Le 29 avril 2009
Ottawa (Ontario)
2009/30

D’après une transcription

Discours du ministre du Commerce international et ministre de la porte d’entrée de l’Asie-Pacifique, l’honorable Stockwell Day, devant la Société Canada-Corée

Nous pourrions discuter longuement et faire l’éloge des relations exceptionnelles entre le Canada et la Corée. Le tissu même de la société canadienne a été grandement enrichi au fil des décennies, d’une génération à l’autre, par les Coréens remarquables qui sont arrivés ici et ont fait de notre pays leur nouveau foyer. Nous avons de nombreux points en commun qui, si nous réfléchissons quelques instants à notre histoire et à notre présent, laissent probablement présager de notre avenir.

À Washington, [D.C.], hier, j’ai remarqué devant l’un des édifices des archives une statue que je n’avais jamais vue, sur laquelle figurait l’inscription « L’histoire est un prélude ». L’histoire peut nous donner une idée de ce que l’avenir nous réserve, si nous acceptons de tirer des enseignements du passé. N’avons-nous pas appris de notre histoire, à titre de Canadiens et de Coréens? Quand je repense au début des années 1950, je me souviens clairement que mon oncle était entré dans les forces alliées et qu’il était venu en aide à la population coréenne alors en conflit. Après une telle dévastation, les gens ont tendance à consigner sur papier ce qu’ils ont vécu et à se demander ce qu’il pouvait advenir de cette économie ravagée, dont le voisin du Nord était bien loin d’être amical. Que pouvait-il en résulter de bon? Or, nous constatons que la Corée s’est imposée comme la quatrième économie en importance de l’Asie, la onzième nation commerçante du monde et une démocratie dynamique. C’est ce qui peut arriver lorsqu’une population a à cœur non seulement de survivre, mais de poursuivre un rêve et de le réaliser. Voilà le passé que nous partageons et sur la base duquel nous pouvons bâtir un avenir positif, comme partenaires.

Nous nous trouvons actuellement devant un défi différent, une crise mondiale, un repli économique mondial qui touche tous les pays et qui, semble-t-il, durera un certain temps.

Lors de mes entretiens avec mes collègues et homologues coréens, j’ai décelé de nombreuses similitudes dans notre façon de faire face à la tempête. Aucun pays n’est à l’abri, mais il est très agréable — je fais cette remarque dans chaque pays où je me rends — il est très agréable de savoir que les systèmes bancaires mondiaux, le Forum économique mondial et le Fonds monétaire international, ont déclaré que le Canada possède le système bancaire le plus stable du monde. Il s’agit d’un point très positif à souligner lorsque nous voyageons dans le monde, car les gestionnaires des fonds d’investissement et des fonds de pension cherchent des environnements sûrs. La Corée applique elle aussi des pratiques bancaires conservatrices, si je peux employer ce mot. Les lois et règlements qui régissent les institutions financières canadiennes obligent celles-ci à posséder une certaine base de capitaux avant de prêter des sommes d’argent. Le système bancaire canadien était habituellement qualifié d’ennuyeux. Je m’aventurerais à affirmer que les systèmes ennuyeux suscitent maintenant un nouvel engouement. N’est-ce pas le cas? C’est un phénomène qu’il fait plaisir d’observer.

Nous constatons certaines ressemblances avec la Corée dans la façon de gérer les enjeux financiers : la Corée a été l’un des premiers pays à émerger de la crise financière asiatique de 1997. Nous voyons donc que nous avons des points en commun sur ce plan. La Corée privilégie l’allégement du régime fiscal, comme le Canada, dont le taux d’imposition des sociétés et des particuliers est le moins élevé des pays du G8. Nous sommes conscients de l’importance d’un régime qui ne soit pas trop lourd, en période de contraction; même avec des banques stables, nous avons des mécanismes de crédit qui peuvent, et viennent, renforcer ces efforts.

Nous traverserons donc la tempête en subissant certains effets négatifs, mais comme l’a mentionné l’Economist Intelligence Unit en janvier, le Canada est le pays le mieux placé pour émerger de ce repli.

Voilà une chose qu’il importe de se rappeler — et je dis cela avec le plus grand respect pour les médias, car les médias doivent tout rapporter et je les appuie dans cette tâche que je leur suis reconnaissant d’accomplir— mais étant donné la prolifération des médias, du grand nombre d’agences de presse qui se livrent concurrence pour les cotes d’écoute, ces médias ont tendance, bien entendu, à faire leur travail avec vigueur et énergie, ce que j’apprécie. Est-ce que je garde mon point de vue positif? En fait, tous les citoyens du monde, les citoyens du Canada, les citoyens de la Corée, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, lorsqu’ils allument la radio, le téléviseur ou l’ordinateur, qu’ils ouvrent une session sur Facebook ou Twitter, quel que soit le médium qu’ils utilisent, ont l’impression que la civilisation telle que nous la connaissons maintenant est sur le point de s’éteindre, que c’est la fin du monde, du moins financièrement. Nous devons garder à l’esprit que tout comme les économies présentent des cycles de repli, elles ont aussi des cycles haussiers et que l’économie se redressera un jour. Nous sommes bien placés pour entrer dans ce nouveau cycle, et la Corée également, étant donné un grand nombre de ses pratiques.

La Corée et le Canada sont tous deux conscients des dangers du protectionnisme. Lors d’entretiens que mes collègues et moi avons eus avec nos homologues coréens, nous avons convenu de ne pas rechuter, de ne pas autoriser le protectionnisme, qui ferme souvent la porte aux occasions, plutôt que l’ouvrir. Encore une fois, la Corée est un partenaire extraordinaire pour communiquer ce message et montrer au monde les dangers du protectionnisme et l’importance de conserver des échanges et des partenariats commerciaux ouverts.

Il arrive que les partenariats connaissent des temps difficiles; ces difficultés ne signifient toutefois pas que ces partenariats ne sont pas efficaces. Dans le contexte de notre important partenariat avec la Corée, nous avons annoncé récemment que nous allions soumettre à l’OMC [Organisation mondiale du commerce] un différend au sujet du bœuf canadien.

Certaines personnes pourraient voir cela comme un élément négatif. Ce qui est merveilleux au sujet des accords commerciaux conclus sous l’égide de l’OMC, de l’ALENA [Accord de libre-échange nord-américain] ou d’autres accords, c’est que ces instruments sont structurés de façon à prévoir la possibilité de différends entre les partenaires ou les participants. Ces accords comportent donc des mécanismes pour régler les différends, comme dans un match de hockey. Un match de hockey ne peut être joué sans arbitre; les joueurs conviennent avant le début du match qu’ils respecteront les décisions de l’arbitre. Elles ne leur plairont peut-être pas, mais ils les respecteront. Lorsqu’une équipe considère que l’autre a commis un hors-jeu, elle le signale à l’arbitre. Nous portons donc le dossier du bœuf à l’attention de l’arbitre et nous respecterons sa décision. Le mécanisme de règlement des différends constitue en fait un élément positif, une forme structurée de médiation ou de consultation.

Nous participons donc actuellement au processus de consultation de l’OMC.

Le Canada cherche également à conclure un accord de libre-échange avec la Corée. Nous avons achevé notre treizième ronde de négociations. Ce nombre peut vous paraître élevé, mais il est passablement normal dans le cadre d’accords de libre-échange. Nous en arrivons à ce qu’on appelle l’étape du peaufinage. Nous nous sommes en effet entendus sur la plupart des éléments importants et nous nous attachons maintenant aux détails, mais je suis confiant que nous réaliserons des progrès. Encore une fois, cette liberté d’échanges ouvre des portes aux deux pays. Nous désirons que les portes s’ouvrent pour le bœuf canadien. L’Asie est le quatrième marché d’exportation de notre bœuf; il s’agit donc d’un vaste marché, d’environ 50 millions de dollars par année. Cela représente une grande quantité de hamburgers. Nous souhaitons que ces importations continuent. Nous désirons que le libre-échange continue de bien fonctionner.

Nous tenons également des pourparlers au sujet des accords « ciel ouvert ». Nous espérons voir ces discussions progresser.

Ce partenariat passé et présent, selon moi, laisse présager d’un bel avenir. Environ un quart de million de Canadiens sont d’origine coréenne. Vous savez, 30 000 ressortissants coréens fréquentent actuellement nos universités et nos collèges. C’est incroyable. Qu’ils décident de rester ici et de faire du Canada leur pays adoptif ou de retourner en Corée, les relations qui sont ainsi créées mènent à l’établissement de relations commerciales, à des associations universitaires et à des projets de science et technologie; ainsi vont les choses.

Mes amis, j’aimerais remercier chacun de vous de contribuer aux relations entre nos deux pays. Nous sommes de merveilleux partenaires et avons traversé des temps difficiles ensemble. Nous nous sommes entraidés dans le passé. Nous savons qu’ensemble, nous pouvons accomplir de grandes choses.

Merci beaucoup d’être ici ce soir. Il est très encourageant pour mes collègues et moi de voir des gens attachés à accroître la prospérité et à réaliser leurs rêves.

Réaliser ses rêves, s’entraider, c’est la nature même du Canada. C’est notre raison à tous de travailler ensemble.

Je vous remercie.