Discours du ministre Uppal et du ministre Moore à l'évènement annoncant la composition du Conseil d’édification du Monument national de l’Holocauste (Transcription)

Le 2 avril 2012 - Ottawa, Ontario

Sous réserve de modifications

L'honorable Tim Uppal :  Merci beaucoup. C'est un honneur pour moi d'être ici ce matin. En 1905, le philosophe George Santayana a écrit : « Ceux qui ne se rappellent pas le passé sont obligés de le répéter. »  Ces mots sont inscrits sur une plaque au camp de concentration d'Auschwitz en Pologne pour nous rappeler que les horreurs de l'Holocauste, qui est unique dans les annales de l’histoire de l’humanité, ne doivent jamais se reproduire. 

Il ne s’agit pas seulement d’un crime perpétré contre un groupe précis de personnes, mais d'une violation des valeurs intrinsèques chères à toute personne civilisée : la liberté, la démocratie, les droits de la personne et la primauté du droit. Les juifs en ont été les principales victimes, mais des millions d’autres personnes ont aussi été ciblés pour des motifs raciaux, ethniques ou nationaux. Les homosexuels, les Témoins de Jéhovah, les prisonniers de guerre soviétiques et les dissidents politiques ont également été victimes d’oppression menaçante et ont été tués sous l’emprise de la tyrannie du régime nazi.

Dans de nombreux pays, les monuments de l'Holocauste ont été érigés afin d’honorer la mémoire de ceux qui ont été persécutés et assassinés par le régime de l'Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale. Dans l'ensemble du Canada, plusieurs monuments et musées ont été créés en souvenir de l'Holocauste. Néanmoins, le Canada est la seule nation alliée qui n'a toujours pas de monument national en souvenir de l’un des moments les plus noirs de l’histoire de l’humanité.

C'est pourquoi en septembre 2009, avec la précieuse assistance de Mme Laura Grossman et de l'honorable Peter Kent, qui était alors ministre des Affaires étrangères, j'ai présenté le Projet de loi émanant d'un député C­442, une Loi visant à ériger le Monument national de l’Holocauste, à la mémoire des victimes et des survivants canadiens de l'Holocauste. 

Mon éducation personnelle sur l'Holocauste a commencé par une conversation ici, avec une survivante de l'Holocauste d'Ottawa, Ann Heineman. Tous ceux d'entre vous qui ont eu la chance de s'entretenir avec un survivant de l'Holocauste savent de quoi je parle.

Mon voyage en Israël m'a permis de comprendre de quelle façon elle a touché le peuple d'Israël, les Juifs et les gens partout dans le monde.

Mais auparavant, ma femme, j'ai parlé à ma femme. Elle a participé à un voyage appelé la marche des vivants et elle m'a raconté comment ce voyage l'avait affectée m'a raconté des histoires à propos de ce voyage. C’est drôle parce que la première fois que j'ai raconté cette histoire, une femme est venue me voir et m'a dit : « Vous avez marié une Juive? »  Non, une sikhe qui a fréquenté l'école catholique, a des amis juifs et a participé à ce voyage. C'est une Canadienne.

Dans le discours du Trône de 2010, le gouvernement s’est engagé à soutenir la création d’un monument national de l’Holocauste; le projet de loi C 442, que tous les membres de la Chambre des Communes ont appuyé à l’unanimité, a été adopté en décembre 2010. Le 25 mars 2011, une journée dont je suis particulièrement fier, en mon nom et aussi en celui de Laura et de nombreux autres, la Loi sur le monument national de l’Holocauste a reçu la sanction royale. Le Monument national de l’Holocauste, qui sera érigé dans la région de la capitale nationale, contribuera à faire en sorte que le Canada se souvienne des pertes subies pendant l’Holocauste et que les générations futures de Canadiens et de Canadiennes puissent se renseigner sur les origines et les causes de cette horrible tragédie et prévenir ainsi d’autres génocides dans l’avenir.

Le Monument encouragera aussi les visiteurs à réfléchir aux événements de l’Holocauste et à la responsabilité incombant à chaque citoyen d’apprécier et de protéger les droits et la dignité de la personne humaine. La triste réalité, c’est qu’après tout, le racisme, la haine et l’antisémitisme n’étaient pas confinés à l’Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale et que ces fléaux persistent partout dans le monde. Les membres des collectivités juives locales ont félicité le gouvernement de s’engager à ériger un monument aux victimes de l’Holocauste; ils y voient un signe de respect et un hommage à l’endroit de toutes les victimes de la brutalité et de la persécution nazies.

Le Monument favorisera aussi une meilleure compréhension des événements historiques de l’Holocauste et de la façon dont ils ont influé sur l’histoire du Canada, compréhension qui profitera aux Canadiens de chaque localité du pays. Ce sera aussi un monument à l’espoir qui servira non seulement d’hommage durable aux victimes de l’Holocauste, mais aussi de symbole soulignant la diversité du Canada, son leadership dans la promotion des valeurs du pluralisme et de la tolérance, et la mission traditionnelle qu’il s’est donnée de défendre les droits de la personne, y compris la liberté de religion.

Afin de créer le Monument, nous avons tout d’abord mis sur pied un Conseil d’édification du Monument national de l’Holocauste pour inviter les Canadiens qui s’intéressent fortement à l’Holocauste, qui ont des liens avec lui ou qui sont familiers avec le sujet à poser leur candidature en ligne. Les personnes admissibles ont été évaluées et choisies en fonction de divers critères; on cherchait alors à créer un Conseil d’édification dynamique, diversifié et représentatif. Le Conseil jouera un rôle important dans la réalisation de ce projet, notamment en prenant la direction d’une campagne de financement pour couvrir le coût de la planification, de la construction et de l’entretien du Monument. Le gouvernement du Canada versera des fonds équivalents à ceux réunis pendant la campagne, à concurrence de quatre millions de dollars.

Nous avons le plaisir d’avoir avec nous aujourd’hui les quatre membres du Conseil d’édification; ce sont tous de distingués dirigeants communautaires ou chefs d’entreprise, et chacun d’eux a mis bénévolement ses talents particuliers à la disposition du Conseil pour faire de cette importante commémoration une réalité.

Le rabbi Daniel Friedman — où est-il? Rabbi Friedman -- (applaudissements) – Le rabbi Friedman, de la Synagogue Beth Israel à Edmonton, est le petit-fils de survivants de l’Holocauste. Pendant toute sa vie, il s’est dépensé pour faire en sorte que le monde ne vive plus jamais les horreurs de l’Holocauste et il a travaillé pour promouvoir le dialogue entre différentes confessions religieuses et faire du monde un endroit plus sûr pour tous. Les levées de fonds n’ont plus de secrets pour le rabbi Friedman; ses efforts à cet égard ont été couronnés de succès, et je sais qu’il a hâte de s’attaquer à la tâche pour donner vie à ce projet.

M. Ralf E. Lean -- (applaudissements) – est avocat dans le cabinet torontois Cassels Brock and Blackwell. Le journal National Post a dit de lui qu’il comptait parmi les gens d’affaires les plus influents du Canada. Il s’est taillé une réputation internationale en tant que conseiller fiable et il a établi un réseau de contacts professionnels vraiment impressionnant non seulement au Canada mais dans le monde entier. Comme si cela ne suffisait pas, M. Lean siège aussi au conseil de nombreuses sociétés canadiennes publiques et privées et à celui de plusieurs organismes de bienfaisance, fondations et groupes de citoyens.

M. Alvin Segal -- (applaudissements) – est président et chef de la direction de Peerless Clothing. Négociateur invétéré et doué, M. Segal a joué un rôle clé dans les négociations qui ont abouti à la conclusion de l’Accord de libre-échange entre le Canada et les États Unis et de l’ALÉNA. Je suis convaincu que son expérience de l’art de la diplomatie sera fort précieuse dans les semaines et les mois à venir. En 2006, il a été titulaire du titre de personnalité de l’année dans le monde des arts à Montréal; il a par ailleurs été nommé membre de l’Ordre du Canada en 2002, puis promu Officier de ce même ordre en 2010 en raison de son travail philanthropique inlassable.

Mme Fran Sonshine -- (applaudissements) –, autrefois enseignante à l’école élémentaire, est une dirigeante exceptionnelle de la communauté juive depuis de nombreuses années. Elle est actuellement présidente nationale de la Canadian Society for Yad Vashem qui représente Yad Vashem, c’est-à-dire le centre international par excellence pour l’éducation, la documentation et la recherche sur l’Holocauste et pour sa commémoration. La passion que Mme Sonshine éprouve pour la famille et la communauté, sans parler de son énergie apparemment sans bornes, est l’âme de son travail durable et couronné de succès dans les domaines de la philanthropie et du bénévolat.

Nous sommes honorés d’accueillir les quatre membres du Conseil d’édification du Monument de l’Holocauste. Nous les remercions d’avoir accepté de se charger de cette grande tâche et d’aider à créer un monument approprié et durable à ceux et celles qui ont été témoins et ont souffert du pire des fléaux de notre époque. C’est là une énorme responsabilité, mais je n’ai aucun doute que nous avons choisi les bonnes personnes pour accomplir cette tâche solennelle.

Je vous remercie. (Applaudissements)

Hon. Linda Frum : Je vous remercie, Ministre Uppal. Je vous remercie aussi du rôle fondamental que vous avez joué dans la création de ce monument. J’invite maintenant l’honorable James Moore, ministre du Patrimoine canadien et des Langues officielles, à prendre la parole. (Applaudissements)

Hon. James Moore : Il est un fait triste mais important pour ceux d’entre nous qui sont ou se considèrent comme étant des champions de l’enseignement de l’histoire, non seulement de l’histoire du Canada mais aussi de celle du monde : saviez-vous qu’au Canada, les étudiants ne sont tenus de suivre un cours d’histoire que dans trois des 13 provinces et territoires pour d’obtenir leur diplôme d’études secondaires? Pour ceux d’entre vous qui se demandent où leurs enfants vont à l’école, ces provinces sont l’Ontario, le Québec et le Nouveau-Brunswick. Dans seulement trois sur 13! La méconnaissance, chez les Canadiens, de leur propre histoire et de l’histoire locale, sans parler de l’histoire du monde ou de l’humanité, est aberrante; c’est une réalité dont nous devrions tous avoir honte.

C’est pourquoi je suis très heureux d’être ici au nom du premier ministre Harper pour remercier tous ceux d’entre vous qui ont pris part à ce projet de lui avoir consacré du temps, de l’argent et des efforts et de s’y être investis, car c’est un projet véritablement important ici, dans la capitale nationale où les gens y viennent en profitent pour essayer d’en apprendre un peu sur le passé de la ville et du Canada et pour se renseigner aussi le plus possible sur le passé de l’humanité et sur les horreurs qui ont été commises pendant l’Holocauste.

En 2004, à l’occasion du 60e anniversaire du Jour J, j’ai pris l’avion pour me rendre de Vancouver à Munich. J’ai loué une voiture, j’ai circulé un peu partout et j’ai visité toutes les plages du débarquement en Normandie; j’ai visité les lieux de toutes les batailles des deux grands conflits mondiaux. L’année suivante, j’ai fait la même chose, car c’était le 60e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale et, aussi, de l’Holocauste. C’est véritablement quelque chose de saisissant, quelque chose que l’on ne peut pas vraiment expliquer à moins d’y avoir été.

Je me suis rendu à 13 camps de l’Holocauste. Je suis allé à Yad Vashem. Je suis allé au musée de l’Holocauste, à Washington (D.C.). J’ai visité l’Imperial War Museum à Londres, où est racontée, illustrée et expliquée d’une façon extraordinaire l’histoire de l’Holocauste. Cependant, il n’est pas vraiment possible de comprendre à moins de chercher tout d’abord à se faire une idée de la torture systématique et de la démarche planifiée qui ont abouti à l’élimination d’êtres humains, à l’Holocauste. On ne peut vraiment comprendre tant que la conversation n’est pas amorcée. Or, j’ai eu l’occasion de me rendre à ces endroits.


Et lorsque vous êtes à Mauthausen, vous pouvez visiter les chambres de torture. J’ai commencé ma visite… j’ai pris l’avion pour Munich, puis j’ai conduit en direction sud jusqu’à l’extérieur de la ville de Salzbourg, vous savez, là où se trouve le nid d’aigle d’Hitler. J’ai visité le nid d’aigle d’Hitler et, peu de temps après, je me suis trouvé à Auschwitz, après avoir visité divers camps. Quand j’étais à Auschwitz, j’ai entendu un homme qui se tenait à côté de moi, et qui venait de parcourir le même chemin que moi, dire à son fils, alors qu’ils se trouvaient dans une chambre de torture dans un sous-sol à Auschwitz – on plaçait dans cette chambre de la taille d’une cabine téléphonique jusqu’à quatre prisonniers; la chambre était si petite que lorsque les prisonniers s’effondraient après avoir passé des jours debout dans cette petite pièce avec trois autres personnes…c’était si serré qu’ils ne pouvaient pas tomber à terre et suffoquaient. Et le père a dit à son fils : « Deux jours plus tôt, nous visitions le nid d’aigle, et nous sommes maintenant dans des chambres de torture dans un sous-sol à Auschwitz. Nous venons de voir les deux extrêmes de ce que le régime a créé. » Ils ont ensuite discuté de ce commentaire.

Et c’est ce que nous espérons tous, je crois. Que la présence de ce monument ici, à Ottawa, sera le début de maintes conversations. Ce que j’espère entendre, lorsque des parents et leurs enfants passent à côté du monument, est, par exemple, une fille qui demanderait à sa mère  « Pourquoi ce monument est-il là?  Que représente-t-il? Que signifie-t-il? », ce qui donnerait lieu à des conversations plus poussées sur le sujet et favoriserait une meilleure compréhension de ce qui s’est passé.

Vous savez, « Les agents du changement doivent s’habituer au conflit prolongé. » est l’une de mes citations préférées, car elle s’applique à de nombreux aspects de notre vie. Il faut de la persistance et beaucoup d’énergie pour enseigner l’histoire, l’histoire humaine, les tragédies et l’horreur qu’était l’Holocauste. Et ce n’est pas seulement dans le cadre de projets comme celui-ci. Il s’agit aussi, bien sûr, du Musée canadien des droits de la personne à Winnipeg, des programmes que nous espérons voir dans les écoles et de l’engagement d’organisations comme l'Institut Historica-Dominion, pour les encourager à mettre en œuvre de meilleurs programmes pour bien enseigner le passé à nos enfants, afin que les gens sachent ce qui s’est passé à Plaschau, à Gusen, à Westerbork, à Bergen-Belsen et à Dachau ainsi que ce qui s’est passé à Nuremberg dans les années1920 et 1930, ce qui s’est produit durant les années 1940 et ce que nous avons appris ou pas appris depuis. Toutes ces conversations doivent avoir lieu encore et encore si nous voulons faire régner la justice, améliorer la compréhension du passé et obtenir un engagement réel de la part de nos enfants afin qu’ils sachent les horreurs que nous avons vues.

Je voulais donc être ici encore une fois aujourd’hui au nom du gouvernement du Canada, au nom du premier ministre, pour vous féliciter tous – le ministre Uppal, le sénateur Frum, les donateurs, les organisateurs, les bénévoles et tous ceux qui ont mis tant d’efforts dans le cadre d’un projet qui mérite beaucoup d’attention et qui est réellement au-delà des mots. Je vous en suis grandement reconnaissant. Je crois passionnément en la valeur de l’enseignement de l’histoire, et ce que vous avez créé, ici, est quelque chose de réellement précieux que nous n’oublierons jamais et que nous ne pouvons nous permettre d’oublier. Merci. (Applaudissements.)