Tel que prononcé
Merci, Carol [Wilding, PDG du Toronto Board of Trade], d’avoir fait les présentations, et merci à vous, mesdames et messieurs, pour cet accueil chaleureux en ce matin de grand froid où il fait moins 20 sans même que le vent y soit pour quelque chose. C’est formidable de voir que tant de gens se sont déplacés malgré cela. Carol me disait à l'instant que le Board prépare actuellement un document renfermant des indicateurs mesurant un certain nombre de choses. Il y aura avant tout des indicateurs économiques, bien sûr, mais il y en aura d'autres aussi, touchant à la durabilité, au niveau des initiatives écologiques et à des questions de ce genre. Avez-vous l'intention d'y ajouter les résultats des Maple Leafs pour indiquer où ils en sont? Est-ce là un facteur dont vous allez tenir compte? Au chapitre des buts comptés contre eux, ils sont difficiles à battre. De ce côté-là, ils ont des scores très élevés.
Je ne sais pas si ça vous dit de suivre l'exemple du Bhoutan. J'étais en Inde il y a quelques semaines et bien que je ne me sois pas rendu jusqu'au Bhoutan, un de ses représentants a fini par me retrouver et voulait me parler de certaines des choses qu'ils font là-bas. Et à vrai dire, le Bhoutan est un pays assez intéressant. C’était une monarchie depuis des centaines d'années et on vient tout juste d'instaurer une sorte de monarchie démocratique constitutionnelle. Le roi est toujours traité avec un très grand respect et il exerce encore pas mal de pouvoirs, mais c’est la première fois qu’il y a une première passation de pouvoirs pour instaurer un régime démocratique, alors on s’intéresse beaucoup à ces événements là-bas.
Mais le Bhoutan n’a pas recours au PIB. Ils ont ce qu'ils appellent un indicateur du bonheur. C’est un pays dont la population est d'environ 780 000 habitants et qui est en train de se moderniser sous bien des rapports. Ils tiennent donc compte de facteurs économiques, mais ils y ajoutent de nombreux autres facteurs et c’est ce qu'ils appellent l'indicateur du bonheur. Je ne sais pas, Carol, si c’est ce que votre rapport va proposer, mais par les temps qui courent, c'est peut-être quelque chose que nous devrions examiner de plus près.
Carol a mentionné avec raison ce qui se passe par rapport à ce projet de loi, cette mesure, cette initiative aux États-Unis. Je dirai tout simplement que les événements dont nous avons été témoins depuis environ une semaine ont montré l'importance et l’influence que peut avoir diplomatie. Car au fond, c’est bien la diplomatie qui a été mise à l'épreuve et dont nous avons usé au cours des derniers jours, et même avant, c’est-à-dire au moment où nus avons appris que ce projet de loi était déjà à l’étude à la Chambre des représentants. Aux États-Unis, les projets de loi sont d’abord étudiés par la Chambre des représentants et ensuite par le Sénat. On réconcilie ensuite les deux versions et le résultat devient un vrai projet de loi du Congrès.
Et l’un des éléments qu’on y trouvait, comme vous le savez — on en a assez parlé dans les médias —, c’était que des mesures protectionnistes seraient prises à l’encontre de toute participation étrangère dans les projets, en particulier ceux qui visent les municipalités et les États, sans exclure le niveau fédéral — tous les projets qui bénéficieront de fonds de relance. On parle ici de centaines de milliards de dollars, ce n’est pas une mince affaire, et le fait que les industries sidérurgiques et métallurgiques seraient les premières à être touchées ne présageait rien de bon pour nous au Canada. En ce qui concerne l'acier et le fer, en effet, nos entreprises exportent sous diverses formes des produits d'une valeur d'environ 11 milliards de dollars par année aux États-Unis. Ce sont les chiffres pour 2007. Donc, si une partie de ces exportations était réduite ou éliminée, les effets seraient considérables.
Le premier ministre [Stephen] Harper a été le premier leader étranger à s'exprimer publiquement et à s'élever contre cette mesure. Nos représentants diplomatiques à Washington, notre ambassadeur et d’autres, sont intervenus vigoureusement. Nous voulions mener une attaque de front à tous les niveaux. Il a été très encourageant de voir que d’autres, la Chambre de commerce du Canada par exemple, ont également agi rapidement. Je me suis entretenu avec les représentants du Conseil canadien des chefs d'entreprise et ils ont commencé immédiatement à rassembler et à mobiliser leurs contacts.
Il n’a fallu que quelques jours pour que l’industrie américaine elle-même commence à faire connaître son avis et à dire, « Pas si vite! Ce projet de loi aiderait peut-être nos compagnies sur notre propre marché, mais dans le contexte international il leur nuirait grandement. »
Dans mes entretiens avec le représentant au Commerce, [Peter Allgeier, agissant à titre intérimaire], j’ai pu constater les premiers signes indiquant que notre vois était entendue. D'abord, il est important de comprendre que, lorsqu'une question comme celle-ci surgit, les médias, avec raison, s'en emparent, et c’est comme il se doit : l'immédiateté des choses, la vitesse à laquelle elles évoluent, littéralement à la vitesse de la lumière, exercent parfois une pression disproportionnée dans une situation donnée. Et on a vu immédiatement certains groupes industriels réclamer l’adoption de mesures de rétorsion législatives. Les pressions à cet égard au niveau politique peuvent être considérables, mais il est important de jauger ou d’évaluer la situation, et de donner la priorité à la diplomatie autant que possible. Et ce que je constate dans le domaine du commerce international, dans tout ce qui touche aux questions internationales, c’est que les relations personnelles s’avèrent très importantes.
Pensez à vos relations avec votre voisin. Il a peut-être un problème quelconque avec votre chien. S'il commence à vous hurler des injures de l'autre côté de la clôture, à jeter ses ordures dans votre cour, à ne pas rendre la tondeuse qu'il vous a empruntée et à faire d'autres choses du genre, ça risque de rendre assez pénibles les discussions à propos du chien. Mais s’il s’adresse à vous de manière à vous faire comprendre les avantages que vous tirerez tous les deux si votre chien est maîtrisé, les choses peuvent avancer plus rapidement. Les relations personnelles sont donc très importantes.
Nous sommes intervenus de façon énergique dès le début. Nous avons montré une certaine compréhension de la situation difficile que traversent les États-Unis, mais nous leur avons dit : « C’est là un problème mondial. Nous passons tous par ce ralentissement économique synchronisé. » Et nous leur avons demandé de se rappeler de l'histoire, de l'histoire de la grande dépression. Il était d’ailleurs très encourageant de voir à quel point les grands médias ont rappelé ce moment de l’histoire. Dans l'ensemble, les gens comprennent que, lorsque la récession a commencé en 1929 — certains disent que c’était en 1928, mais disons ici en 1929 et ensuite en 1930 —, on peut mesurer la réaction de la Bourse au niveau de l’activité protectionniste qui se manifestait au Congrès. Lorsque ces débats ont débouché sur ce qu’on appelle communément la loi tarifaire Smoot-Holly, cela a provoqué des guerres de représailles commerciales partout dans le monde et toutes les économies se sont mises à ralentir. Tout d'un coup, le marché pour les voitures américaines, pour le matériel agricole et l'acier américain et tout le reste a commencé à s'effondrer brusquement parce que ces autres barrières commerciales se dressaient. Et c’est là l'un des principaux indicateurs montrant qu’une récession peut aboutir à une dépression économique très grave. Nous leur avons rappelé cette histoire.
J’ai pris part aux discussions qui ont eu lieu à Davos la fin de semaine dernière. J'ai rencontré nos représentants auprès de l'Organisation mondiale du commerce, ainsi que d'autres ministres du commerce, et nous n’avons guère eu de difficulté à nous entendre sur le texte d’une déclaration dans laquelle nous reconnaissions que nous, les élus, allions subir d'énormes pressions de la part de nos électeurs pour nous amener à commencer à ériger des barrières commerciales en représailles. Et les pressions ont commencé à monter à différents niveaux — commercial, politique, universitaire et international.
Et le premier signe de progrès est apparu il y a trois jours lorsque le leader démocrate à la Chambre des représentants a expressément fait allusion aux préoccupations du Canada et affirmé qu'elles étaient justifiées. C’est une grande nouvelle lorsque le leader démocrate à la Chambre dit une chose pareille. Ensuite, nous avons eu les réactions de la Maison-Blanche, de l’administration et du porte-parole du président Obama. Puis le président Obama lui-même a dit il y a deux jours qu'il ne voulait pas voir s’ériger des barrières commerciales protectionnistes ou se déclencher des guerres commerciales. Enfin, hier soir, il y a eu l'amendement stipulant que ce qui en sortirait devra être conforme à leurs obligations internationales. Nous ne pouvions pas nous opposer à cela parce que ce sont là précisément les termes que le premier ministre a employés, que j’ai utilisés moi-même et que d’autres ont utilisés : « Ce que nous réclamons de nos voisins, c’est qu’ils respectent leurs obligations internationales, en particulier celles qui découlent de l'ALENA et de l’OMC ».
La question n'a pas réglée pour autant. Il faut que le projet de loi soit renvoyé afin de réconcilier les deux versions, mais nous croyons nous avons fait pas mal de progrès. Nous poursuivons notre attaque sur tous les fronts à la fois, 24 heures sur 24, et nous continuons de travailler avec nos homologues américains pour en arriver à une issue que nous espérons favorable.
Tout cela constitue l’arrière-plan des questions dont je veux vous entretenir aujourd'hui. Je sais qu’il y a des choses dont vous devez vous occuper, alors je vais faire mon possible pour que vous puissiez sortir d’ici avant midi. Il y a quelques points que je voudrais aborder.
Vous savez que la politique commerciale revêt une grande importance et que cela est encore plus vrai lorsque l’économie mondiale se met à ralentir, comme c’est le cas à l’heure actuelle. Je veux d'abord vous parler de l’appareil qui a est en place pour mettre en œuvre notre politique commerciale. Je voudrais aborder ce point pendant quelques instants et vous proposer ensuite deux raisons qui expliquent pourquoi la politique commerciale est importante en soi, et pourquoi elle l’est pour le maintien d’une position concurrentielle.
Donc, permettez-moi de vous parler d’abord de la place du Service des délégués commerciaux du gouvernement du Canada vis-à-vis le commerce international. Vous serez peut-être étonnés d'apprendre que nous avons environ 150 bureaux partout dans le monde et que vous pouvez y trouver des délégués commerciaux canadiens. Au Canada, il y a plus d’une douzaine de bureaux partout au pays où les entreprises peuvent trouver les renseignements dont elles ont besoin dans leur région. Aux États-Unis, il y a actuellement 13 consuls généraux et environ 23 bureaux au total. Nous offrons donc, partout dans le monde, un réseau de délégués commerciaux qui vivent dans ces pays. Parfois, ce sont des Canadiens, parfois ce sont des ressortissants de ces pays qui travaillent avec des Canadiens dans ces bureaux. Ils savent ce qui se passe dans ces pays et ils peuvent vous être d'une très grande utilité, vous aider à nouer des contacts et à planifier vos opérations.
J’annonce aujourd'hui une nouvelle initiative du Service des délégués commerciaux, qui représente un pas de plus. Nous allons faire de la publicité. Vous allez voir de grands panneaux publicitaires dans neuf aéroports partout au pays, et vous allez voir nos annonces, des douzaines d'annonces dans des publications de grande diffusion, dans des périodiques professionnels et dans des publications de réseautages nationales et internationales. Nous faisons tout en notre pouvoir pour faire savoir que nous sommes là — je sais que c'est une phrase qui fait peur, mais nous représentons le gouvernement et nous sommes là pour vous aider. Nous voulons rendre l’aide accessible et faire en sorte qu’elle soit mieux connue. Nous sommes très heureux d'annoncer officiellement cette initiative aujourd'hui et de la promouvoir.
Pour ce qui est de la recherche de débouchés commerciaux, vous savez, on nous pose tout le temps la même question : « Que fait le Canada pour diversifier notre commerce afin que nous puissions réduire notre dépendance sur les États-Unis? » Permettez-moi d'aborder ici certaines notions qui à mon avis sont erronées. Quand j'étais à l'école — cela remonte à la cinquième année. Je m'en souviens bien, c’était les trois plus belles années de ma vie. Et je me souviens qu'on nous disait ceci — c’est la phrase que l'on employait quand on parlait d'économie. On disait que le Canada vendait des textiles à d'autres pays, que le Canada vendait de l'équipement agricole, que le Canada vendait des voitures, des ampoules électriques et que sais-je encore.
Quand on est jeune, on nous dit malheureusement, mais avec de bonnes intentions, que le Canada vend ces choses. Et vous savez, ce n'est pas exact. Ce sont des Canadiens travailleurs et entreprenants qui ont le goût du risque qui vendent ces produits à des gens dans d'autres régions du monde. Le gouvernement et le grand public ne doivent pas oublier que c’est vous, les gens d'affaires, qui prenez de gros risques tous les jours pour vendre votre savoir-faire, vos services. Ce sont les travailleurs dans nos usines qui veulent fabriquer des produits de qualité qui séduiront les consommateurs dans d'autres régions du monde. Nous devons donc faire la distinction entre la responsabilité du gouvernement et la responsabilité du secteur privé, qui est en même temps son opportunité. Ce n'est donc pas le Canada qui fait ces choses, même si le gouvernement peut ouvrir des portes et uniformiser le plus possible les règles du jeu pour vous, les innovateurs, les investisseurs, les travailleurs et tous ceux qui prennent des risques. Voilà une distinction fondamentale qu'il faut établir.
Ensuite, dans le même contexte, nous devons examiner une deuxième notion fautive, selon laquelle nous devons nous libérer de notre dépendance envers les États-Unis en ce qui a trait au commerce. Partout où je voyage, les gens me disent que le Canada fait leur envie parce que nous sommes si près des États-Unis, si proches d'un marché aussi vaste.
Et c’est pourquoi je choisis mes mots en vous disant ceci : nous avons l'immense avantage de vivre à côté du plus grand engin de consommation au monde. Donc si une entreprise canadienne veut diversifier ses opérations, alors nous allons vous aider à le faire, mais nous ne vous dirons pas de mettre fin à vos contrats aux États-Unis parce que les contrats que vous avez aux États-Unis font l'envie du reste de la planète.
Cela dit, en cette période de ralentissement mondial synchronisé qui a débuté aux États-Unis, nous nous rendons compte — et cela vous le savez — que lorsque l'on dépend entièrement d'un marché donné aux États-Unis, il se peut que l’on soit touché par un ralentissement. Les entreprises qui ont investi dans d'autres régions pourront répartir les risques, sauf que lorsque la planète entière est victime de ce ralentissement, les risques sont répartis d'une manière fort intéressante.
Sur le plan philosophique dans un premier temps et ensuite d'un point de vue pratique, le libre-échange. Je n'ai pas à m’étendre sur ce sujet avec vous, mais vous savez que le fait de pouvoir échanger avec d’autres est vraiment la source principale de notre prospérité. Si nous sommes aussi prospères, c’est parce que nous sommes des libres-échangistes. Nous l'avons toujours été. Et il est important de rappeler aux électeurs que les Canadiens ne peuvent pas acheter tout ce que nous produisons. Nous sommes trop performants. Nous produisons plus que ce que nous consommons. Et notre responsabilité en tant que gouvernement consiste à ouvrir le plus grand nombre de portes possible, à niveler les obstacles et à uniformiser les règles du jeu de sorte que, lorsque vous décidez de promouvoir vos compétences ou vos services, vous le ferez sur un pied d’égalité. Et je crois qu’il va sans dire que nous pouvons rivaliser avec les meilleurs concurrents partout dans le monde, à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit. C'est ça le secret de notre réussite. Nous savons à quel point il importe de pouvoir commercer en toute liberté. Chaque fois que nous érigeons une barrière commerciale, il y a quelqu'un, quelque part, qui va réagir, et son gouvernement va réagir, parce que l'industrie dans ce pays va insister pour qu'une barrière soit élevée parce que les Canadiens en ont érigé une. Et cela complique la vie de nos exportateurs qui veulent vendre dans ce marché.
Et c’est pourquoi nous disons ceci à nos amis américains, et nous leur avons rappelé, surtout au cours des dernières semaines, que s'ils veulent vraiment protéger leurs travailleurs et protéger leurs industries, ils doivent ouvrir la porte et tirer parti des occasions. S’ils veulent multiplier les possibilités de vendre leurs produits, ils ne doivent pas claquer la porte.
Maintenant, pour vous donner une idée de ma façon de penser. Ce qu’a dit le président Obama était la chose correcte et intelligente à dire. Il a étudié l'histoire. Il sait que les marchés vont déraper si des mesures protectionnistes sont adoptées. Mais nous devons avoir une certaine compassion pas seulement pour lui, mais aussi pour nous en tant que politiciens. Éprouvez-vous de la compassion pour les politiciens en ce moment? La compassion envers les politiciens ne court pas les rues par ces temps-ci, et c’est pourquoi nous ne la recherchons pas. Mais il faut que vous sachiez ce qu’on a fait dans un sondage récent aux États-Unis.
Les sondages sont intéressants car les questions sont parfois quelque peu spécieuses. On a posé la question suivante : « Combien d’entre vous sont d'accord avec le plan de redressement et avec les dispositions visant l'achat de produits américains? » Plus de 84 p. 100 des répondants ont dit qu’ils étaient d’accord.
« Combien d’entre vous croient qu'il ne faut pas avoir ces protections et qu'il faut maintenir un système libre et ouvert? » Seulement 4 p. 100 des Américains se sont dit d'accord avec cette affirmation. Malgré cela, le président a affirmé avec raison que « nous devons abaisser les entraves commerciales et veiller à éviter de manquer à nos obligations internationales ».
Donc, je vous dis cela — car on se demande parfois pourquoi les politiciens érigent des barrières protectionnistes : nous subissons des pressions de nos électeurs et de groupes concernés. Dans ma circonscription, je tente de faire comprendre à mes électeurs que, dans une perspective à long terme, on ne peut pas commencer à mettre un frein à la croissance économique, sinon on sera affaibli, et ça les gens commencent à le comprendre. Cela vous donne une idée du président Obama et de ce qu'il a dit, en dépit des sondages, ce qu’il tente de faire comprendre aux gens.
Donc, d'un point de vue philosophique, nous savons que le commerce apporte la prospérité. Les analystes économiques et les historiens prononcent des phrases célèbres, du style « si les marchandises ne traversent pas les frontières, ce sont les soldats qui la traverseront ». Un produit dont on fait le commerce représente une foule d'idées sur son origine, et on peut remonter jusqu'aux Phéniciens. Grâce au commerce de produits, que ce soit des épices, de la soie ou je ne sais quoi encore, les idées et les philosophies des économies les plus prospères ont commencé à circuler. Notre politique commerciale ne contribue pas uniquement au transfert de produits. Les objectifs de la démocratie, des droits de la personne et de la primauté du droit sont transférés subsidiairement avec les produits. Donc, sur le plan philosophique, nous sommes partisans du libre-échange pour ces raisons, et nous ne connaîtrions pas la prospérité si nous ne l'étions pas.
Par conséquent, sur le plan pratique, si le gouvernement ne défend pas la liberté commerciale partout dans le monde, il vous met en position de faiblesse parce que, croyez-moi, nos amis, nos alliés et nos concurrents sont redoutables sur le plan des accords commerciaux bilatéraux.
Ensuite, il y a la gigantesque organisation appelée l'Organisation mondiale du commerce où 153 pays, selon l'heure de la journée, tentent de faire avancer de vastes accords commerciaux. C’est là une bonne chose, nécessaire et importante, et nous devons poursuivre ses efforts. Mais c’est un processus quelque peu laborieux. Pendant ce temps, les États-Unis, des pays dans les Amériques avec qui nous avons renoué des relations, l’Australie et le Royaume-Uni sont en train de négocier, d’obtenir et de signer rapidement des accords de libre-échange. Le Chili, avec qui nous avons conclu un accord, a signé 21 accords de libre-échange différents avec 55 partenaires.
Si vous essayez de vendre un produit dans l’un des pays qui a signé un accord avec le Chili, l’entreprise avec laquelle vous êtes en concurrence aura un certain avantage sur vous parce qu'elle n'aura pas à payer les droits de douane qui s'appliquent à votre produit. C’est pourquoi nous agissons avec vigueur dans ce dossier.
Le processus parlementaire a été engagé — en fait, je peux affirmer fièrement qu'à la dernière session parlementaire, j'ai été responsable de la moitié des projets de loi présentés au Parlement. Nous en avons présenté deux, et l’un d’eux était le mien. L'un de ces projets de loi portait sur l'accord de libre-échange avec l’Association européenne de libre-échange. Il ne s’agit pas de l'Union européenne, mais de la Norvège, de l'Islande, de la Suisse et du Liechtenstein. Ce sont quatre pays avec lesquels nous avons des échanges commerciaux importants et nous avons maintenant un accord de libre-échange avec eux. L'accord a été signé. L'accord a été adopté à la Chambre haute vendredi, pendant que j’étais en Suisse. Il n’y a qu'à se pointer dans un autre pays et les choses avancent.
Nos processus parlementaires respectifs sont en cours. Après la signature d'un accord, celui-ci doit être ratifié par le Parlement dans le cadre d’un processus de 21 jours. Nous aurons ensuite des accords de libre-échange avec ces quatre pays.
C'est une chose bonne, importante en soi, mais c'est aussi un moyen de pénétrer le marché de l'Union européenne elle-même. Notre objectif consiste à conclure un accord de libre-échange avec les 27 pays de ce marché gigantesque.
En termes stratégiques, voici comment nous poursuivons cet objectif. La présidence de l'Union européenne change tous les six mois. Actuellement, c'est la République tchèque qui l’assure, une nation commerçante très dynamique. J'ai rencontré des personnalités importantes à Prague il y a environ deux semaines qui m’ont assuré de leur appui pour que des discussions officielles portant sur un accord de libre-échange éventuel figurent à l'ordre du jour de la Commission européenne. J'ai rencontré un commissaire européen influent il y a une semaine pour m’assurer que le Commission est bien consciente de notre détermination à atteindre cet objectif. Un processus informel est en cours. Nous n’avons pas l’accord qui nous amènera à l’accord, mais nous voulons que le processus se poursuive. Nous voulons que vous ayez accès aux 27 pays de ce réseau exempt de droits de douane et d’autres obstacles.
Nous avons aussi signé un accord récemment avec le Pérou. Il sera déposé au Parlement et le processus parlementaire se poursuivra. Nous avons aussi signé un accord avec la Colombie qui sera déposé bientôt, et nous sommes en train de conclure des négociations avec le Panama dans le même but. Je serai en Corée du Sud dans environ deux semaines. Les négociations progressent, bien qu'il y ait encore quelques obstacles à surmonter. J'étais en Inde il y a quelques semaines.
Cela vous donne une idée de ce que nous faisons. Le premier ministre et moi avons donné instruction à nos fonctionnaires de donner toute la priorité à la poursuite de négociations susceptibles de déboucher sur des accords de libre-échange. Bien sûr, nous voulons le faire d’une manière qui s’accorde avec les besoins de nos industries et nos entreprises, mais nous poursuivons sans relâche nos efforts en ce sens.
Là où un accord de libre-échange ne semble guère imminent, nous adopterons une approche sectorielle. En Inde, par exemple, j’ai rencontré le premier ministre et je lui ai indiqué que nous souhaitons éventuellement conclure avec l’Inde un accord commercial global — un accord de libre-échange. Ce pays, comme vous le savez, est l’une des économies dont la croissance est la plus rapide au monde et dont la classe moyenne connaît aussi le taux de croissance le plus élevé au monde. Nous avons une histoire parlementaire semblable et une langue commune, nous partageons le même respect pour les droits de la personne et la primauté du droit, et d’immenses possibilités de part et d’autre. L’Inde est l’un des pays qui connaîtront une croissance cette année, bien que plus modérée que l’an dernier. Nous voudrions vraiment signer un accord commercial avec l’Inde et c’est le message que nous lui avons transmis.
En attendant, nous adopterons une approche sectorielle. Des représentants de l’industrie nucléaire du Canada m’accompagnaient. En raison de sa croissance phénoménale, l’Inde aura besoin de 25 à 30 réacteurs nucléaires produisant de l’énergie propre au cours des 10 prochaines années. L’industrie nucléaire canadienne est, bien sûr, l’une des plus respectées de la planète, et nous avons réussi à faire ouvrir les portes pour que les représentants de l’industrie puissent se déplacer plus facilement dans ce secteur. Nous abordons donc la question — dans les pays où nous n’avons pas encore conclu d’accord de libre-échange, en votre faveur, sur une base sectorielle.
Outre la politique commerciale, comme vous l’avez vu, j’en suis sûr, dans le récent Plan d’action économique du Canada — il n’est plus question de budget, mais de Plan d’action économique. Vous verrez que nous voulons maintenir notre compétitivité. Et de fait, nous sommes sur la bonne voie pour que d’ici 2011, notre taux d’imposition sur les sociétés soit le plus faible de tous les pays de l’OCDE. Donc, nous abaissons la fiscalité des entreprises. Pour appuyer le mouvement vers le libre-échange, nous négocions des accords en sciences et technologie avec des pays où nous n’avons pas encore d’accord de libre-échange — le Brésil, par exemple. Il y a un mois et demi, nous avons signé un accord. J’étais au Brésil dans le cadre d’un programme d’échange en sciences et technologie permettant aux entreprises de profiter de fonds gouvernementaux fédéraux de recherche et de développement liés à la science et à la technologie. Nous faisons tout ce que nous pouvons.
Pour ce qui est de la surveillance, nous nous nous efforçons de ne pas nous engager dans la voie des mesures de représailles et des obstacles au commerce, mais nous nous avons des mécanismes en place auxquels nous pouvons recourir lorsqu’un produit canadien est victime de concurrence déloyale ou d’un désavantage dû à une subvention. Par exemple, nous avons amorcé un processus de règlement d’un différend commercial avec la Chine concernant une vingtaine de produits différents, dont six dans le secteur du fer et de l’acier. Nous avons rendu une détermination de dumping classique où des produits, possiblement subventionnés ou jouissant d’un avantage déloyal, arrivent sur le marché canadien.
Nous sommes partisans du libre-échange, mais nous croyons aux arbitres. Nous avons établi des systèmes d’arbitrage que nous surveillons constamment lorsque des produits arrivent à nos frontières. Si une industrie estime qu’elle fait l’objet de dumping ou de concurrence déloyale due à des subventions, nous ferons enquête. Si nous décidons qu’il y a effectivement une concurrence déloyale, nous recourrons au mécanisme de règlement. Nous sommes déterminés à uniformiser les règles du jeu.
Cela vous donne une idée de ce que nous faisons sur le plan commercial. Nous faisons d’énormes progrès en ce qui a trait aux accords commerciaux globaux. Nos taux d’imposition restent peu élevés, et ce n’est pas le rôle du gouvernement, comme je le pensais à tort en cinquième année, de vendre vos produits. Notre rôle consiste à faire en sorte que la loi vous soit favorable grâce à des accords commerciaux, à des régimes réglementaires harmonisés et efficaces et à des stratégies pratiques qui permettent au gouvernement de préparer le terrain et d’uniformiser les règles du jeu pour que vous puissiez ensuite faire ce que vous faites le mieux et ce que les Canadiens ont fait de mieux tout au long de notre histoire, c’est-à-dire de commercer avec le monde et de le faire avec succès. Merci de faire partie de cette réussite.