Afghanistan

Information culturelle

Des réponses à vos questions d’ordre interculturelles d’un point de vue local et un d’un point de vue canadien.

Information culturelle - Conversations

Question :

Je rencontre quelqu’un pour la première fois et je veux faire bonne impression. Quels seraient de bons sujets de discussion à aborder?

Point de vue local :

Le meilleur sujet de discussion au premier contact est de poser des questions aux Afghans sur leur vie, en prenant soin de ne pas soulever d’attentes inutiles. Comme la situation économique des gens est très mauvaise, leur demander comment ils vont pourrait être interprété comme une offre d’aide quelconque. Il est plus sûr de s’enquérir de leurs enfants en général, sans intrusion dans leur vie privée et en évitant de poser des questions sur les membres de la famille de vos interlocutrices. Une question portant sur la province d’origine est toujours utile, surtout si vous avez quelques connaissances sur cette partie du pays et que vous avez des intérêts communs à partager avec vos interlocuteurs (vous pourrez leur dire, par exemple : « C’est une belle région du pays », « J’ai vu des photographies de la région », « J’aimerais y aller d’ici quelque temps », etc.)

Les questions sur l’état civil des femmes doivent être évitées, particulièrement devant d’autres personnes, parce que cela est jugé impoli.

Il est acceptable de faire quelques plaisanteries mais, naturellement, elles ne doivent pas viser une personne ou un groupe ethnique d’une façon humiliante. Je souligne ce point parce que les gens font des plaisanteries en s’attaquant plus particulièrement à certains groupes ethniques, les minorités notamment. Soyez prudent avec vos interlocuteurs. Par exemple, les plaisanteries qui pourraient offenser les femmes seraient celles à caractère sexuel ou qui auraient des connotations sexuelles.

Point de vue canadien :

Je dirais d’abord que l’Afghanistan est un pays complexe avec différentes cultures, selon l’endroit où l’on se trouve. J’ai passé la plupart de mon séjour dans le nord-est du pays, ou à Kaboul. Dans ces régions, vous rencontrez en premier les hommes. Ils aiment parler aux étrangers et savoir d’où ils viennent; en retour, ils vous diront de quelle région ils sont originaires et où ils ont voyagé. Ils vous parlent aussi avec joie de leurs enfants, dont ils vous montreront spontanément la photographie (s’ils en ont une), mais ils n’en auront jamais une de leur femme. Il s’agit là d’un tabou culturel qui fait que l’on ne montre pas la photo de sa femme aux autres, surtout aux autres Afghans.

Les Afghans aiment beaucoup comparer les cultures et sont toujours prêts à écouter l’opinion ou les points de vue d’un ressortissant étranger sur l’Afghanistan. Ils préfèrent ne pas discuter de guerre, à moins que vous ne les connaissiez bien. Dès que vous faites plus ample connaissance, ils se confient facilement et vous racontent des atrocités dont eux ou leur famille ont été les témoins ou victimes. Il est prouvé qu’une personne au moins dans chaque famille est décédée pendant la guerre, au cours des 23 dernières années. Ils aiment parler de l’islam et sont curieux de savoir quelle est votre religion, mais ce n’est pas un sujet à aborder au premier contact.

Le gros de la population est analphabète et peu éduqué. J’ai constaté que les Afghans instruits, dans les milieux professionnels, ont une façon différente d’accueillir les ressortissants étrangers. Les hommes se saluent entre eux et saluent les femmes étrangères par une poignée de main. À l’extérieur des milieux professionnels et dans les régions rurales, les hommes en général ne serrent pas la main des femmes. En tant que femme, j’ai toujours attendu qu’un Afghan me tende la main, avant d’offrir la mienne.

Les hommes aiment raconter des histoires amusantes et des proverbes tirés de leur culture. Ils aiment aussi la musique. Il faut se rappeler que durant le régime taliban, les rires et la musique étaient interdits. Aujourd’hui, il est très fréquent de voir les gens sourire, que ce soit les hommes, les femmes ou les enfants.

Information culturelle - Styles de communication

Question :

Que dois-je savoir à propos des communications verbales et non-verbales?

Point de vue local :

Il existe une énorme différence entre les gens qui ont étudié, vécu et travaillé dans les villes principales, telles que Kaboul, Mazar-e Charif, Djalalabad ou Harat, et ceux qui ont grandi et vécu dans des régions rurales ou dans des provinces telles que Kandahar, Paktia, Uruzgan, Logar ou Ghazni.

Les gens qui ont vécu dans les villes principales mentionnées ci-dessus ont l’esprit plus ouvert et sont plus tolérants à l’égard des différences culturelles dans leurs propres communautés et envers d’autres groupes. En ce qui a trait à la distance personnelle à maintenir, il est toujours prudent et préférable de tenir une distance acceptable, c’est-à-dire assez près de la personne pour qu’elle puisse vous entendre et que vous puissiez entendre. Même si vous pouvez vous asseoir près d’une collègue, dans son bureau ou dans le vôtre, pour discuter de questions officielles, évitez totalement de le faire en public, surtout lors d’une première rencontre.

Les gens qui vivent dans les grandes villes de l’Afghanistan savent que la poignée de main dans les pays occidentaux est fréquente. Si vous leur tendez la main, ils n’hésiteront pas à vous tendre la leur. Si vous pouvez librement serrer la main de vos collègues masculins, en ce qui concerne les femmes, il faudra procéder en fonction de votre interlocutrice. Certaines pourraient se sentir très embarrassées de vous serrer la main, particulièrement devant d’autres personnes, et dans certains cas, elles pourraient refuser. Au lieu de la poignée de main, elles placeront leur main droite sur la poitrine en réponse à votre offre de serrement de main. Je recommanderais alors, pour ne pas vous tromper, de commencer par placer la main sur votre poitrine pour saluer vos interlocutrices. Lorsque vous les connaîtrez mieux, vous saurez quoi faire en présence de chacune.

D’un autre côté, les gens des régions rurales sont très conservateurs en ce qui a trait au contact physique. Vous trouverez étrange à ce sujet que ce soit les hommes qui tendent à avoir le plus de contact physique avec les étrangers et les étrangères. Les hommes se donnent souvent l’accolade et serrent la main des hommes et des femmes. Les Afghanes peuvent apprécier un contact étroit avec leurs collègues étrangères. De fait, les formes acceptables de toucher, telles que l’accolade ou une tape dans le dos, sont toutes acceptables entre une ressortissante étrangère et une Afghane.

Ne soyez pas choqué ni étonné si une Afghane ne vous regarde pas dans les yeux, même si vous lui parlez plusieurs minutes. Cela n’est pas un signe de manque de respect ou d’attention à ce que vous dites. C’est la coutume en Afghanistan. Les personnes de sexe opposé n’entretiennent pas de contacts visuels entre elles, que ce soit au travail ou en famille. Les cousins de sexe opposé ne se regardent pas dans les yeux. Le premier jour de votre arrivée, une absence de contact visuel est fréquente, surtout chez les femmes. Au fur et à mesure que le temps passe, ces comportements changent.

Donnez-vous suffisamment de temps avant de toucher une personne en Afghanistan. En effet, toucher une personne de sexe opposé constitue une marque d’amitié de longue date et de confiance ou indique que vous êtes de bons collègues. Bien que je ne conseille pas de toucher une personne de sexe opposé quelques jours à peine après avoir fait sa connaissance, vous pourrez toutefois toucher des interlocuteurs de même sexe, selon les rapports que vous entretenez avec eux.

Les Afghans apprécient une voix claire, mais pas trop forte. Cela dépend de la distance que vous maintenez avec votre interlocuteur. Vous ne devez pas non plus vous montrer trop autoritaire, si vous voulez attirer l’attention, particulièrement au début de votre séjour.

Note : Je conseillerais aux ressortissantes étrangères de s’informer auprès de leurs collègues afghanes sur la façon d’approcher les hommes, de se montrer plus prudentes envers les Afghans qu’envers les ressortissants étrangers, et de ne pas avoir de comportements qui pourraient être mal interprétés. Un bon nombre d’hommes afghans s’étonnent toujours du comportement des ressortissantes étrangères qu’ils trouvent trompeur et quelque peu étrange, même s’ils les connaissent depuis longtemps.

Point de vue canadien :

En tant que femme et ressortissante étrangère, j’ai trouvé que les gens me parlaient de très près. Souvent, ils entrent dans votre espace personnel et vous regardent de très près. Ils vous regardent fréquemment d’un oeil fixe et cela semble un comportement acceptable. Il m’a paru que le contact visuel n’était pas troublant, même entre un Afghan et moi-même. J’ai observé que les Afghanes baissaient les yeux lorsqu’elles parlaient aux hommes, mais je me suis fait dire que cela était dû à de la crainte et à de l’insécurité, et non pas à un tabou culturel.

Les hommes sont très affectueux entre eux en public. Ils saluent ceux qu’ils connaissent par une accolade et un baiser, et les autres par une poignée de main quand ils ne connaissent pas leurs interlocuteurs. Ils accueillent aussi les ressortissantes étrangères par une poignée de main, mais pas les Afghanes; celles-ci ne se serrent la main qu’entre elles.

Il est très impoli d’élever la voix ou de montrer sa colère envers quelqu’un devant les autres en milieu de travail. Les Afghans trouvent très disgracieux d’être rabroué en présence des autres.

Ils sont très volubiles et vagabondent beaucoup avant de passer au point à discuter. Le processus d’accueil est très long et un bavardage s’impose avant de passer au vif du sujet. Cela peut être souvent frustrant pour un Occidental, surtout s’il est pressé. Il est impoli de poser une question directe sans demander d’abord comme va votre interlocuteur.

Information culturelle - Démonstration des émotions

Question :

Les démonstrations d'affection, de colère ou d'autres émotions sont-elles acceptables en public?

Point de vue local :

Il est généralement acceptable de manifester son affection en public. Toutefois, il est important de faire preuve de précaution quant à la manière de le faire. Tout contact physique ou toucher pour calmer une personne doit être fait en tenant compte de ce que j’ai mentionné à la question 2. Si vous vous mettez en colère, évitez d’utiliser des termes négatifs. Vous pouvez montrer votre mécontentement en ne parlant à la personne ou en utilisant des outils de gestion de conflit adéquats, tels que des avertissements et autres. En Afghanistan, une façon de manifester la colère entre Afghans est d’en venir aux mains. Naturellement cela n’est pas le cas avec les ressortissants étrangers.

Point de vue canadien :

On m’a dit que si un homme donne l’accolade à une femme en l’accueillant (même s’il s’agit d’une ressortissante étrangère), il peut être sévèrement sanctionné par la police locale. Les démonstrations d’affection entre les hommes et les femmes en public ne sont pas permises.

Comme il a été mentionné ci-dessus, il est jugé impoli et même offensant d’élever la voix ou de montrer sa colère envers une personne devant les autres, en milieu de travail.

Il est très rare de voir un Afghan pleurer en public. Ils sont aussi très mal à l’aise à la vue d’un ressortissant étranger qui pleure.

Information culturelle - Code vestimentaire, ponctualité et formalité

Question :

Que dois-je savoir à propos du milieu de travail (la tenue vestimentaire, les délais, la formalité, etc.)?

Point de vue local :

En ce qui a trait à la tenue vestimentaire, les Afghans portent souvent des jeans et une chemise au travail. Mais chaque ressortissant étranger, homme ou femme, doit se renseigner sur ce que doit être une tenue « acceptable », parce qu’il est important d’avoir une tenue décente. Cela s’applique aussi bien aux ressortissants étrangers qu’aux étrangères. En règle générale, les Afghans ne s’attendent pas à ce que les ressortissantes étrangères se couvrent la tête et il n’est pas obligatoire pour elles de porter des vêtements à manches longues ou des pantalons. Cependant, le short, la mini-jupe ou des chemises très révélatrices de la poitrine sont interdits. Vos collègues masculins seront très embarrassés au travail si vous passez outre à cette interdiction. De plus, ils perdront la confiance qu’ils ont en vous.

Tous les collègues s’appellent par le nom de famille suivi du titre « Sahib ». Par exemple, si le nom de famille d’une personne est Hashimi, les gens l’appelleront « Hashimi Sahib ». Cela s’applique aussi aux employés et aux superviseurs de niveau élevé. Pour ce qui est des étrangers, les hommes sont appelés par le nom de famille précédé du titre Monsieur. Pour les femmes, ils utilisent le nom de famille suivi du titre « jan », un terme dari qui témoigne de son affection et de sa gentillesse pour l’autre. Les femmes utilisent aussi le titre « jan » pour s’appeler entre elles. Dans certains cas, « Sahiba », la forme féminine de « Sahib », est utilisée pour s’adresser aux collègues femmes, mais ce titre n’est pas aussi courant que « jan ».

La majorité des Afghans qui travaillent avec des étrangers savent qu’il est important d’être ponctuel et de respecter les délais. Vous devrez malgré tout indiquer clairement que vous insistez sur la ponctualité et les délais. Autrement, ils ne se pressent pas. Habitués à différents styles de gestion, les Afghans ne font pas plus que ce que les superviseurs leur demandent de faire.

Les Afghans accordent une grande importance à la motivation et aux encouragements, qu’ils soient verbaux ou de quelque autre nature. Un outil utile de gestion est de féliciter ceux qui le méritent. Si vous le faites en présence d’autres, l’effet sera vraiment positif.

Point de vue canadien :

La tenue vestimentaire est très conservatrice pour les hommes et les femmes. Les hommes doivent porter des vêtements à manches longues et des pantalons longs. Les shorts ne sont pas acceptables. J’ai vu des ressortissants étrangers porter des chemises à manches courtes lorsqu’il faisait très chaud, mais je n’ai jamais vu d’Afghan en porter. Les femmes doivent être couvertes de la tête aux pieds de vêtements lâches. Les pantalons sont acceptables, les jeans serrés ne le sont pas. Les bas-culottes ne sont pas acceptables, à moins de les porter avec une jupe ou une robe longue. Il est important de se munir d’un foulard, bien que j’en ai rarement porté un, sauf dans les villages ruraux ou lorsque je traitais avec des mollahs (leaders religieux). La burqa est encore portée dans les régions rurales et même dans les villes, bien que les femmes afghanes dans les milieux professionnels à Kaboul puissent habituellement s’en passer. Vous pouvez enlever la burqa dans les maisons ou les bureaux, sans problème.

Il est normal pour les Afghans de s’adresser à vous de façon formelle et il est important que vous en fassiez autant en vous adressant à eux. Lorsqu’ils vous connaissent mieux, ils vous appellent par le titre qui convient, suivi de votre prénom, par exemple, « Madame Susan », plutôt que par le nom de famille. Ils sont en général très polis.

Il y a toujours l’heure normale et « l’heure afghane », qui est l’heure fixée, plus 30 à 45 minutes. Les Afghans sont généralement de bons travailleurs, quoique les délais n’aient pas grande importance à leurs yeux. Ils peuvent arriver une trentaine de minutes en retard au travail, mais ils le quittent rarement à l’heure et effectuent souvent deux à trois heures supplémentaires, sans compensation financière et sans se plaindre.

Les questions familiales sont de la plus haute importance aux yeux des Afghans. Par conséquent, ne soyez pas surpris si les employés s’absentent lorsqu’un membre de leur famille est malade. Notez que je les ai rarement vus prendre des congés de façon abusive, à cet égard. La « malaria » est souvent un motif invoqué pour rester à la maison.

Information culturelle - Méthodes de gestion

Question :

Quelles sont les qualités les plus recherchées chez un supérieur/directeur local? Comment saurais-je de quelle façon mon personnel me perçoit?

Point de vue local :

Habituellement, plus le personnel est instruit, plus il aura de chances d’occuper des postes de direction, parce que le pays n’a pas suffisamment de ressources humaines ayant un haut niveau d’éducation. Il en découle qu’un diplômé universitaire sera jugé très instruit et donc respecté et vu comme possédant de grandes connaissances. Cette attitude peut toutefois changer et le diplômé risque d’être traité différemment s’il ne répond pas à ces attentes. L’expérience, les qualités de leadership, l’ouverture aux nouvelles idées, travailler fort et être honnête sont tous des facteurs jugés aussi importants qu’ils le sont au Canada. Un superviseur possédant toutes ces qualités obtiendra un niveau élevé de coopération de ses employés. Néanmoins, ces derniers seront très obéissants à l’égard des superviseurs, qu’ils aient ou non les qualités susmentionnées. Les Afghans respectent la hiérarchie et vous devrez en tenir compte. Par exemple, les superviseurs de niveau subalterne pourraient ne pas apprécier qu’un chauffeur se plaigne directement à leur supérieur pour une raison quelconque ou signaler un problème.

Les choses sont très différentes pour les superviseurs ou gestionnaires étrangers. Les employés peuvent leur rapporter des choses qu’ils ne dévoileraient pas à un superviseur local, principalement pour gagner leur confiance et attirer leur attention. Ne vous laissez pas prendre au jeu et tâchez de découvrir le motif de ce comportement. Des employés, en effet, peuvent changer leurs habitudes de travail afin de se faire remarquer. Vous les verrez travailler tard, venir plus tôt au travail, se montrer plus vigilants quand vous êtes dans les environs, etc. Pour déceler ces astuces, vous devez avoir une écoute attentive et bien observer ce qui se fait autour de vous. Les ressortissants étrangers sont en général jugés bons, et le personnel tend à les respecter et à leur obéir. Cette attitude peut changer, si vous avez des contacts trop étroits avec des gens qui ne sont pas très appréciés des autres.

Point de vue canadien :

Les études sont d’une très grande importance pour les Afghans et, comme nombre d’entre eux n’ont pas eu la possibilité d’aller à l’école, ils respectent tous ceux qui en ont fait. Les Afghans sont très souples et s’adaptent facilement aux choses nouvelles. Cela est probablement dû aux conflits armés qu’ils ont subis pendant de longues années et, par conséquent, il y a peu de choses auxquelles ils ne soient pas « habitués ». Ils tendent à être embarrassés quand ils doivent prendre des décisions seuls. L’instabilité et la sécurité les ont amenés à acquérir une expérience considérable en matière de planification à l’avance.

Dans certains cas, les hommes afghans n’aiment pas vraiment travailler dans des postes subalternes sous les ordres d’une femme. Cela est encore beaucoup plus prononcé entre les Afghans eux-mêmes. Parcontre, j’ai découvert que la plupart des hommes acceptaient de travailler pour une femme étrangère.

Dans la plupart des cas, les Afghans ne montrent pas leurs émotions, et vous serez ostensiblement apprécié, quels que soient leurs sentiments envers vous. J’ai très rarement observé de perturbations en milieu de travail à cause d’un compromis accepté sans sincérité; les Afghans travaillent très fort, même s’ils ne vous « aiment pas ». Dès que vos employés vous connaissent mieux, ils vous approchent facilement et disent qu’ils vous apprécient.

Information culturelle - Hiérarchie et Prise de décision

Question :

Au travail, comment sont prises les décisions et qui les prend? Est-il convenable d’aller consulter mon superviseur immédiat pour obtenir des réponses ou de la rétroaction?

Point de vue local :

Au cours des dernières années, les Afghans ont été exposés à des techniques et à des outils de gestion modernes. Ils connaissent les méthodes participatives et les décisions sont prises en consultation avec les employés concernés. En général, les superviseurs consultent les autres, mais ils prennent leurs propres décisions. La tenue de réunions est un phénomène très répandu en Afghanistan et permet de discuter de divers sujets et de générer des idées. Attendez-vous alors à tenir de nombreuses séances de remue-méninges. À cet égard, si vous en avez le pouvoir, veillez à ce que les femmes aient une participation égale à celle des hommes, parce qu’elles hésitent beaucoup à participer.

Il est acceptable de consulter votre superviseur immédiat pour des réponses à des questions et une information en retour. De fait, ils apprécient que vous le fassiez.

Point de vue canadien :

Les décisions sont prises par le gestionnaire et, comme je l’ai dit précédemment, les Afghans sont en général heureux de vous laisser prendre les décisions. Ils aiment participer à des réunions de remue-méninges et n’hésitent pas à y contribuer. Il est acceptable de consulter son supérieur immédiat pour de l’assistance ou une rétroaction.

Information culturelle - La religion, la classe, l'ethnicité et le sexe

Question :

Décrivez brièvement l’attitude des gens de l’endroit à l’égard des facteurs suivants et leurs répercussions en milieu de travail : L’égalité des sexes, la religion, les classes sociales, et l’origine ethnique.

Point de vue local :

Égalité des sexes : La place des femmes est normalement à la maison. Les hommes sont en général dominants et vous devrez travailler fort pour promouvoir les droits des femmes. Toutefois, il faudra vous montrer très prudent dans ce cas. L’attitude dominante des hommes vous fera travailler fort pour assurer la participation des femmes.

Religion : La société afghane est religieuse, mais elle est loin d’être aussi extrémiste et fondamentaliste que ce qui est mis de l’avant dans les médias ou autres sources. Il est vrai que les Afghans ont tendance à se déclarer religieux et à demander du temps libre pour prier, mais ce n’est pas tout le monde qui prie.

Classe et origine ethnique : La classe et l’origine ethnique étaient autrefois des questions très controversées et déterminaient le statut social des gens. Le problème n’est plus aussi important aujourd’hui. Plus de 20 ans de guerre et l’immigration ont changé les choses pour le mieux, mais il reste quelques Afghans, tels que Mohammad Zai, Sadozai et Popal Zai, qui sont toujours fiers d’être les descendants de tribus célèbres.

Point de vue canadien :

Égalité des sexes : La société afghane étant de type patriarcal, les hommes sont toujours considérés supérieurs aux femmes. Les femmes sont limitées à plusieurs égards par leur mari ou leur père et font ce que ces derniers leur disent.

Religion : L’islam est la seule religion en Afghanistan; la plupart des Afghans tolèrent toutes les autres religions.

Classe : Il existe des différences de classe évidentes. Les gens instruits et ceux qui occupent des postes élevés sont mieux traités que les autres. Par exemple, le chauffeur d’un véhicule ne mangera pas à la même table que la personne qu’il conduit.

Origine ethnique : Il y a eu de nombreux conflits armés en Afghanistan entre groupes ethniques. Par exemple, le Sud est en gros peuplé de Pachto jugés sympathiques à l’égard des Talibans, alors que le Nord est occupé par les Tadjiks, ennemis jurés des Talibans. Le racisme est très enraciné en Afghanistan.

Il est donc important de bien connaître vos employés et de prendre en compte tous ces facteurs lors du recrutement et lorsque vous composez des équipes à diriger. Je dirais cependant que, même si vous réussissez à obtenir une diversité optimale quant au sexe et à l’origine ethnique, cela ne sera probablement pas suffisant. Toutefois, un équilibre s’établira avec le temps.

Information culturelle - Établir des bonnes relations

Question :

À quel point est-il important d’établir une relation personnelle avec un collègue ou un client avant de faire des affaires avec cette personne?

Point de vue local :

Certains de vos collègues vous aborderont pour établir des contacts personnels avec vous. Ils vous inviteront chez eux, parce que c’est la coutume, mais aussi parce qu’ils trouvent avantageux d’avoir des relations personnelles avec les étrangers. Bien que l’établissement des telles relations soit très important et utile, vous devez vous montrer très prudent. Vérifiez toujours les renseignements que vous donnent les gens qui essaient d’entretenir des rapports très personnels dans un temps assez bref.

Point de vue canadien :

Comme je l’ai dit précédemment, un certain temps est consacré aux salutations et formalités d’usage avant de passer aux affaires. Les Afghans sont très loyaux envers leurs amis. Ils sont aussi très sociaux et vous obtiendrez beaucoup plus d’eux en vous montrant amical et compatissant au lieu de les pousser et de vous montrez direct. À moins que vous ne les désappointiez, les Afghans font facilement confiance. Donc si vous faites une promesse, vous devez la tenir.

Information culturelle - Privilèges et Favoritisme

Question :

Un collègue ou un employé s’attendrait-il à avoir des privilèges spéciaux ou à recevoir une considération spéciale en raison de notre relation ou de notre amitié?

Point de vue local :

Oui, cela se fait beaucoup entre amis. Le seul cas où je recommande d’accorder de tels privilèges est au mérite uniquement (en d’autres mots, n’accordez pas de faveurs à un Afghan pour la seule raison d’avoir été invité chez lui). L’un des moyens d’établir le mérite d’une demande de faveur est d’en discuter avec l’ami en question, de prendre en considération en discutant ensemble le pour et le contre d’une réponse favorable et de décider en conséquence.

Point de vue canadien :

Les Afghans ne sont pas gênés par le népotisme qu’ils pratiquent et s’ils vous connaissent et savent que vous avez de l’influence, ils n’hésiteront pas à vous demander de recruter un membre de leur famille ou un ami. Selon mon expérience, il n’est pas recommandé d’avoir dans son personnel des membres d’une même famille. Les Afghans prennent souvent des libertés que les Occidentaux ne prendraient pas. Par exemple, certains utiliseront votre nom et feront des promesses en votre nom. Ils ont aussi une définition de la propriété qui leur est propre; il semble que certaines choses sont considérées comme étant du domaine commun.

Information culturelle - Conflits dans le Lieu de travail

Question :

J’ai un problème relié au travail avec un collègue. Est-ce que je dois le confronter directement, publiquement ou en privé?

Point de vue local :

Vous saurez plus vite s’il existe un problème de la part d’un collègue afghan que d’une collègue afghane. Quelques signes indicateurs seraient le refus de vous parler ou une attitude moins amicale qu’auparavant, des disputes à propos de sujets futiles, un manque d’attention lorsque vous parlez, etc. Il est toujours bon de discuter en privé des problèmes professionnels ou personnels. La concurrence est considérable entre collègues et tout affrontement en public aggravera la situation.

Point de vue canadien :

Comme je l’ai dit, il est préférable d’aborder le problème en privé. Si vous posez problème à des Afghans, vous en entendrez parler parce que la rumeur est monnaie courante et ne semble pas être désapprouvée. La rumeur est très puissante. Dans la plupart des cas, toutefois, les Afghans tolèrent les faux-pas des ressortissants étrangers, si leurs intentions sont bonnes.

Information culturelle - Motiver les collègues locaux

Question :

Qu’est-ce qui motive mes collègues locaux à donner un bon rendement au travail?

Point de vue local :

La satisfaction au travail, l’engagement, la rémunération, la loyauté, de bonnes conditions de travail, la crainte de l’échec sont des facteurs pertinents de motivation, mais les incitatifs et les encouragements, qu’ils soient de caractère financier ou moral, le sont encore plus. Il peut être très efficace de mentionner le nom de ceux qui travaillent bien au cours de réunions et d’autres rassemblements. Des certificats de réussite, des augmentations salariales adéquates, un emploi durable ou la sécurité d’emploi sont tous de bons motifs.

Point de vue canadien :

Les Afghans sont loyaux. Ils sont généralement très pauvres, et avoir un emploi est très important, à la fois au plan financier et du point de vue du statut social. Ils apprécient la souplesse et sont de caractère facile, plutôt que rigide. Ils donnent habituellement beaucoup d’eux-même et travaillent bien sous une certaine orientation ou supervision et si on les pousse gentiment.

Information culturelle - Livres, films et mets recommandés

Question :

Pour m’aider à en apprendre davantage à propos de la culture, pouvez-vous recommander : des livres, des films, des émissions de télévision, de la nourriture et des sites Web?

Point de vue canadien :

Livres : Je conseille de lire Afghanistan—Essential Field Guides to Humanitarian and Conflict Zones, de Girardet et Walker; Afghanistan, A History of Conflict, de Griffiths; The Great Game, de Hoprick; et L’Ombre des Taliban et Asie Centrale, champ de guerre : Cinq républiques face à l’islam radical, tous deux de l’auteur Ahmed Rashid.

Films : Kandahar (le film est bon mais il ne fait pas un bon portrait de l’Afghanistan).

Documentaire télévisuel :Le film intitulé « Sous le voile » [Under the veil], que j’ai vu sur la CBC en 2002). Il est excellent!

Sites Web : Je vous recommande les sites www.aopnews.com/today.html, www.afghansite.com, www.afghan-web.com, www.afghanonline.com, et afghan-info.com.

Information culturelle - Activités sur le terrain

Question :

Dans ce pays, j’aimerais en savoir plus sur la culture et sur le peuple. Quelles activités pouvez-vous me suggérer?

Point de vue local :

Il n’existe qu’un seul journal de langue anglaise en Afghanistan, le Kaboul Times, mais de nombreux organismes, tels que les agences des Nations-Unies, et des ONG internationales publient des bulletins de nouvelles, des enquêtes et toutes sortes de documents portant sur la culture et les affaires politiques du pays.

L’un des moyens de trouver un interprète culturel est de s’adresser au ministère des Affaires étrangères. Vous pouvez aussi utiliser le réseau d’expatriés pour trouver un interprète fiable.

Point de vue canadien :

Lieux à visiter : La province de Badakhshan (la plus septentrionale) est extrêmement belle; j’ajouterais les mosquées de Herrat, les sites des Bouddhas Bamiyan, la zone détruite de Kaboul (côté ouest), l’école Salang et Khyber.

En raison des problèmes de sécurité que vit le pays, il n’est pas conseillé pour un ressortissant étranger de participer à des événements très achalandés. J’ai malgré tout assisté à un Bosh Koshi (concours dans lequel des cavaliers se disputent une chèvre morte) et à un match de football; dans les deux cas, j’ai attiré tellement l’attention que les gens m’ont entourée au point de compromettre ma sécurité, et j’ai dû quitter les lieux rapidement.

Des stations de télévision locales opèrent dans la plupart des grandes villes, mais leurs émissions ne sont pas diffusées en anglais ni en français. Une bonne source d’information est le Survival Guide to Kabul, qui est mis à jour de façon régulière. Ce guide fournit une description des choses à faire à Kaboul. Dans d’autres régions, vous devrez vous fier sur les Afghans locaux pour vous renseigner sur ce qui s’y passe.

Information culturelle - Héros Nationaux

Question :

Qui sont les héros nationaux de ce pays?

Point de vue local :

Je pense que vous devrez vous montrer extrêmement prudent à cet égard parce que les héros après 1977 (c’est-à-dire après le président Daud) sont considérés comme des héros par certains et des pantins ou des assassins par d’autres. Il est toujours préférable de donner des exemples de héros nationaux historiques tels que Ahmad Shah Abdali, bon roi et poète, Malalai, une brave femme soldat, le roi Amanullah, libérateur, etc.

Point de vue canadien :

Le grand Massoud est actuellement le héros du pays. Il a été l’homme fort de la guerre contre les Soviétiques et il s’est activement opposé aux Talibans. Il a été assassiné le 9 septembre 2001, juste avant l’attentat du 11 septembre.

Information culturelle - Evénements Historiques partagés

Question :

Y a-t-il des événements historiques communs entre ce pays et le Canada qui pourraient nuire aux relations sur les plans professionnel et social?

Point de vue local :

Le fait que le Canada ait accueilli un nombre considérable d’Afghans en est un bon exemple mais, naturellement, certaines personnes qui n’ont jamais quitté l’Afghanistan au moment les plus durs pourraient ne pas l’apprécier.

Les soldats canadiens du maintien de la paix qui ont été dépêchés principalement dans la partie ouest du pays participent activement aux programmes d’assistance d’urgence et de soutien communautaires. Le Canada a financé de nombreux projets humanitaires durant la guerre et aujourd’hui.

Point de vue canadien :

Le Canada a aidé l’Afghanistan lors de la guerre contre les Talibans et les Canadiens sont hautement respectés.

À un moment donné, l’Agha Khan a résidé au Canada et les Afghans y voient aussi un lien.

Information culturelle - Stéréotypes

Question :

Quels sont les stéréotypes entretenus par les Canadiens à propos de la culture locale qui pourraient nuire à des relations efficaces?

Point de vue local :

Certains Afghans n’aiment pas les étrangers en général, mais cela n’a rien à voir avec le fait d’être Canadien. Ils considèrent les étrangers comme des gens qui cherchent à modifier leurs normes sociales et historiques bien ancrées, telles que le rôle de la femme dans la société. De plus, compte tenu de ce qui se passe aujourd’hui, certains Afghans voient les occidentaux comme des envahisseurs, selon la partie du pays considérée. Dans certaines parties, ce nombre est très élevé. Dans d’autres régions, vous ne serez pas jugé aussi menaçant qu’ailleurs, si les gens savent que vous êtes Canadien et non pas Anglais ou Américain.

Point de vue canadien :

Beaucoup de gens qui ne connaissent l’Afghanistan qu’à travers les médias ne voient de ce pays qu’un lieu de guerre, de ruines et de soldats. C’est, au contraire, un beau pays et les gens dans l’ensemble sont généreux et gentils. La zone d’insécurité se réduit principalement à la partie la plus méridionale du pays. Les femmes et les hommes en général aimeraient voir la burqa disparaître; toutefois, les femmes ont encore peur d’être punies par les autorités locales si elles ne se couvrent pas de ce vêtement.

Information culturelle - Au sujet des interprètes culturels

Interprète local :

Votre interprète culturel est né en 1965 dans une famille de huit enfants. Il a grandi à Kaboul où il a fait ses études jusqu'à l'âge de 21 ans, pour ensuite émigrer au Pakistan à titre de réfugié. Il y a complété un diplôme en génie et a occupé un poste de superviseur des opérations à Peshawar, auprès d'une agence de déminage des Nations Unies, en Afghanistan. Il s'est ensuite joint à l'organisation Save The Children (États-Unis) comme coordonnateur de la formation, chargé de coordonner et d'animer les ateliers de formation en Afghanistan sur divers sujets à caractère social, tels que les droits de la personne, les questions liées aux sexes, l'enseignement non formel, la formation en santé, etc. À la fin de l'année 2000, il a immigré au Canada où il est actuellement professeur de langue dans les Forces armées canadiennes. Votre interprète culturel est marié et a trois enfants. Il a voyagé et travaillé souvent dans des pays asiatiques tels que le Bangladesh, le Népal, le Sri Lanka et l'Afrique du Sud.

Interprète Canadien :

Votre interprète culturelle est née en Inde et est la cadette d'une famille de quatre enfants. De descendance tchèque et irlandaise, elle a vécu en Inde, aux États-Unis, au Manitoba et en Colombie-Britannique (Canada). Elle a fait des études en sciences infirmières à l'Université de Victoria et obtenu une maîtrise en épidémiologie de l'École d'hygiène et de médecine tropicale de Londres. Son travail l'a menée pour la première fois à l'étranger, au Soudan, à titre de consultante auprès des Centres de lutte contre la maladie et de l'UNICEF. En septembre 2002, votre interprète culturelle s'est installée en Afghanistan, où elle réside encore. Elle travaille auprès de l'UNICEF à titre de consultante en santé. Elle est mariée à un Canadien d'origine japonaise et vit et travaille en Colombie-Britannique lorsqu'elle n'est pas à l'étranger.

Avertissement

Aperçus-pays/Enjeux interculturels visent à fournir un aperçu des normes sociales et culturelles générales et du milieu de travail auxquels un Canadien devra probablement s'adapter dans un pays en particulier. Nous offrons un aperçu de chaque pays de deux points de vue différents : celui d'un Canadien et celui d'un natif du pays d'accueil. Vous pourrez vous faire une idée de la culture de ce pays en comparant le point de vue canadien et le point de vue local. Nous vous encourageons à poursuivre vos recherches à l'aide d'autres sources et à utiliser le processus d'évaluation Triangulation. On demande aux interprètes culturels de s'appuyer sur la plus vaste expérience possible pour formuler leurs réponses. Cependant, ces dernières doivent être considérées comme un point de vue qui reflète le contexte et les expériences de l'auteur, il ne s'agit pas de commentaires sur un groupe ou une société en particulier.

Il est possible que vous soyez en désaccord avec le contenu de quelques réponses. Il faut même s'y attendre, vu la complexité du sujet et des problèmes associés aux commentaires généraux sur un pays et un peuple au complet. Nous vous encourageons à nous faire part de vos expériences, car vos commentaires nous aideront à faire d'Aperçus-pays un riche milieu d'apprentissage.

J'ai pris connaissance de l'énoncé ci-dessus et je comprends que les réponses ne reflètent aucunement la politique officielle et les opinions du gouvernement du Canada, d'Affaires étrangères Canada ou du Centre d'apprentissage interculturel.