Affaires étrangères et Commerce international Canada
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Le 22 janvier 2009
Mumbai, Inde
2009/3

Discours du ministre du Commerce international et ministre de la porte d’entrée de l’Asie-Pacifique, l’honorable Stockwell Day, devant des gens d’affaires à Mumbai

Tel que prononcé

Merci infiniment de cette merveilleuse présentation. C’est fantastique d’être ici. Cette visite nous procure un immense plaisir. Nous sommes arrivés samedi à minuit à New Delhi et nous avons visité Hyderabad, New Delhi et nous voici, ici, dans cette superbe ville. Dimanche, nous avons fait un petit détour quoique, de mon point de vue, c’était plutôt une expédition. Nous avons pris le train à New Delhi pour nous rendre jusqu’à Agra et nous avons passé un peu de temps au Taj Mahal, un lieu mythique, qui suscite chez le visiteur un mélange de joie et d’admiration. Ensuite nous sommes revenus en voiture. Comment résumer cette expérience? Tout cela a été pour nous — je cherche mes mots — une véritable révélation.

Je tiens à vous faire part de ce que j’ai remarqué en observant la circulation, car je crois que l’Inde a découvert quelque chose. Je ne saurais vous dire ce que c’est exactement. Sauf ceci : des millions et des millions de personnes et de véhicules se déplacent, et au départ, cela semble totalement désordonné mais plus je circule en voiture, plus je me rends compte que tout est extrêmement bien pensé et très subtil. Chacun semble comprendre où vous voulez aller. Dans ma circonscription et même dans tout le Canada, la majorité des routes n’ont que deux voies et la circulation est très souvent ralentie. Mais en Inde, vous avez trouvé un moyen pour qu’elle ne soit pas interrompue.

Un soir, j’ai vu quelque chose qui m’a semblé tout à fait magique. Une fois le travail terminé, j’ai voulu aller faire quelques courses dans les magasins locaux. Notre agent de sécurité et le vôtre ont dit : « D’accord, mais c’est de l’autre côté de la rue et nous devons traverser. » Il y avait dix voies; vous imaginez le spectacle, j’en suis certain. Ce n’était pas dans cette ville : vous n’avez donc pas à vous sentir embarrassés. Eh bien, l’agent de sécurité a dit qu’il fallait juste traverser et qu’il allait me montrer comment faire. J’ai respiré profondément, fait une prière et nous avons traversé. Vous savez comment ça se passe. Les gens vont et viennent de tous les côtés, mais on entend rarement un coup de klaxon. Puis nous nous sommes retrouvés de l’autre côté de la rue. Cela fonctionne incroyablement bien. Contrairement à ce qui se passe dans certaines villes comme Montréal, pour ne pas citer de nom (cela m’aurait-il échappé?), où le conducteur considère parfois le piéton comme une incitation à rouler, il semble y avoir ici un respect inné envers le piéton et tout se déroule très bien. Je vous félicite. C’est l’un des plaisirs de voyager dans ce pays.

J’accorde une très grande importance à la visite que j’effectue ici et aux contacts que j’ai pu avoir avec le personnel de l’hôtel [Oberoi], d’autres personnes et les membres de notre propre personnel [consulaire], ceux qui ont vécu des moments terribles, que dis-je des moments, des heures et des jours d’horreur. Le public ici présent n’ignore pas que la communauté indo-canadienne se trouve dans toutes les régions du Canada. Il serait difficile aujourd’hui de trouver des Canadiens qui n’aient pas d’amis ou de contacts parmi les membres de cette communauté, et je peux vous assurer que les événements horribles qui ont frappé l’Inde les ont profondément choqués. Lorsque les images ont commencé à apparaître sur nos écrans de télévision, nous nous sommes sentis immédiatement solidaires. Nous avons été stupéfaits par ce que nous étions en train de voir et les Canadiens ont prié d’un seul cœur pour vous, vous ont transmis leurs condoléances et vous ont exprimé leur soutien unanime.

J’ai eu l’honneur de rencontrer votre premier ministre il y a quelques jours et de pouvoir lui remettre la lettre de notre premier ministre, qui a déclaré clairement, dès le début et très publiquement, que l’Inde ne doit pas se sentir isolée et être seule à s’inquiéter de la provenance de ces attaques, que nous ne la laisserons pas seule et que le Canada et l’Inde resteront solidaires, main dans la main.

Je dois dire que je me suis réjoui de voir dans la presse de ce matin que le nouveau président [Barack] Obama avait emboîté le pas au Canada en reprenant le même thème, et de constater que ses propos étaient très semblables à ceux de notre premier ministre.

Nous voilà donc ici, dans cette ville extraordinaire. Laissez-moi prendre quelques minutes pour vous décrire certaines des activités que nous menons au Canada car je crois que ces renseignements seront utiles à tous ceux qui ne sont pas encore au courant. N’ayez crainte, je n’oublie pas qu’il est 13 h 15 et que tout le monde a faim. Tiens! Bonjour Barbara McDougall. Ravi de vous voir. En tant qu’ancienne députée et ministre du Cabinet, vous savez ce que c’est que de s’adresser à un public qui attend de voir le repas arriver. On se met à penser : « Est-ce qu’ils m’écoutent ou est-ce qu’ils se demandent si mon discours va finir bientôt? » Je peux vous assurer que j’aurai terminé avant 16 heures pour que nous puissions manger et profiter du repas.

J’aimerais vous dire que ces derniers jours, ici, j’ai entendu bien des propos qui m’ont paru très encourageants. Selon moi, l’Inde constituera l’un des facteurs qui renverseront le ralentissement économique mondial actuel, en raison de ses innovations, de son investissement, de son optimisme, de son grand savoir-faire commercial et de sa croissance extraordinaire. Je pense que ces éléments vont contribuer de manière déterminante à faire avancer les choses, et je tiens à vous en féliciter à l’avance. Nous prenons un certain nombre de mesures pour accompagner ces progrès, vous aider et nous aider nous-mêmes de façon à profiter d’une partie de cet élan puissant que vous avez créé grâce à votre énergie et à votre optimisme.

Nous avons une stratégie pour stimuler notre commerce. Nous sommes entrés dans un cycle de ralentissement mondial, il faut le reconnaître, mais aussi préciser et répéter qu’il s’agit d’une situation temporaire. N’importe quel étudiant qui a suivi quelques cours d’histoire, même au niveau de l’école secondaire, sait et comprend que les cycles économiques ne sont que cela : des cycles. Et il est dommage que l’on demande — je suppose — aux médias de mettre l’accent sur les aspects négatifs, ou bien s’agit-il de l’une de leurs caractéristiques inhérentes. Comprenez-moi bien : malgré les apparences, mon objectif n’est pas de parler des médias de manière péjorative, car je suis tout à fait conscient qu’il est important d’attirer l’attention sur ce qui ne va pas. C’est nécessaire. Mais il faut aussi parler des éléments positifs, car il y en a. On peut comprendre que les citoyens du monde entier, qui se lèvent tous les jours, regardent les nouvelles à la télévision ou lisent les journaux, aient l’impression que c’est la fin du monde. À mon humble avis, mais je peux me tromper, ce n’est pas la fin du monde. Il y a de fortes chances pour que vous soyez encore presque tous en vie lorsque j’aurai fini de parler, sauf si je vous ai ennuyés à mourir. C’est possible. Nous traversons une époque où des centaines de millions de personnes dans le monde sont paralysées par la peur et désespérées parce qu’elles croient que ça y est : la fin du monde est arrivée.

À propos, est-ce que certains de nos amis des médias sont ici? Merveilleux : je suis content de vous voir. Fantastique. Laissez-moi reformuler mes commentaires.

Peut-être devrais-je seulement souligner à quel point j’ai été heureux de voir que l’un de vos journaux, celui de la ville, avait publié ce matin une photo de moi dans un pousse-pousse de la ville que j’ai visitée avant. Il m’a fallu corriger une erreur, toutefois, et ne prenez pas cela pour une attaque contre les médias. La photo en question — excellente d’ailleurs car je n’étais pas le seul personnage — donnait l’impression que j’étais en train de marchander durement le prix de la course, alors que le monsieur qui nous a conduits était si aimable qu’il ne voulait pas prendre d’argent. J’ai fouillé dans ma poche et j’ai insisté pour qu’il prenne un billet de 30 qu’il a refusé. Alors, j’ai sorti plus d’argent, 100 de plus, et je pense qu’il a compris que je voulais vraiment le payer. Je tenais à faire cette petite mise au point.

Je dois dire que le personnel officiel qui m’accompagnait a été terrifié durant tout le trajet. Mais moi, j’ai trouvé qu’il s’agissait d’un moyen de transport très pratique et j’ai parlé au fabricant de ces véhicules, qui a rapporté que je pensais qu’il existait un marché au Canada pour ce mode de transport. Et au moment où je vous parle, il étudie la question.

Permettez-moi de revenir sur ce point : c’est vrai, nous devons penser à ce qui ne va pas dans le monde, mais il y a beaucoup d’éléments positifs. J’ai regardé la chronique financière ce matin. Nos amis ici présents n’y sont pour rien et ne doivent pas se sentir mal; je crois que c’était une chaîne américaine. En tout cas, dans la chronique financière, il y avait deux bilans d’entreprises. Ils attendaient que les chiffres paraissent. Certains d’entre vous ont peut-être vu cette émission. Au milieu de la conversation, la chroniqueuse a interrompu le monsieur qui était interviewé en disant : « Attendez, on a les résultats. Les bilans qu’on attendait, avec les résultats du dernier trimestre de ces grandes sociétés. »

Le compte rendu a été fait et la chroniqueuse a commenté : « Pour celle-ci, ça progresse. C’est mieux que ce que l’on pensait. Bon, regardons maintenant l’autre. Eh bien, des deux côtés, les résultats sont meilleurs que nous ne le pensions. » Et ainsi de suite. Puis, elle a indiqué qu’il fallait passer à un autre sujet. Et moi, en regardant ça, je me suis dit : « Mais attendez un peu. Ces deux grandes sociétés internationales viennent de dépasser les résultats qu’elles avaient prévus elles-mêmes. » C’est ce genre de choses que nous devons garder à l’esprit dans les efforts que nous déployons pour nous sortir de cette situation difficile.

Au Canada, nous avons compris, comme bien d’autres pays, que ce que nous ne voulons surtout pas voir se produire à un moment où l’économie mondiale affiche un ralentissement, c’est un régime protectionniste. L’histoire nous a appris que cela ne fait qu’aggraver et exacerber la situation.

Nous ne croyons pas au protectionnisme, et c’est pour cela que j’ai besoin de votre aide en Inde, au Canada et dans le monde entier. En tant qu’élus d’un système démocratique, nous devons évidemment tenir compte des préoccupations de nos électeurs. Mais lorsqu’ils ont peur, il arrive qu’ils demandent des choses qui, à long terme, pourraient être dangereuses, et le protectionnisme est dangereux à long terme. Une attitude protectionniste est nuisible. Si nous voulons augmenter les débouchés, protéger les emplois dans nos propres pays et protéger les industries, nous devons accroître leurs possibilités de vendre leurs produits et leurs services. Et c’est ce que nous faisons dans le domaine du commerce.

C’est la raison pour laquelle j’ai été si heureux de pouvoir rencontrer votre premier ministre ainsi que le ministre [du Commerce et de l’Industrie Kamal] Nath, le ministre [des Sciences et de la Technologie Kapil] Sibal, d’autres personnes, dont votre conseiller à la sécurité nationale. Nous avons convenu d’un certain nombre de choses. Nous allons mettre en place un accord qui nous permet de demander à nos représentants de s’asseoir et d’entamer le processus difficile qui consiste à débattre de la forme que pourrait prendre un accord commercial de portée générale entre le Canada et l’Inde. Certains appellent cela un accord de libre-échange. Il pourrait donner lieu à une plus grande libéralisation du commerce. Toujours est-il que nous avons besoin d’élargir nos relations pour que les pourparlers puissent véritablement commencer.

Il nous faut cette fois définir en partie notre stratégie. Nous avons réalisé des progrès dans la planification des infrastructures au Canada pour les sept prochaines années et nous allons réduire cette durée. Nous comptons dépenser 33 milliards de dollars pour des travaux d’infrastructure qui pourraient intéresser certains d’entre vous ici et, parallèlement, des entreprises canadiennes mènent des activités ici dans le domaine des infrastructures. Nous allons injecter ces montants dans l’économie presque immédiatement ou autant d’argent qu’il nous est possible d’injecter en pratique. Nous appelons cela « le début des travaux » parce qu’il faut continuer sur cette lancée.

Nous nous sommes rendu compte que si nous voulons que des investissements circulent entre le Canada et l’Inde et d’autres pays, nous devons donner l’assurance aux investisseurs que certaines règles sont en place pour protéger leurs investissements. Dans cette optique, rappelons que nous en sommes aux dernières étapes avant la signature d’un accord avec l’Inde sur la promotion et la protection des investissements étrangers. Nous en sommes très heureux.

Nous saluons également la sagesse du gouvernement de l’Inde qui étudie les besoins énergétiques des 10, 15 et 20 prochaines années compte tenu de l’incroyable croissance de son pays. Le gouvernement a reconnu à juste titre qu’il était possible de satisfaire ces besoins grâce à l’utilisation rationnelle d’une énergie nucléaire propre et non polluante pour l’atmosphère, au lieu d’utiliser le charbon ou de dépendre complètement du charbon, du pétrole et du gaz. Les projections de 25 à 30 réacteurs pour produire cette énergie propre sont incroyables et ouvrent des perspectives fantastiques.

Le Canada possède l’une des plus grandes industries nucléaires du monde. Il est réputé non seulement pour les technologies qu’il a mises au point mais aussi pour le produit brut. Là encore, au cours de la réunion avec les représentants canadiens de l’industrie nucléaire dont j’ai parlé, une invitation ouverte à participer a été lancée, et le dossier nucléaire est actuellement à l’examen. D’ailleurs, je crois qu’un protocole d’entente a été signé hier entre nos entreprises, et entre Énergie atomique du Canada limitée et Larsen & Toubro Ltd. Donc, il y a déjà plus de mouvement et nos deux pays vont pouvoir en profiter.

Nous avons également porté une grande attention à la nécessité de maintenir notre régime fiscal à un faible niveau, qu’il s’agisse du revenu des particuliers ou de celui des entreprises, ce qui s’avère intéressant pour vous. Nous élargissons aussi les accords en matière de sciences et de technologie qui existent entre le Canada et l’Inde dans diverses régions. De plus, nous nous réjouissons que votre gouvernement ait l’intention d’accroître le financement de la recherche-développement jusqu’à 8,2 milliards de dollars dans les années qui viennent. Ce sont des signes tellement positifs qu’ils ne peuvent que produire d’excellents résultats.

Pensons aux entreprises canadiennes présentes en Inde, comme Sun Life [du Canada, Compagnie d’assurance-vie], qui est ici depuis un siècle, ou bien sûr, [Groupe] SNC-Lavalin [Inc.], qui y mène de nombreuses activités. Citons aussi les entreprises de l’industrie nucléaire dont je viens de parler, mais il y a d’autres exemples. Parmi nos produits les plus intéressants, nouveaux ou relativement nouveaux, il y en a un que le monde entier s’arrache : le fameux BlackBerry. J’en profite pour vous dire que les représentants de RIM [Research in Motion Ltd.] sont ici aujourd’hui. Avec le BlackBerry, ils ont réussi un coup formidable, sans précédent dans l’histoire du commerce moderne, en réussissant à solliciter l’aide du président des États-Unis pour commercialiser leur produit. Comment ont-ils fait? Je n’en sais rien. Mais je peux vous assurer qu’il n’y a eu aucun pot-de-vin et que je n’en ai reçu aucun pour vous parler du BlackBerry. Son succès est tout simplement phénoménal.

Il y a environ deux semaines, je me suis adressé à la Chambre de commerce de Los Angeles. La plupart des personnes qui participaient à la réunion ignoraient que le BlackBerry était un produit canadien. Ils le connaissaient, mais ils croyaient qu’ils l’avaient inventé. Le BlackBerry a révolutionné le monde des affaires. Mais en plus, il a transformé, vraiment transformé, et pour le mieux, les relations sociales. Maintenant, si je suis dans un ascenseur, je peux regarder mon BlackBerry sans me sentir mal à l’aise en pensant à ce que je dois dire aux gens qui m’entourent. Il me suffit de regarder l’appareil : c’est acceptable. Si des gens sont en train de me parler et que je suis fatigué de les écouter — je ne parle pas de ma famille bien sûr — je n’ai qu’à m’excuser, et je peux consulter mon BlackBerry. Alors, vous méritez des remerciements non seulement pour avoir révolutionné l’industrie mais pour nous permettre d’éviter certaines situations tout à fait déplaisantes en société.

Mes amis, il y a devant nous des possibilités extraordinaires. Comme je l’ai dit au début de mon intervention, c’est l’Inde qui donne le ton pour ce qui est de la croissance. Je suis conscient que votre croissance pourrait ne pas être aussi robuste dans les mois à venir, mais vous avez véritablement les clés en main. Votre motivation, l’importance que vous accordez à l’éducation, votre grand savoir-faire commercial, votre optimisme et votre dynamisme formidables — on peut sentir toutes ces qualités dans l’air et je tiens à vous en remercier.

Je veux reconnaître tout cela et la manière dont vous savez réagir à l’adversité, vous y adapter, cette adversité qui, nous le savons tous, contribue réellement et favorablement au changement. Dans cet esprit, je prie M. [Devendra] Barma, vice-président exécutif de l’établissement prestigieux où nous nous trouvons, de bien vouloir s’approcher pour recevoir cette gerbe de fleurs. Ce geste est une façon de reconnaître le travail que vous faites à la tête de votre extraordinaire entreprise, mais aussi de vous rendre hommage, à vous et à votre personnel, qui avez traversé des moments terribles. Vous avez envoyé un message au monde entier et le monde entier l’a compris. Ces événements peuvent être dévastateurs, ces moments sont horribles et causent une très grande souffrance. Mais il y a un message, un message que le monde entier doit entendre, bien sûr, mais que ceux qui s’opposent à nos espoirs et à nos rêves doivent également entendre. Ils doivent savoir que nous allons poursuivre nos efforts et continuer à avancer. Nous, les Canadiens, croyons en l’espoir et vous constituez pour nous un exemple qui nous donne raison d’espérer. Nous tenons à le souligner en vous rendant hommage aujourd’hui.

Je vous remercie.

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Date de modification :
2009-07-16