D’après une transcription
Merci, Jack [McGee], pour la présentation et merci, Mesdames et Messieurs, pour votre chaleureux accueil. Je crois comprendre que vous avez déjà vu la vidéo du ministre [Kevin] Falcon. Je l’ai d’ailleurs regardée moi aussi. À mon avis, la description est magistrale et l’exposé, brillant.
Le niveau de coopération que nous établissons avec le gouvernement provincial a été franchement remarquable. C’est probablement la raison pour laquelle nous avons pu mettre en œuvre un plus grand nombre de projets et intervenir de façon plus positive dans les programmes fédéraux en Colombie-Britannique que dans toute autre province. Je félicite donc le ministre Falcon et le premier ministre [Gordon] Campbell pour leur proactivité. Grâce à une forte pression, positive bien sûr, de leur part, nos relations sont exceptionnelles et nous nous attendons à ce qu’elles continuent ainsi.
Jack, dans votre mot d’ouverture, lorsque vous parlez de la réalité internationale et des temps difficiles à l’échelle mondiale, vous illustrez les commentaires que j’aimerais livrer ce matin. S’il y a une lueur d’espoir dans le nuage noir de la crise financière mondiale qui plane sur nous, c’est que cette dernière pousse les gens à réfléchir sur le protectionnisme, sur ses réalités et sur ses écueils. Or, nous avons l’histoire de notre côté.
J’aimerais émettre quelques remarques sur l’aspect historique, vous donner un aperçu global de ce que nous faisons au niveau fédéral, puis aller droit au but et parler du facteur commercial. Par ailleurs, comme je sais que vous voulez partir d’ici vers midi, je vais essayer de tenir compte de ce délai.
Je me plais à contester et à réfuter la maxime selon laquelle la seule leçon que nous tirons de l’histoire, c’est que nous n’apprenons pas de l’histoire. J’espère que la présente crise prouvera le contraire. En 1929, lorsque la crise financière a commencé à prendre de l’ampleur et à battre son plein, le protectionnisme est devenu le mot d’ordre, d’abord et surtout aux États-Unis. Cependant, les représailles ont aggravé la tendance à la récession qui avait cours à l’époque.
Cette question m’intéresse et je la partage avec mes amis américains. Loin de moi l’idée de les critiquer. Cependant, alors que les Américains sont traditionnellement les défenseurs de l’esprit d’entreprise, qu’ils sont les champions tant dans le débat que dans l’application de la philosophie préconisant « moins d’intervention gouvernementale et plus d’initiatives individuelles » — positions philosophiques avec lesquelles je suis tout à fait à l’aise — et qu’ils ont toujours fait preuve d’audace tout au long de leur histoire, une histoire qui a eu des répercussions financières positives dans le monde, leurs entrepreneurs sont aussi les premiers à se tourner vers le gouvernement lorsqu’ils sont menacés et à lui demander « Intervenez, nous avons besoin de plus de protection de la part du gouvernement ».
Certains événements récents nous portent à croire qu’ils ont probablement tiré des leçons et qu’ils, espérons-le, seront les premiers à s’écarter de cette tendance. Je dis cela parce que nous étions fort préoccupés lorsqu’ils ont présenté leur train de mesures de relance et la loi connexe. C’était d’ailleurs notre premier ministre qui a été le premier dirigeant dans le monde à s’y opposer publiquement et à dire que nous nous attendons à ce que les États-Unis honorent leurs obligations en matière de commerce ainsi que leurs engagements à l’égard de l’Organisation mondiale du commerce [OMC] .
Seulement quelques jours après, le président [Barack] Obama a dit « nous allons honorer nos obligations en matière de commerce ». Il a ensuite traduit ses paroles en acte en insistant sur le fait qu’il fallait modifier la « Buy American Act », amendement qui stipule que « tous les aspects de cet important train de mesures de relance doivent dans les faits respecter nos règlements et nos engagements internationaux ».
Cet amendement est quelque peu rassurant, même si nous devons, tous les jours, faire preuve de vigilance pour nous assurer que l’application est uniforme. Cela montre aussi, à mon avis, que le président Obama étudie en effet l’histoire et qu’il comprend les répercussions de la crise de 1929.
En 1947, il y a eu un autre jalon historique, celui de l’élaboration de l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce [GATT]. Comme vous le savez, il s’agit d’un accord sur les tarifs douaniers qui a donné naissance, en 1995, à l’OMC. Je me rends compte, en tant que ministre du Commerce international, que si vous pensez qu’en arriver à une entente, au sein de vos groupes ou comités, représente un sérieux défi, vous comprendrez qu’obtenir l’accord de 150 pays ou plus sur des règlements relatifs au commerce et aux droits de douane est toute une réalisation. En dépit des préoccupations que nous pouvons avoir à l’égard du Cycle de Doha — des préoccupations qui sont justifiées parce que nous voulons voir les choses bouger — il s’agit d’une réalisation phénoménale que d’aller du GATT au Cycle d’Uruguay, à l’OMC, à tous ces acquis et que d’obtenir l’accord de plusieurs pays de réduire les droits de douane dans un certain nombre de secteurs.
Cela dit, le Canada en tant que pays, en tant que nation commerçante dont la prospérité est effectivement fondée sur notre capacité de faire face à la concurrence mondiale à condition que les règles du jeu soient les mêmes pour tous, nous prenons énergiquement part aux initiatives de l’OMC et nous avons hâte de voir celles-ci se réaliser. Nous voulons voir l’issue de ce qu’on appelle le Cycle de Doha. Toutefois, nous ne pouvons pas attendre que cela se produise. Nous adoptons donc des positions stratégiques qui consistent à nous montrer très déterminés sur la question du libre-échange. Je reviendrai sur ce point dans un instant.
Maintenant, j’aimerais prendre du recul et vous donner un aperçu rapide, un résumé de notre vaste plan économique global — plan que nous appelions budget. Je ne dois pas m’éloigner du message, mais il s’agit en effet d’un vaste plan économique global et j’en suis fort emballé, parce qu’à certains égards, il constitue la toile de fond de ce à quoi nous faisons face à l’échelle internationale pour donner effet à ce que nous avons toujours instinctivement, philosophiquement et, je l’espère, historiquement cru, à savoir certaines mesures qui renforceront la capacité des producteurs, des innovateurs et des travailleurs de commercialiser efficacement ou au moins d’assurer que des portes leur sont ouvertes pour commercialiser efficacement leurs biens et leurs services.
À l’école, on nous a dit certaines choses, mais les termes n’étaient pas aussi précis qu’ils auraient dû l’être. Aussi permettez-moi de décrire cela. Lorsque nous étudiions ce qu’on appelle l’histoire et la géographie, nous avons appris par exemple que le Canada vendait des voitures, qu’il vendait des produits agricoles, qu’il vendait des vêtements, qu’il vendait des téléviseurs.
Or, nous avons grandi et, comme citoyens, nous avons véhiculé l’idée que le Canada fait telle ou telle chose. En d’autres termes, on s’attend à ce que le gouvernement fasse tout cela. Quand j’étais en 5e année, je pensais que « nous avions un bon gouvernement, un gouvernement attentionné qui vendait des voitures, des vêtements et de la nourriture aux gens ».
En fait, vous, les gens d’affaires, savez que ce sont plutôt des particuliers et des organisations vaillants, preneurs de risques et dotés d’un esprit entrepreneurial qui font ces choses. Quant à nous, en tant que gouvernement, nous devons tout faire en notre pouvoir pour que votre décision d’exporter ou non soit prise au moins dans un contexte où toute confusion et tout obstacle inutile sont supprimés et où les règles du jeu sont harmonisées. Si vous décidez de faire des affaires aux États-Unis ou en Asie, vous pouvez le faire avec le moins d’entraves possible. Certaines choses, comme les impôts et les règlements, sont malheureusement nécessaires dans la vie. Mais il existe des gouvernements qui deviennent excessifs et rendent la tâche plus difficile pour vous, les individus et les entreprises vaillants, preneurs de risques et dotés d’un esprit entrepreneurial.
C’est la raison pour laquelle, dans le cadre du plan économique global, nous avons pris certaines mesures. Nous nous sommes engagés à maintenir les impôts de façon permanente aussi bas qu’ils le sont et de les diminuer d’une année à l’autre, tant pour les particuliers que pour les entreprises. Nous sommes en voie de devenir, d’ici 2011, le pays le plus compétitif de l’OCDE [Organisation de coopération et de développement économiques] en matière d’impôt. Ce sont donc ces messages que nous voulons transmettre de la façon la plus claire qui soit. Nous pensons, et surtout en cette période économique particulière, que ce message doit résonner et être entendu dans le monde entier.
Pour ceux d’entre vous qui envisagent de rester en affaires — et j’espère que vous le ferez — et pour ceux qui comptent faire des affaires au Canada, nous devons constamment répéter ce message, parce que dans une démocratie, vous avez droit à des opinions différentes sur la scène politique. Or, des opinions concurrentes foisonnent dans le monde.
Certains disent, par exemple, que nous devrions avoir une taxe sur le carbone ou envisager d’augmenter la TPS. Ils ont certainement tous le droit d’exprimer ce que leur parti ferait et c’est la raison pour laquelle nous continuons à répéter notre message sur l’impôt. Nous voulons le véhiculer clairement pour que les gens qui prennent des décisions d’affaires importantes sachent ce qui les attend à l’avenir.
Nous avons pris un certain nombre de mesures incitatives en nous appuyant sur notre régime fiscal. Nous avons, par exemple, mis en œuvre un programme qui prévoit pour tous ceux qui veulent améliorer ou rénover leur logement un crédit d’impôt applicable aux dépenses allant jusqu’à 10 000 $, parce que nous sommes dans une période où la construction de logements et l’industrie du bois de sciage traversent incontestablement une crise grave. Nous mettons en branle des mécanismes pour encourager les gens à investir dans leur logement et à stimuler ainsi ces industries.
En ce qui concerne l’infrastructure, nous avons écourté à deux ans un plan de 33 milliards de dollars sur sept ans parce que nous tenons à faire avancer ces projets. Nous avons d’ailleurs introduit de nouveaux termes et vous les entendez, presque en blague, tous azimuts. « Prêt à démarrer » fait désormais partie de notre lexique d’activités. Si une initiative est bonne, elle doit être prête à démarrer sinon elle n’intéresse personne. En fait, les effets de l’accélération de ces projets sur notre secteur de l’emploi seront importants à une époque où le taux de chômage est à la hausse.
Nous sommes connus dans le monde entier pour avoir le système bancaire le plus stable. Quand je voyage et que je rencontre des gens venus du monde entier pour parler de diverses questions commerciales, je me rends compte que ce message a trouvé écho aux quatre coins de la planète, car les grands médias internationaux l’ont diffusé. Presque partout où je me rends, les gens me disent à un moment donné de la conversation, « Nous croyons comprendre que vous avez le système bancaire le plus stable ». Il ne s’agit pas là du fruit d’un hasard, car des dispositions ont été prises pour que cela soit une réalité. Ainsi, le système bancaire que nous avons et qui était qualifié naguère par les Canadiens « d’ennuyeux » est devenu plutôt intéressant et nous nous réjouissons de l’avoir.
Voilà qui nous amène à ma participation au commerce international. À notre avis et comme je l’ai dit au début de mon intervention, nous avons l’obligation, en tant que gouvernement, de faire preuve de détermination pour ouvrir des portes et de veiller à ce que les règles du jeu soient, dans la mesure du possible, les mêmes pour tous. C’est la raison pour laquelle nous avons présenté il y a quelques mois notre accord de libre-échange avec l’Association européenne de libre-échange qui est composée de la Norvège, de l’Islande, de la Suisse et du Liechtenstein, quatre pays avec lesquels nous sommes sur le point d’avoir un accord de libre-échange puisque ce dernier en est à la troisième lecture.
Cet accord est une bonne chose en soi, car il éliminera les obstacles tarifaires qui ont rendu nos biens — ces biens que vous voulez exporter vers ces pays — moins concurrentiels, car, au sein de la Communauté européenne, aucun droit de douane ne s’applique à ces biens. Ainsi, dès le départ, vous vous trouvez déjà en désavantage concurrentiel. L’accord sera bientôt ratifié par le Parlement.
Vous avez peut-être entendu, il y a quelques semaines, que nous avons terminé ce qu’on appelle la détermination de la portée d’un accord éventuel avec l’Union européenne et que nous l’avons présentée à la Commission européenne en vue d’entamer des négociations officielles pour conclure un accord de libre-échange avec l’ensemble de l’Union européenne. Nous espérons pouvoir l’annoncer dans un mois ou lorsque le premier ministre se rendra à Prague pour des réunions. La mise en route de ces discussions serait très intéressante.
Nous avons également déposé hier à la Chambre des communes deux autres accords de libre-échange, l’un avec la Colombie et l’autre avec le Pérou. Nous avons effectivement conclu des accords avec ces pays. Ils sont signés et scellés, mais pour qu’ils puissent être mis en œuvre, ils doivent être approuvés par le Parlement. Nous espérons progresser rapidement à ce chapitre.
Encore là, le motif réside dans des avantages considérables, tant pour nous que pour la Colombie-Britannique. Nous menons des négociations commerciales pour un certain nombre de produits que nous exportons vers des marchés sur lesquels nous livrons concurrence, tels que des produits agricoles et des produits forestiers, notamment des produits du papier. Nous avons conclu des ententes, mais nous sommes en désavantage concurrentiel.
La Colombie, par exemple, a signé des accords de libre-échange avec certains pays européens. Et immédiatement après ou plus précisément au moment où je vous parle, des produits du papier, des machines, du matériel et des produits agricoles sont vendus par des entreprises européennes à la Colombie sans les droits de douane prohibitifs qui nous sont imposés. Des pressions sont donc exercées en ce sens et à cette fin.
D’autre part, lorsque nous parlons d’accords de libre-échange, il n’est pas seulement question des entreprises. N’oublions pas que les entreprises embauchent des gens. Ces accords sont donc importants pour l’emploi au Canada et importants pour les travailleurs.
Dans le contexte des accords de libre-échange, il existe des moyens pour entamer des négociations de libre-échange avec d’autres pays en coopérant dans d’autres domaines. Par exemple, quand j’étais au Brésil, en novembre, nous avons conclu des accords scientifiques et techniques. En cas d’absence d’un accord de libre-échange, on peut commencer par des accords scientifiques et techniques, et c’est exactement ce que nous avons fait. Nous avons tenu d’autres réunions pour poursuivre la discussion.
Dans moins d’une semaine, je serai en Chine. J’annoncerai alors l’ouverture de six nouveaux bureaux commerciaux ainsi que l’élargissement de nos relations commerciales avec la Chine. J’ai rencontré mon homologue chinois en novembre et le rencontrerai de nouveau en Chine. Nous avons hâte de développer ces relations, voire les renforcer.
De même, j’ai été en Inde récemment, avec des membres des secteurs clés qui sont connus pour avoir ouvert des portes en Inde. Or, comme nous avons une politique axée sur les Amériques, le premier ministre a commencé, il y a un an, une série de réunions avec les dirigeants de quelques pays de la CARICOM [Communauté des Caraïbes] et a souligné que des accords de libre-échange profiteraient grandement tant aux économies émergentes qu’aux économies développées en offrant des débouchés de part et d’autre des frontières.
Telles sont les approches stratégiques que nous adoptons. Nous faisons des progrès et marquons des points. J’aimerais terminer cette intervention par cette réflexion : la toile de fond est constituée par la reconnaissance de la part d’autres gouvernements et d’autres partis politiques dans le monde, indépendamment de leur position philosophique, que l’édification d’obstacles commerciaux entraîne le déclin de l’économie. Il y a toujours des gens, même au Canada, qui s’opposent aux accords de libre-échange, mais strictement d’un point de vue idéologique.
Ainsi, nous cherchons à convaincre les gens au-delà de ces divisions politiques et à leur faire comprendre, malgré les différentes positions philosophiques, même celles sur des questions économiques, que si l’on veut protéger une industrie, un secteur, il ne faut pas refuser la concurrence, mais en revanche ouvrir les portes aux possibilités.
En dernier lieu, j’aimerais mentionner l’une des activités que nous entreprenons, en tant que gouvernement, surtout au regard de nos possibilités dans la région de l’Asie-Pacifique, qui consiste à mettre en place, comme vous le savez — et avec une aide considérable de ceux qui sont présents dans cette salle — l’Initiative de la porte et du corridor de l’Asie-Pacifique. Nous avons investi plus de 2,5 milliards de dollars seulement en infrastructure pour assurer l’intégration des chemins de fer et des routes — et non seulement en Colombie-Britannique, mais aussi en Alberta, en Saskatchewan et même au Manitoba.
Nous pouvons faire passer le message que ceux qui veulent expédier leurs produits en provenance de l’Asie à partir d’ici en recourant au système portuaire de Vancouver ou de Prince Rupert bénéficient d’importants avantages stratégiques. Grâce à l’intégration de nos réseaux ferroviaires et routiers, les produits prennent une centaine d’heures du moment de leur déchargement, disons, à Prince Rupert, à leur arrivée à Chicago ou à Memphis. D’autre part, la réduction de la durée de navigation de l’Asie au Canada peut permettre d’économiser entre quatre et sept jours. Vous comprenez alors l’importance et l’ampleur de cette réalité pour ceux qui doivent expédier leurs produits.
Voilà les quelques mesures que nous prenons et nous sommes impatients de connaître vos conseils sur ces questions, car notre but est de faire en sorte que vous soyez aussi productifs et aussi efficaces que possible et que vous puissiez voir vos entreprises se développer, demeurer viables et créer des emplois, favoriser l’investissement ainsi que faciliter des possibilités pour les Canadiens et les Canadiennes.
Je vous remercie de votre attention.