M. Mitchell Sharp

Mitchell Sharp a prononcé la Conférence commémorative O.D. Skelton qui s'est tenue le 7 février 1995, à l'Université de Calgary. Alors conseiller personnel auprès du Premier ministre, il avait auparavant été haut fonctionnaire puis ministre. À l'instar de beaucoup d'autres qui ont vécu durant la Dépression des années 30, Mitchell Sharp a été profondément marqué par cette crise, notamment en ce qui concerne sa façon de voir le commerce international, le sujet auquel il consacre son exposé.

Il évoque les négociations antérieures, ainsi que les grandes institutions et les engagements qui ont une incidence sur la politique commerciale du Canada. Les enjeux de cette politique ont tendance à varier selon le Premier ministre au pouvoir, affirme-t-il, ce qui peut avoir des conséquences imprévues. Par exemple, John Diefenbaker avait tenté d'amener les échanges commerciaux du Canada à se détourner des États-Unis, mais lorsqu'il a quitté le pouvoir, le Canada était plus étroitement lié au marché américain qu'il ne l'était auparavant. Le Pacte de l'automobile a été négocié durant le mandat de Lester B. Pearson au poste de Premier ministre mais, quelques années plus tard, le gouvernement de Pierre Trudeau a entrepris de revoir en profondeur la politique étrangère et commerciale du Canada, ce qui a eu des incidences incertaines. Mitchell Sharp explique pourquoi il s'est personnellement opposé à la décision du gouvernement Mulroney de conclure un accord de libre-échange avec les États-Unis.

Selon lui, le multilatéralisme offre au Canada une plus grande liberté et un sens de l'identité plus fort que ne le fait la dépendance envers les États-Unis. À diverses occasions, le Canada a pris part à des initiatives internationales qui visaient à accroître les échanges mondiaux, initiatives qui constituaient également aux yeux des gouvernements du pays un moyen efficace de promouvoir l'harmonie politique entre le Canada et ses partenaires commerciaux. L'ancien ministre affirme que le monde a été témoin d'une révolution commerciale internationale depuis 50 ans, grâce à la diminution des entraves au commerce et à la mondialisation des marchés. Bref, conclut-il, le gouvernement du Canada a su saisir les occasions qui se présentaient à lui, sans toutefois perdre de vue les risques et les problèmes qu'elles pouvaient entraîner.

Biographie de Mitchell Sharp

Mitchell Sharp est né à Winnipeg, au Manitoba, en 1911. En 1934, il devient bachelier ès arts de l'Université du Manitoba et poursuit ensuite des études à cette université et à la London School of Economics. Au même moment, il travaille à titre d'économiste et de rédacteur spécialisé en commerce des grains. En 1942, le sous-ministre des Finances lui demande de se joindre à son ministère et, en 1947, M. Sharp est nommé directeur de la Division de la politique économique. En sa qualité de sous-ministre associé au Commerce, de 1951 à 1957, il assume notamment la responsabilité de toutes les relations commerciales internationales. Il est brièvement sous-ministre avant de démissionner de la fonction publique en 1958 pour accepter le poste de vice-président de la société Brazilian Traction, Light and Power Company.

En 1963, après son élection comme député de la circonscription d'Eglinton à Toronto, M. Sharp devient ministre du Commerce. De 1965 à 1968, il est ministre des Finances et, de 1968 à 1974, secrétaire d'État aux Affaires extérieures et vicepremier ministre. Il est président du Conseil privé et leader du gouvernement à la Chambre des communes de 1974 à 1976. Deux ans plus tard, il se retire du Parlement afin de devenir commissaire de l'Administration du pipe-line du Nord, poste qu'il occupera jusqu'en 1988. Durant ce temps, il siège aussi, à titre de co-président, au Groupe de travail sur les conflits d'intérêts, lequel publie en 1984 un rapport intitulé L'éthique dans le secteur public.

De 1976 à 1986, M. Sharp dirige le Groupe canadien et est vice-président de la Commission trilatérale. Conseiller privé et officier de l'Ordre du Canada, M. Sharp est ensuite conseiller en politiques chez Strategicon, de 1988 à 1993, alors qu'il est nommé, suite aux élections générales, conseiller personnel du premier ministre.