernemental du Canada à l’égard des Amériques. Cette importante visite a donné lieu à 25 initiatives tournées vers l’avenir et axées sur les résultats, qui touchent à un large éventail de questions.

Or, je me réjouis d’avance à l’idée de connaître vos idées et votre point de vue éclairés sur certaines des grandes tendances qui influent sur cet engagement multiforme et en constante évolution.

Dans cette optique, j’aimerais commencer le dialogue d’aujourd’hui en vous posant quelques questions :

  • Où en est le Canada dans les Amériques? Que pouvons-nous faire de mieux?
  • Comment peut-on faire de l’Amérique centrale un partenaire dans le domaine de la sécurité?
  • Étant donné les divergences du Canada et du Brésil sur la façon de voir le monde, comment poursuivre le dialogue avec le Brésil?
  • Et quel est l’avenir du multilatéralisme dans la région?

Chacune des quatre séances qui constituent le dialogue d’aujourd’hui portera sur un aspect différent des nouvelles tendances politiques et économiques dans les Amériques.

Le premier groupe, dont les discussions se dérouleront sous le thème « Tendances économiques dans l’hémisphère », se penchera sur certaines questions fort intéressantes.

L’Amérique latine et la région des Caraïbes forment une zone dynamique sur le plan économique, qui offre des possibilités importantes à long terme en matière de commerce et d’investissement. Depuis 2005, nos échanges bilatéraux avec l’Amérique latine et les Caraïbes ont progressé de près de 45 p. 100, soit plus rapidement qu’avec toute autre région de la planète.

La plupart des pays d’Amérique latine ont été épargnés par les conséquences les plus graves de la crise financière de 2008. Toutefois, étant donné les difficultés persistantes en Europe, la faiblesse du redressement aux États-Unis et les signes d’un ralentissement, même en Chine, la région peut-elle poursuivre sur sa lancée économique?

Quels sont les ingrédients du succès de la région?

Le Canada a conclu un plus grand nombre d’accords de libre-échange avec les Amériques qu’avec toutes les autres régions de la planète. C’est ainsi que nous avons des accords de libre-échange en vigueur, ou en attente de ratification, avec le Mexique (par l’intermédiaire de l’Accord de libre-échange nord-américain), le Chili, le Pérou, le Costa Rica, la Colombie, le Honduras et le Panama. Nous poursuivons également des négociations avec la CARICOM [Communauté des Caraïbes] et la République dominicaine et nous avons des discussions préliminaires en ce sens avec le MERCOSUR [Marché commun du cône sud].

Par l’intermédiaire de nos délégués commerciaux à Ottawa et dans notre réseau de missions à l’étranger, de nos missions commerciales et de notre participation à des salons professionnels, y compris des visites ministérielles, le gouvernement du Canada aidons des entreprises et des investisseurs canadiens à saisir les possibilités offertes par nos différents accords de libre-échange et la Banque interaméricaine de développement à l’échelle de l’hémisphère.

Même si les accords commerciaux bilatéraux se multiplient, fournissent-ils pour autant un mécanisme adéquat pour l’intégration ou le renforcement de la communauté des Amériques?

Signer des accords de libre-échange est une chose, mais les promouvoir en est une autre. Déployons-nous suffisamment d’efforts en ce sens?

Les accords de libre-échange du Canada dans la région éliminent les obstacles au commerce, mais cela se traduit-il par une meilleure position concurrentielle?

Avec autant de concurrents à notre porte, comment pouvons-nous améliorer notre position?

Un article publié récemment dans le magazine The Economist faisait ressortir l’importance grandissante des diasporas, et la contribution que celles-ci peuvent apporter à la croissance économique d’un pays, notamment du point de vue des ressources intellectuelles et financières.

Or, le Canada compte plus de 70 organisations représentant les diasporas de l’Amérique latine et des Caraïbes, et plus de 29 000 étudiants de la région viennent y étudier tous les ans. Les trois plus importantes diasporas du Canada sont issues de la Jamaïque, du Salvador et d’Haïti.

En contrepartie, plus de 4 millions de Canadiens se rendent tous les ans en Amérique latine et dans les Caraïbes, de sorte que la région représente la destination principale de nos citoyens à l’étranger.

Par conséquent, comment le Canada peut-il mieux mettre à contribution ses diasporas importantes et dynamiques issues d’Amérique latine et des Caraïbes ainsi que les liens tissés par les étudiants de la région?

Le deuxième groupe se concentrera sur le thème « Le Brésil en tant que puissance émergente et influente ». À l’heure actuelle, cette puissance économique, qui remplacera bientôt le Royaume-Uni au rang de sixième économie mondiale, s’emploie à affirmer son leadership aux niveaux régional et multilatéral. Ces dernières années, les relations entre le Canada et le Brésil ont encore gagné en maturité et sont devenues encore plus constructives. En témoignent la mission commerciale du ministre du Commerce international Ed Fast en juin dernier, qui a remporté un franc succès, ainsi que la visite fructueuse du premier ministre Harper, en août.

Le Brésil est désormais le 10e partenaire commercial du Canada pour ce qui est des échanges de marchandises, et sa 8e source d’investissements directs étrangers. Il s’agit aussi de l’un de nos principaux partenaires dans les domaines de l’innovation et de l’éducation.

Lorsqu’il est question de coopération fructueuse en matière d’innovation et d’éducation avec le Brésil, comment devons-nous mesurer les avancées?

Qu’est-ce que le Canada a à offrir au Brésil, et que peut, en échange, nous apporter ce pays?

En clair, comment et où poursuivons-nous notre engagement avec le Brésil?

Le troisième groupe discutera de « La réforme du secteur de la justice et de la sécurité en Amérique centrale », question qui revêt un grand intérêt pour le Canada. Dernièrement, l’Amérique centrale est devenue l’une des régions les plus violentes de la planète, si l’on exclut celles touchées par un conflit.

À l’heure où le Canada resserre ses liens commerciaux avec les Amériques, nous sommes conscients qu’il est impossible d’atteindre nos objectifs économiques sans la sécurité ni les libertés et les protections juridiques qui découlent d’une saine gouvernance démocratique.

Si des améliorations ont été constatées dans certaines parties de l’hémisphère, par contre la pauvreté persistante, les inégalités, l’exclusion sociale, la criminalité et la violence continuent d’y sévir.

L’aide au développement international du Canada dans les Amériques, qui se chiffre à plus de 800 millions de dollars par année, donne d’excellents résultats en ce qui concerne la réduction de la pauvreté et des disparités régionales. Les pays ciblés par l’Agence canadienne de coopération internationale englobent le Pérou, la Colombie, Haïti, le Honduras, la Bolivie et ceux de la région des Caraïbes.

Par ailleurs, le Canada est tout aussi déterminé à promouvoir la sécurité dans l’ensemble de l’hémisphère et, plus particulièrement, en Amérique centrale, au Mexique et dans les Caraïbes. C’est pourquoi il a consenti des investissements concrets à cette fin, par l’intermédiaire de ses programmes d’aide au renforcement des capacités antiterroristes et de lutte contre la criminalité, auxquels 17,9 millions de dollars seront consacrés en 2011-2012, et du Fonds pour la paix et la sécurité mondiales, pour lesquels nos investissements se chiffrent à plus de 22 millions de dollars à ce jour.

Nos initiatives, mises en œuvre en coordination avec nos amis, visent à accroître la capacité des partenaires à renforcer leurs institutions de justice et de sécurité, à lutter contre la criminalité transnationale et à faire progresser la coopération en matière de défense.

En 2010, de concert avec d’autres pays et des organisations internationales, le Canada a adhéré au Groupe des amis de l’Amérique centrale. Lors de ma dernière intervention devant les membres du Groupe, j’ai exhorté nos amis d’Amérique centrale à mettre en œuvre des réformes budgétaires, afin de mieux financer leurs besoins en matière de sécurité. Selon vous, quelles sont les chances de succès de ces réformes?

Le Canada est-il engagé sur la bonne voie en Amérique centrale?

Et les pays d’Amérique centrale déploient-ils suffisamment d’efforts de leur propre initiative?

Le dernier groupe examinera les réalités concurrentes dans les Amériques. Notre hémisphère connaît en effet une transformation rapide et profonde, et il suscite un plus grand intérêt de la part d’acteurs externes comme la Chine et l’Union européenne.

Quels sont les avantages et les inconvénients de cette attention accrue?

Comment des entreprises canadiennes, aussi bien des multinationales que des petites et moyennes entreprises, peuvent-elles soutenir la concurrence dans la région?

Enfin, dans nos discussions sur les possibilités et les défis économiques dans les Amériques, nous ne devons pas oublier que la prospérité ne peut s’épanouir sans les libertés et les protections juridiques qui découlent d’une gouvernance démocratique forte.

Aussi, de concert avec des gouvernements et des acteurs démocratiques, le Canada s’attache-t-il à édifier des démocraties fortes, efficaces et responsables dans l’hémisphère. Nous consacrons le tiers de notre soutien à la démocratie à l’exécution de programmes dans les Amériques. Il s’agit, plus spécifiquement, d’aider à renforcer et à approfondir la participation des citoyens aux processus politiques et électoraux, à la consolidation de partis politiques, aux médias indépendants, aux assemblées législatives et à la société civile.

Cette année, nous célébrons le 10e anniversaire de la Charte démocratique interaméricaine et j’ai eu le plaisir d’assister aux cérémonies commémoratives au Chili. Ces deux dernières décennies, la région a réalisé de grands progrès sur la voie de la gouvernance démocratique, et nous saluons ces avancées. Toutefois, des difficultés subsistent.

Dix ans après son adoption, est-ce que la Charte démocratique interaméricaine fournit une garantie suffisante de protection de la démocratie dans les Amériques? Comment pouvons-nous mieux la faire appliquer?

Selon moi, une chose est claire : il est dans l’intérêt de tous de veiller à ce que notre région connaisse la prospérité, la sécurité et la stabilité.

C’est pour cette raison qu’il est si important pour nous de renforcer — et de maintenir — nos relations avec nos voisins de l’hémisphère.

Grâce à nos relations bilatérales solides avec les pays de la région, à notre travail multilatéral à l’Organisation des États américains [OEA] et à la Banque interaméricaine de développement, ainsi qu’à la richesse des réseaux entre les entreprises et les populations du Canada et de ses voisins du Sud, nos liens avec les Amériques se renforcent constamment.

En ce qui concerne l’architecture hémisphérique, quels sont les défis que doit relever l’OEA, tout particulièrement du fait de la montée d’organisations infrarégionales comme l’Union des Nations sud-américaines et la Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes?

Comment pouvons-nous le mieux mettre à contribution l’appui de l’OEA à nos priorités dans la région? Le Canada peut-il mieux tirer parti de sa contribution financière importante à la région? Si oui, comment?

Et, de manière plus générale, comment doit naviguer le Canada dans ces eaux hémisphériques agitées?

J’ai très hâte que commence ce dialogue et je souhaite qu’il soit possible de le poursuivre à l’avenir. Je vous remercie une fois de plus pour l’intérêt et l’importance que vous attachez à ces discussions pancanadiennes. Je suis convaincue qu’elles s’avéreront utiles.

Je vous remercie.