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Discours du ministre Fast à la 18e édition annuelle de la Conférence de Montréal

Le 13 juin 2012 - Montréal (Québec)

Sous réserve de modifications

Comme bon nombre d’entre vous le savent, je suis avocat de profession.

Et il existe trois types d’avocats.

Ceux qui savent compter. Et ceux qui en sont incapables.

Une autre façon de diviser un groupe est de distinguer les pessimistes des optimistes.

Pour un optimiste, le verre est à moitié plein.

Pour le pessimiste, le verre est à moitié vide.

Le service de comptabilité voit simplement quelqu’un qui a payé son verre deux fois trop cher.

Le pessimiste voit une grange pleine de fumier de vache.

L’optimiste est l’entrepreneur canadien qui sait que, dans cette grange, il y a un troupeau de bœufs canadiens de première classe qui attendent d’être exportés aux quatre coins du monde.

Bien sûr, il nous faut des gens de ces deux catégories : des optimistes et des pessimistes.

Sans les optimistes, personne n’aurait inventé les avions et les énormes navires qui transportent des marchandises aux quatre coins du globe.

Et sans les pessimistes, nous n’aurions pas de polices d’assurance pour le fret.

Le pessimiste et l’optimiste ont, chacun à sa façon, apporté une perspective différente qui a contribué à façonner le rôle du Canada parmi les grands pays commerçants de la planète.

Le pessimiste dira que le Canada dépend du commerce. L’optimiste préfère affirmer que nous sommes un pays exportateur.

Mais, peu importe le terme ou l’étalon de mesure utilisé, ce qui est évident, c’est que l’économie du Canada est fondée sur le commerce. Ensemble, les importations et les exportations comptent pour environ les deux tiers de notre revenu national.

Le Canada n’a donc d’autre choix que de commercer avec les autres.

Après tout, pour pouvoir soutenir la 10e plus grande économie du monde lorsqu’on n’est qu’au 36e rang des pays par la population, il faut être un pays commerçant.

Le commerce est notre histoire, il est notre héritage et il fait autant partie de l’identité canadienne que le hockey.

Bien avant l’arrivée des Européens, nos peuples autochtones pratiquaient déjà le commerce.

Les Premières Nations commerçaient entre elles, négociaient des ententes commerciales, établissaient des centres d’échanges et entretenaient des voies pour faciliter le troc.

Dès le départ, l’intérêt européen pour le Canada était également lié au commerce :

  • il y a d’abord eu la quête d’épices et d’un passage vers l’Orient;
  • ensuite, il y a eu les lieux de pêche à la morue découverts par John Cabot et exploités par les pays affamés du vieux continent;
  • et enfin, et c’est peut-être là l’aspect le plus important sur le plan économique, il y a eu la traite des fourrures, qui allait durer 300 ans pour devenir la première industrie de l’Amérique du Nord et stimuler le développement du continent.

Par la suite, lorsque le Canada a acquis son indépendance politique, certains des débats et des affrontements politiques les plus importants ― et même certaines des élections les plus chaudement contestées et les plus importantes de son histoire ― ont entouré la question de la politique commerciale.

Notre dépendance envers le commerce est une partie essentielle de notre histoire, mais elle n’en est pas une relique. Les échanges commerciaux sont un levier dynamique, actuel et bien réel, qui fait de nous ce que nous sommes.

Einstein a dit un jour qu’en physique, la distinction entre le passé, le présent et l’avenir n’est qu’une « illusion particulièrement tenace ».

Cela me rappelle bien la relation entre le Canada et le commerce. Le commerce est à la fois notre passé, notre présent et notre avenir.

Dans le passé, les échanges ont stimulé notre croissance et notre développement. Aujourd’hui, ils sont le fondement de la performance de notre économie et mènent certainement à la prospérité future à long terme.

Voici quelques faits intéressants :

  • au cours de la première année d’existence du Canada, en 1867, ses exportations se sont chiffrées à 49 millions de dollars;
  • en 1952, l’année de l’accession de la reine Elizabeth au trône, la valeur nominale de nos exportations s’était multipliée par un facteur d’à peu près 100 pour s’établir à plus de 4 milliards de dollars;
  • aujourd’hui, alors que nous célébrons le jubilé de diamant de la Reine, la valeur nominale de nos exportations annuelles s’est accrue de plus de 100 fois encore et dépasse maintenant les 450 milliards de dollars.

Donc, je le rappelle, nous sommes une nation commerçante. J’oserais même dire que nous sommes l’une des grandes nations commerçantes du monde.

Nos principales exportations ne sont pas uniquement des joueurs de hockey et des températures glaciales, comme l’a dit un ancien premier ministre du Canada en plaisantant.

En fait, à l'heure actuelle, notre principale exportation est l’énergie.

Les Canadiens ne connaissent peut-être pas les statistiques par cœur, mais ils savent par intuition quelle influence a le commerce sur leur style de vie.

Les bienfaits du commerce ne sont pas débattus qu’à la table des conseils d’administration et dans les salles de classe des universités : ils se font également sentir à la table de cuisine.

Lorsque nous échangeons avec d’autres, nous devenons plus compétitifs. Lorsque nous nous branchons sur les chaînes de valeur compétitives de l’économie mondiale, les prix des produits et des services se mettent à baisser, les salaires augmentent, le niveau de vie s’améliore et les entreprises embauchent un plus grand nombre de travailleurs à mesure que leurs marchés prennent de l’ampleur.

En plus d’abaisser les prix et d’améliorer la qualité de vie, le commerce donne aux Canadiens un plus grand choix, une plus vaste gamme de produits et de services.

Source d’un emploi sur cinq au Canada, le commerce aide les parents à nourrir et à vêtir leurs familles, à subvenir à leurs besoins, ainsi qu’à défrayer l’instruction de leurs enfants, à payer leur hypothèque et à épargner pour la retraite.

Le commerce ne se limite pas à la macroéconomie des nations. Il assure également l’économie personnelle des familles canadiennes.

Bien sûr, ce n’est un secret pour personne que l’économie demeure la principale préoccupation du public canadien et la principale priorité de notre gouvernement, dirigé par le premier ministre Stephen Harper.

Je ne vous apprendrai rien non plus en vous disant que l’économie mondiale reste fragile. Les Canadiens, tout comme les citoyens d’autres pays, s’inquiètent de leur emploi et de l’avenir de leurs enfants.

Nous avons néanmoins réalisé des progrès constants et encourageants.

L’économie du Canada a continué de croître au cours du premier trimestre de 2012.

En effet, la création nette d’emplois en mars et avril a constitué le plus important gain d’emplois observé sur une période de deux mois en plus de 30 ans.

Depuis 2009, près de 760 000 emplois ont été créés. De ce nombre, 90 p. 100 étaient des emplois à temps plein.

Ce sont là des signes encourageants, qui montrent que le Canada est sur la bonne voie.

Mais il faut en faire plus encore.

Le Canada n’est pas à l’abri des perturbations de l’économie mondiale, et nombreux sont les Canadiens qui se cherchent encore du travail.

Même si les exportations canadiennes reprennent de la vigueur, elles ne sont pas revenues aux sommets atteints avant la récession.

Nous devons donc poursuivre la relance économique. Nous devons continuer à créer des emplois et à protéger ceux qui existent déjà. Et nous devons aider les familles en difficulté à boucler leur budget.

Alors, comment s’y prendre?

Permettez-moi de commencer par une suggestion : il faut renforcer et élargir notre accès aux marchés dynamiques en pleine croissance à travers le monde.

Notre gouvernement continue de faire tout en son pouvoir pour concrétiser le Plan d’action économique du Canada, un plan qui mise sur la création d’emploi, la croissance économique et le commerce pour accroître la prospérité des Canadiens.

L’élargissement des relations commerciales le plus ambitieux de toute l’histoire du Canada est un élément crucial de ce plan d’action économique.

Grâce à son leadership dans la promotion des échanges, le Canada figure aujourd’hui parmi les économies les plus ouvertes et les plus actives sur la scène mondiale :

  • en six ans, nous avons conclu des accords de libre-échange avec neuf pays, et nous sommes en négociations avec un grand nombre d’autres pays;
  • des accords pour la promotion et la promotion des investissements étrangers ont été conclus avec 11 pays, dont la Chine, et nous menons des négociations avec 14 autres pays en vue de tels accords;
  • le premier ministre Harper s’illustre sur la scène internationale en préconisant la libéralisation des marchés et en s’opposant constamment au protectionnisme et aux mesures restrictives pour le commerce.

Mais, chers amis, il ne suffit pas de professer sa croyance envers les marchés libres et préconiser l’élimination des obstacles au commerce. Nous devons appuyer nos paroles par des gestes concrets :

  • depuis 2009, notre gouvernement a éliminé plus de 1 800 droits de douane, y compris tous les droits appliqués aux machines, à l’équipement et aux intrants manufacturiers importés. Le Canada est donc aujourd’hui la première zone franche du G-20 pour les fabricants;
  • nous avons aboli le monopole de la Commission canadienne du blé, laissant ainsi aux producteurs céréaliers du Canada le soin de vendre leurs produits comme ils l’entendent;
  • nous avons pris des mesures pour accroître la concurrence au sein du secteur des télécommunications, et nous avons relevé les seuils de franchise de droits pour répondre aux besoins des voyageurs canadiens rentrant au pays;
  • enfin, nous avons adopté une nouvelle loi sur le droit d’auteur qui est moderne, souple et conforme aux normes internationales actuelles afin de nous assurer de protéger les innovateurs et créateurs canadiens.

Grâce à ces mesures et au leadership du gouvernement en matière de libre-échange, les travailleurs et les entreprises du Canada jouissent maintenant d’un accès privilégié et d’un avantage concurrentiel réel sur un plus grand nombre de marchés dans le monde entier qu’à tout autre moment de l’histoire du Canada.

Et ces démarches n’en sont qu’à leurs débuts.

Dans le cadre de notre plan de stimulation du commerce, nous recherchons activement de nouveaux débouchés pour les échanges et les investissements dans les économies les plus vastes, les plus dynamiques et les plus florissantes du monde.

Où allons-nous chercher ces nouveaux débouchés plus vastes?

Peut-être faudrait-il plutôt se demander, où ne les avons-nous pas encore cherchés?

Le Canada est un pays de l’Atlantique et un pays du Pacifique. C’est aussi un pays de l’Arctique.

Et, c’est un pays de l’Amérique du Nord.

L’Accord de libre-échange nord-américain [ALENA], mis en place il y a une génération par un gouvernement visionnaire malgré la vive résistance des forces qui s’opposaient au commerce, a profité énormément au Canada.

Les États-Unis seront toujours le plus gros et le plus important partenaire commercial du Canada, et l’ALENA restera une source importante de prospérité pour le Canada à long terme.

Mais l’ALENA n’est que la première étape vers des niveaux de prospérité encore plus élevés qui pourront se réaliser grâce à la libéralisation des échanges à travers les Amériques.

Le président des États-Unis Ronald Reagan l’avait prédit quand il s’est adressé au Parlement du Canada il y a un quart de siècle, et je cite :

Nous pouvons envisager le jour où le libre mouvement des échanges, depuis les confins méridionaux de la Terre de Feu jusqu’aux postes nordiques du cercle arctique, unira les peuples de l’hémisphère occidental au sein d’une alliance d’échanges mutuellement profitables, lorsque toutes les frontières deviendront ce que la frontière canado-américaine est depuis si longtemps : un lieu de rencontre plutôt qu’une ligne de démarcation.

C’est dans cet esprit que notre gouvernement a conclu des accords de libre-échange avec la Colombie, le Pérou, le Honduras et le Panama, et qu’il procède à la modernisation de ses accords avec le Chili et le Costa Rica.

Nous avons aussi amorcé des discussions exploratoires en vue de resserrer nos liens commerciaux avec le plus grand marché commun de l’Amérique du Sud, le Mercosur, qui réunit plus de 250 millions de consommateurs en Argentine, au Brésil, au Paraguay et en Uruguay.

Il ne faut pas non plus oublier qu’au cours des 50 premières années d’existence du Canada, c’était l’Europe, et en particulier le Royaume-Uni, qui était notre principal marché d’exportation.

Aujourd’hui, nous regardons l’Europe d’un nouvel œil. Nous espérons en effet conclure, d’ici la fin de cette année, nos négociations en vue d’un accord de libre-échange avec l’Union européenne [UE].

Il s’agit là, de loin, de la plus importante initiative commerciale de toute l’histoire de notre pays, dont la portée pourrait bien dépasser celle de l’ALENA et dont les retombées pour les Canadiens pourraient être encore plus importantes que celles qu’a engendrées cet accord historique.

Représentant une économie intégrée de plus de 17 billions de dollars et regroupant quelque 500 millions de consommateurs, l’UE est la plus vaste économie au monde.

On prévoit que la conclusion d’un accord entre le Canada et l’UE se traduira par des retombées potentielles énormes pour les travailleurs canadiens et leurs familles, et ce, dans toutes les régions du pays. Parmi ces retombées, citons notamment :

  • une augmentation de 20 p. 100 des échanges bilatéraux;
  • l’injection de 12 milliards de dollars par année dans l’économie canadienne.

Cela équivaudrait à ajouter 1 000 dollars au revenu annuel d’une famille canadienne moyenne ou à créer 80 000 nouveaux emplois.

Selon une boutade de l’auteure canadienne Frances Shelley Wees, le Canada est délimité à l’ouest par l’est, c’est-à-dire par l’Orient.

Peut-être plus que jamais dans toute l’histoire du Canada, nous nous tournons vers notre ouest, vers ce que le vieux continent appelait l’Orient, c’est-à-dire l’Asie.

Nous continuons de resserrer nos liens avec la Chine, devenue aujourd’hui le deuxième partenaire commercial du Canada.

On s’attend à ce que la Chine détrône les États-Unis pour devenir la plus vaste économie au monde dès 2020.

Plus tôt cette année, notre gouvernement a conclu avec la Chine un accord sur la promotion et la protection des investissements étrangers grâce auquel on pourra accroître la confiance des investisseurs en établissant des règles stables, transparentes et prévisibles pour les investissements et le règlement des différends.

De plus, j’attends incessamment le rapport du groupe de travail sur le partenariat économique entre le Canada et la Chine, consacré aux complémentarités de nos deux économies et aux domaines dans lesquels il y aurait lieu de resserrer nos relations commerciales.

Les travaux réalisés en ce sens portent d’ailleurs leur fruit.

L’an dernier, en effet, les exportations canadiennes vers la Chine ont grimpé de 27 p. 100, ce qui représente un bond considérable.

En fait, en une seule année, nos échanges bilatéraux sont passés de 58 milliards de dollars à 65 milliards de dollars.

Ce partenariat entre le Canada et la Chine repose aussi sur les relations étroites qui existent au niveau individuel.

Toutes les facettes de notre pays ― les affaires, les arts, la littérature, la science, la politique, la philanthropie ― profitent et s’enrichissent de la présence de 1,4 million de Canadiens d’origine chinoise.

Ce sont également des liens solides entre les personnes qui alimentent nos échanges croissants avec l’Inde : le Canada compte près d’un million de personnes d’origine indienne.

Cinq cycles de négociations ont déjà eu lieu en vue de la conclusion d’un accord de libre-échange entre le Canada et l’Inde. Nous prévoyons de conclure les pourparlers d’ici la fin de l’an prochain.

Le libre-échange avec cette puissance émergente pourrait injecter 6 milliards de dollars par année dans l’économie canadienne.

Cela équivaudrait à près de 40 000 nouveaux emplois dans tout le pays ou à une augmentation de 500 dollars du revenu annuel de la famille canadienne moyenne.

Nous prenons aussi des mesures pour créer des emplois et favoriser les retombées économiques au pays en faisant la promotion du commerce et en multipliant les occasions d’investissement en Asie :

  • négociations de libre-échange avec le Japon, la troisième économie au monde;
  • discussions commerciales exploratoires avec la Thaïlande;
  • signature d’accords sur le transport aérien avec six pays de l’Asie-Pacifique.

De plus, le Canada a demandé à prendre part aux négociations entourant le Partenariat transpacifique [PTP], une initiative qui cadre avec la présence active, soutenue et croissante du Canada dans la région de l’Asie-Pacifique et avec l’intérêt que nous manifestons envers cette partie du monde. La bonne nouvelle pour les entreprises et les travailleurs du Canada, c’est que tous les membres du PTP ont accueilli favorablement l’intérêt manifesté par le Canada et que plusieurs se montrent disposés à voir le Canada prendre part aux pourparlers.

Nous investissons aussi considérablement dans l’infrastructure qui soutient la « porte d’entrée » de l’Asie-Pacifique.

Le Canada est bien placé pour devenir la porte d’entrée préférée de l’Asie en Amérique du Nord. Les ports de Vancouver et de Prince Rupert, en effet, permettent d’épargner plus de deux jours de transport entre les marchés asiatiques et nord-américains par rapport à tous les autres ports du continent nord-américain.

C’est d’ailleurs pourquoi le gouvernement fédéral, les gouvernements provinciaux et les administrations municipales, en collaboration avec le secteur privé, ont investi 3,5 milliards de dollars dans les infrastructures essentielles des transports et des ports afin de tirer parti de cet avantage géographique naturel.

Mais le Canada souhaite aussi accroître sa présence commerciale en Afrique.

Les taux de croissance économique actuels et futurs de l’Afrique ― qui figurent parmi les plus élevés du monde ― offrent des possibilités aux entreprises et aux travailleurs du Canada.

Secteur minier en tête, les entreprises canadiennes contribuent à la création d’emplois et à la prospérité dans toute l’Afrique. Cette situation montre bien que le renforcement du commerce profite à tous : il permet d’accroître le niveau de vie des Canadiens et des citoyens de nos nombreux partenaires commerciaux dans le monde entier.

Dans des secteurs aussi variés que les télécommunications, l’agriculture, l’énergie, le transport, l’infrastructure, les ressources naturelles et l’éducation, de nombreuses autres entreprises canadiennes se tournent aussi vers l’Afrique afin de tirer parti des débouchés qui s’offrent à elles.

Nous négocions actuellement un accord de libre-échange avec le Maroc, une première canadienne en Afrique.

De plus, nous menons des négociations en vue de la conclusion d’accords sur la promotion et la protection des investissements étrangers avec le Cameroun, la Côte d'Ivoire, le Ghana, la Tanzanie, la Zambie, le Bénin et le Burkina Faso.

Ce sont là les éléments de notre très ambitieux et très dynamique plan de stimulation du commerce.

Ces accords témoignent de notre conviction qu’un commerce plus libre et plus ouvert est le nouveau moteur de la reprise économique mondiale.

Nous avons sans doute fait beaucoup de chemin, mais il reste encore beaucoup à faire et il faudra surmonter d’énormes difficultés.

Dans le temps qui me reste, permettez-moi de vous décrire cinq de ces difficultés.

Premièrement, nous devons toujours nous rappeler que, même si le Canada est une nation commerçante, notre nature et notre identité ne se résument pas simplement au commerce.

Les échanges commerciaux ne sont qu’un moyen de parvenir à une fin plus importante, c’est-à-dire d’accroître la prospérité, la sécurité et l’accès aux chances à travers le monde.

Le Canada est plus qu’une simple économie, c’est une nation ― une nation qui a une fière tradition de leadership, de diversité culturelle et de contribution à la communauté mondiale.

C’est là une responsabilité qui revient à chacun d’entre nous, y compris aux entreprises canadiennes qui font des affaires à l’étranger.

Le renforcement des échanges avec nos partenaires étrangers nous aide réellement à nous rapprocher de nos objectifs, je peux vous l’assurer.

C’est un pacte auquel tout le monde gagne.

D’une part, les Canadiens bénéficient de la création d’emplois, de l’accroissement de la prospérité et des retombées positives pour les consommateurs.

Mais en même temps, l’accroissement des échanges avec les économies les moins développées et en développement aide les gens à sortir de la pauvreté et contribue à un climat au sein duquel le Canada peut promouvoir la démocratie et la liberté et inviter ces pays à faire partie de la famille des nations qui défendent vigoureusement les droits de la personne sur la scène nationale et à l’étranger.

Bref, le commerce nous permet de défendre les valeurs canadiennes.

Deuxièmement, l’appropriation de ces débouchés nécessite beaucoup de travail.

Or, du travail, nous en avons.

Au cours de nos six premières années au pouvoir, nous avons signé des accords de libre-échange avec trois fois plus de pays que le gouvernement précédent en deux fois moins de temps.

De plus, nous négocions actuellement avec cinq fois plus de pays que ceux avec lesquels nous avons déjà signé des accords.

Il est bien certain que le commerce a stimulé la prospérité canadienne, mais nous ne pouvons pas nous reposer sur nos lauriers. Il ne faut pas tomber dans la complaisance.

Vous vous souviendrez que le commerce a été une grande victime de la récession mondiale de 2008 et 2009.

Il y a dix ans, les exportations représentaient la moitié de notre PIB. Aujourd’hui, elles ne comptent que pour le tiers.

C’est là le défi qui nous pousse à être le gouvernement le plus activement engagé en faveur du commerce de toute l’histoire du Canada.

Troisièmement, la réussite et la recherche de la prospérité exigent que nous nous tenions fermes face aux forces qui s’opposent au commerce de façon bruyante, véhémente, et bien organisée.

J’ai parlé il y a quelques instants des gens qui se satisfont de la situation actuelle, qui sont trop prêts à s’en remettre aux bienfaits du passé commercial du Canada.

La plus grande menace vient des négateurs : les personnes qui nient notre histoire, qui nient les avantages du commerce. Qui font sciemment abstraction du fait que le commerce est le fondement de la prospérité canadienne.

Les négateurs canadiens du libre-échange se sont opposés activement à tous les accords visant à élargir et à accroître les échanges ― à tous, sans exception!

Les campagnes de peur et les mensonges sont leurs outils.

Ils les ont utilisés en vain pour tenter d’empêcher la conclusion de l’Accord de libre-échange entre le Canada et les États-Unis.

Ils ont tenté de le faire une autre fois avec l’ALENA, et ils le font encore dans le cadre des négociations avec l’UE.

Ne vous laissez pas tromper par cette rhétorique. Lorsque nos opposants parlent de « commerce équitable », il s’agit d’un message codé pour « commerce inexistant ».

Parce qu’au cœur des choses, les forces d’opposition au commerce jugent que le Canada est incapable de réussir au sein de l’économie mondiale.

Ces forces représentent un Canada qui fait la courbette devant la concurrence. Un Canada qui manque de confiance.

L’insécurité de ces personnes les fait se recroqueviller sur elles-mêmes.

Mes chers amis, notre gouvernement rejette ce défaitisme. Notre regard va au-delà de nos frontières et vers de nouveaux horizons, car nous croyons que les Canadiens peuvent rivaliser avec les meilleurs et avoir le dessus!

Comme pays où le hockey est maître, nous savons qu’il n’y a qu’une façon de connaître le succès.

Comment pouvons-nous perfectionner nos compétences? En nous isolant? En nous mesurant uniquement aux pires équipes de la ligue?

Au contraire, pour s’améliorer, un joueur voudra affronter les meilleurs adversaires. Une forte opposition le rendra plus rapide, plus précis et plus discipliné sur la glace.

De même, la concurrence internationale aide les entreprises canadiennes à devenir plus robustes, plus productives, plus innovantes et plus sensibles aux besoins de leurs clients.

Comme je viens de le dire, nous croyons que nos entreprises, nos entrepreneurs et nos travailleurs, grâce à leurs compétences, à leurs connaissances et à leur expérience, peuvent rivaliser avec les meilleurs et avoir le dessus.

Nous savons que le commerce contribue au développement économique, relève le niveau de vie et favorise l’émergence de la démocratie, de la liberté et de la prospérité pour des milliards de gens partout dans le monde.

La participation économique ouvre la porte à la prospérité, contrairement à l’isolement.

Quatrièmement, selon une nouvelle perception de l’échange commercial, les importations revêtent autant d’importance que les exportations comme levier de la prospérité nationale.

Les vieux calculs, les vieux paradigmes selon lesquels « les importations sont mauvaises et les exportations sont bonnes » sont une façon dépassée de voir le commerce d’aujourd’hui, faisant appel à des chaînes de valeurs mondiales complexes, sophistiquées et adaptées au XXIsiècle.

Dans l’économie mondiale d’aujourd’hui, il faut habituellement plus de deux partenaires pour échanger.

Souvent, les chaînes logistiques et les chaînes de valeur mondiales étendent leurs tentacules aux quatre coins du globe. De plus en plus, les biens échangés sont des produits intermédiaires et non des produits finis.

Ce que le Canada importe d’un autre pays aujourd’hui sera très souvent incorporé à un produit exporté vers un troisième pays demain. Et en tirant parti de la nature fondamentalement compétitive de ces chaînes logistiques, nous rendons nos propres produits finis plus concurrentiels et plus attrayants aux yeux des acheteurs au pays et à l’étranger.

C’est par ce mécanisme que nous améliorons notre niveau de vie et stimulons la prospérité des Canadiens à long terme.

Le directeur général de l’Organisation mondiale du commerce, Pascal Lamy, a expliqué la nouvelle réalité en ces termes :

Nous devons aujourd’hui importer de plus en plus pour être en mesure d’exporter. C’est pourquoi la mise en place de mesures protectionnistes pour restreindre les importations équivaut à se mettre des bâtons dans les roues, car le protectionnisme commercial s’accompagne du risque de nuire aux entreprises nationales et de leur faire perdre leur place dans les chaînes de valeur mondiales, plutôt que de leur offrir un avantage concurrentiel.

Les protectionnistes n’ont pas seulement tort. Leurs solutions sont nocives.

À l’opposé, l’ouverture et la libéralisation du commerce stimuleront et appuieront notre croissance économique dans les années à venir.

L’expérience acquise dans le cadre de l’ALENA le confirme.

Une fois l’ALENA mis en place et les droits de douane réduits ou éliminés, les salaires au Canada ont augmenté d’environ 5 p. 100.

La production manufacturière a augmenté de 34 p. 100.

La productivité des entreprises à la fois d’importation et d’exportation a augmenté de plus de 14 p. 100.

Comme le dit M. Lamy, les chaînes de valeur mondiales nous obligent à réécrire l’histoire du commerce :

« Les importations comptent autant que les exportations. […] Les importations et les exportations contribuent toutes deux à la création d’emplois et à la croissance. »

Cinquièmement, tout comme le gouvernement fait sa part pour négocier un accès ouvert et mettre les entreprises canadiennes sur un pied d’égalité avec leurs concurrentes étrangères, de même les entreprises canadiennes doivent en retour faire un effort pour saisir les nouveaux débouchés.

Pour commencer, nous avons besoin de votre engagement et de votre participation. Cette année, nous allons procéder à des consultations sur la prochaine étape de la Stratégie commerciale mondiale du Canada. Je vous encourage à nous faire part de vos idées et de vos conseils pour nous guider dans le renouvellement de cette stratégie cruciale.

Et il y a plus. Il y a environ 40 ans, l’un de mes prédécesseurs déclarait, en plaisantant à moitié, que « les Canadiens n’exportent pas, ils permettent aux autres d’importer leurs produits ».

Même s’il parlait en badinant, le message était clair : les entreprises canadiennes pourraient être plus affermatives et même plus agressives dans leurs démarches pour saisir les débouchés d’exportation.

Des 2,3 millions d’entreprises établies au Canada, seulement 2 p. 100 pratiquent l’exportation.

Deux pour cent.

Et 3 p. 100 de ces 2 p. 100 (soit moins de 1 500 entreprises sur les 2,3 millions) comptent pour 82 p. 100 de l’ensemble des exportations du Canada.

Les délégués commerciaux du gouvernement du Canada offrent des conseils d’experts et mettent leurs connaissances en solution de problèmes à la disposition de tous ceux qui veulent exporter, investir ou trouver un partenaire à l’étranger.

Nous sommes là pour vous aider.

Mais c’est à vous de relever le défi et de saisir les occasions qui se présentent.

S’inspirant du dernier chapitre de l’ouvrage de Michael Hart, A Trading Nation, William Polushin de l’Université McGill fait une remarque qui a de quoi surprendre :

« Il ne suffit pas que le Canada soit une nation commerçante : nous devons également devenir une nation de commerçants. »

Je sais qu’il se fait tard, mais n’ayez crainte : mon but est d’arrêter de parler avant que nous n’arrêtiez d’écouter.

Les Canadiens savent qu’ils doivent s’estimer heureux de vivre dans le meilleur pays au monde.

Mais, nous n’assumons pas toujours la responsabilité que nous avons de mettre à profit les nombreux bienfaits naturels dont nous jouissons.

Cette année, le Canada commémore le bicentenaire de la guerre de 1812, à laquelle nous devons notre indépendance en tant que pays.

Notons aussi que le 150e anniversaire de la Confédération approche à grands pas.

Il est trop facile de se dire que ces événements sont des réalisations du passé accomplies par des personnages qui vivent dans les livres d'histoire.

Les Canadiens qui ont construit le chemin de fer, qui ont ouvert la voie vers le Nord, qui ont créé de nouvelles communautés ou créé de nouvelles industries… ce sont des gens qui ont vécu il y a longtemps.

Les hommes et les femmes qui ont fait du Canada le grand pays qu’il est aujourd’hui ne sont plus là, et c’est de leur héritage dont nous jouissons.

C’est bien vrai.

Mais chaque nouvelle génération de Canadiens est appelée à faire la même chose.

En tant que gens ordinaires menant une vie ordinaire, nous sommes appelés à faire preuve de l’intégrité, de la vision, de la diligence et du courage nécessaires pour veiller à ce que le Canada reste un pays extraordinaire.

Nous faisons plus que simplement étudier l’histoire de notre pays et réfléchir aux leçons que nous enseigne son histoire.

Nous rédigeons, en fait, le prochain chapitre d’une histoire extraordinaire, une histoire qu’étudieront et dont s’inspireront les prochaines générations de Canadiens ambitieux, fiers et curieux.

Et la trame permanente de cette histoire, ce sont les efforts que nous avons déployés pour mettre à profit les ressources humaines et naturelles du Canada afin d’assurer la prospérité du pays loin dans le temps.

Nous sommes effectivement l’une des grandes nations commerçantes du monde.

Mais l’histoire nous a montré que le succès d’une nation commerçante dépend des champions du commerce.

De gens comme vous, qui savent comment analyser les risques et savent prendre des risques, qui vont au-delà de ce que les autres considèrent comme « normal », qui saisissent toutes les occasions qui se présentent à eux ― et qui obtiennent des résultats extraordinaires pour eux-mêmes, pour leur entreprise et pour leur pays.

Le monde du commerce s’est avéré toute une aventure pour le Canada, et, en ce qui me concerne, je suis prêt à relever ce défi. Pourquoi ne pas vous joindre à moi dans cette grande aventure?

Je vous remercie.

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Date de modification :
2012-06-13