Burundi

Information culturelle

Des réponses à vos questions d’ordre interculturelles d’un point de vue local et un d’un point de vue canadien.

Information culturelle - Conversations

Question :

Je rencontre quelqu’un pour la première fois et je veux faire bonne impression. Quels seraient de bons sujets de discussion à aborder?

Point de vue local :

Lors des premiers contacts, il est conseillé d’aborder des sujets neutres tels que la santé, la famille, le travail et l’état de la production. Vous pouvez également compatir sur la crise socio-politique qui perdure, sans entrer en discussion sur la question ni prendre une quelconque position. Les sujets à éviter touchent aux ethnies, aux régions, à la sexualité, à la religion, et à la critique des politiques gouvernementales ou des autorités du pays. Il s’agit de ne pas prendre position sur des sujets délicats et de faire preuve de politesse et de respect ou non-jugement des moeurs.

La question ethnique divise les Burundais depuis longtemps (plus de 37 ans) et le pays a connu des crises répétées sur un fond ethnico-politique. Les ethnies hutu et tutsi se disputent la position de victimes tout en s’accusant mutuellement avec véhémence d’être responsables des malheurs de l’autre. La question des régions est problématique car la gestion administrative et politique du pays a pendant longtemps été monopolisée par les gens de certaines régions.

Les Burundais sont puritains et sont respectueux de Dieu. Ils ont une certaine fierté de leurs affaires et la critique des actions ou des politiques n’est pas facilement dissociable de la critique des individus et des acteurs qui pourraient avoir des liens avec vos interlocuteurs du moment. Il existe un assez fort esprit de corps ou de groupe. Si vous critiquez un individu, les gens peuvent sentir que vous vous en prenez aussi à eux.

L’humour est accepté mais il ne faut pas en abuser pour ne pas passer pour frivole. Mais dans l’intimité, l’humour est très apprécié.

Point de vue canadien :

Au Burundi, il y a des valeurs qui sont des points de contact sûrs pour l’échange avec les partenaires : la famille (la place primordiale de l’enfant, en particulier) et le village d’origine, la santé, l’amitié et la solidarité, l’autorité parentale et institutionnelle, lieux et contenu d’études et de travail (s’il y a lieu), etc. En conséquence, lors des premiers contacts, les sujets se rapportant à ces valeurs permettront d’établir un contact positif. Mais il ne faut pas poser des questions à la manière d’une enquête. L’interlocuteur doit aussi sentir que c’est lui qui est le principal centre d’intérêt et que la conversation n’est pas un prétexte pour parler de vous (vous ne parlerez de vous que lorsqu’on vous posera des questions à votre sujet et il faudra alors y répondre avec simplicité et honnêteté). Et il ne faut pas non plus que ce soit indiscret. Dailleurs, moins vous poserez de questions, plus les gens parleront!

Il faut aussi faire très attention dans le maniement de l’humour. Dans un contexte culturel différent de celui du Canada, il est préférable d’attendre et d’observer avant de se lancer dans un tel exercice. Certains propos pourraient insulter l’interlocuteur, surtout lorsque celui-ci ne vous connaît pas bien.

Votre degré de crédibilité en tant qu’étranger sera conditionné par l’impression que vous donnerez dans les premiers jours ou semaines de votre arrivée dans le pays. C’est pourquoi, sans être stressé maladivement, vous devez être prudent, « je ne suis pas chez moi, je suis et resterai un étranger ». Évitez l’arrogance car vous offenserez à coup sûr les Burundais. Évitez absolument les questions portant sur les ethnies (Hutus vs Tutsis) ou même d’y faire allusion... Comme étranger, tenez-vous en au fait qu’ils sont tous Burundais. Ne jamais parler, directement ou indirectement, de politique ! Ce n’est pas au coopérant/à l’étranger de jouer au médiateur ou au conciliateur sur cette épineuse question.

Information culturelle - Styles de communication

Question :

Que dois-je savoir à propos des communications verbales et non-verbales?

Point de vue local :

Les pratiques sont similaires au Canada à bien des points de vue. Tout dépend de la position administrative relative des interlocuteurs. Plus il y a un écart entre les interlocuteurs en terme de statut, plus la distance requise est grande. C’est à la personne de niveau plus élevé de vous dire de vous approcher davantage. La distance qui sépare les interlocuteurs est de 50 à 80 cm. Le contact visuel est de rigueur durant les salutations mais, pendant la conversation, il vaut mieux ne pas fixer l’interlocuteur car ceci est perçu comme étant impoli.

On considère que toucher quelqu’un est un signe de familiarité qui est déconseillé sauf si la personne vous encourage et est au même rang que vous. Les amis et les membres d’une même famille s’embrassent traditionnellement trois fois de suite.

Utiliser beaucoup de gestes en parlant dénote un manque de calme et de maîtrise de ses émotions. Les expressions faciales ne sont pas les bienvenues car il faut garder une expression neutre et surtout utiliser un ton de voix posé.

La franchise est une qualité importante qui est souvent sacrifiée à l’autel des intérêts ou de la peur. Il faut cependant faire attention à la façon de l’exprimer. Le tact et la politesse sont toujours de mise, surtout pour des vérités ’désobligeantes’ ou trop dures à accepter.

Point de vue canadien :

Dans notre société occidentale, regarder son interlocuteur directement est un signe de franchise ou de transparence et de vraie communication. En Afrique, au Burundi tout particulièrement, où la méfiance est presque une question de survie..., il faut être prudent sur cette façon de faire. Je dirais qu’il faut moduler son regard, surtout dans le cadre d’un premier contact et surtout lorsqu’il s’agit d’une interlocutrice.

Quant au toucher, là aussi il faut laisser le temps au temps ! Au Burundi (tout comme, je crois, dans l’ensemble de l’Afrique), les gens se touchent beaucoup plus qu’en Occident (surtout en Amérique du Nord, les Européens étant plus démonstratifs que nous à ce niveau). Il faut faire attention, il ne faut pas, à mon avis, aller trop vite en affaires! Avec ceux et celles qui deviendront des « ami(e)s », pas de problème. Mais soyez attentif à la « distance culturelle » qui existe envers un « patron » ou envers une femme (si vous êtes un homme). Montrer de la familiarité trop vite sera mal perçu.

Information culturelle - Démonstration des émotions

Question :

Les démonstrations d'affection, de colère ou d'autres émotions sont-elles acceptables en public?

Point de vue local :

Elles ne sont pas acceptables. La courtoisie et la réserve doivent rester de rigueur. Mais les Burundais apprécient la chaleur humaine et se mettent alors en confiance.

Seule la compassion est acceptée en public. Les Burundais sont portés sur l’intimité et considèrent comme trop osée la manifestation des fortes émotions en public. Ils ne tolèrent ni le mépris ni l’humiliation en public. Ils insistent sur un certain maintien, une certaine expression de calme et de dignité. Ils sont réservés et souvent introspectifs.

Point de vue canadien :

Ce point rejoint beaucoup le précédent. Mais ce qui est important à retenir, c’est que l’on ne doit pas jouer un rôle : si vous êtes fatigué, ou en colère, inutile de vouloir paraître en forme ou maître de vos émotions; vos collègues burundais s’en apercevront et préféreront que vous soyez franc, sinon vous risquez de paraître hypocrite. Bien sûr, il faut modérer son mécontentement ou « gérer » sa fatigue (prendre des mesures pour être plus en forme). En effet, il faut savoir aussi qu’un Africain sera à la fois surpris, déçu et aussi très craintif face au « Blanc coopérant » en colère. Cela pourrait prendre beaucoup de temps pour renouer un contact vrai et chaleureux avec lui.

Information culturelle - Code vestimentaire, ponctualité et formalité

Question :

Que dois-je savoir à propos du milieu de travail (la tenue vestimentaire, les délais, la formalité, etc.)?

Point de vue local :

La tenue vestimentaire est importante car « l’habit fait le moine », et votre façon de vous habiller laisse entrevoir votre position sociale ou votre importance. Il faut être bien mis et en conformité avec votre rang. Les hautes fonctions administratives ou de représentation par exemple requièrent costume et cravate (tenue de ville) ou tout au moins chemise à manches longues et cravate. Des ensembles légers remplacent souvent le complet-veston. Les couleurs sont de préférence sombres ou neutres. En bas de l’échelle, la veste et la cravate peuvent être omises. Les jeans, tee-shirts et baskets sont considérés comme des tenues négligées et ne sont tolérées que pour les descentes sur le terrain et pour les week-ends. La façon de s’adresser aux gens doit rester formelle car les Burundais supportent mal le mépris et les écarts de langage. L’emploi du nom de famille est conseillé mais l’usage du prénom précédé de M., Mme ou Mlle est accepté car les expatriés ont souvent du mal à se rappeler les noms burundais.

Ceux qui respectent l’heure ou les délais des engagements sont bien appréciés et respectés, mais un certain retard est toléré. C’est-à-dire que les gens ne fonctionnent pas à la minute près et que demain peut parfois être après demain, surtout dans les relations sociales. Il faut être très insistant et précis dans les questions relatives au temps. Dans les milieux plus professionnalisés, le respect des délais est de mise.

L’absentéisme n’est pas toléré, sauf en cas de force majeure (décès d’un ami, d’un parent, etc.). La productivité est fonction de la gestion et dépend des conditions générales de travail (salaire et climat de travail).

Point de vue canadien :

Il faut avoir une tenue dite correcte. Au Burundi, un coopérant ne va pas au travail en « tenue de plage ». C’est une question de respect (même s’il fait beaucoup plus chaud). Même si on peut s’habiller de façon décontractée, il faut donner une image digne. Mais avec les autorités locales, régionales ou nationales, il vaut mieux en mettre plus que moins! C’est, là aussi, un langage non verbal. Et les Burundais sont plus attentifs à cela que les Canadiens.

Pour ce qui est de l’emploi des prénoms, du langage plus ou moins familier, il faut être très prudent également. Jamais de tutoiement dans les premières rencontres. Il faut y aller petit à petit car le tutoiement peut être perçu comme un manque de respect. En tout cas, ne jamais (sauf très rares exceptions) tutoyer son supérieur ou une autorité. Même règle pour un langage familier.

Pour ce qui est de la notion de temps, la perception est différente de celle du Canada. Il m’a semblé, par exemple, que les Africains sont moins habitués que nous à faire de la projection, et donc de la planification. Le moment présent est d’abord ce qui compte. Ceci dit, ils ressentent et vivent intensément le moment présent. Ils peuvent ainsi en saisir toutes ses composantes. En tant que Canadien, notre empressement peut nous en empêcher. En début de réunion formelle ou informelle, prendre le temps de saluer chacun des participants et de s’informer auprès d’eux ne peut que mener à de bonnes fins. Pour nous, Canadiens, ceci est souvent perçu comme une perte de temps, mais au contraire, ça n’ira que plus vite par la suite car prendre le temps d’établir et d’entretenir de bons contacts est la base d’une collaboration réussie.

Information culturelle - Méthodes de gestion

Question :

Quelles sont les qualités les plus recherchées chez un supérieur/directeur local? Comment saurais-je de quelle façon mon personnel me perçoit?

Point de vue local :

Les qualités les plus recherchées sont le niveau d’études, l’expérience, le leadership ainsi que l’assiduité et la prestance. Idéalement, le superviseur est également sage, vertueux et juste.

La différence fondamentale quand il s’agit d’un expatrié est qu’on attend de lui « un plus » s’il vient d’un pays plus développé ou travaille pour une organisation plus exigeante en terme d’expertise. On attendra de lui un niveau d’études plus élevé, plus d’expérience et d’expertise professionnelle, plus d’ouverture sur le monde, plus d’impartialité et plus d’efforts visant à l’amélioration des conditions de travail. On attendra également de lui du respect et de la considération à l’endroit du personnel local ainsi que de la franchise et de la chaleur dans les relations de service et dans les relations extra professionnelles.

L’établissement d’échanges réguliers avec le personnel soit dans des cadres restreints ou des cadres plus larges réunissant tout le personnel est recommendé. Si vos rapports avec le personnel restent trop froids c’est que vous êtes mal perçu. Une bonne politique de communication peut vous être d’une grande utilité.

Point de vue canadien :

Pour un directeur burundais, il me semble que c’est avant tout le leadership qui est la qualité la plus recherchée. On respectera sa façon d’identifier clairement les objectifs visés et de faire participer chacun, lui inclus, à leur réalisation. Ce leadership se manifestera aussi dans sa façon d’obtenir un consensus dans le respect de chacun après discussion. C’est un médiateur, un vrai « chef » africain. Je crois que cette habileté vient bien avant son bagage d’études qui lui confère bien sûre une certaine crédibilité.

Pour un directeur « expatrié », ses compétences relèveront certes de sa formation (études) mais également de son expérience dans le domaine. Je crois que cette dernière est la principale qualité recherchée par les nationaux. Bien sûr, on recherchera également les attitudes précédemment nommées pour le directeur local, soit en résumé une attitude de respect et d’ouverture pour la culture nationale. Le directeur expatrié saura si son personnel adhère à sa méthode et travaille avec enthousiasme et sans calcul aux résultats recherchés. Il sentira aussi l’estime de son équipe s’il est invité dans leur famille et si on lui demande de participer aux fêtes du village.

Information culturelle - Hiérarchie et Prise de décision

Question :

Au travail, comment sont prises les décisions et qui les prend? Est-il convenable d’aller consulter mon superviseur immédiat pour obtenir des réponses ou de la rétroaction?

Point de vue local :

Souvent les décisions sont prises directement par les responsables hiérarchiques et la dernière décision revient au premier responsable. Il y a souvent une préparation de la décision qui passe par les subalternes mais la décision est prise par le responsable le plus hiérarchique.

C’est acceptable d’aller consulter son superviseur immédiat. Il ne faut cependant pas le bousculer trop et trouver la manière appropriée de susciter cet échange. Le système est hiérarchisé. Les responsables les plus communicatifs et qui utilisent des mécanismes participatifs dans la prise de décision obtiennent de meilleurs résultats, un haut rendement et ont la confiance du personnel.

Point de vue canadien :

Le Burundais s’attend à ce que le chef prenne la décision finale, et de façon claire et ferme. Mais la décision ne sera suivie de véritables effets à long terme que si elle a été inspirée par le consensus dont je parlais plus haut. Si la décision devait aller à l’encontre de la volonté du groupe, de façon flagrante, le chef devra s’attendre à une forte réaction.

Si j’ai un supérieur immédiat burundais, il est acceptable de lui demander des réponses ou de la rétroaction mais il faut soigner la manière de procéder. Vous ne devez pas oublier que vous êtes plus ou moins, selon votre poste, un « expert ». Je crois qu’il vaut mieux se présenter avec les propositions les plus étoffées possibles, lui proposer différentes avenues et lui demander son opinion sur les hypothèses émises. C’est une façon d’avoir de la rétroaction sans partir sur une position de faiblesse ou pouvant être perçue comme telle.

Information culturelle - La religion, la classe, l'ethnicité et le sexe

Question :

Décrivez brièvement l’attitude des gens de l’endroit à l’égard des facteurs suivants et leurs répercussions en milieu de travail : L’égalité des sexes, la religion, les classes sociales, et l’origine ethnique.

Point de vue local :

Égalité des sexes : L’égalité des sexes est une exigence légale mais dans les faits la société a tendance à donner la préséance à l’homme (ex : représentation familiale, héritage de la propriété foncière). Les positions ne sont pas figées car les rôles importants réservés traditionnellement aux hommes sont transformés en rôles publics conférés par le niveau d’études, de richesse et de leadership communautaire. Les Burundais sont actuellement sensibles aux considérations du genre et il y a des ouvertures pour promouvoir l’égalité des sexes. Les femmes peuvent occuper tous les postes sans gêner les relations de travail.

Religion : Les Burundais sont respectueux de la religion (principalement chrétienne) et sont tolérants par rapport aux autres religions et aux sectes. Ils ne sont pas fanatiques, bien que les nouvelles sectes soient souvent très controversées et bousculent parfois la tradition ou les habitudes établies. Les pratiques religieuses n’ont pas d’impact sur l’organisation du travail.

Classe : Il me semble qu’au Burundi, il n’existe pas vraiment de classes sociales car les ethnies ne sont pas des classes sociales. Il existe peut-être la classe des riches et celle des pauvres, et le passage abrupte de la richesse à la pauvreté et inversement sont très fréquents selon le statut de votre position administrative ou professionnelle du moment. La richesse est considérée mais les gens apprécient davantage la dignité et le respect des gens. Un chef est un chef et vous devez subir son autorité.

Origine ethnique : La question des origines ethniques cause des dissensions. Mais, fondamentalement, en dehors du discours politique partisan et de la gestion politique du spectre ethnique, les citoyens moyens se respectent. Après tant de crises ethniques, une certaine suspicion s’est installée dans la population et la question des origines ethniques est des plus sensibles.

En milieu de travail, la consigne de base serait de ne pas faire du favoritisme et d’engager sur la base du mérite. Il faut faire très attention à cette question dans le recrutement et dans la promotion, au risque d’être taxé ou traité de pro-hutu ou pro-tutsi et, dans tous les cas, d’être accusé d’avoir des préjugés. Il faut donc conserver beaucoup de transparence et d’objectivité. Il ne s’agit pas de faire de l’équilibrisme mais de disposer d’outils permettant de gérer de façon non partisane. Une gestion partisane de la part des responsables par rapport aux origines ethniques du personnel créerait des dissensions. Sinon les gens travaillent en symbiose, tout en se méfiant des positions politiques des uns et des autres.

Point de vue canadien :

Égalité des sexes :Il faut ici faire attention de ne pas transposer notre modèle occidental de l’égalité entre les sexes. Même si le comportement des hommes burundais face aux femmes peut parfois nous choquer, il faut faire preuve d’empathie à l’égard de la culture burundaise avant de juger négativement ce comportement. À mon avis, la femme burundaise est généralement très respectée et joue un rôle important tant au niveau de la famille que dans la société en général. Elle a une influence certaine. Elle joue aussi un rôle dans le développement socio-économique du pays, peut-être pas avec autant de visibilité que l’homme, mais non moins réel. D’ailleurs c’est au Burundi que j’ai constaté que les ONG les plus dynamiques étaient souvent celles qui regroupaient des femmes (je pense notamment à cette Association de femmes qui construisaient avec succès des maisons; le gouvernement burundais a même nommé ministre la présidente de cette ONG!).

La question des sexes n’est pas un problème dans les milieux de travail. Au contraire, j’ai été impressionné par le dynamisme des femmes burundaises dans leur apport à des projets de développement.

Religion : Je crois que les Burundais, quoique toujours très pratiquants (en majorité de confession catholique), ont maintenant, surtout depuis les guerres ethniques, une attitude beaucoup plus critique qu’auparavant vis-à-vis de la religion.La religion n’a aucune influence dans les milieux de travail, la plupart étant de même confession.

Classe : Bien que ce ne soit pas particulier au Burundi, il y a une grande différence entre l’élite burundaise (élite politique et élite intellectuelle) et la population très peu instruite, entre les riches et même très riches (% très petit) et les pauvres (% très élevé). Personnellement, j’ai travaillé avec des gens de tous les niveaux sociaux, économiques et même intellectuels. Je n’ai pas remarqué de différences particulières avec le Canada.

Origine ethnique : Ne jamais aborder cette question. Encore plus : ne jamais soi-même faire une distinction entre Hutus et Tutsis (+ Twas). Ce serait tomber dans un terrible piège. La question est trop complexe pour un « étranger ». Et elle coûte trop cher en vies humaines pour les nationaux. Suivant la même consigne que je viens de proposer pour les coopérants, je m’abstiendrai ici de tout autre commentaire sur ce sujet!

Information culturelle - Établir des bonnes relations

Question :

À quel point est-il important d’établir une relation personnelle avec un collègue ou un client avant de faire des affaires avec cette personne?

Point de vue local :

Il est important de connaître les gens avec lesquels on travaille ou on fait affaire. Une relation personnelle encourage la confiance. Sans être une relation très intime, elle donne plus de souplesse dans la négociation et vous permet d’éviter ou de voir venir les coups bas.

Pour établir cette relation vous devez être présenté par quelqu’un qui est un ami commun, dans une entreprise ou lors de rencontres sportives. Sans références, les cercles ne sont pas aussi ouverts et ne s’ouvrent pas facilement aux inconnus. « Les amis de mes amis sont mes amis » est une maxime qui fonctionne très bien au Burundi.

Point de vue canadien :

C’est peut-être le point stratégique le plus important pour la réussite de son intégration : savoir établir une relation personnelle avec un collègue mais aussi avec toute personne en général. Il faut d’abord établir une relation interpersonnelle; les affaires suivront. Prendre le temps de s’intéresser sincèrement à la vie personnelle de son collègue : famille, santé, intérêts, etc. C’est à travers cette relation personnalisée que se créera la confiance mutuelle et l’appréciation de l’autre. C’est aussi la meilleure façon d’obtenir par la suite une coopération réelle et un appui réciproque.

Information culturelle - Privilèges et Favoritisme

Question :

Un collègue ou un employé s’attendrait-il à avoir des privilèges spéciaux ou à recevoir une considération spéciale en raison de notre relation ou de notre amitié?

Point de vue local :

Les amis se rendent naturellement des services mais savent que le domaine professionnel est très réglementé. Du fait des affinités que vous pourrez avoir avec une personne, celle-ci pourra vous demander d’intercéder à une demande d’emploi ou vous recommander quelqu’un. Ceci reste une demande et la personne comprendra toutefois si les normes de recrutement en place ne permettent pas de dérogations. Elle pourra cependant se dire que vous n’avez pas assez de pouvoir. C’est sur la question d’embauche que vous aurez une certaine pression de la part des amis ou des contacts administratifs, car le travail est rare et les postes bien rémunérés sont très prisés. Pour des postes non stratégiques, vous pouvez consentir une faveur afin de satisfaire une relation utile.

Sinon, tenez-vous en le plus possible aux règlements; ils vous protègent, vous font respecter et diminuent les pressions sur vous.

Point de vue canadien :

Dans un premier temps, je dirais qu’un collègue ou un employé ne s’attendra pas à avoir des privilèges spéciaux ou à recevoir une considération spéciale en raison d’une relation ou d’une amitié. Pas si cette relation est basée sur l’écoute empathique. Mais vous devez faire la distinction entre la relation amicale et les devoirs reliés à la tâche à accomplir. Si les « règles du jeu » sont claires entre le collègue et vous, ça ne fera que renforcer la qualité de la collaboration et donc l’atteinte des objectifs.

Information culturelle - Conflits dans le Lieu de travail

Question :

J’ai un problème relié au travail avec un collègue. Est-ce que je dois le confronter directement, publiquement ou en privé?

Point de vue local :

Vous pouvez le confronter directement en privé ou faire appel à une conciliation en référant le problème à un autre responsable ou à une tierce personne qui soit un collègue reconnu pour sa sagesse. Allez-y avec précaution, les gens sont parfois susceptibles et risquent d’être touchés dans leur amour propre. En dernier recours, évoquez le cas dans une réunion de service avec les cadres appropriés.

Quand quelqu’un vous reproche quelque chose, il cherchera à vous éviter et vous adressera très rarement la parole. Il faudra alors, pour en avoir le coeur net, avoir une franche discussion avec cette personne.

Point de vue canadien :

La clé du succès de la résolution d’un éventuel problème est de s’attaquer au problème et non à l’individu. Il faut aussi faire la distinction entre les jugements de valeur et les faits, ce qui permet de résoudre d’éventuels conflits interpersonnels tout en préservant la bonne relation avec le collègue. Toute rencontre à cet effet devra avoir lieu en privé par respect de la personne.

Information culturelle - Motiver les collègues locaux

Question :

Qu’est-ce qui motive mes collègues locaux à donner un bon rendement au travail?

Point de vue local :

Les conditions salariales et un bon climat de travail sont les éléments qui motivent le plus les gens. Viennent ensuite d’autres éléments, comme l’implication dans la vie de l’entreprise ou du projet car les gens souhaitent avoir une certaine considération, la formation professionnelle, la loyauté et la stabilité dans le travail. Je pense qu’une bonne gestion est un élément motivant.

Point de vue canadien :

Les employés burundais seront motivés à donner un bon rendement si d’abord les objectifs personnels et organisationnels qui leur sont fixés sont clairs, réalistes et réalisables. Ils seront aussi motivés s’ils ont adhéré pleinement à ces objectifs (pour cela, il faut qu’ils aient contribué à l’élaboration de ces objectifs). Un facteur de motivation supplémentaire est le sentiment d’être bien encadrés et appuyés dans leurs activités professionnelles (ou dans leur travail) et reconnus dans les résultats qu’ils produiront (une véritable appréciation du rendement).

Information culturelle - Livres, films et mets recommandés

Question :

Pour m’aider à en apprendre davantage à propos de la culture, pouvez-vous recommander : des livres, des films, des émissions de télévision, de la nourriture et des sites Web?

Point de vue local :

Des livres d’Histoire ancienne et contemporaine du Burundi. (Mworoha, Jean-Chrétien Ekambo Dusenge) et les séries télévisées telles que Ninde, mais en langue nationale.

Point de vue canadien :

Pour en apprendre davantage à propos de la culture burundaise, vous pourriez : consulter la documentation que possède votre firme, rencontrer les agents de l’Agence canadienne de développement international (ACDI) à la Direction des Grands Lacs, contacter les ONG qui ont oeuvré ou oeuvrent dans ce pays (cf. le répertoire des marchés accordés par l’ACDI), visiter divers sites et rencontrer des ex-coopérants qui ont travaillé au Burundi.

Information culturelle - Activités sur le terrain

Question :

Dans ce pays, j’aimerais en savoir plus sur la culture et sur le peuple. Quelles activités pouvez-vous me suggérer?

Point de vue local :

Vous pouvez visiter le Musée vivant de Bujumbura et le Musée national de Gitega, et contacter le Conseil national des Bashingantahe ou le Centre de recherche sur l’inculturation relié à l’épiscopat de l’Église catholique.

Participez aux veillées culturelles (tambour, danses folkloriques, musique traditionnelle), suivez les émissions radio/télévisées, rencontrez des gens de tous les milieux, fréquentez des clubs de randonnée ou autres disciplines sportives pour adultes, allez au bistrot avec les amis, montez à l’intérieur du pays si les conditions de sécurité le permettent et voyez vous-même comment vivent les paysans burundais.

Pour la nourriture, il est conseillé de manger frais (tous les aliments tropicaux sont à un prix abordable). Si vous avez besoin de plus de précisions, vous pouvez consulter le Centre national de technologie alimentaire ou un quelconque restaurateur de la place. Visitez le marché central de Bujumbura, les différentes légumières de la place ou les magasins d’alimentation. Parlez surtout avec les gens de différentes régions du pays. Les Burundais ont une tradition orale.

Passez par les amis burundais si vous en avez. Contactez l’antenne ou le projet CECI (Centre canadien d’étude et de coopération international) à Bujumbura, Contactez les journalistes des radios privées ou de la radio nationale. Vous pouvez également vous adresser au Centre culturel français ou au centre d’information des Nations Unies.

Point de vue canadien :

Activités suggérées : rendre visite aux représentants de l’ACDI à Bujumbura et participer aux activités culturelles (visite de marchés, de sites historiques, etc.), accompagner des homologues ou collègues burundais dans des villages et en ville, consulter les activités du Centre culturel français, lire régulièrement les journaux nationaux, et écouter tous les jours la télévision nationale.

Information culturelle - Héros Nationaux

Question :

Qui sont les héros nationaux de ce pays?

Point de vue local :

Le héros reconnus par tous dans l’histoire contemporaine du Burundi est le Prince Louis Rwagasore qui a lutté pour faire accéder le Burundi à son indépendance politique en 1962. Il fut hélas assassiné le 13 octobre 1961.

Un autre héros historique est le roi Ntare Rugamba qui, grâce à ses conquêtes, a donné au Burundi la quasi totalité de ses frontières actuelles. Il était très respecté pour sa bravoure.

Actuellement les ethnies se cherchant des héros, les Hutus sont en train d’ériger en héros le président Ndadaye élu démocratiquement et assassiné en octobre 1993, trois mois à peine après son accession à la magistrature suprême. Mais les Tutsis ne sont pas d’accord avec cette déclaration du parti FRODEBU (Front pour la Démocratie au Burundi).

Point de vue canadien :

Je ne sais pas ! Mais sur place (ou sur Internet), ce sera facile de se documenter.

Information culturelle - Evénements Historiques partagés

Question :

Y a-t-il des événements historiques communs entre ce pays et le Canada qui pourraient nuire aux relations sur les plans professionnel et social?

Point de vue local :

Non à ma connaissance.

Point de vue canadien :

Le fait d’être canadien et non européen (particulièrement français, belge ou allemand) est une chance car nous n’avons pas été des colonisateurs. Ceci nous donne une crédibilité au départ ou, en tout cas, moins de méfiance de la part des Burundais. Ce qui pourrait peut-être nous nuire, c’est la politique canadienne chancelante du gouvernement canadien en matière de coopération avec le Burundi, ainsi que nos liens très étroits avec nos voisins des États-Unis... En fait, il y a surtout des avantages pour nous d’être canadiens et, en plus, d’expression française.

Information culturelle - Stéréotypes

Question :

Quels sont les stéréotypes entretenus par les Canadiens à propos de la culture locale qui pourraient nuire à des relations efficaces?

Point de vue local :

Il n’y en a pas car les Canadiens ne sont pas très connus au Burundi, pas de passé colonial, pas de relations commerciales ou politiques connues du grand public. Le Canada est connu comme étant un fervent défenseur des droits de la personne.

Point de vue canadien :

Les Canadiens pensent souvent que le pays est toujours en guerre, que la corruption règne et que la coopération internationale n’apporte pas de réelle progression.

Information culturelle - Au sujet des interprètes culturels

Interprète local :

Votre interprète culturel est né au Burundi le sixième de sept enfants. Il a grandi en ville mais a travaillé dans le milieu rural. Il a fait ses études en sciences économiques à l'université du Burundi à Bujumbura. Il est allé à l'étranger en 1992 pour la première fois pour faire un stage en marketing agro-alimentaire en Belgique. Par la suite, il a travaillé dans le cadre d'un projet du PNUD (Programme des Nations Unies pour le développement) au Burundi dans un environnement cosmopolite. Son intervention s'étendait sur tout le territoire national au contact de la communauté locale. Il a également participé à beaucoup de sessions offertes par l'organisation sur le plan global ou régional en Afrique des Grands lacs, occidentale ou australe. Il vit depuis octobre 2002 à Ottawa. Il est marié et a un enfant.

Interprète Canadien :

Votre interprète culturel est canadien de naissance. Très tôt, il a voyagé et travaillé en Europe et en Afrique, particulièrement dans la Région des Grands Lacs. Il a obtenu son doctorat en psychologie et une maîtrise en administration des affaires (M.B.A.) avec une option en gestion des ressources humaines et a travaillé de nombreuses années sur des projets de développement de la coopération canadienne. Pendant l'année où il a résidé au Burundi, il a reçu les Canadiens et visité les Rwandais qui fuyaient le génocide de 1994 tout en appuyant les associations burundaises des Droits de l'Homme. Il est retourné dans cette région en 2002 pour mener une étude sur les enfants soldats.

Avertissement

Aperçus-pays/Enjeux interculturels visent à fournir un aperçu des normes sociales et culturelles générales et du milieu de travail auxquels un Canadien devra probablement s'adapter dans un pays en particulier. Nous offrons un aperçu de chaque pays de deux points de vue différents : celui d'un Canadien et celui d'un natif du pays d'accueil. Vous pourrez vous faire une idée de la culture de ce pays en comparant le point de vue canadien et le point de vue local. Nous vous encourageons à poursuivre vos recherches à l'aide d'autres sources et à utiliser le processus d'évaluation Triangulation. On demande aux interprètes culturels de s'appuyer sur la plus vaste expérience possible pour formuler leurs réponses. Cependant, ces dernières doivent être considérées comme un point de vue qui reflète le contexte et les expériences de l'auteur, il ne s'agit pas de commentaires sur un groupe ou une société en particulier.

Il est possible que vous soyez en désaccord avec le contenu de quelques réponses. Il faut même s'y attendre, vu la complexité du sujet et des problèmes associés aux commentaires généraux sur un pays et un peuple au complet. Nous vous encourageons à nous faire part de vos expériences, car vos commentaires nous aideront à faire d'Aperçus-pays un riche milieu d'apprentissage.

J'ai pris connaissance de l'énoncé ci-dessus et je comprends que les réponses ne reflètent aucunement la politique officielle et les opinions du gouvernement du Canada, d'Affaires étrangères Canada ou du Centre d'apprentissage interculturel.