D’après une transcription
Je vous remercie, Lois [Mitchell, présidente de la Chambre de commerce de Calgary], de votre aimable présentation. Pendant que Lois vous parlait un peu de mon passé, j’étais en train de songer à l’une des réunions les plus mémorables de ma vie — c’était une réunion du Cabinet mais aussi du caucus — qui remonte à 1993. Lors de cette réunion, nous nous sommes penchés sur ce que nous allions faire pour l’économie de l’Alberta sous l’autorité de notre nouveau premier ministre, Ralph Klein. Après y avoir consacré des journées entières, car nous nous étions résolument engagés à nous débarrasser du déficit et de la dette, et après de longues délibérations sur les mesures à prendre, nous avons fini par affirmer que nous allions nous débarrasser du déficit en l’espace de quatre ans pour ensuite nous attaquer à la dette. Inutile d’ajouter à quel point il est audacieux et stimulant d’affirmer chose pareille juste à la veille des élections.
Nous nous sommes réunis de nouveau après avoir remporté les élections et nous avons fait nos calculs pour conclure à notre grand désarroi que nous avions peut-être parlé un peu trop vite. Nous nous sommes penchés sur les mesures à prendre en termes de restructuration, de réforme et de compressions dans quelques domaines clés, et récapitulé le tout sous forme de tableau. Je me souviens des propos du premier ministre à l’occasion : “Vous savez, voici le plan et nous allons y adhérer. Nous allons donc le mener à bien, sans hésiter. Nous ferons le tout en l’espace de quatre ans, quitte à perdre la faveur de nos électeurs au point de ne pas être réélus.” Puis il a ajouté : “Est-ce que tout le monde est bien conscient de cela? Est-ce que nous sommes tous d’accord? Nous allons faire ce qu’il faut, et si par la suite les gens décident qu’ils ne veulent pas de nous, tant pis.”
Ce fut l’un de ces rares moments en politique où une décision était prise uniquement sur la foi des conclusions tirées de nos calculs : nous allions faire ce qu’il fallait (nous n’aurions d’ailleurs jamais agi autrement), mais nous allions le faire quitte à ne pas être réélus. Ce fut un moment de grande inspiration, en plus de nous motiver à maintenir le cap. Car, comme vous le savez, lorsqu’on conduit en longeant un précipice et en sachant que la moindre fausse manœuvre mène tout droit dans l’abîme, on a tout intérêt à se concentrer. Et puis, c’était un moment passionnant. Nous avons tiré un grand enseignement de cette expérience que nous avons pu à mon avis partager avec d’autres provinces et la plupart d’entre elles ont d’ailleurs suivi notre exemple et ont vu leur déficit se transformer en excédent en l’espace de quelques années.
Nous nous retrouvons à présent projetés de nouveau dans le passé car nous nous trouvons face — faut-il le dire — à un ralentissement mondial aux proportions inouïes. Et devinez quoi? À l’échelle fédérale — et je parle uniquement à l’échelle fédérale, quoique vous ayez des problèmes identiques à régler à l’échelle provinciale — nous avons annoncé un déficit. Nous n’en sommes pas fiers et nous en parlons comme d’une situation temporaire. Certes, si l’on songe au déficit en termes de pourcentage du PIB, et qu’on le compare aux déficits d’autres pays — qu’il s’agisse des États-Unis, du Royaume-Uni, du Japon ou de l’Allemagne — notre déficit à nous est sensiblement moins élevé et beaucoup plus gérable, mais il n’en demeure pas moins un déficit.
Ainsi, nous vivrons ce déficit pendant deux ans, et puis le plan que nous avons déjà amorcé nous en libérera d’ici cinq ans. Voilà les défis de l’heure, malgré cette impression de déjà vu qui nous accompagne le long du chemin. Je sais que votre premier ministre et vos représentants élus sont aux prises avec des problèmes identiques.
Nous savons ce qui risquerait d’arriver si nous n’avions pas pris certaines des mesures que nous avons déjà adoptées. Par exemple, ne serait-ce que du côté infrastructure, à l’échelle fédérale, nous avons comprimé en deux ans tous les projets prévus pour les sept années à venir. Il s’agit de choses à faire d’une façon ou d’une autre, mais au lieu de les réaliser en sept ans, ce qui serait possible sans déficit, nous le ferons en deux ans. En somme, le travail se poursuivra et des emplois seront créés, il y aura des effets sur le plan économique, mais nous allons accuser un déficit temporaire. Nous revoilà donc à la case départ, mais je me réjouis à l’idée d’avoir l’expérience nécessaire — beaucoup d’entre nous sommes déjà passés par là — pour nous y prendre non plus selon la formule de Keynes mais selon celle de Klein, si je peux me permettre, et je sais que cette expérience nous aidera à surmonter ces temps difficiles.
Vous avez d’excellents députés dans cette province. Dans nos séances de caucus et nos réunions de Cabinet, ce sont les députés albertains qui se font entendre le plus. Ils se lèvent et abordent des enjeux qui vous tiennent à cœur. Vos ministres du Cabinet, qu’il s’agisse de Jim Prentice ou de Rona Ambrose ou encore de Diane Ablonczy — sans parler de tous les secrétaires parlementaires et autres personnes admirables — abattent un travail considérable dans des dossiers de tout premier plan. C’est vraiment une joie que de travailler avec les ministres et députés de l’Alberta car il est formidable de pouvoir collaborer avec des gens qui sont sur la même longueur d’onde que moi.
Mais permettez-moi de m’attarder sur certaines des initiatives que nous sommes en train de réaliser à l’échelle mondiale. Grâce aux politiques adoptées au niveau fédéral, nous nous trouvons dans une position pour ainsi dire enviable par rapport au reste du monde. J’aimerais vous faire part de quelques-unes des remarques faites par des observateurs internationaux sur le gouvernement fédéral. À l’étranger, chaque fois que je rencontre des représentants élus ou des dirigeants du milieu des affaires et du secteur bancaire — en Chine, en Europe ou en Amérique du Sud — la rencontre débute presque tout le temps par une remarque de quelqu’un du pays hôte qui déclare qu’il croit comprendre que le Canada possède le système bancaire le plus stable du monde. Cela, nous le savons : c’est ainsi que notre système a été évalué par le Fonds monétaire international, le Forum économique mondial et d’autres organismes. Nous ne sommes pas en train de renflouer nos institutions financières et nous n’avons pas le problème des prêts hypothécaires à risque.
Les gens ont tendance à penser que ces choses se produisent par hasard. Or, elles se produisent grâce à des décisions claires en matière de politiques. Nous apportions déjà des changements il y a environ deux ans — par exemple à la Loi sur les banques, qui stipule clairement que les banques ne peuvent prêter que tel ou tel montant d’argent seulement si elles disposent d’un capital et d’un actif suffisants. Nous avons changé la réglementation de manière à restreindre le genre d’hypothèques que les banques peuvent offrir et les modalités selon lesquelles les hypothèques peuvent ou non être regroupées et vendues. Nous avons également pris des mesures pour modifier la législation de concert avec Exportation et Développement Canada en vue d’autoriser une expansion du crédit en cas de contraction bancaire. Ainsi, ces mesures, tirées des leçons apprises des dures expériences du passé, étaient-elles toutes en place avant la crise. D’où cette excellente assise financière qui nous permet de manœuvrer.
Selon l’OCDE [Organisation de coopération et de développement économiques], nous possédons également le régime fiscal le plus concurrentiel. Il est en effet le plus compétitif parmi les pays membres du G8 et de l’OCDE, qu’il s’agisse de l’impôt sur le revenu ou de l’impôt sur les sociétés. Nous sommes également en train d’accélérer les déductions pour amortissement tout en augmentant le plafond pour les petites entreprises, c’est-à-dire le montant de dollars que l’on peut tirer avant d’avoir à payer des impôts, désormais établi à 500 000 $. Nous sommes en train de supprimer l’impôt sur les machines et l’équipement. Il en est parmi vous qui se souviendront peut-être de la lutte que nous avons menée du temps où je travaillais pour la province, quand l’industrie nous demandait avec empressement : “Débarrassez-nous de cette taxe. À l’échelle provinciale, c’est un facteur dissuasif qui nous ralentit. Faites-le et vous verrez comment les entreprises vont prospérer”. Nous avions conclu un accord à l’époque — je crois que Jim Dinning était le trésorier de l’Alberta — et nous avions dit à l’industrie : “C’est bon, nous allons supprimer la taxe, et nous le ferons par étapes, mais nous tenons à voir un investissement proportionnel au fur et à mesure de la suppression.”
Ce sont des chambres comme la vôtre qui ont conjugué leur voix à celle des politiques pour renchérir : “D’accord. Vous diminuez la taxe de telle ou telle somme, et vous verrez l’investissement grossir en conséquence.” Et vous savez quoi? C’est ce qui s’est produit. Il a fallu trois ans, il me semble, pour nous débarrasser de la taxe, mais nous l’avons fait, et l’investissement a augmenté et dépassé de loin ce que nous obtenions de la taxe. Pour moi, c’était là l’un des aspects sous-jacents des théories économiques que je professe. Avec l’impôt uniforme, nous avons prouvé en Alberta que les recettes fiscales sont en général plus importantes quand l’impôt est perçu de davantage de gens à un taux réduit par opposition à moins de gens plus lourdement imposés.
Nous avons donc récemment supprimé l’impôt fédéral sur les machines et l’équipement. Nous estimons qu’il appartient aux gouvernements d’alléger autant que possible le fardeau fiscal et réglementaire pour vous, les gens qui devez faire des affaires.
Par ailleurs, je pense qu’une des positions économiques de “type conservateur” est fondée sur ce fait établi : il ne revient pas au gouvernement de vendre des choses partout dans le monde. Il est des choses qui nous sont inculquées dès notre plus jeune âge. Je me souviens très clairement de ma cinquième année — je crois que c’était dans un cours d’initiation au gouvernement et à l’économie — où on nous apprenait des choses dans le style “le Canada vend des meubles, le Canada vend des autos, le Canada vend des métaux, le Canada vend des textiles”. Et je me suis dit à l’époque que le gouvernement était bien gentil de se donner la peine de vendre des marchandises à autrui un peu partout dans le monde.
Ainsi, j’estime que dès notre plus jeune âge, nous commençons à nous faire une idée fausse des choses, grâce sans doute à des malentendus de ce genre. Car, comme tout un chacun sait si bien, les gouvernements ne vendent rien de tout cela, c’est plutôt des personnes comme vous qui travaillent dur, qui ne craignent pas de prendre des risques, qui innovent et qui se lancent dans une entreprise, qui sont prêtes à tout sacrifier parce qu’elles croient en leurs produits, en leurs services, en leurs technologies, des personnes qui estiment qu’elles ont quelque chose à offrir au reste du monde, quelque chose qui va en faire un monde meilleur tout en leur permettant de récolter quelques profits en passant.
La position des conservateurs s’est résumée d’ordinaire à garder vos impôts aussi bas que possible, et non à les doubler ou les tripler, afin que vous puissiez faire les choses que vous devez faire. C’est le principe de base que nous suivons. C’est pourquoi nous restons modestes côté impôts et côté réglementation, et c’est aussi le motif pour lequel nous avons élargi la capacité d’un organisme tel qu’EDC à prêter main forte si les banques proprement dites se trouvent dans une période de repli.
Passons maintenant à l’ère actuelle, celle du déclin mondial. Parmi les solutions, et il y en a plusieurs, l’une des mesures que nous estimons devoir prendre consiste à promouvoir vigoureusement la liberté de faire des échanges commerciaux avec d’autres pays. Autrement dit, il s’agirait de réduire les obstacles commerciaux afin de pouvoir multiplier les échanges dans un sens et dans l’autre pour pouvoir assister à un regain de prospérité. Historiquement parlant, le Canada est un pays prospère. Mais cela ne s’est pas fait par hasard. Nous avons fait des échanges commerciaux, des échanges aussi libres que possible, depuis le tout début. Nous travaillons tout simplement assez dur et nous sommes suffisamment novateurs et productifs pour produire plus que ce que nous achetons. D’où le besoin de vendre. Si nous ne pouvons pas exporter, si nous ne pouvons pas vendre, nous nous retrouvons en difficulté. Et nous l’avons prouvé.
Dans un moment de déclin, les industries pourraient réagir de manière protectionniste et demander au gouvernement : “Protégez-nous de ces gens qui nous font concurrence en vendant des produits étrangers chez-nous.” Eh bien, nous prendrons les mesures de protection nécessaires si ces produits entrent au pays de manière illicite. Nous prendrons des mesures de protection si ces produits entrent au pays à l’encontre des règlements de l’OMC [Organisation mondiale du commerce] ou de l’ALENA. Mais nous ne pouvons pas prendre de telles mesures uniquement parce que la concurrence est féroce. C’est pourquoi nous avançons la cause des accords de libre-échange et que nous avons insisté énergiquement sur ce point ces derniers temps.
Je suis heureux d’affirmer que le Canada a récemment conclu un accord de libre-échange avec quatre pays européens [l’Islande, le Liechtenstein, la Norvège et la Suisse] : quatre pays qui ne font pas partie de l’Union européenne. Ces accords serviront de levier pour entrer sur le marché de celle-ci. Ainsi, nous avons ouvert la porte à des occasions d’affaires. Si on veut protéger une industrie, si on veut protéger les travailleurs, il faut ouvrir les portes aux occasions. Il ne s’agit pas de les fermer. Il ne s’agit pas d’édifier des barrières au commerce. Quand on bâtit une barrière, les économies s’écroulent. C’est un fait historique et nous le savons.
Nous sommes également en train de mettre en œuvre un accord de libre-échange avec le Pérou et un autre avec la Colombie, et nous sommes sur le point d’en conclure un autre avec le Panama. Il y a environ trois semaines, nous étions en Chine pour tenter de faire disparaître les points épineux en matière de commerce et nous entendre sur des aspects sur lesquels nous pouvons travailler pour améliorer nos relations commerciales. Du côté de l’Inde, nous nous sommes entendus pour désigner des fonctionnaires qui se chargeront d’entamer les travaux devant aboutir à la conclusion d’un accord économique d’ordre plus général avec ce pays.
Nous poursuivrons dans cette voie. J’ai fait valoir à mes fonctionnaires, dont certains se trouvent parmi nous aujourd’hui, que c’est nous qui incarnons les ententes de libre-échange. Nous sommes très dynamiques sur ce front. Notre démarche fait partie d’un ensemble d’accords de coopération que nous sommes en train de conclure avec d’autres pays pour maintenir les portes ouvertes aux occasions, notamment dans le domaine de la science et de la technologie.
Les gens comme vous nous conseillent d’agir dans ce sens. Les chambres de commerce revêtent une importance absolument critique, et n’hésitez pas à donner ce genre de conseil politique à vos représentants élus à tous les ordres de gouvernement : fédéral, provincial et... bien sûr, municipal. C’est dur de faire partie d’une administration municipale. Tout comme il arrive parfois au gouvernement fédéral, les municipalités ont parfois de la difficulté à se faire une idée exacte de ce qui constitue les éléments moteurs de la santé économique d’une communauté. Alors, continuez à vous réunir avec nous, continuez à nous mettre au défi d’adopter les politiques que vous savez efficaces pour aider les petites entreprises à aller de l’avant. Car c’est ainsi que la plupart des emplois sont créés.
J’ai eu l’occasion d’assister à un événement des plus intéressants il y a environ trois semaines quand je me suis rendu à Prague avec le premier ministre [Harper]. Je fais allusion au moment où les commissaires européens et notre premier ministre ont convenu officiellement d’entamer les négociations en vue de conclure un accord de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne. Nous parlons là de 27 pays. Pour l’essentiel, nous avons convenu qu’il nous fallait exercer beaucoup de pression et que cet accord devait être conclu et signé dans les 24 mois, ce qui est la célérité personnifiée. La manière dont nous avons proposé d’entamer les négociations est plutôt novatrice, mais l’Union européenne y a souscrit.
Si nous avions un accord de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne en ce moment, selon une étude européenne, le commerce bilatéral afficherait une augmentation de 26 milliards d’euros cette année. Voilà le genre d’occasions auxquelles nous aspirons.
J’ai parlé politique, j’ai parlé d’une solution efficace, et à présent je dois vous dire que nous nous heurtons à des difficultés, et c’est justement avec notre grand voisin, les États-Unis. Les États-Unis et le Canada, sont les meilleurs amis du monde. Quand je voyage dans le monde, je constate que les gens envient les relations de longue date que nous entretenons. Ils font allusion aux énormes avantages commerciaux qu’il y a à se trouver si près de cette grande puissance consommatrice que représentent les États-Unis. Nous sommes très attachés à ces relations commerciales. L’ALENA nous est extrêmement avantageux et les statistiques sont là pour prouver à quel point les échanges, les emplois et l’investissement ont progressé grâce à notre accord de libre-échange avec les États-Unis.
Toutes les relations peuvent être difficiles par moments, et il en est de même avec les États-Unis. J’ai assisté à une réunion hier où il y avait un représentant des États-Unis. Vous savez, lui ai-je dit, nous avons eu nos différences par le passé, nous avons eu nos problèmes, mais nous entretenons des relations incroyables. Or, nous voilà aux prises avec un problème commercial, et il s’agit d’un point épineux d’envergure.
Il s’agit de la loi “Buy America”. Dès sa parution, cette loi a obligé le premier ministre — et d’autres dirigeants mondiaux ont imité son exemple — à dire : “Écoutez, vous êtes un pays souverain, bien sûr, mais les États-Unis doivent remplir leurs obligations en matière de commerce international.” Et à peine quatre jours plus tard, le président [Barack] Obama lui a donné raison. Il a affirmé que les États-Unis respecteraient leurs obligations en matière de commerce international, et il a même fait modifier le libellé de la loi pour insérer le principe en question — qui est un principe primordial.
Mais depuis, la réalité ne correspond pas à celle préconisée par le président. Une fois déposée au Congrès, la loi n’est plus à la Maison blanche, elle n’est plus la responsabilité du gouvernement. Il faut dès lors faire affaire à des gens qui sont tenus d’écouter ce que leurs électeurs ont à dire, et ces derniers se plaignent de devoir faire face à une concurrence sévère. Le plan de relance (chose incroyable aux États-Unis : 787 milliards de dollars américains, dont 280 milliards pour les municipalités et les États) fait l’objet de certaines démarches qui empêcheront les Canadiens de pouvoir présenter des offres d’approvisionnement de produits et de services à l’échelle municipale et des États dans le cadre, entre autres, des projets d’infrastructure.
Nous luttons vigoureusement à tous les niveaux : au niveau des ambassadeurs, auprès des diplomates et au niveau ministériel. J’ai rencontré le représentant au commerce des États-Unis [l’ambassadeur Ron Kirk], qui a une vision formidable de l’importance que revêt le libre-échange, le secrétaire au Commerce [Gary Locke], ainsi que le président [Charles Rangel] du Committee on Ways and Means, qui régit une grosse partie des crédits des États-Unis. Nous sollicitons la participation des associations professionnelles et industrielles et des chambres de commerce pour leur demander de collaborer avec leurs homologues américains, de faire passer le message au Congrès et de faire passer le message au gouvernement afin qu’ils sachent que les démarches en question vont finir par nuire à nos relations et risquent même de déclencher des représailles.
Permettez-moi de parler histoire pendant 30 secondes. Les représailles commerciales ne fonctionnent pas. Tout le monde finit par en souffrir. En 1930, lorsque nous étions à la veille d’une récession mondiale, les États-Unis — dans le dessein de protéger certaines industries — ont adopté la Smoot-Hawley Tariff Act, qui a commencé par soulever un tollé en Europe, puis dans d’autres pays, dont le Canada. Ces pays ont joué la carte de la réciprocité : si vous n’acceptez pas nos marchandises, nous n’accepterons pas les vôtres. Et les guerres commerciales se sont déclenchées, se sont aggravées et ont fini par nous plonger dans une récession.
Il me semble que le président a étudié l’histoire et qu’il comprend cela. Et c’est pourquoi j’estime qu’il était sincère quand il s’est levé pour dire que les États-Unis devaient respecter leurs obligations internationales. Mais l’affaire est en train de se réduire à son noyau politique le plus dur à mesure qu’elle passe à la Chambre des représentants. Eh bien, nous demandons-nous, le Canada prendra-t-il des mesures de représailles? Nous ne croyons pas aux représailles. Mais voilà que nous avons déjà une municipalité, et je crois qu’il y en a en tout six ou sept, qui a mis au point une résolution qu’elle entend présenter à Whistler, en Colombie-Britannique, lors d’une réunion nationale de la Fédération canadienne des municipalités, et selon laquelle aucune municipalité ne devrait faire affaire avec un pays qui se livre à des activités protectionnistes et qui ferme la porte à l’approvisionnement des biens et services. La municipalité ne fait pas explicitement allusion aux États-Unis, mais le sous-entendu est manifeste.
À présent, six ou sept autres municipalités se sont rangées à l’avis de cette résolution et vont se prononcer lors d’un scrutin. Ce sera un événement historique, car jamais auparavant les Canadiens n’ont voté pour une activité protectionniste. C’est un peu comme si quelqu’un enlevait la goupille de sécurité d’une grenade dans une pièce pleine de gens et restait là debout. Tout le monde est blessé, mais quand on est blessé, il ne reste parfois que la possibilité de rendre la pareille. C’est ce qui est en train de se produire, nous le voyons, et c’est l’un des arguments que nous brandissons en ce moment précis aux États-Unis pour contester ces dispositions qui vont faire partie de la loi en question.
Ainsi donc, j’encourage les chambres de commerce à collaborer avec leurs homologues américains. Nous aimerions voir une réaction du président. D’après ce que nous savons, les lois des États-Unis disposent de mécanismes qui l’autorisent à annuler de telles dispositions par décret. Ce serait merveilleux de le voir prendre de telles mesures. Il serait également merveilleux, au niveau du Congrès, que les représentants se rendent compte du danger de leurs agissements et rétablissent le libre-échange en bonne et due forme.
Voilà l’un de nos sujets de préoccupation. Et je vais conclure avec une initiative qui m’est particulièrement chère dans un domaine qui montre à petite échelle comment les obstacles non tarifaires peuvent finir par nous faire tort. L’Union européenne, sans aucun argument scientifique et à l’encontre des règlements de l’OMC, a banni l’importation des produits du phoque en provenance du Canada. Les commerçants et chasseurs de phoques se sont adaptés et ont réalisé d’énormes progrès. Ils chassent de façon humaine comme on fait avec le bétail, les moutons et les porcs, et en adhérant aux principes de l’environnement durable. L’Union européenne a banni nos produits malgré tout.
La gouverneure générale, la semaine dernière, comme vous le savez peut-être, a assisté à des célébrations dans le Nord, où il y avait des phoques adultes au menu. (Soit dit en passant, nous ne chassons pas les blanchons au Canada. Quand une annonce à la télévision montre un adorable bébé phoque, ce n’est pas au Canada que ça se passe.) Ces phoques gigantesques ont été servis et on en a offert quelques morceaux à la gouverneure générale. Ce qu’elle avait dans son plat, n’était ni plus ni moins que le cœur. Beaucoup de gens aiment le cœur de bœuf, et certains aiment le cœur de phoque. Elle y a donc goûté un peu, faisant par là un pas très important pour appuyer ces communautés du Nord dont la vie dépend de la chasse aux phoques. Et elle a été vigoureusement condamnée pour cela.
J’ai reçu toute une pluie de courriels. Je suis tout à fait pour la liberté d’expression, je suis tout à fait pour les protestations et les manifestations, mais je crois qu’il est temps de faire entendre notre voix, de contrecarrer ce courant. Le geste de notre gouverneure générale a suscité une campagne tous azimuts. J’ai reçu 7 000 courriels ces derniers jours qui préconisent de ne plus acheter de sirop d’érable canadien mais plutôt celui des États-Unis.
Le sirop d’érable américain n’est pas mauvais, certes, mais vous savez quoi? Si le cœur vous en dit, si vous pensez que la gouverneure générale a fait une bonne chose en témoignant de son appui à la communauté inuite, et si vous ne voulez pas que le sirop d’érable canadien en pâtisse, allez sur Internet et tapez simplement “sirop d’érable”. Vous obtiendrez un tas de noms de gens qui vendent du sirop d’érable. Achetez un peu de sirop d’érable canadien, voulez-vous? Pensez-y. Si vous croyez qu’il est temps de se mobiliser pour des conditions commerciales justes et pour soutenir les gens de chez-nous, alors achetez un peu de sirop d’érable canadien pour montrer au monde que notre sirop est le meilleur des meilleurs et que nous ne nous laisserons pas faire si facilement.
Mesdames et Messieurs, je vous remercie de votre attention. Je veux finir en résumant ce que j’ai appris en Alberta — vous connaissez le fameux dicton sur la permanence du savoir que l’on acquiert à la maternelle? — eh bien, cela s’applique également aux choses que j’ai apprises en Alberta. Nous traversons un ralentissement économique en ce moment, et je peux faire part à mes collègues du Cabinet de ce dont j’ai été témoin ici en Alberta dans les années du Programme énergétique national. J’ai vu comment des gens qui ne bénéficiaient pas d’une aide fédérale massive devaient faire leur possible pour pouvoir survivre, abandonner des entreprises, changer de métier, suivre des cours pour entreprendre une nouvelle carrière. Nous avons littéralement dû faire ce qu’il fallait faire pour pouvoir survivre.
Mais, en plus de cet instinct de survie, l’Alberta a l’esprit clairement tourné vers la croissance et la prospérité. Continuez dans cette veine, continuez à nous envoyer vos messages, à nous communiquer l’enseignement que vous avez tiré en cherchant à prospérer plutôt que de seulement survivre. L’Alberta restera forte et aidera le reste du pays par la même occasion.
Je vous remercie de votre attention.