Côte d'Ivoire

Information culturelle

Des réponses à vos questions d’ordre interculturelles d’un point de vue local et un d’un point de vue canadien.

Information culturelle - Conversations

Question :

Je rencontre quelqu’un pour la première fois et je veux faire bonne impression. Quels seraient de bons sujets de discussion à aborder?

Point de vue local :

Les sujets de discussion peuvent varier d’une personne à une autre ou d’une rencontre à une autre. L’étranger devrait donc se renseigner au préalable au sujet de ses futurs interlocuteurs, ce qui ne veut pas non plus dire qu’il faille faire une enquête sur leur vie. En effet, ce genre de renseignement peut s’obtenir auprès de ceux qui connaissent bien la ou les personnes en question.

Si vous rencontrez un employé subalterne pour la première fois, vous pourriez aborder le travail tout en prenant soin de lui montrer adroitement vos connaissances dans le domaine. Cela pourrait vous valoir le respect et la reconnaissance recherchée.

Si votre interlocuteur est de la classe politique locale ou du rang des gestionnaires, il faudrait, tout en demeurant humble, être à l’écoute et chercher à mieux connaître le pays et le travail plutôt que de chercher à démontrer tout de suite vos connaissances et parler de vous. À moins qu’on vous demande de parler de vous et de votre travail, écoutez davantage les gens et posez des questions. Vous aurez certainement l’occasion de prouver vos connaissances en d’autres circonstances. Ainsi, vos interlocuteurs locaux trouveront en vous la sagesse de l’étranger qui veut savoir, même si vous y avez été envoyé à titre d’expert.

À éviter: Il faut absolument éviter les blagues salées ou quelque peu grossières. Si vous êtes un adepte de ces blagues, attendez de mieux connaître votre auditoire avant d’en faire vous-même si vous ne voulez pas paraître peu sérieux et mal élevé. Vous aurez sans doute l’occasion de vous en donner à coeur joie plus tard.

Point de vue canadien :

Il est important et bien perçu de s’informer d’abord de la famille, qui occupe une grande place dans la culture ivoirienne. On s’informe de la famille en général, puis des enfants s’il y en a. Vont-ils tous bien? Sont-ils en bonne santé? Ces questions sont toujours appréciées. Le travail est également un sujet général qui permet d’entrer en contact avec la personne et de démontrer un intérêt pour ce qu’elle fait. On peut également parler du climat et de la température, qui sont des préoccupations universelles, encore plus en Afrique où une grande majorité de la population vit de l’agriculture. Le climat a une influence directe sur la qualité de vie des gens (pluies/sécheresses, récoltes abondantes ou non) ainsi que sur les conditions de transport, certaines routes devenant impraticables durant la saison des pluies.

Il est de bon ton également de s’informer ou de commenter les derniers événements sportifs ou culturels qui se sont déroulés dans le pays ou la région ou encore qui auront lieu. Match de football, festival de musique ou de cinéma, grande fête religieuse; le fait d’en faire mention témoigne d’un intérêt pour la culture ivoirienne et d’une ouverture face à votre pays d’accueil.

Si vous avez des amis ou des connaissances communes, vous pouvez le mentionner et demander de leurs nouvelles, le cas échéant. Les Ivoiriens adorent faire des liens et découvrir que vous connaissez leur cousin, leur voisin ou encore le sous-préfet. Soulignons également que les Ivoiriens sont en général très curieux envers les étrangers et leur pays et culture. Soyez donc prêts à répondre à de nombreuses questions sur la vie culturelle, politique et économique du Canada, ainsi que sur votre famille et vos proches. Il serait peut être approprié, selon le contexte, d’avoir avec vous un petit album de photos de votre famille et de votre coin de pays.

Il est préférable de ne pas aborder les sujets touchant de près ou de loin la politique ivoirienne, tant et aussi longtemps que l’on n’a pas atteint un certain niveau d’intimité avec la personne. Si votre interlocuteur ivoirien vous demande votre avis sur une situation politique interne, vous pouvez émettre une opinion diplomatique et réservée, ou encore dire que vous ne connaissez pas suffisamment les enjeux pour émettre une opinion claire sur le sujet. Evitez tout commentaire qui pourrait être interprété comme une critique du pays, des moeurs, des traditions. Attention également aux comparaisons entre la Côte d’Ivoire et le Canada qui peuvent donner l’impression que « c’est mieux chez nous ».

Information culturelle - Styles de communication

Question :

Que dois-je savoir à propos des communications verbales et non-verbales?

Point de vue local :

Ici, le colonisateur a laissé sa marque. En Côte d’Ivoire comme en France, on se sert la main quand on se rencontre. Il faut donc se placer à un bras de la personne à qui vous parlez et lui donner une bonne poignée de main.

Il est à noter que selon la provenance ethnique de votre interlocuteur (le pays étant une mosaïque culturelle) cette pratique générale peut changer. Il s’agira de rares exceptions. De façon générale, les gens sont tolérants et ne s’offusqueront pas si vous vous trompez dans un tel cas.

Le contact visuel est très important. C’est le signe de votre intérêt pour les propos que tient votre interlocuteur. À part la poignée de main devenue universelle, il ne serait pas recommandé de toucher les gens lors d’une première rencontre. Les conversations entre les hommes et les femmes sont permises. Il faut cependant faire attention aux situations exceptionnelles de certaines personnes de religion musulmane. Bien qu’il y ait peu de gestes offensifs, il faut éviter de roter en public, de pointer les gens du doigt ou de dresser le majeur en signe de réprobation.

Point de vue canadien :

Les notions d’intimité et d’espace vital sont très différentes des nôtres. En général, les Ivoiriens maintiennent une distance légèrement inférieure à la nôtre quand ils se parlent. Ils vont avoir tendance à s’approcher davantage s’ils ont des propos enthousiastes, enflammés ou s’ils essaient de convaincre. Les gens se touchent facilement mais essentiellement entre personnes du même sexe. Deux amis masculins ou féminins peuvent très bien se tenir par la main dans la rue sans que cela n’ait aucune connotation homosexuelle. Entre amis et en public, hommes et femmes peuvent se toucher légèrement pendant qu’ils discutent ou s’ils font des plaisanteries. Mais si un homme touche une femme en privé ou vice-versa, cela a une toute autre connotation et peut être interprété comme une invitation à aller plus loin.

Le contact visuel est important, mais il n’a pas besoin d’être aussi soutenu et direct que chez nous au Canada. Au contraire, un contact soutenu serait interprété comme un défi ou un manque de respect. Devant un aîné ou un supérieur hiérarchique, il est souhaitable de maintenir un contact visuel sporadique.

Pour ce qui est des collègues de travail de même niveau hiérarchique, le contact physique est relativement fréquent et naturel si les gens s’entendent bien ou sont amis.

Évitez de faire des gestes brusques et de crier car cela peut entraîner une réponse agressive. (Par exemple, si des vendeurs au marché se font un peu trop insistants et vous poursuivent, évitez de vous impatienter et d’essayer de les repousser, mais plutôt essayez de les convaincre par l’humour, qui est toujours mieux reçu!) Une femme doit éviter de s’asseoir d’une façon trop « relâchée » si elle ne veut pas être mal jugée.

Information culturelle - Démonstration des émotions

Question :

Les démonstrations d'affection, de colère ou d'autres émotions sont-elles acceptables en public?

Point de vue local :

Les démonstrations d’affection et de colère sont courantes, ce qui peut parfois être choquant, surtout si la personne fait preuve de grossièreté ou si cela se passe au bureau. Sont-elles acceptées? À priori oui, si elles sont justifiées et faites intelligemment! (En effet, même quand on est en colère, on peut agir de façon intelligente.)

En Côte d’Ivoire, le rejet ou l’acceptation de tels gestes dépend de la personne qui les pose. Dans le contexte de ce pays, les gestionnaires, directeurs et autres responsables administratifs ou politiques ont souvent abusé directement ou indirectement de leur position, voire de leur pouvoir. Même si dans la plupart des cultures ancestrales de ce pays la sagesse et le respect recommandent une certaine modération, les détenteurs de pouvoir semblent vivre une autre réalité. De tels gestes de leur part seraient probablement condamnés en silence par tout le monde, mais personne n’oserait les dénoncer publiquement.

À l’inverse, si de tels gestes proviennent d’un employé ordinaire ou d’un assistant technique (venu de l’étranger), ils pourraient être mal perçus, dénoncés et décriés par tous.

Que faire? Le contexte socio-politique de la Côte d’Ivoire d’aujourd’hui n’est pas favorable aux étrangers, même s’il s’agit d’assistants techniques canadiens ou autres. Cette situation pourra perdurer pour plusieurs années encore. Il serait donc sage, dans le cadre d’une affectation dans ce pays, de tempérer ses gestes et d’éviter les excès. Il faut donc se concentrer sur son travail, acquérir le respect et l’amitié de son entourage afin d’avoir suffisamment d’appuis si, pour une raison ou pour une autre, on devait démontrer publiquement sa colère.

Point de vue canadien :

Entre amoureux ou entre époux, les démonstrations d’affection en public sont très rares. Cela est considéré comme étant quelque chose d’intime, que l’on garde pour les moments en privé. Les jeunes couples se permettent parfois d’être plus expressifs. Entre amis/amies de même sexe et entre les membres d’une même famille, les marques d’affection sont assez fréquentes (se tenir par la main, se donner des bises ou se faire l’accolade) et peuvent s’exprimer en public sans que cela ne soit mal vu.

Les Ivoiriens sont des gens assez expressifs qui n’hésitent pas à exprimer publiquement leurs émotions (colère, chagrin, indignation). En général, on accepte que les émotions soient verbalisées en public, tant qu’on respecte les règles (respect de la hiérarchie et des aînés, type de langage utilisé, absence de violence physique).

Information culturelle - Code vestimentaire, ponctualité et formalité

Question :

Que dois-je savoir à propos du milieu de travail (la tenue vestimentaire, les délais, la formalité, etc.)?

Point de vue local :

Vous vous habillerez en fonction du poste que vous occuperez. Si vous êtes directeur ou gestionnaire, il serait bien de porter le veston et la cravate. En effet, vos employés et l’entreprise que vous dirigerez seront fiers de vous. Ils s’attendent à ce que leur directeur soit toujours bien habillé et bien perçu par tous.

Par contre si vous êtes un commis, si vous occupez un poste subalterne ou si vous travaillez à l’extérieur (au grand air, sur les chantiers ou dans un petit village...) vous ne serez pas obligé d’être tiré à quatre épingles chaque matin.

Quel que soit votre rang au sein de l’entreprise, vous devez donner l’exemple; c’est à dire être ponctuel et ne pas tutoyer vos collègues et vos supérieurs hiérarchiques. En effet, le tutoiement est strictement réservé aux amis et à la famille.

Si vous avez déjà effectué des missions en France, vous avez alors (à quelque chose près) un exemple de ce qu’il faut faire: on sert la main des gens, on se présente et on s’adresse aux autres par le nom et le titre professionnel ou académique, et on porte toujours le veston et la cravate. À moins que vous ne soyez un agent des relations publiques ou du marketing, il faut éviter de ’’tenir le crachoir’’ aux invités. Il faut vouvoyer les personnes à qui vous vous adressez. Si c’est une première rencontre, il vaut mieux parler peu et écouter davantage. Quand vous connaîtrez mieux les personnes autour de vous, vous pourrez vous exprimer sans crainte de commettre des erreurs.

Quant aux heures de travail, elles vous seront sans doute expliquées par votre employeur. Mais, de façon générale, on travaille de 8 heures (quelquefois 7 heures) à midi et de 14 heures à 17 heures. La plupart des gens retournent chez eux pour déjeuner et faire une petite sieste. N’oublions pas qu’il n’y a pas d’hiver; ce qui veut dire qu’en tout temps (ou presque), il fait jour dès 6 heures et le soleil ne disparaît qu’après 18 heures.

Point de vue canadien :

Les Canadiens, particulièrement les francophones, ont tendance à devenir vite familiers avec leurs supérieurs et collègues de travail. Il est fréquent au Canada d’entendre un travailleur tutoyer son patron, l’appeler par son prénom et faire des blagues avec lui. Cela ne saurait être accepté en Côte d’Ivoire, où le respect de la hiérarchie et des titres est très important. On s’adresse toujours à ses supérieurs avec respect, en les vouvoyant et en les appelant Monsieur ou Madame. On s’adressera au directeur d’une organisation ou d’un département en disant « Monsieur le directeur »... ou encore « Monsieur Ouattara »... Quant aux collègues de travail, une fois qu’une certaine intimité est établie, on peut les tutoyer sauf s’ils sont plus âgés que soi. Les gens ont l’habitude, entre amis ou collègues, de s’appeler par leur nom de famille, ce qui peut surprendre au début.

L’habillement est important dans le milieu de travail. Les Ivoiriens sont toujours bien mis, particulièrement les femmes. Cet aspect revêt une importance encore plus grande lors d’événements spéciaux : inauguration d’un nouveau bâtiment, fêtes, visite d’un sous-ministre, etc. L’habillement et le soin que l’on porte à son apparence sont importants et interprétés comme un signe de sérieux et de respect de l’accomplissement de ses tâches.

Au travail on s’attend à ce que vous soyez ponctuel même si, dans la fonction publique en particulier, les gens ne prêchent pas toujours par l’exemple... Il faut toujours aviser son supérieur immédiat quand on doit s’absenter de façon urgente et/ou inattendue et lui demander son accord.

Information culturelle - Méthodes de gestion

Question :

Quelles sont les qualités les plus recherchées chez un supérieur/directeur local? Comment saurais-je de quelle façon mon personnel me perçoit?

Point de vue local :

Si vous voulez gagner le respect de vos employés, je vous suggère les deux choses suivantes :

Ouverture d’esprit: Vous devez accepter que la culture organisationnelle de votre employeur ivoirien puisse être différente de celle de la dernière organisation pour laquelle vous avez travaillé. Vous pouvez contribuer au changement organisationnel dans votre nouvelle institution en respectant ce qui existe déja, même si votre rôle est de susciter ce changement au sein de l’organisation et dans l’esprit des gens avec qui vous travaillez. Il faut éviter de vouloir tout changer du jour au lendemain.

Vous devez avoir du leadership si vous êtes gestionnaire ou directeur pour mener vos employés à la réalisation de vos objectifs. Vous gagnerez ainsi leur confiance. Il n’y a rien de particulier à faire pour savoir si les gens ont de l’estime pour vous. Les gens viendront vous le manifester et vous le saurez tacitement. Mais une chose est certaine; si vous êtes directeur ou gestionnaire, les gens s’attendront à ce que vous leur donniez des directives.

Point de vue canadien :

Ce qui est apprécié et reconnu chez un patron, c’est son expérience, son charisme, son leadership et ses qualités de rassembleur. On s’attend aussi d’un patron qu’il soit compréhensif et ouvert et qu’il octroie de bonnes conditions de travail à ses employés. On ne s’attend pas à ce qu’un patron soit trop familier avec ses employés, mais un comportement chaleureux et démonstratif est toujours bienvenu, tout comme les marques d’appréciation et les remerciements adressés aux employés. Si les employés m’estiment, je le saurai par les commentaires indirects qui me parviennent, par la facilité avec laquelle ils viennent me voir si un problème survient (professionnel ou personnel) et par les invitations qu’ils m’adressent en dehors du travail.

Donner beaucoup de latitude à ses employés sans bien les encadrer pourrait les déboussoler, étant donné que cela ne fait pas partie des habitudes locales. Par contre, si vous laissez place à l’initiative et faites confiance à vos employés, tout en étant présent et disponible, cela sera apprécié.

Information culturelle - Hiérarchie et Prise de décision

Question :

Au travail, comment sont prises les décisions et qui les prend? Est-il convenable d’aller consulter mon superviseur immédiat pour obtenir des réponses ou de la rétroaction?

Point de vue local :

Il y a plusieurs façons de générer des idées, entre autres :

Des sessions de « remue-meninges ». Elles existent partout. La question est de savoir ce que préfère l’organisation pour laquelle vous allez travailler. D’autres gestionnaires préfèrent qu’on leur fasse directement des suggestions. En fait, il n’y a pas de modèle particulier en Côte d’Ivoire. Si la direction de votre entreprise est assurée par un directeur local, il vous donnera ses instructions à ce sujet si vous lui posez la question.

Il est difficile de décrire une réunion « typique ». De façon générale, les réunions se passent comme au Canada. Convocation formelle ou informelle (selon le sujet, l’urgence, etc.) diffusion d’un ordre du jour, présidence de la réunion par le gestionnaire ... La différence peut résider dans la façon de gérer ces réunions, qui peut changer d’une entreprise à l’autre. Il est à noter cependant que pour le Canadien qui arrive en Côte d’Ivoire, il peut trouver le fonctionnement des réunions un peu « cérémonial ». Mais, la substance des réunions est à peu près la même qu’ailleurs dans le monde.

Si vous n’avez pas été officiellement invité à une réunion et que vous voulez y aller, téléphonez (ou informez-vous par personne interposée) pour savoir si vous y êtes le bienvenu avant de vous y présenter.

Point de vue canadien :

En général les décisions se prennent de façon verticale, sans beaucoup de consultations. Cela peut cependant varier d’un milieu de travail à un autre et entre le secteur privé et le secteur public.

Les Canadiens ont tendance à fonctionner par consensus. On souhaite adopter la position qui ralliera le plus grand nombre. En Côte d’Ivoire, bien qu’un supérieur consulte ses employés et prenne en considération ce qu’ils pensent, en bout de ligne c’est lui, « le chef », qui tranchera et prendra une décision, même si cela va à l’encontre de la majorité des opinions exprimées. En tant que personne occupant un rang supérieur, c’est sa prérogative.

Il est important également de toujours consulter son supérieur avant de prendre des décisions et de ne pas faire preuve de trop d’initiative (en fait un patron qui sait qu’on le consulte et qu’on valorise son avis pourra par la suite vous laisser davantage de marge de manoeuvre).

Information culturelle - La religion, la classe, l'ethnicité et le sexe

Question :

Décrivez brièvement l’attitude des gens de l’endroit à l’égard des facteurs suivants et leurs répercussions en milieu de travail : L’égalité des sexes, la religion, les classes sociales, et l’origine ethnique.

Point de vue local :

Depuis les six derniers mois, l’attitude des habitants de la Côte d’Ivoire envers l’origine ethnique des gens a totalement changé. Autrefois terre d’accueil de toutes les nationalités, le pays est aujourd’hui en butte à un tribalisme religieux et à une xénophobie artificielle encouragée par certains politiciens. La religion et l’origine ethnique sont donc devenues deux pôles très sensibles, surtout en milieu de travail. Il est à noter cependant que l’assistant technique qui travaille en Côte d’Ivoire dans le cadre d’un contrat précis d’assistance ne devrait pas vivre la xénophobie que connaissent les Africains non ivoiriens. La classe sociale est également importante dans la considération que les gens peuvent vous donner dans le milieu de travail. Tel que mentionné dans la question précédente, selon qu’on soit le parent, le beau-frère, la belle-soeur, le cousin, d’une personne « haut placée », on est respecté. Contrairement à ce que l’on peut penser, le sexe a peu d’influence sur l’attitude des gens dans le milieu de travail. En effet, lorsqu’on connaît le DG, le ministre, le président de la république, on est respecté et écouté, qu’on soit du sexe masculin ou féminin.

Point de vue canadien :


Égalité entre les sexes :
Bien que les Ivoiriens reconnaissent en général l’apport inestimable des femmes dans la famille et dans la société, ils sont assez traditionnels par rapport aux rôles joués par l’homme et la femme et croient peu à ce que nous appelons « l’égalité entre les sexes ». Pour eux, certaines choses doivent être réservées aux femmes et d’autres aux hommes, et il est clair que le chef de la famille, la tête du foyer, c’est l’homme. Ces croyances fortement ancrées sont cependant questionnées par les générations montantes. Peu de femmes occupent des postes cadres ou sont actives en politique.

Religion :
Les deux principales religions en Côte d’Ivoire sont l’islam et le catholicisme, en plus des croyances animistes et traditionnelles. Que ce soit dans une religion ou dans l’autre, on retrouve peu de manifestations d’intégrisme, ce qui contribue à la bonne cohabitation et à la tolérance entre des gens de confessions différentes. La religion a peu d’influence dans le milieu de travail

Classe sociale :
Les classes sociales sont importantes, tout comme le « standing » et les marques de réussite. On s’attend cependant de quelqu’un qui a réussi qu’il redistribue autour de lui, en prenant en charge l’éducation ou les frais de santé de certains membres de sa famille, en trouvant un travail pour son frère ou en aidant un cousin à lancer son petit commerce. Les gens qui en ont les moyens et qui n’aident pas autour d’eux seront mal perçus et s’exposent même à des représailles (sorcellerie, empoisonnement...).

Les gens des classes favorisées ont beaucoup de pouvoir, les gens des classes inférieures sont peu considérés et sous-payés (la main d’oeuvre est peu valorisée en général).

Origine ethnique :
Historiquement, la Côte d’Ivoire a représenté un îlot de sécurité et de stabilité en Afrique de l’Ouest, où les membres de différents groupes ethniques (ainsi que des ressortissants d’autres pays africains) cohabitaient sans trop de heurts. Cependant, depuis une dizaine d’années (essentiellement depuis la mort du président Houphouet-Boigny), des tensions ont vu le jour entre le Nord et le Sud du pays, et entre les groupes ethniques qui habitent ces régions. Le récent coup d’État qui a secoué le pays démontre que la Côte d’Ivoire est de plus en plus divisée. Dans la situation de crise actuelle, l’origine ethnique peut être source de conflit et/ou de discrimination dans certains milieux de travail.

Information culturelle - Établir des bonnes relations

Question :

À quel point est-il important d’établir une relation personnelle avec un collègue ou un client avant de faire des affaires avec cette personne?

Point de vue local :

Il n’y a pas de règle stricte à ce sujet. Il est cependant généralement admis qu’on est plus à l’aise de discuter affaires avec une personne que l’on connaît. Il est donc préférable d’établir des relations avec les gens avant de se lancer dans les affaires. Mais, ceci dépend du temps que vous avez.

Point de vue canadien :

Il est essentiel d’établir une relation personnelle ou du moins cordiale avec quelqu’un avant d’aborder le sujet des affaires. Les réseaux familiaux et sociaux ont une très grande importance en Côte d’Ivoire et c’est dans ce contexte que les gens brassent des affaires, signent des contrats, établissent des partenariats. Un lien de confiance doit être préalablement établi avant de parler affaires.

Pour établir ce lien de confiance, vous pouvez inviter votre homologue ivoirien à manger au restaurant, à prendre un verre, ou encore l’inviter à la maison, afin de le connaître dans un contexte plus familier. Le fait de s’intéresser à ses activités professionnelles et d’y participer est également une bonne façon d’établir un lien de confiance. Pour établir ce type de relation, il faut compter quelques semaines. Un petit cadeau, représentatif du Canada, est toujours apprécié.

En général il faut beaucoup plus de patience, de diplomatie et de persévérance pour développer des relations significatives et faire avancer des dossiers, autant dans le secteur public que dans le secteur privé.

Les mêmes règles que celles mentionnées plus haut s’appliquent. Il faut saluer de façon respectueuse en mentionnant le titre de la personne « Enchanté de faire votre connaissance Monsieur le sous-ministre »... Il faut être bien mis, avoir un bon niveau de langue, éviter les blagues douteuses et les manifestations trop familières ainsi que les sujets à saveur politique. Quant aux sujets de conversation, voir la section Premier Contact.

Information culturelle - Privilèges et Favoritisme

Question :

Un collègue ou un employé s’attendrait-il à avoir des privilèges spéciaux ou à recevoir une considération spéciale en raison de notre relation ou de notre amitié?

Point de vue local :

Il est difficile de préciser le temps nécessaire à l’établissement de bonnes relations, qu’il s’agisse de relations d’affaires ou de relations personnelles. Cela dépend des personnes et des circonstances.

Pour comprendre la nouvelle société dans laquelle vous vivez, vous devrez vous faire des amis. Attendez-vous à ce que ces amis veuillent avoir des privilèges. Ils vous donneront accès à certaines parties de leur culture en dehors du milieu du travail (par ex., ils vous accompagneront volontiers dans un village, serviront de personne tampon entre vous et les villageois, vous conduiront à des fêtes villageoises spéciales, etc.) Ils vous aideront aussi dans le milieu du travail (par ex., ils vous parleront brièvement de chaque employé, du DG, de qui est l’ami de qui, à qui il faut faire attention, etc.) En retour, votre informateur s’attendra à des faveurs qui peuvent aller, selon le cas, de l’embauche de proches à l’augmentation de salaire.

Il est important de relier cette façon de voir les choses au fait que les sociétés ancestrales du pays fonctionnaient sur la base d’entraide. (Tu me grattes le dos, je te gratte le dos...) C’est un peu ce vieux reflexe qu’on retrouve dans la société d’aujourd’hui.

Point de vue canadien :

Étant donné l’importance très grande que revêtent les réseaux d’amis et de connaissances ainsi que la famille chez les Ivoiriens, il est certain qu’un collègue de travail avec qui vous entretenez des liens d’amitié s’attendra à une considération spéciale et peut-être aussi à des passe-droits. Je ne crois pas qu’il soit sain ou souhaitable de donner un traitement spécial à cette personne, surtout si vous détenez un poste d’autorité. Cela fera naître des envies et des jalousies parmi les autres membres du personnel. Il est préférable d’expliquer à la personne que cela ne fait pas partie des façons de faire canadiennes et que cela pourrait nuire grandement à l’esprit d’équipe. Cela ne vous empêche pas pour autant d’avoir des contacts privilégiés avec cette personne en dehors des heures de travail ou de le « dépanner », comme vous le feriez avec n’importe quel ami.

Information culturelle - Conflits dans le Lieu de travail

Question :

J’ai un problème relié au travail avec un collègue. Est-ce que je dois le confronter directement, publiquement ou en privé?

Point de vue local :

Tout dépend de l’importance et de la nature du problème. Vous jugerez, selon les circonstances, si oui ou non vous pouvez directement vous adresser à la personne pour ce problème spécifique. Sinon, vous pouvez toujours vous adresser à un collègue pour vous aider. Si le problème ne porte pas préjudice à la carrière de l’individu, il serait plus sage d’en discuter avec le superviseur. De façon générale, vous verrez, après un ou deux mois de séjour, en qui vous pouvez avoir confiance. C’est pourquoi, il est toujours sage d’observer beaucoup dans les premiers moments de votre arrivée.

Dans une relation, il n’y a pas de critères particuliers qui vous permettent de vous rendre compte que vous venez d’offenser une personne. Vous le saurez par le comportement de la personne, par l’entremise d’une autre personne ou simplement par la personne elle-même.

Point de vue canadien :

Les Canadiens ont la réputation d’être assez directs et d’aller voir la personne concernée quand quelque chose ne va pas. En Côte d’Ivoire, il faut à tout prix éviter les affrontements directs et passer par une troisième personne, de préférence le supérieur hiérarchique, quand survient un problème en milieu de travail. On en parle au directeur qui choisit le moment et la façon d’aborder le problème avec la personne concernée.

Information culturelle - Motiver les collègues locaux

Question :

Qu’est-ce qui motive mes collègues locaux à donner un bon rendement au travail?

Point de vue local :

Un meilleur salaire serait un bon facteur de motivation. Il faut se rappeler que nous parlons ici d’un environnement dans lequel beaucoup de gens aspirent à une vie de pays développé, une vie dans la modernité. Beaucoup veulent vivre leurs rêves, c’est-à-dire ce qu’ils voient à la télévision, sur les chaînes françaises ou américaines (belle voiture, belle maison, toujours habillé à la dernière mode, accès à tous les gadgets, comme le téléphone portable, etc.) Pour ce faire, il faut de l’argent. C’est pourquoi, l’argent est souvent la première source de motivation au travail.

Point de vue canadien :

Les principales motivations en milieu de travail pour un Ivoirien sont la loyauté, l’honneur, les bonnes conditions de travail, l’appréciation et la considération de ses supérieurs, les avantages qu’il retire de son poste.

Information culturelle - Livres, films et mets recommandés

Question :

Pour m’aider à en apprendre davantage à propos de la culture, pouvez-vous recommander : des livres, des films, des émissions de télévision, de la nourriture et des sites Web?

Point de vue local :

Entre autres choses, il y a des series de vidéo clips réalisés par des comédiens du pays qui critiquent des pratiques sociales, des comportements de politiciens ou la vie en général. Bien qu’ils ne soient pas toujours faciles à comprendre pour l’étranger ou le visiteur, ces documents permettent de découvrir certains aspects de la vie dans le pays.

Vous pourrez demander, entre autres, Les Guignols, Faut pas se fâcher, et Qui fait ça?.

Point de vue canadien :

Livres : Tous les romans d’Amadou Hampâté Bah. Bien que cet auteur soit malien, il décrit à merveille la mentalité et la vie quotidienne des paysans d’Afrique de l’Ouest. Je recommande également les magazines d’actualité africaine ainsi que le journal satirique burkinabé « Journal du Jeudi », disponible sur l’Internet.

Films : Le cinéma africain est riche et foisonnant malgré des moyens plus que réduits. Il vaut la peine de consulter des vidéothèques de répertoire pour avoir accès à des films réalisés par des Ivoiriens et autres Africains de l’Ouest.

Émissons de télé : TV5, Radio-Canada, Télé-Québec et RDI produisent de bons documentaires et reportages sur l’Afrique de l’Ouest. Dans un créneau un peu plus spécialisé, l’ONF possède de nombreux documentaires pertinents sur l’Afrique de l’Ouest.

Information culturelle - Activités sur le terrain

Question :

Dans ce pays, j’aimerais en savoir plus sur la culture et sur le peuple. Quelles activités pouvez-vous me suggérer?

Point de vue local :

Les émissions télévisées locales, la radio, les théâtres de quartier (s’il y en a) sont, entre autres, de bons moyens de connaître la culture du pays. Vous pouvez également vous faire de bons amis et poser les bonnes questions sans juger les gens.

Si vous sollicitez des appuis, les gens vont se faire un plaisir de vous aider à condition qu’ils trouvent en vous une personne non arrogante, humble et sociable qui ne juge pas les autres.

Point de vue canadien :

La meilleure façon de connaître les citoyens et la culture de votre pays d’accueil, c’est d’aller vers les gens! Acceptez les invitations que l’on vous fait, prenez le temps de vous asseoir avec les gens que vous côtoyez; qu’ils soient patrons ou gardiens de nuit, c’est par eux que vous apprivoiserez cette nouvelle culture. Invitez des gens à prendre un pot chez vous, intéressez-vous à leur vie!

Les diverses manifestations culturelles, sportives et religieuses sont également de bonnes portes d’entrée pour mieux connaître et comprendre la société ivoirienne. Que l’on parle de festivals de musique ou de théâtre, de cinémas de quartier, de tournois sportifs à petite et grande échelle, de mariages ou de funérailles, de fêtes religieuses, voilà autant de moyens de participer à la vie des Ivoiriens et de mieux saisir qui ils sont, ce qui les fait rire et ce qui les préoccupe.

Tous les coins de la Côte d’Ivoire sont intéressants et vous en apprendront sur les gens, leur vie et leur mentalité. Abidjan avec ses gratte-ciel, ses grands magasins et ses restos branchés est peu représentative de ce que vit l’Ivoirien moyen!

Il faut goûter tous les plats typiques, la cuisine ivoirienne est riche et diversifiée, selon les régions et l’accessibilité à certains produits.

Les journaux, la radio et la télé sont d’autres moyens de prendre le pouls du pays. Il est important d’aller chercher de l’information auprès de médias plus alternatifs et critiques, car les principales chaînes et organes de presse sont souvent à la solde du gouvernement. Les publications satiriques et/ou humoristiques sont particulièrement représentatives de ce qui préoccupe les gens. La liberté de presse est encore assez relative.

Si vous demandez à un Ivoirien de vous aider à apprivoiser votre nouveau milieu de vie, cela lui fera sans doute grand plaisir.

Information culturelle - Héros Nationaux

Question :

Qui sont les héros nationaux de ce pays?

Point de vue local :

Certaines personnes vont décrire le premier président de la république de la Côte d’Ivoire (Félix Houphouet Boigny) comme le héros national. D’autres vont vous le décrire comme celui qui a créé la corruption que connaît le pays aujourd’hui. Dans ce petit pays de plus de cinquante dialectes, chacun a son héros selon ses croyances religieuses et politiques.

Point de vue canadien :

Il y a peu de héros nationaux qui fassent l’unanimité. L’ancien président Félix Houphouêt-Boigny, qui a régné sur le pays les trente premières années suivant l’indépendance, jouit encore d’un certain culte mais on se permet de plus en plus de critiquer certains aspects de sa gouvernance et de son héritage. Les grands joueurs de foot à l’échelle mondiale ainsi que les membres de l’équipe nationale sont vénérés et admirés, tous comme les grandes stars de la musique d’origine ivoirienne (ex : Alpha Blondy). Certains acteurs dans des téléromans jouissent également de la ferveur populaire.

Information culturelle - Evénements Historiques partagés

Question :

Y a-t-il des événements historiques communs entre ce pays et le Canada qui pourraient nuire aux relations sur les plans professionnel et social?

Point de vue local :

À ma connaissance il n’y a pas (pour le moment) d’événement historique pouvant nuire aux relations sur le plan professionnel.

Point de vue canadien :

Non. En général, le Canada jouit d’une très bonne réputation en Côte d’Ivoire.

Information culturelle - Stéréotypes

Question :

Quels sont les stéréotypes entretenus par les Canadiens à propos de la culture locale qui pourraient nuire à des relations efficaces?

Point de vue local :

La croyance populaire est que les canadiens n’ont pas de passé colonial... Ils ont donc très bonne presse en Côte d’Ivoire. En tant que canadien, vous allez bénéficier de cette croyance populaire. Il vous reviendra, par votre travail et votre comportement avec les gens du pays de confirmer et de conserver cette perception, que vous soyez francophone ou anglophone. Le respect et l’acceptation des différences seront les points de départ de bonnes relations avec les gens.

Point de vue canadien :

Souvent les gens du « Nord » se font des préjugés qui sont basés sur leur vision du monde et considèrent que les Africains ne se sentent pas concernés par le travail ou par les délais et qu’on ne peut pas leur faire confiance sur des questions d’argent. J’ai aussi entendu des étrangers se plaindre que les Ivoiriens ne disent pas ce qu’ils pensent directement à la personne concernée : « Ils disent oui, même quand ils veulent dire non ».

Information culturelle - Au sujet des interprètes culturels

Interprète local :

Votre interprète culturel est né en République de Côte d'Ivoire, le septième de douze enfants. Il a grandi en milieu rural. Il a fait ses études à Abidjan et à l'université du Québec à Montréal. Il est allé aux États-Unis et au Canada pour la première fois lors du Forum Mondial de la Jeunesse et au premier Festival de la Francophonie à Québec, où il a représenté son pays. Par la suite, il est retourné en Côte d'Ivoire où il a vécu pendant dix ans. Il est maintenant revenu au Canada où il vit depuis 15 ans. Il est marié et il a un enfant.

Interprète Canadien :

Votre interprète culturelle est née au Canada et est l'aînée de deux enfants. Elle a grandi en milieu urbain. Elle a fait ses études universitaires à l'Université de Montréal. Son travail l'a amenée à voyager tout d'abord au Pérou, où elle est restée un an. Elle travaille dans le milieu de la coopération internationale depuis douze ans et a vécu tout récemment en Côte d'Ivoire. Depuis deux mois elle est de retour au Canada où elle travaille avec une organisation communautaire. Elle est d'origine québécoise et est mariée à un belge qui a grandi en République démocratique du Congo (ex-Zaire). Ils ont un enfant.

Avertissement

Aperçus-pays/Enjeux interculturels visent à fournir un aperçu des normes sociales et culturelles générales et du milieu de travail auxquels un Canadien devra probablement s'adapter dans un pays en particulier. Nous offrons un aperçu de chaque pays de deux points de vue différents : celui d'un Canadien et celui d'un natif du pays d'accueil. Vous pourrez vous faire une idée de la culture de ce pays en comparant le point de vue canadien et le point de vue local. Nous vous encourageons à poursuivre vos recherches à l'aide d'autres sources et à utiliser le processus d'évaluation Triangulation. On demande aux interprètes culturels de s'appuyer sur la plus vaste expérience possible pour formuler leurs réponses. Cependant, ces dernières doivent être considérées comme un point de vue qui reflète le contexte et les expériences de l'auteur, il ne s'agit pas de commentaires sur un groupe ou une société en particulier.

Il est possible que vous soyez en désaccord avec le contenu de quelques réponses. Il faut même s'y attendre, vu la complexité du sujet et des problèmes associés aux commentaires généraux sur un pays et un peuple au complet. Nous vous encourageons à nous faire part de vos expériences, car vos commentaires nous aideront à faire d'Aperçus-pays un riche milieu d'apprentissage.

J'ai pris connaissance de l'énoncé ci-dessus et je comprends que les réponses ne reflètent aucunement la politique officielle et les opinions du gouvernement du Canada, d'Affaires étrangères Canada ou du Centre d'apprentissage interculturel.