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Le 24 juillet 2009
Singapour
2009/45

D’après une transcription

Discours du ministre du Commerce international et ministre de la porte d’entrée de l’Asie-Pacifique, l’honorable Stockwell Day, à l’occasion d’un déjeuner donné par la Chambre de commerce du Canada à Singapour

Merci beaucoup.

Monsieur le Ministre Lim [Lim Hng Kiang, ministre du Commerce et de l’Industrie de Singapour], je tiens à vous remercier d’avoir veillé au succès de la conférence de l’APEC [réunion des ministres responsables du commerce de la Coopération économique Asie-Pacifique]. Vous avez présidé la réunion avec brio et diplomatie et avez bien encadré les discussions. Cette conférence réunissait des gens de différents horizons politiques qui ont l’habitude de débattre longuement leurs idées. Vous nous avez toutefois aidés à tenir le cap.

Monsieur le Ministre, vos compétences sont un atout pour vous et pour votre gouvernement.

Cette visite, qui est notre première à Singapour et en Malaisie, a été des plus agréables pour mon épouse et moi. Peu après notre arrivée, nous nous sommes dits que nous voulions revenir pour un plus long séjour, ce que nous espérons pouvoir faire en novembre.

À plusieurs égards, les membres de l’APEC donnent l’exemple. En effet, il est plutôt remarquable que les 21 pays, bien qu’ils soient tous très préoccupés par le ralentissement économique, aient accepté de prolonger d’un an le moratoire visant les mesures protectionnistes. Encore une fois, Monsieur le Ministre, vous y êtes pour beaucoup.

Par le consensus auquel nous sommes parvenus, nous lançons un message aux autres pays et organisations multilatérales des quatre coins du monde : il ne faut pas fermer les portes aux industries, aux entreprises et aux travailleurs, car, comme nous le montre l’Histoire, il est plutôt temps d’ouvrir des portes.

Monsieur le Ministre, vous avez abordé certaines des raisons expliquant le succès que connaît Singapour, dont la liberté avec laquelle il est possible de faire des affaires au sein du pays, à l’intérieur d’un cadre de bonne gouvernance, de responsabilisation et de transparence.

J’aimerais me pencher un peu sur ces questions aujourd’hui. Comme vous le savez, nous avons décelé certains indices économiques encourageants à l’échelle mondiale. Quand pourrons-nous dire que le ralentissement économique est officiellement chose du passé? C’est la question qu’on nous pose et celle à laquelle j’aimerais bien avoir une réponse.

La plupart des gens n’avaient pas prévu ce ralentissement. Lors du Forum économique mondial qui a eu lieu à Davos, en Suisse, un peu plus tôt cette année et auquel j’ai participé en compagnie de dirigeants politiques, de grands investisseurs et de présidents des grandes banques du monde, les participants s’entendaient notamment sur deux choses : ils ne s’attendaient pas à ce ralentissement économique et ne pouvaient dire exactement quand il prendrait fin.

Bien entendu, il est possible d’évaluer si, à un moment précis dans le temps, le climat économique est solide ou s’il montre des signes de faiblesse. Par ailleurs, des personnes avaient souligné le fait que certains principes financiers n’étaient pas respectés et que cela aurait de graves conséquences.

Il n’en demeure pas moins que beaucoup de ces gens ont fait ce genre de déclarations publiques après le début du ralentissement. Cela me fait penser à l’expression qui dit qu’un analyste, c’est quelqu’un qui peut prévoir un événement quelque temps après qu’il se soit produit.

En réalité, comme certains principes n’étaient pas respectés, nous aurions dû être en mesure de prévoir ce qui allait arriver.

Au cours des deux dernières décennies, nous avons assisté à des événements incroyables à l’échelle mondiale : la fin de la guerre froide, l’effondrement de nombreux régimes autocratiques et la prise de conscience du fait que les régimes dictatoriaux communistes ne fonctionnent tout simplement pas. Un nouveau monde, meilleur, semblait se profiler devant nous.

Au début de cette période, l’auteur [Francis Fukuyama] d’un essai célèbre laissait entendre qu’il s’agissait de la fin de l’Histoire. Au Canada, un économiste réputé affirmait pour sa part que nous assistions à la fin des cycles économiques et, par le fait même, des ralentissements économiques. Puis vint l’éclatement de la bulle technologique, qui a pris la plupart des gens par surprise. Certains l’avaient peut-être vu venir, mais la plupart ne l’avaient pas prévu.

Contrairement à Singapour, le Canada est un pays qui se transforme au fil des saisons. Chaque changement de saison est marqué par des signes distincts. À la fin de l’été, par exemple, les feuilles commencent à changer de couleur, ce qui nous annonce l’arrivée prochaine du temps froid.

En économie aussi, il y a des cycles et des saisons. Et j’ose prédire aujourd’hui que nous nous rapprochons d’une période où les conditions économiques seront plus favorables et plus robustes. Je le dis parce que les gouvernements et les entreprises ont appris que certains principes économiques de base, s’ils sont respectés de manière générale, débouchent sur certains résultats.

En rétrospective, nous pouvons constater que les principes fondamentaux avaient été en partie écartés. Les gens ont vraiment cru qu’il n’y aurait plus de cycles économiques, qu’il s’agissait véritablement de la fin de l’Histoire et que tout irait bien, toujours. Et ça ne s’est pas produit qu’aux États-Unis; nous avons tous accueilli avec enthousiasme le nouvel âge d’or qui ne finirait jamais.

Et dans certains pays, la surveillance des institutions financières s’est relâchée. Je parle ici des exigences relatives aux emprunts, aux prêts et à l’actif, des exigences de capital, des niveaux de responsabilité et de la transparence. Nous aurions dû voir dans le rejet de ces principes le présage d’un revirement économique.

Ici, à Singapour, vous êtes restés fidèles à bon nombre de ces principes et c’est la raison pour laquelle l’économie du pays s’en tire mieux que d’autres en temps de crise.

On dit de même du Canada, et j’aimerais vous expliquer pourquoi.

Tout d’abord, je ne pense pas que le gouvernement du Canada soit parfait. Nous commettons tous des erreurs; nous sommes des êtres humains.

Cela dit, le Canada n’a jamais délaissé les principes de base. Avant la crise, nous exigions de nos banques qu’elles aient un actif suffisant pour soutenir le volume de leurs prêts. Nous avons pris des dispositions pour éviter un accès démesuré aux prêts hypothécaires, et les conséquences nuisibles qui peuvent en découler.

Grâce à ces mesures, le système bancaire du Canada est considéré comme étant le système le plus stable du monde selon les résultats d’un sondage publiés par le Forum économique mondial l’automne dernier.

En cette période où les investisseurs recherchent la prévisibilité et la sécurité à long terme et où d’importants fonds de capitaux sont à investir, nous sommes d’avis que le Canada a beaucoup à offrir. Notre système bancaire était qualifié d’ennuyeux, mais ce qui était « ennuyeux » est devenu « emballant ». Nous en sommes vraiment fiers.

Notre régime d’imposition des entreprises a lui aussi été désigné comme l’un des plus concurrentiels parmi les pays du G7. De plus, nous avons présenté nos plans fiscaux jusqu’en 2012; par conséquent, nous offrons une prévisibilité non seulement du système bancaire, mais également du régime fiscal. Les gens savent que si leurs investissements produisent un rendement, celui-ci sera imposé à un taux prévisible qui est l’un des plus bas du G7. Il s’agit là d’un autre avantage que nous sommes fiers de faire connaître au monde entier.

Le régime de réglementation parfait n’existe pas. Nous expliquons à nos partenaires du monde des affaires qu’un certain niveau d’imposition et de réglementation est nécessaire. Mais il peut arriver que les gouvernements se laissent emporter. Lorsque leurs régimes d’imposition et de réglementation sont excessifs, les gouvernements causent du tort aux entreprises. Ils minent ainsi la motivation, la créativité, le rendement et l’innovation des personnes et des organisations, et ces dernières pourraient avoir l’impression que leurs efforts sont injustement ralentis et pénalisés.

L’Economist Intelligence Unit a affirmé plus tôt cette année que le Canada était le pays le mieux positionné au début de la récession et qu’il en serait de même au moment de la relance. Nous devons cela à certains des principes de base que nous avons mis en place. Et c’est pourquoi nous pouvons vous assurer, gens d’affaires, que si vous songez à investir au Canada, vous pouvez vous attendre à des rendements généralement bons.

En plus de ce que je viens de mentionner, certains facteurs importants contribuent à accroître la confiance des investisseurs. Le Canada est doté d’un système d’éducation de grande qualité qui permet aux étudiants d’acquérir les compétences de pointe dont vos entreprises ont besoin. Notre système produit une main-d’œuvre motivée et hautement qualifiée.

Sur le plan de l’infrastructure, nous misons sur des domaines clés de développement potentiel. Nous avons ce que nous appelons la Porte de l’Asie-Pacifique, dans laquelle nous avons investi 2,3 milliards de dollars au cours des dernières années. Le but est de mettre en place une infrastructure qui fera de nos ports de Vancouver et de Prince Rupert des destinations de calibre international et qui offrira des solutions de rechange pour le transport de marchandises à destination de la côte ouest de l’Amérique du Nord.

Selon le port d’Asie d’où vous expédiez vos marchandises, les temps de navigation sont réduits de deux à trois jours si vous les dirigez vers les ports de Vancouver ou de Prince Rupert plutôt que vers d’autres ports de la côte ouest. Comme ces ports canadiens ne sont pas trop achalandés, la durée de l’entreposage des conteneurs est souvent de moins de 30 heures. De plus nos investissements dans les infrastructures nous permettent d’intégrer les réseaux ferroviaires et routiers de sorte que vos produits pourront se trouver en plein cœur de l’Amérique du Nord, comme à Chicago ou à Omaha, moins de 100 heures après le débarquement.

Ces avantages sont vraiment considérables et nous en faisons la promotion active aux quatre coins du monde. Nous sommes particulièrement ravis de les promouvoir à Singapour, le plus grand port du monde, où se prennent d’innombrables décisions concernant le transport des marchandises.

Je crois que les relations que nos pays et nos peuples entretiendront seront très positives dans les domaines de l’éducation, de l’investissement et des infrastructures. Et il existe une véritable synergie entre les entreprises canadiennes et celles de Singapour.

La prévisibilité qu’offrent Singapour et le Canada peut libérer des ressources nécessaires à la création d’emplois et de richesse, et à l’amélioration du niveau de prospérité de nos citoyens.

Aucun système n’est parfait. Mais l’Histoire nous apprend que là où les gens peuvent faire circuler leur capital, où ils sont libres de fonder une entreprise, où les systèmes sont fondés sur un ensemble de règles, sur la transparence et sur la reddition de compte, et où les contrats sont régis par des lois, la population est plus prospère que celle où tout cela n’existe pas.

Winston Churchill a déjà dit que le vice inhérent au capitalisme consiste en une répartition inégale des richesses et que la vertu inhérente au socialisme consiste en une égale répartition de la misère.

Comme je viens de le dire, si les gens peuvent investir leur capital, que la somme soit petite ou considérable, dans un système économique régi par un ensemble de règles et qui soit ouvert, transparent et équitable, il y aura plus de prospérité que si ces conditions ne sont pas réunies.

C’est pourquoi nous avons hâte de collaborer, d’échanger de l’information et d’élaborer des produits de manière continue avec vous. Voici un exemple d’innovation : j’ai croisé quelqu’un à la réunion avant d’entrer dans cette salle. Le produit qu’il a élaboré est un appareil qu’on place dans une chaussure et qui permet d’identifier la personne qui le porte, car chaque personne a une façon bien à elle de marcher, tout aussi unique que ses empreintes digitales. Lorsqu’ils seront en mesure de reconnaître et d’analyser les démarches individuelles, les gouvernements pourront savoir qui entre dans leur pays tout en permettant la bonne circulation des marchandises.

L’appareil peut aussi servir à toutes sortes d’applications. Par exemple, il pourrait être utile dans une centrale nucléaire, où l’on doit savoir où se trouvent les gens en tout temps. Et bien d’autres utilisations sont possibles.

Vous vous dites peut-être que vous pourriez déjouer l’appareil en changeant de souliers avec quelqu’un d’autre. Mais cela ne fonctionnerait pas parce que nous marchons tous de façon différente. Voilà un exemple de la créativité dont les gens font preuve lorsqu’ils croient en la possibilité de concevoir le produit de leurs rêves.

Un exemple d’innovation encore plus frappant est Singapour même. Vous pouvez être fiers de votre histoire, qui illustre bien que si on prend un petit village de pêche et qu’on donne la possibilité à ses habitants d’investir et de faire circuler leur capital dans le monde entier comme bon leur semble sans être indûment pénalisés, et que le système en place est fondé sur l’ouverture, l’équité et un ensemble de règles, il en résultera une prospérité à des niveaux sans précédent.

Singapour et son gouvernement sont un exemple pour nous, un exemple que nous apprécions à sa juste valeur. Nous voulons nous joindre à vous pour faire en sorte que nos peuples soient prospères et que cette prospérité rejaillisse sur le monde entier.

Je vous remercie.

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Date de modification :
2009-09-17