Discours de la ministre d’État Yelich à la réunion de haut niveau de la 25e séance du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies

Le 3 mars 2014 - Genève, Suisse

Sous réserve de modifications

Le Canada aspire à un monde sans violence où chacun peut vivre dans la dignité, où les droits sont respectés, où les chances sont égales pour tous et où la démocratie et la primauté du droit ne sont pas remises en question. Il aspire à un monde où chacun est libre de suivre sa conscience et d’exercer le culte qui correspond à ses croyances, où les femmes et les filles sont en sécurité et jouent un rôle actif au sein de leur collectivité, et où les citoyens ne vivent pas dans la crainte de leur propre gouvernement.

Malheureusement, la liberté de religion continue d’être restreinte dans le monde. Une étude de Pew Forum révèle que 74 p. 100 de la population mondiale vit dans des États où il existe un degré élevé d’hostilité sociale à l’égard de croyants, ou de grandes restrictions gouvernementales relatives aux pratiques religieuses. Il est surprenant de constater que ce chiffre est largement plus élevé qu’il y a cinq ans, alors que seulement 45 p. 100 de la population mondiale se trouvait dans une telle situation.

Le Bureau de la liberté de religion du Canada s’efforce de lutter contre la persécution, notamment par la violence, de tous les groupes religieux, et le Canada est reconnu pour avoir maintes fois par le passé dénoncé les menaces proférées contre grand nombre de ces groupes dans le monde. Au lendemain du soulèvement des pays arabes en quête d’une plus grande liberté démocratique, l’on observe une tendance inverse préoccupante dans la région, mise en évidence par des persécutions et des abus des droits de la personne visant des communautés religieuses, et notamment les chrétiens. L’on observe par ailleurs des actes de même nature dans d’autres parties du monde. Notamment, au Nigéria, le groupe terroriste Boko Haram continue d’attaquer les églises, la communauté musulmane et les autres communautés qui ne souscrivent pas à son point de vue extrémiste; au Pakistan, les musulmans ahmadis continuent de faire face à de grandes difficultés et les lois sur le blasphème visent indûment les communautés religieuses; en Iran, les lois sur l’apostasie restreignent la liberté d’expression; en Chine, les politiques continuent de limiter les pratiques religieuses dans les régions tibétaines.

Le Canada continuera à s’opposer à la haine religieuse et à promouvoir des valeurs et des principes universels : liberté, démocratie, droits de la personne et primauté du droit. Nous travaillerons en partenariat avec des pays de chaque région du monde et déploierons tous les moyens nécessaires pour faire de cette vision une réalité.

La communauté internationale se trouve face à de nombreux défis urgents en matière de droits de la personne, qui méritent tous notre attention, notre énergie et nos efforts.

L’ampleur du massacre et de la destruction que le peuple syrien continue de subir, largement aux mains du régime Assad, continue de choquer notre conscience collective. Il s’agit d’une véritable catastrophe humaine. L’enlèvement de religieuses et de chefs religieux, les signalements recensés de conversions forcées par les extrémistes, et les violences et attaques contre les monastères sont également troublants. Alors que les efforts se poursuivent pour mettre fin à la violence au moyen d’un accord politique, nous devons faire ensemble tout ce qui peut être fait pour aider les victimes, préconiser le respect des droits de la personne et du droit international, et favoriser le retour de la primauté du droit. J’exhorte les membres à parler d’une seule voix pour que les responsables de cette crise répondent de leurs actes.

Et, alors que tous les regards sont tournés vers les crises urgentes qui sévissent en Syrie, en République centrafricaine et au Soudan du Sud, des violations graves des droits de la personne, systématiques et généralisées, sans comparaison dans l’ère moderne, sont commises sans relâche en Corée du Nord. Le dédain implacable du régime nord-coréen voyou, à l’égard du bien-être des citoyens du pays, son rejet de la liberté d’expression, son recours aux goulags, aux détentions arbitraires, aux peines intergénérationnelles, aux avortements forcés et à la détention indéfinie de prisonniers politiques sont indescriptibles et doivent faire l’objet d’une condamnation universelle et de l’attention soutenue de ce Conseil. Selon les informations qui circulent, le seul fait de posséder une Bible ou de visionner des émissions de télévision étrangères peut mener à l’emprisonnement, ce qui est extrêmement préoccupant. La Commission d’enquête internationale sur la Corée du Nord a fait un travail important. Le jour où les voiles de l’obscurité auront été levés à Pyongyang [Corée du Nord], j’espère que l’on constatera que le Conseil avait raison de tenir ce régime dictatorial pour responsable. Nous ne pouvons pas, comme cela a été le cas avec la Libye, prendre à la légère l’alerte qu’avait lancée la Commission d’enquête internationale sur la Libye. Comme William Wilberforce l’a dit un jour, on peut choisir de détourner le regard, mais on ne pourra jamais plus prétendre que l’on ne savait rien. J’exhorte les membres de ce Conseil à ne pas oublier cette responsabilité.

En Iran, les personnes continuent à vivre dans la peur des disparitions forcées, des incarcérations arbitraires et des actes de torture dont le régime est à l’origine. Malgré un changement de président, des centaines de prisonniers politiques languissent en prison, y compris des membres de la communauté bahá’ie, et d’autres qui veulent tout simplement pratiquer leur foi dans un climat de paix. Le Canada continue à appuyer le Rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits de l’homme en Iran qui a pour tâche de surveiller les violations des droits de l’homme et d’en faire état, et encourage les autorités iraniennes à collaborer avec la communauté internationale.

Au Sri Lanka, nous regrettons la réticence du gouvernement [sri-lankais] à prendre des mesures constructives au regard du contenu de divers rapports et à entamer des démarches concrètes en faveur de la réconciliation et de la responsabilisation. Des mécanismes internes antérieurs sont, malheureusement, demeurés secrets, insuffisants ou incomplets. En outre, l’incapacité continue de reconnaître ce qui est arrivé, combinée à des violations des droits de l’homme de plus en plus fréquentes, aura pour effet de non seulement continuer à mettre à mal la primauté du droit et la démocratie dans ce pays dynamique, mais aussi de compromettre son essor économique et son retour à la stabilité. En l’absence de mesures crédibles de la part du gouvernement du Sri Lanka, le Canada souscrit à l’appel en faveur d’un mécanisme d’enquête international.

Finalement, nous avons été témoins de l’intervention militaire sur le territoire d’un pays indépendant et souverain qu’est l’Ukraine. Le Canada condamne ces actions avec la plus grande fermeté.

Cette intervention militaire contrevient clairement au droit international. Elle met en péril les droits de la personne des citoyens ukrainiens.

Le premier ministre Stephen Harper a demandé au président [Vladimir] Poutine de rappeler immédiatement ses forces militaires à leurs bases et de s’abstenir de commettre tout autre acte provocateur et dangereux. Le Canada appuie le déploiement immédiat en Ukraine d’observateurs internationaux des Nations Unies et de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe.

Monsieur le Président,

Pendant des années, le Canada s’est fait le champion de l’autonomisation des femmes et des filles, en particulier dans le domaine de la lutte contre la violence dont elles sont la cible.

Le Canada est fier de faire figure de chef de file mondial dans la protection de la santé des femmes et des enfants vulnérables partout dans le monde. Notre initiative du G-8 à Muskoka [sur la santé des mères, des nouveau-nés et des enfants] permettra de sauver la vie de 1,3 million d’enfants et nouveau-nés, ainsi que de plus de 60 000 jeunes mères.

Mais il reste encore beaucoup à faire.

Le Canada continuera de mettre la question des plus pauvres et plus vulnérables, notamment les femmes et les enfants, au cœur des projets de développement post-2015. Et nous resterons champions de l’égalité entre les hommes et les femmes, de l’autonomisation économique des femmes et d’un investissement plus important chez les filles.

Le développement d’un pays est inextricablement lié à la destinée et au rôle des femmes. La Déclaration [de l’ONU] sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes présente une série de mesures importantes que les États et l’ONU doivent adopter afin d’éviter la violence et d’assurer que les femmes aient la latitude nécessaire pour participer pleinement et activement à tous les processus décisionnels. Il est essentiel de promouvoir et de protéger les droits des femmes et des filles, et de travailler ensemble pour favoriser leur autonomisation politique et économique. Les femmes doivent participer pleinement à tous les secteurs de notre société, y compris les processus décisionnels. C’est ainsi que nous pourrons bâtir un monde plus fort, plus sécuritaire, plus prospère et plus paisible. Désormais, la réussite et la stabilité de chaque pays seront directement tributaires de l’autonomisation des femmes. Nous exhortons les pays où les écarts sont importants à l’égard du ratio hommes-femmes d’adopter des mesures pour combler ces écarts au sein de leur population, en tenant compte des torts occasionnés par le manque de filles, et de veiller à ce que les politiques adoptées en matière familiale soient fondées sur le consentement.

Nous pouvons nous appuyer sur l’exemple courageux et inspirant donné par la jeune Pakistanaise Malala Yousafzai qui, en risquant sa vie pour promouvoir l’éducation des jeunes filles, défend haut et fort les intérêts des personnes réduites au silence. Malala représente, pour nous tous, un avenir plus sûr, plus sain et plus prospère.

En Afghanistan, nous sommes conscients que de gros progrès ont été accomplis, en particulier en ce qui concerne les droits fondamentaux des femmes et des filles, mais nous devons rester vigilants quant aux défis qui nous attendent. Le Canada a joué un rôle actif dans ces efforts, en effectuant d’importants investissements pour améliorer l’accès des femmes et des filles à l’éducation, aux soins de santé et à l’indépendance économique, et il continuera sur cette voie. Ces progrès chèrement obtenus seront déterminants à long terme, en ce sens qu’ils contribueront à favoriser l’épanouissement, la stabilité et la prospérité de l’Afghanistan. Mais ces précieuses avancées demeurent fragiles, et c’est pourquoi elles doivent être protégées par le gouvernement, le Parlement et l’institution nationale des droits de l’homme de l’Afghanistan, et ce, avec l’appui de la communauté internationale. On doit appeler l’Afghanistan à maintenir son engagement à l’égard des droits de la personne, en particulier les droits des femmes et des filles, les membres les plus vulnérables de sa population. Les femmes et les filles afghanes doivent pouvoir compter sur leurs institutions gouvernementales ainsi que sur les lois et les pratiques du pays pour assurer leur protection, leurs droits et leur sécurité. Une perception erronée de la sécurité ne peut pas être un compromis pour les droits des femmes et des filles, car la sécurité ne peut être un privilège pour seulement la moitié de la population.

L’argument des traditions et des coutumes est trop souvent mis de l’avant pour servir d’excuse à d’autres pratiques qui privent les personnes de leurs droits. La pratique néfaste du mariage précoce et forcé est un exemple qui soulève des préoccupations particulières. Cette pratique prive les filles de leurs droits, les empêche d’accéder à l’éducation, compromet gravement leur santé et, dans l’ensemble, limite le développement des collectivités. Ces filles sont encore des enfants, qui deviennent parents avant même d’avoir atteint la maturité physique ou psychologique pour assumer ce rôle. Le mariage précoce et forcé peut également empêcher les filles d’avoir accès à l’éducation. Le manque de scolarité diminue l’accès aux possibilités, réduit la prospérité et limite le développement de la collectivité dans son ensemble. Nous avons déclaré publiquement que nous prenons des mesures pour veiller à ce que la pratique du mariage précoce et forcé n’ait pas lieu sur le territoire canadien. Qui plus est, nous avons inscrit au rang de nos priorités de politique étrangère les efforts pour mettre fin au mariage précoce et forcé. Nous sommes déterminés à ouvrir la voie, notamment en collaborant avec des partenaires du monde entier, pour combattre et éradiquer cette pratique. Nous avons d’ailleurs participé activement à des efforts interrégionaux visant à faire adopter des résolutions à ce sujet, à la fois à Genève et à New York.

Nous exhortons également les pays à décriminaliser l’homosexualité et à réprimer les crimes et les actes de violence commis à l’endroit des personnes en raison de leur orientation sexuelle.

En guise de conclusion, Monsieur le Président, ce n’est qu’ensemble que nous pourrons mieux faire progresser les droits de la personne et les libertés fondamentales dans le monde, pour ainsi réaliser le plein potentiel de la Déclaration universelle des droits de l’homme et veiller à ce que ces droits prévalent pour tous, y compris les plus vulnérables.

Et je termine en affirmant que même les dictatures les plus puissantes ne peuvent résister à la foi; ne peuvent résister à la vérité; ne peuvent résister au désir de liberté de leur peuple.

Je vous remercie.