D’après une transcription
Juste au cas où quelqu’un ici aurait des doutes, l’histoire économique est très claire : ce qui descend doit remonter. Nous n’assistons pas à la fin de la civilisation telle que nous la connaissons. La situation s’améliorera et cette remontée sera en partie attribuable aux initiatives déjà annoncées ici.
J’aimerais réfléchir avec vous quelques instants en utilisant des exemples des mesures que nous prenons au Canada et qui contribueront, selon nous, à faire avancer les choses pour le bénéfice de nos citoyens, de nos travailleurs et de nos entreprises.
Au cours des 15 dernières années, les participants à la présente conférence se sont réunis non seulement pour échanger des idées, mais aussi pour formuler des politiques. Les plates-formes de politique formulées ici ont eu des effets positifs. Permettez-moi de vous remercier pour ces résultats positifs.
Au Canada, nous avons une bonne nouvelle à communiquer. Nous avons de nombreuses bonnes nouvelles. Lorsque je m’entretiens à l’étranger avec des dignitaires et des gens d’affaires, je leur fais part de la nouvelle entendue récemment — que la collectivité financière internationale a reconnu que le système bancaire canadien est le plus stable du monde.
La collectivité financière internationale a déclaré que le Canada, en raison des principes essentiels en place, des éléments de base de nos politiques économiques, figure parmi les pays les mieux préparés pour traverser le genre de ralentissement économique que nous connaissons et sera le mieux placé pour en sortir.
Je conviens bien sûr que notre système d’imposition est et continuera d’être le plus concurrentiel des pays du G7. Grâce à nos diverses agences de notation, à Exportation et développement Canada et à la Banque de développement du Canada, nous avons également la capacité de donner accès au crédit et de faciliter les accords financiers et les coentreprises.
Je suis également d’accord avec l’opinion que vous avez déjà entendu exprimer ce matin et que vous continuerez à entendre : une période de repli économique n’est pas un bon moment pour s’adonner au protectionnisme, pour ériger des murs. Lorsque des murs protectionnistes sont érigés, les économies reculent.
Il est très important de créer des débouchés pour les travailleurs et les entreprises en ouvrant la porte au commerce, et non en la fermant. Pour certains groupes et certaines organisations, il peut paraître contraire à la logique d’ouvrir les frontières au commerce au moment même où des entreprises ferment leurs portes.
L’histoire montre toutefois clairement qu’il n’en est rien. Lorsque nous nous sommes trouvés en période de récession mondiale, en 1930, une loi très protectionniste, la Smoot-Hawley Act, a été adoptée par les États-Unis. Cette loi a eu des conséquences si marquées que les citoyens et les entreprises des autres pays se sont tournés vers leurs législateurs pour leur demander de prendre des mesures de rétorsion.
S’ils ne pouvaient plus expédier leurs produits aux États-Unis, alors il n’y avait pas de raison de laisser les États-Unis exporter leurs produits chez eux. Les mesures de rétorsion ont commencé de se multiplier avec le résultat que nous connaissons. Ce qui était certes une grave récession a dégénéré et s’est transformée en une terrible période de dépression économique.
Je désire féliciter des personnes comme le président Álvaro Uribe, de la Colombie, pour la clairvoyance dont il a fait preuve en reconnaissant qu’en période de ralentissement économique — il faut ouvrir les portes et fournir des débouchés aux travailleurs, aux entreprises et aux investisseurs.
C’est pourquoi nous sommes heureux de négocier la conclusion d’un accord de libre-échange avec la Colombie. Nous maintenons la pression et faisons tout en notre pouvoir pour mener à bien ces négociations. Avec toutes les autres initiatives en matière de politique économique que nous prenons au Canada pour nous assurer de disposer d’assises solides, nous affirmons clairement au reste de la collectivité mondiale notre ferme conviction que l’une des façons de survivre à cette période de ralentissement économique est d’ouvrir nos portes.
Nous cherchons donc de façon énergique et dynamique à conclure des accords de libre-échange. En fait, juste avant la clôture de la session parlementaire, au mois de décembre dernier, j’étais à l’origine de la moitié des projets de loi déposés à la Chambre des communes. D’accord, seulement deux projets de loi avaient été déposés, mais l’un d’eux portait sur le commerce; je peux donc affirmer que j’étais à l’origine de la moitié des projets.
Ce projet de loi concernait quatre États européens : la Norvège, l’Islande, la Suisse et le Liechtenstein, soit l’Association européenne de libre-échange [AELE]. Cet accord, nous l’avons mené à bien. Nous avons procédé à toutes les signatures. Il a été approuvé au Parlement. Nous sommes fiers de cette réalisation, parce qu’un nombre accru de débouchés s’offrent maintenant pour nos biens, nos produits et nos services dans ces pays.
L’accord signé avec l’AELE nous sert en quelque sorte de levier pour les discussions que nous avons amorcées avec l’Union européenne. Sur un plan très pragmatique, disons que les 27 pays de l’UE peuvent regarder ces quatre États européens et constater que ces derniers bénéficient maintenant d’un avantage concurrentiel par rapport à eux dans de nombreux secteurs de produits et de services, parce que les tarifs ont été abolis ou considérablement réduits.
C’est ce genre de choses qui, selon moi, continueront de constituer un incitatif pour d’autres pays et qui auront en fin de compte des retombées positives pour les travailleurs, les entreprises et les investisseurs. C’est pourquoi, Monsieur le Président, nous sommes si empressés de poursuivre nos efforts. Comme vous le savez, notre projet de loi [l’accord de libre-échange Canada-Colombie] a été présenté au Parlement et fait l’objet d’un débat très sain.
Nous venons juste de terminer le débat et de clore les discussions sur l’accord de libre-échange avec le Pérou. Nous participons à des discussions semblables avec le Panama. Là où nous n’avons pas d’accord de libre-échange proprement dit, nous menons des négociations en vue de conclure des accords de coopération en science et technologie, comme nous l’avons fait dernièrement avec le Brésil et d’autres régions. Nous en revenons toujours aux principes de base de l’ouverture, de l’échange d’idées ainsi que de la créativité et de l’innovation dans la manière de faire des affaires. Ce sont en fin de compte les populations des deux pays qui profitent des retombées.
Du côté de l’UE, nous avons amorcé les discussions. Nos négociateurs en chef ont déjà rédigé des rapports provisoires de l’état d’avancement de nos travaux par rapport au programme de négociations proprement dit et nous progressons à un rythme très soutenu. J’ai été encouragé lorsque j’étais à Prague avec le premier ministre Stephen Harper, lors de la signature pour le début de ces négociations, de constater chez les deux parties la volonté de conclure cet accord de libre-échange dans un délai assez court. Nous visons un échéancier de deux ans ou moins.
Encore une fois, ces efforts envoient un signal. Ce n’est pas le moment maintenant de sombrer dans des activités protectionnistes. J’aimerais vous entretenir des discussions que nous avons actuellement avec nos bons amis au sud de la frontière au sujet de la loi « Buy America » et de la façon dont elle est mise en application.
À la réunion des dirigeants du G20, en novembre, à Washington, ces derniers ont fait une déclaration très importante, une déclaration qui devrait avoir des conséquences sur les discussions concernant le commerce bilatéral et multilatéral comme le Cycle de Doha de l’Organisation mondiale du commerce, discussions que nous désirons aussi voir s’achever. Ils ont déclaré qu’il ne devrait y avoir aucune nouvelle activité protectionniste et qu’il devrait y avoir un moratoire.
Les dirigeants du G20 ont répété cette affirmation peu après, à Londres. C’est pour cette raison que lorsque la loi « Buy America » a été promulguée, c’est le premier ministre Harper qui a pris les devants en affirmant que nous nous attendions à ce que les États-Unis respectent leurs obligations et traités en matière de commerce international.
Seulement quelques jours plus tard, le président [des États-Unis] [Barack] Obama a accusé réception du message et affirmé que les dispositions de la loi « Buy America » respecteraient les obligations internationales des États-Unis. Il a veillé à ce qu’une disposition soit incluse dans cette loi pour garantir le respect de ces obligations. Toutefois, les travaux qui ont suivi ont déclenché une dynamique prévisible, la dynamique de la démocratie, où des citoyens préoccupés se mettent à interpeller leurs dirigeants, comme il est normal de le faire. Cela arrive partout où il y a des démocraties.
L’appel qu’ils lancent s’adresse aux législateurs; ils désirent être protégés et s’assurer que certains approvisionnements ou certaines ressources ne proviennent que de leur propre pays. C’est là qu’à titre de législateurs, nous devons faire part à nos commettants du principe qui nous intéresse ici : si nous voulons vraiment protéger les emplois, les travailleurs et les industries, nous devons le faire en ouvrant les portes et non en les fermant.
C’est la raison pour laquelle dans certaines des dispositions de mise en œuvre de la loi « Buy America », nous voyons la fermeture de la possibilité d’approvisionnement du côté canadien vers le côté américain. Je présente la situation comme un microcosme et j’espère que les choses en resteront là. Comme il est toutefois prévisible, lorsqu’il y a des activités protectionnistes dans un pays elles s’étendent à d’autres pays.
Il en va ainsi. Certains d’entre vous êtes peut-être au courant des dernières nouvelles au Canada. À une réunion annuelle de nos maires et conseillers municipaux de toutes les régions du pays, une résolution a été présentée par une petite municipalité et a été adoptée avec une faible majorité. Selon cette résolution, le Canada devrait fermer la porte de son marché de l’approvisionnement à un pays qui tentera de fermer les portes de son propre marché de l’approvisionnement au Canada.
C’est la réponse qui vient naturellement lorsqu’un pays prend une mesure contre vous. Il est naturel de vouloir recourir à des représailles, mais c’est ce genre de représailles qui ne fait qu’empirer le problème. Nous utilisons donc un certain nombre de moyens actuellement, comme d’autres pays. Les membres de l’Union européenne ont également formulé des commentaires sur les dispositions de la loi « Buy America » afin de sensibiliser nos amis américains.
Nous avons établi ce que nous estimons être les accords commerciaux les plus enviables du monde avec les États-Unis et le Mexique. L’accord avec l’UE auquel nous travaillons se révèle tout aussi prometteur. L’UE représente un marché de 500 millions de personnes. Le tiers des entreprises Fortune 500 ont leur siège social dans l’un des États de l’UE. Un accord conférerait aux Canadiens l’accès à ce marché et, inversement, donnerait aux Européens l’accès au continent nord-américain. Il existe un marché de 444 millions de personnes au Canada, aux États-Unis et au Mexique.
Il y a donc là d’importants débouchés. Nous ferons valoir que les dispositions de la loi « Buy America » doivent correspondre aux affirmations du président Obama et aux déclarations des dirigeants du G20 à Washington et à Londres. Nous devons garder nos portes ouvertes aux échanges commerciaux. Nous devons garder nos portes ouvertes aux occasions qui se présentent. Le processus bénéficiera à la majorité de la population. Une plus grande partie de la population en tirera avantage que si les portes étaient fermées.
C’est l’avenue que nous privilégions. J’aimerais terminer mon allocution en ramenant mes propos à un niveau très humain. Président Uribe, j’aimerais utiliser un exemple de la vraie vie, l’exemple d’un événement dont j’ai été témoin dans votre pays peu après votre accession à la présidence.
J’étais en Colombie pour une visite personnelle avec ma femme. Nous nous trouvions dans une ville du pays et nous ne devions pas y séjourner très longtemps. Nous étions dans un secteur touristique. Je suis allé à un guichet automatique et il ne fonctionnait pas. Je me suis rendu à un autre guichet, qui ne fonctionnait pas non plus. Ces choses-là arrivent au Canada également, en passant; ce n’est pas un problème propre à la Colombie.
Au deuxième guichet, deux jeunes femmes sont venues me voir. Elles parlaient un très bon anglais. Elles m’ont dit qu’elles étaient de la région. Elles ont remarqué que le guichet ne fonctionnait pas et m’ont dit qu’elles pouvaient me diriger vers un guichet qui fonctionnait, juste à l’extérieur du secteur touristique, à environ trois ou quatre intersections. Elles m’ont demandé si je voulais leur aide.
Voyons, je me trouve dans un pays étranger, bien qu’il soit très accueillant et que je ne m’y sente pas étranger. J’ai été invité à me rendre à un guichet bancaire à l’extérieur de la zone normalement fréquentée. Je me suis dit, bien, je pourrais probablement m’occuper de moi-même si j’avais à le faire et elles ont l’air très sincères. Je leur ai donc répondu : « Oui, s’il vous plaît. Montrez-moi le chemin. Où puis-je me procurer de l’argent ici? ». Je désirais encourager l’économie en Colombie et la stimuler avec mes propres mesures d’encouragement.
Elles m’ont donc escorté jusqu’à une zone commerciale. Un guichet bancaire s’y trouvait. Elles m’ont demandé si je pouvais lire la langue. J’avais un peu de difficulté, mais elles m’ont aidé et c’est assez simple : le mot « OK » est le même dans la plupart des langues. Elles ont ensuite reculé pour que je ne pense pas qu’elles regardaient ma carte et mon numéro d’identification personnel. J’ai retiré l’argent dont j’avais besoin. Je me suis alors dit que c’était le moment de les payer et j’ai donc préparé quelques billets à leur donner.
Elles m’ont répondu : « Non, nous désirions simplement vous aider. Pourrez-vous trouver le chemin du retour? Il suffit de descendre la rue et de tourner au coin. » « Ça va. », dis-je. Comme j’étais sur le point de partir, elles m’ont dit : « Vous vous demandez peut-être pourquoi nous avons fait cela. » J’étais en effet un peu méfiant et je leur ai dit : « Oui, je me demandais pourquoi vous vous étiez portées volontaires et pourquoi vous ne vouliez pas d’argent pour votre service. »
Elles ont m’ont demandé : «Vous n’êtes pas de notre pays. Êtes-vous américain? » Je me suis dit : « Ai-je l’air d’un Américain? »
J’ai précisé : « Bien, en fait, je suis canadien. » Elles ont poursuivi : « Bon, ça va. Êtes-vous venu souvent en Colombie? ». J’ai répondu : « Non, c’est mon premier voyage. » Elles ont dit : « Vous avez probablement entendu dire des choses au sujet de notre pays. » J’ai avoué: « Bien, pour être honnête, oui. » Elles ont précisé : « Vous avez probablement entendu dire des choses qui pourraient ne pas être flatteuses au sujet de problèmes que nous avons eus dans le passé avec la violence et le commerce de la drogue et d’autres choses du genre. »
J’ai répondu : « Écoutez, pour être honnête, j’ai entendu de tels propos. » Elles ont expliqué : « Nous désirions simplement vous aider et vous montrer comment obtenir votre argent, puis vous ramener auprès de la personne qui vous accompagnait, de sorte que vous compreniez que la plupart des citoyens de la Colombie ne correspondent pas à ce que vous avez entendu. Nous avons des espoirs et nous avons des rêves; nous voulons les faire connaître aux autres pays du monde. C’est pour cela que nous vous avons aidé. »
Monsieur le Président, je n’exagère pas du tout les faits. Il s’agissait de deux étudiantes dans une petite localité et de grandes ambassadrices; non rémunérées, mais de grandes ambassadrices. Elles ont fait avancer la cause et elles m’ont montré et m’ont rappelé que nous devons élargir ces relations, commerciales ou autres, pour les citoyens, afin qu’ils puissent nourrir leurs espoirs, poursuivre leurs rêves et profiter des merveilleuses possibilités qui s’offrent à eux.
Merci beaucoup à chacun de vous pour faire partie de cet effort.