2009/1
Tel que prononcé
Si vous le permettez, j'aimerais prendre quelques instants pour m‘entretenir des défis qui nous attendent tous — je dis défis, mais ces défis sont aussi des occasions qui s'offrent à nous. Après avoir jeté un bref coup d’œil sur la situation politique actuelle et fait un retour sur notre passé, je serai amené à dire que notre histoire nous propulsera sans aucun doute tous ensemble vers l’avenir. Un avenir que plusieurs voient assez sombre, non sans raison.
Les causes de la débâcle actuelle sont très réelles. Cependant, lorsque les gens se font répéter du matin au soir que nous sommes dans une période apocalyptique et que la civilisation telle que nous la connaissons est sur le point de disparaître, croyez-vous qu'ils vont dépenser leur argent? Qu'ils vont aller magasiner? Qu'ils vont vouloir investir? C’est bien là l’un des défis auxquels nous sommes confrontés.
Sur le plan politique, je crois que vous entrez dans une période très stimulante avec le nouveau président désigné. C'est un homme manifestement porteur d'espoir, non seulement dans ses paroles, mais aussi dans ses actes, comme peut en témoigner son travail acharné tout au long de sa vie. Et je crois qu'il a été très clair à ce sujet.
Les Canadiens ont suivi avec intérêt le déroulement du processus politique et des élections aux États-Unis. Nous aimons les sondages autant que vous et c’est pourquoi, lorsque vous étiez en campagne électorale ici, nous menions constamment des sondages afin de savoir pour qui nous voterions.
C'est vraiment étrange. Mais la vaste majorité des Canadiens ont dit qu'ils auraient voté pour le président désigné. Je crois que ceci représente une possibilité en soi. Les attentes à l’égard de M. Obama sont élevées. J'espère cependant qu’elles ne seront pas irréalistes. Il n'est pas notre président, mais, partout dans le monde, on s’intéresse, à juste titre, à ce qui se passe aux États-Unis.
Je crois que les attentes à son égard sont presque surhumaines. J'espère donc qu'on lui donnera le temps de souffler. Même nos amis dans les médias comprendront ce qu'il est possible de réaliser en ces temps difficiles, car il y a des limites à tout. En tout cas, nos vœux l’accompagnent — et vous accompagnent également.
Lorsqu’on fait un retour sur l'histoire de nos deux pays, nous sommes là depuis un bon moment, qu’on parte de la date de fondation de notre pays ou de 1867. Je crois que les relations entre nos deux pays sont sans précédent dans l’histoire. Depuis 200 ans, selon la date d’où l’on part, nos deux pays vivent côte à côte. J'avais l'habitude de dire que nous vivons de part et d'autre d'une frontière non protégée, mais si vous essayez de traverser la frontière pour entrer au Canada ou si vous faites la navette entre les deux pays, vous ne serez peut-être d'accord avec cette idée-là. Mais cela reste quand même une frontière amicale.
Compte tenu de tous les changements géopolitiques qui se produisent dans le monde, je ne sais pas s’il y a d’autres pays qui peuvent regarder le reste de la planète et dire : « Voici un exemple de deux pays qui s’entendent vraiment bien ». À mon avis, c’est là quelque chose de fantastique.
Bien sûr, nous avons eu des divergences d’opinions dans le passé et il y aura toujours des questions au sujet desquelles nous ne serons pas d’accord. La dernière fois que nous en sommes venus aux coups, que nous nous sommes affrontés sur les champs de bataille, c’était en 1812. Et c’est nous qui avons gagné!
Je vous suis reconnaissant de ne pas nous en avoir trop voulu. Je vous dirai qu’il y a un peu plus d'un an, ou même presque deux ans, je suis venu aux États-Unis en voyage d’affaires alors que j’étais ministre de la Sécurité publique, c’est-à-dire en charge d’un ministère qui est l'équivalent de votre département de la Sécurité intérieure. Certaines de nos réunions avaient lieu au large de la côte est. Nous exécutions des exercices militaires avec vous.
Nos troupes utilisaient l'un de vos navires amphibies, en fait l'un de vos destroyers, dans le cadre d’une des opérations. Nos troupes devaient furtivement descendre à terre pour s'emparer de l'un de vos grands établissements où s’entraînent les marines.
J'ai appelé le premier ministre à ce moment là pour lui dire ce que je faisais. Mon téléphone cellulaire coupait de temps à autre et je pensais à ce que je lui dirais : « Oui, monsieur, je suis sur le destroyer. Nos troupes sont en train d'attaquer la base des marines sur la côte de la Virginie. » Et je me suis dit : « Qu’est-ce qui se passerait si le téléphone coupait juste à ce moment-là? Ça pourrait créer certaines difficultés. »
Mais nous sommes unis par une histoire et des relations fantastiques et incroyables. Si, à partir de la fondation de nos deux pays, nous appuyons sur la touche d'avance rapide, nous arrivons vite à une autre date vraiment importante pour nous, celle de la signature de notre Accord de libre-échange. En plus de nos relations politiques amicales, nous entretenons des rapports commerciaux exceptionnels, qui se chiffrent à l’heure actuelle à 535 milliards de dollars par année. Autrement dit, la valeur des échanges qui traversent la frontière chaque jour est de 1,7 milliard de dollars.
Ceux qui connaissent le pont Ambassador qui relie Windsor et Detroit savent-ils que la valeur des marchandises qui transitent par ce seul pont dépasse celle de tous vos échanges avec le Japon, par exemple? Nos relations commerciales sont tout simplement gigantesques! Aux États-Unis, 7,1 millions d'emplois dépendent de cet accord commercial.
Si on concentre le regard uniquement sur la Californie, on estime que quelque 840 000 emplois dépendent de cette relation commerciale entre nos deux pays. Bien sûr, un nombre d'emplois proportionnel en dépend également au Canada. Nous avons d’étroites relations d'affaires avec la Californie, et je suis sûr que vous en êtes d’ailleurs parfaitement conscients.
Par exemple, Onex est une importante entreprise très active ici en Californie. La firme aérospatiale COM DEV est également très présente ici. Réciproquement, votre usine Boeing en Californie fabrique nos aéronefs militaires. Nous avons des accords scientifiques et techniques avec UCLA [University of California, Los Angeles] — par exemple, pour la recherche sur le cancer et les cellules souches.
Ces relations bénéficient à nos deux pays. Nous sommes parfois surpris d’apprendre qu’un produit vient de l’autre pays. Je ne veux pas faire de publicité, mais ce que j’ai ici, dans la main est un BlackBerry. Et si vous avez lu le New York Times, vous savez que le président désigné Obama a dit qu'on voulait lui arracher des mains son BlackBerry — c’est ce qu’il a dit, « arracher ».
Qu’on lui laisse son BlackBerry! Je mentionne en passant que c’est là un produit canadien qui a conquis la planète. Il y a beaucoup de gens qui ne le savent pas. Mais votre président désigné en fait la promotion, sans toucher de ristourne, d’ailleurs. Saviez-vous qu'il s'agissait d'un produit canadien? Il a été mis au point par le groupe ontarien RIM. Cet exemple montre que, malgré le volume de nos échanges commerciaux, nous ignorons parfois totalement l'origine des produits et des innovations dont nous faisons usage.
Le fait est que nos deux pays se renforcent mutuellement. Le niveau de prospérité dont nous jouissons est plus élevé qu'il ne le serait si nous n’avions pas ces relations historiques et politiques, ancrées dans un attachement commun envers la démocratie, les droits de la personne, la primauté du droit et les libertés fondamentales qui sont les nôtres. Et bien sûr, il y a aussi ces remarquables rapports commerciaux.
Tout cela n’est que le toile de fond devant laquelle se déroule l’actuelle crise financière. Je prendrai les quelques instants qui me restent pour vous dire ce qui se passe chez nous dans la conjoncture financière actuelle, dans cette période de ralentissement temporaire dans laquelle nous nous trouvons en ce moment.
Vous savez peut-être que, selon le Fonds monétaire international, la Banque mondiale et l'Organisation de coopération et de développement économique, le système bancaire du Canada est le plus stable et le plus solide au monde à l’heure actuelle. Nous ne sommes pas aux prises avec le genre de crises auxquelles sont confrontés bon nombre d’autres pays.
Si cela vous semble être une publicité sans vergogne, vous avez tout à fait raison. Et si vous avez des capitaux de risque à investir et que vous cherchez un pays très stable où placer cet argent, le Canada est très certainement un pays auquel vous devriez songer. Ce sont là des observations fondées sur la réalité et sur les principes de notre système bancaire.
Sous la direction du premier ministre Harper, notre gouvernement a, il y a environ un an et demi, adopté certaines lois qui nous ont aidés à éviter le problème du crédit hypothécaire à risque, qui a frappé tant de régions différentes. Nous avons promulgué des lois qui, à toutes fins utiles, empêchent le problème de se manifester.
Nous avons des lois qui obligent les établissements financiers, y compris les banques, à faire preuve de transparence en ce qui a trait aux éléments de leurs opérations qu’ils sont tenus de déclarer, ainsi qu’au montant de l’actif de réserve qu’ils doivent maintenir eu égard au montant du crédit qu'elles accordent. Nous avons également adopté des politiques très vigoureuses en ce qui a trait à la réduction des impôts et de la dette fédérale, à la gestion des dépenses de l'administration fédérale et, tout spécialement ces temps-ci, à l'accélération des investissements fédéraux dans les infrastructures. Je sais qu’il s’agit là de mesures qui ont déjà été adoptées ou qui le seront bientôt ici même aux États-Unis.
Nous envisageons également d'accroître les capacités de crédit en faisant appel aux établissements de crédit fédéraux. Nous disposons, à cet égard, de certaines possibilités intéressantes et nous avons élargi la marge de manœuvre du gouvernement fédéral pour ce qui est de garantir certains types de prêts et d’accorder certains types de crédit.
Fran Inman et moi parlions justement du crédit à court terme nécessaire dans le domaine du transport des conteneurs, un sujet qui vous est sans doute familier. Au Canada, nos ports sont aux prises avec les mêmes difficultés que celles que vous connaissez ici, à Los Angeles et ailleurs.
Nous avons également offert notre aide à l'industrie automobile. Nous avons attendu afin de voir à quoi ressemblerait votre offre parce qu’il s’agit d’une industrie très intégrée et nous voulions que notre intervention soit proportionnelle à la vôtre de façon à faire notre part pour maintenir un certain équilibre. Ce ne sont là que quelques-unes des mesures que nous avons prises pour assurer une relative stabilité du système.
Cela dit, au Canada, nous ne sommes pas à l'abri des aléas auxquels sont exposés les États-Unis, ni même le reste de la planète. Notre taux de chômage a augmenté, mais pas au même rythme que celui que vous connaissez malheureusement ici.
Du côté de l'industrie des prêts hypothécaires, nous n'avons pratiquement aucun problème lié aux saisies de biens hypothéqués. Il se produit toujours des saisies, mais la situation n’a pas atteint un point de crise. Il reste, bien sûr, que le secteur immobilier n’a pas été épargné. Les projections s’étendant jusqu’à la fin de 2009, qui viennent tout juste d'être rendues publiques par nos bureaux nationaux de projections immobilières, font état d'une réduction de 3 à 5 p. 100 pour l'ensemble du pays. Ces projections tiennent compte du fait que, l'an dernier, l'immobilier a accusé des baisses de 10 à 18 p. 100, selon les région. C'est donc dire que nous avons également connu les expériences négatives que vous avez vécues ici, mais le phénomène n’a pas la même ampleur chez nous, d’une part parce que votre population est dix fois plus nombreuse que la nôtre, et d’autre part parce ces événements ont une influence moins grave au Canada.
Si vous êtes en quête de stabilité et de prévisibilité lorsque vous songez au volet investissement de vos portefeuilles, ce sont là des facteurs que vous devriez prendre en considération. Vous pouvez vous mettre en contact avec notre bureau commercial, ici même à Los Angeles, où vous rencontrerez des gens très ouverts, très positifs et très tournés vers l’avenir.
Nous sommes tous dans le même bateau. Le PIB de la Californie est assez proche de celui du Canada tout entier, et votre PIB par habitant est légèrement supérieur au nôtre. Avec quelques acteurs d'Hollywood de plus, nous pourrions vous rattraper.
Mais nous avons d’autres points en commun. Nous avons des accords scientifiques et techniques et des accords de recherche et développement qui présentent un grand attrait pour de nombreuses sociétés américaines de capital de risque. Celles-ci peuvent fournir une bonne partie des travaux de R-D qui peuvent s’avérer nécessaires, et ces projets mènent parfois à des activités de construction d'usines et de fabrication. Dans d'autres cas, les entreprises se servent de l’outil très utile que sont les capacités scientifiques et techniques du Canada, sans oublier ses ressources en R-D, pour mettre au point de nombreux produits. Ces activités sont ensuite transférés aux États-Unis ou ailleurs dans le monde pour perfectionner les produits encore davantage.
Ce sont là quelques-uns des éléments qui, à mon avis, sont susceptibles d’être attrayants pour les gens d'affaires de la Californie. À bien des égards et dans bien des domaines, la Californie présente elle aussi un grand intérêt pour les Canadiens. J'ai eu l'occasion, ces derniers jours, de m’entretenir avec des Canadiens qui vivent dans différentes régions de votre pays; ils m'ont dit que les Canadiens continuaient d'investir ici. Les Canadiens continuent de signer des contrats et de créer des partenariats avec des entreprises américaines, même si ces événements ne sont pas mis en évidence dans les médias parce qu’ils cadrent mal avec le pessimisme qui est de mise.
Bref, nous sommes là pour faire des affaires. Nous avons des règles et des règlements, cela va de soi. Nous sommes disposés à en discuter avec vous et à collaborer dans des domaines comme les questions environnementales. Dans ce secteur, le Canada a adopté des lois exigeant une réduction de 20 p. 100 des émissions de gaz à effet de serre d'ici 2020. Nous songeons à mettre en place des mesures favorisant la création de bourses du carbone, et on dit que l'administration Obama envisage elle aussi des mesures semblables.
Bien sûr, la Californie joue à cet égard un rôle de leader. Votre gouverneur a fait une visite au Canada il y a un peu plus d'un an. Je peux vous dire que sa visite a été très appréciée. Les gens ont aimé le rencontrer. Il était accompagné de représentants de UCLA et des milieux d’affaires. Son séjour au Canada a été très positif. Il a fait de la promotion non seulement pour les États-Unis, mais aussi pour la Californie et pour les nombreux débouchés qui s’y trouvent.
Ce sont là, à mon avis, des développements qui nous donnent raison de garder espoir en cette période difficile. Je crois que nous devons discuter de ces développements positifs. Comme je le mentionnais à Fran, il peut arriver que les élus parmi nous soient critiqués lorsqu’ils osent parler de choses positives à des moments comme aujourd’hui. Si nous évoquons les possibilités qui nous sont offertes ou citons en exemple une entreprise où tout va bien ou qui embauche des gens, nous risquons d’être accusés d’un optimisme aveugle ou exagéré, de ne pas nous rendre compte de ce qui se passe.
Il va sans dire que nous devons parler des éléments négatifs et en tirer les leçons qui s’imposent. Mais nous devons aussi parler des éléments positifs. Personne d'autre n'en parle. Nous devons aider les gens à comprendre qu'il y a de la lumière au bout du tunnel. Et que la lumière n'est pas celle d'un train qui fonce sur nous. En fait, c'est la lumière du soleil et nous avançons dans cette direction.
Je me réjouis à l’idée de travailler avec vous. Notre premier ministre se réjouit lui aussi à la perspective de collaborer avec la nouvelle administration. Nous croyons que la Californie et le Canada peuvent continuer d'accomplir ensemble de grandes choses qui redonneront espoir au reste de la planète.
Je vous remercie.