Le 26 juin 2009
Paris, France
2009/39

D'après une transcription

Discours du ministre du Commerce international et ministre de la porte d'entrée sie-Pacifique l'honorable Stockwell Day, devant la Chambre de commerce France-Canada

C'est presque un cliché de dire à quel point il est magnifique pour mon épouse et moi de nous retrouver ici à Paris. Pour vous, cela peut sembler être un cliché. Mais pour nous, Canadiens, le simple fait de se retrouver dans un environnement si riche en histoire et en culture, ou de pouvoir faire, comme je l'ai fait plus tôt ce matin, du jogging autour de la tour Eiffel est une expérience extraordinaire. C'est un honneur et un plaisir pour moi de vous rencontrer aujourd'hui. Lors d'une téléconférence hier soir avec des journalistes canadiens, j'avais peine à réaliser que j'étais bel et bien ici. Mon travail est prenant et mon emploi du temps très chargé. Mais il me suffit de regarder ce qui m'entoure pour trouver cela merveilleux. Il me faut quitter ce matin pour l'Arabie saoudite et pour la Jordanie. Mais je reviendrai dimanche et mon épouse et moi prendrons alors une semaine de vacances en France.

Avec votre permission, j'aimerais parler un peu d'histoire en évoquant le présent et l'avenir, en particulier l'avenir économique, dans une perspective canadienne. Une part de l'histoire du Canada est liée à celle de la France. Nos racines sont en partie françaises et aujourd'hui encore, la France continue de nous influencer et de nourrir notre confiance en l'avenir. Permettez-moi de m'expliquer.

La France est reconnue pour être une terre où la démocratie a fleuri, ainsi qu'une économie qui demeure, malgré la crise actuelle, en bonne santé. Plus de la moitié des sociétés Fortune 500 ont pignon sur rue en France. Votre pays a exercé une influence majeure dans le monde entier, y compris au Canada. Il nous a montré que des bases démocratiques et une économie saine sont sources d'espoir, à plusieurs titres. En temps de crise, ces fondements démocratiques et économiques revêtent une importance plus grande encore car ils permettent de continuer à progresser malgré les nombreuses difficultés rencontrées.

Des organismes à l'extérieur du Canada ont noté que nous avions le système bancaire le plus stable du monde. Ce n'est pas le fruit du hasard mais le résultat de principes rigoureux et d'une réglementation sur le crédit bancaire qui impose à nos banques un fonctionnement conservateur. Par conséquent, nous n'avons pas de graves problèmes financiers comme aux États-Unis. Le Canada n'est pas obligé de renflouer ses institutions bancaires. Il ne connaît pas de crise des prêts hypothécaires à risque. À vrai dire, nous jouissons d'un système bancaire qui est relativement sain et très stable, ce qu'ont reconnu récemment des organismes internationaux.

De même, nous avons en place un régime fiscal défini comme étant le plus concurrentiel parmi les pays du G7, selon l'évaluation d'organismes financiers internationaux. Et nous pouvons compter sur des agences de crédit comme Exportation et développement Canada, qui peuvent aider à financer des coentreprises dans lesquelles sont associées des entreprises canadiennes.

Il y a trois jours à peine, j'étais en Russie. Les entreprises canadiennes présentes sur ce marché ne sont pas à l'abri des problèmes économiques que connaît la Russie. Nous pouvons toutefois leur venir en aide au moyen de conventions fiscales qui profitent également à leurs partenaires russes.

Dans un dossier récent sur le Canada, l'Economist Intelligence Unit a affirmé que notre pays était le mieux outillé pour affronter la crise financière et pour en sortir rapidement, lorsque s'amorcera la reprise. Il ne fait aucun doute que la crise actuelle prendra fin. Contrairement à ce que laissent croire les médias, nous n'assistons pas aux derniers moments d'une civilisation, et le Canada se tient prêt à profiter des premiers signes d'une reprise.

Cela, nous le devons en partie à l'héritage démocratique et économique que nous a légué la France. Nous le devons à des principes économiques qui revêtent encore plus d'importance en ces temps difficiles. C'est pourquoi nous sommes préoccupés par la montée actuelle du protectionnisme.

Certains pays n'échappent pas au réflexe d'ériger des barrières commerciales afin de protéger leur marché, menaçant ainsi l'économie mondiale. Nous en avons un exemple à nos portes, avec le projet de loi Buy American des États-Unis. Ces voisins sont pour nous ce que l'Allemagne est pour vous, un grand pays qui est aussi un partenaire économique important. Or, nous déplorons que le projet de loi américain procède de réflexes protectionnistes.

Plus récemment, il y a moins d'une semaine, la Chine a adopté une politique semblable de Buy China. Être fier de ses produits et services est une chose, mais si, à l'instar de certains gouvernements, nous commençons à ériger des barrières au commerce, nous allons engendrer de graves problèmes économiques. C'est pourquoi le Canada s'élève avec vigueur contre le protectionnisme.

La tentation est forte pour les politiciens d'adopter de telles mesures en période de crise, car les entreprises se pressent à leurs portes pour réclamer leur aide. En période de prospérité, ces mêmes entreprises se font les défenseurs de la libre entreprise, repoussant l'ingérence gouvernementale dans leurs affaires. Une certaine réglementation est nécessaire en temps et lieu. Mais il importe que des associations telles que les Chambres de commerce du Canada, de la France et d'ailleurs dans le monde reconnaissent le piège que peut représenter le recours à l'aide gouvernementale, laquelle ne va pas sans problèmes.

Comme le faisait remarquer Winston Churchill dans le débat de fond opposant le capitalisme au socialisme : « Le vice inhérent au capitalisme consiste en une répartition inégale des richesses. La vertu inhérente au socialisme consiste en une égale répartition de la misère. » Le système capitaliste n'est pas parfait, mais l'histoire nous prouve, tant celle de la France que du Canada, qu'un système ouvert fondé sur un ensemble de lois et de règlements qui appuient la libéralisation du commerce apporte plus de prospérité que tout autre système. C'est pourquoi il importe, malgré la crise économique évidente, de garder confiance en un système qui se caractérise par la liberté d'entreprise, la transparence et l'ouverture.

Les échanges commerciaux ne sont pas que de simples transactions de biens et services. La philosophie les sous-tend. Dans un système de libre-échange, la prospérité ne relève pas que de choses matérielles mais concerne aussi le domaine de l'esprit. Vous connaissez bien, je crois, un dénommé Voltaire. Durant son exil forcé en Angleterre, il a observé et décrit un phénomène particulier : le commerce qu'entretenaient, dans ce qui était alors l'embryon de la Bourse de Londres, les Musulmans, les Chrétiens, les Juifs. Alors qu'ils pouvaient être à couteaux tirés ailleurs dans le monde, ces gens de nationalités diverses faisaient à Londres du commerce entre eux, paisiblement et en toute confiance, ce qui montre bien l'importance du respect des droits et des intérêts de chacun. Cette leçon, ce sont des philosophes et écrivains français qui nous l'ont apprise. Ce sont des auteurs français qui ont mené la réflexion sur la place de la liberté et de la démocratie dans le commerce. Leur pensée continue à être source d'inspiration pour tous.

Avant d'être élu au gouvernement fédéral, j'étais ministre des Finances en Alberta. Je me souviens avoir été impressionné par les propos d'un autre ministre des Finances, un Français nommé Colbert, qui ne vous est certes pas inconnu. Un jour qu'il s'adressait à une association de gens d'affaires, il a prononcé cette phrase capable de semer la terreur dans le cœur des hommes et des femmes d'affaires : « Je suis du gouvernement et je suis là pour vous aider. » C'est une phrase redoutable dans la bouche d'un politicien. Il a demandé « Que puis-je faire pour vous? » et la réponse a fusé, « Laissez faire. » Quelle réplique, dont la pertinence résonne encore de nos jours.

Nos deux pays entretiennent des relations édifiées sur des valeurs communes de démocratie, de liberté, d'égalité. Les échanges Canada-France sont bien établis et porteurs d'avenir. La valeur totale des échanges bilatéraux entre le Canada et la France atteint presque neuf milliards de dollars, et cette somme est appelée à croître.

Il y a deux mois, j'accompagnais notre premier ministre, M. Stephen Harper, à Prague pour l'ouverture de négociations officielles entre l'Union européenne et le Canada en vue de conclure un accord de libre-échange. Un tel accord serait d'importance capitale pour nous, Canadiens, mais aussi pour les 27 États de l'Union, parce qu'il leur ouvrirait la porte du marché canadien et, ce faisant, celle de l'Amérique du Nord tout entière. Selon des études que nous avons commandées, l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et le Canada pourrait injecter plus de 26 milliards de dollars dans nos économies respectives, d'où l'importance de poursuivre les négociations.

Nous voulons accroître les investissements français au Canada ainsi que les investissements canadiens en France. L'implantation en sol français de grandes sociétés canadiennes, comme Bombardier et SNC-Lavalin, tout comme la présence au Canada de grandes entreprises françaises contribuent à notre prospérité mutuelle. Il faut persévérer sur cette voie, continuer à créer des occasions d'affaires et à ouvrir des portes pour toutes les entreprises, quelle que soit leur taille, afin d'accroître la richesse collective et les possibilités d'emploi pour nos populations.

Le Canada s'engage résolument à conclure des accords de libre-échange avec d'autres pays et il maintient son appui à l'Organisation mondiale du commerce. J'assistais justement hier à des rencontres multilatérales de l'OMC avec 30 autres pays membres, où nous avons convenu de la nécessité de lutter contre le réflexe du protectionnisme et de défendre un commerce libre et ouvert sur la scène mondiale, afin de retrouver le chemin de la prospérité.

Puisque les crises sont cycliques, comme le montre l'histoire, nous savons que nous retrouverons éventuellement la prospérité. D'aucuns cherchent à savoir quand prendra fin la crise actuelle. Si je pouvais prédire ce jour, je serais un homme riche. Je ne suis pas un devin, mais je sais que si nous gardons confiance en l'avenir et que nous défendons ces principes grâce auxquels nous avons pu développer des économies florissantes, aussi bien en France qu'au Canada, nous assisterons inévitablement au retour de la prospérité.

Je me réjouis du partenariat qui unit nos deux pays, fondé sur des relations solides qui laissent présager un très bel avenir.

Je vous remercie de votre attention.