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Comment expliquer l’harmonie linguistique de la Suisse?

Devait être présenté au débat « La Suisse – et maintenant :
Plurilinguisme et cohésion
 »

Musée national, Zurich, Suisse
3 novembre, 2020

Stéphane Dion
Ambassadeur du Canada en Allemagne et
Envoyé spécial auprès de l’Union européenne et de l’Europe

Le Musée national de Zurich, le Tages-Anzeiger et swissinfo.ch, dans le cadre de leur série de débats « La Suisse – et maintenant? », nous demandent d’expliquer l’exceptionnelle cohésion de la Suisse en comparaison des autres pays plurilingues. Je suis d’autant plus heureux de répondre à cette demande que c’est là un sujet sur lequel je réfléchis depuis que j’ai mené des recherches comme politologue sur les questions linguistiques dans les années 1990s, ainsi que lorsque j’ai été ministre des Affaires intergouvernementales du Canada de 1996 à 2003 et ministre des langues officielles de 2000 à 2003. Je me réjouis de participer à cette nouvelle opportunité de réflexion et de dialogue sur le cas de la Suisse, en comparaison de celui d’autres démocraties dont le Canada, tel que je l’ai fait lorsqu’en octobre 2017, j’ai prononcé une allocation à la Conférence nationale sur le fédéralisme, tenue à Montreux, organisée par les 26 gouvernements cantonaux, le Gouvernement fédéral et le Parlement fédéral suisse.Note de bas de page 1

Il est frappant de constater que dans la fédération helvétique, la vie politique n’est pas fondamentalement structurée autour de groupes linguistiques homogènes, chacun rangé derrière des positions bien campées.  La Suisse n’est certes pas immunisée contre les tensions linguistiques, mais on n‘y observe pas de graves perturbations.  La seule exception à cette harmonie linguistique est celle de la question jurassienne. Il reste qu’aucun conflit linguistique ne s’est développé à l’échelle de la Suisse entière. La cohésion du pays est forte et aucun mouvement sécessionniste notable n’a pris forme dans l’un ou l’autre des groupes linguistiques. Il n’y a pas en ce pays l’équivalent du mouvement indépendantiste québécois au Canada, ou basque et catalan en Espagne, ni de pressions régionalistes centrifuges comme celles qui dominent la vie politique de la Belgique.

Contrairement à ce qui se produit au Canada, en Espagne ou en Belgique, aucun grand parti politique n'est organisé sur une base régionale et linguistique. Le parti régional le plus important est le parti de droite populiste Lega dei ticinesi qui a obtenu 16,4 pour cent des voix au Tessin lors des élections du Conseil national de 2019. On peut signaler aussi le Mouvement Citoyens Genevois. Les grands partis suisses représentés au Conseil fédéral sont présents dans les trois régions linguistiques et en convoitent les électeurs; aussi ne fondent-ils pas leurs stratégies électorales sur les questions linguistiques. Il y a bien sûr des nuances à faire, certains partis étant plus solidement implantés dans certaines régions que dans d’autres, mais ils s’efforcent de s’établir partout au pays. On n’y trouve pas l’équivalent d’un parti régionaliste aussi fort que le Bloc québécois, qui a déjà été le premier parti d’opposition à la Chambre des communes du Canada et en est actuellement le deuxième. La Suisse a échappé au sort de la Belgique qui n’a plus de parti national en mesure de faire élire des représentants dans les deux grandes régions linguistiques du pays, la Flandre et la Wallonie. 

Les Suisses savent bien pourtant que leur pays n’a pas toujours été aussi harmonieux. Pendant des siècles, le pays a été troublé par de sérieuses confrontations religieuses. Les conflits entre les catholiques et les protestants ont dégénéré en guerre civile en 1531, 1656, 1712 et 1847. Depuis la Constitution adoptée en 1848, amendée en 1874 et en 1999, la paix religieuse a prévalu en Suisse. Mais le même apaisement religieux entre chrétiens s’est produit aussi ailleurs en Europe. Ce qui est exceptionnel en Suisse en tant que pays plurilingue, c’est que la langue ne s’est pas substituée à la religion comme facteur de conflit.  Certains courants d’idées peuvent être plus ou moins populaires selon les groupes linguistiques, mais on en reste au niveau des tendances plutôt que des antagonismes.

Le politologue Karl Deutsch voyait dans la Suisse « un cas paradigmatique d’intégration politique ». Il nous faut donc expliquer l’heureux cas suisse. Différentes explications ont été avancées. Le sociologue canadien Maurice Pinard les a recensées dans un livre paru récemment, intitulé : « Nationalist Movements Explained. Comparisons from Canada, Belgium, Spain, and Switzerland”.Note de bas de page 2   Essentiellement, il avance trois explications, lesquelles m’apparaissent toutes valables, bien que j’en ajouterai une quatrième de mon cru.

Premièrement, à l’exception des italophones, chez qui le catholicisme prédomine, les clivages religieux n’ont pas coïncidé avec les divisions linguistiques. Les Suisses parlant le français, le romanche, l’allemand ou différents dialectes apparentés se répartissant entre catholiques et protestants, ils ont pu ainsi développer entre eux de longues habitudes de coopération, même à l’époque des affrontements religieux.

Deuxièmement, il s’est établi en Suisse un stabilité linguistique exceptionnelle. En cinq décennies, de 1970 à 2018, on observe une légère baisse de la part de germanophones (passant de 66 à 62 pour cent), d’italophones (de 11 à 8 pour cent) et de romanchophones (de 0,8 à 0,5 pour cent), tandis que la part de francophones est passée de 18 à 23 pour cent.   La répartition entre germanophones, francophones et italophones évolue donc peu au fil des années, à l’échelle de la Suisse ou au sein de chaque canton. Cela calme les inquiétudes et aide à établir des relations de confiance.  Les francophones au Canada n’ont pas cette chance.  Bien que le pourcentage des résidents du Québec en mesure de comprendre et parler le français atteint maintenant 95 pour cent, la proportion de Canadiens dont la langue maternelle est le français est en diminution, ayant passé de 29 pour cent en 1951 à 21 pour cent en 2016.  Les francophones canadiens font face à la pression assimilatrice incomparable de l’anglais, langue internationale par excellence, omniprésente en Amérique du Nord. Ils ne sont pas dans un environnement multilingue comme en Europe, ils se sentent isolés dans ce vaste continent anglophone. Ce sentiment d’isolement alimente au Québec l’appui pour un renforcement du statut politique du seul gouvernement francophone en Amérique. Ce sentiment d’isolement ne jette pas tous les Québécois dans les bras du sécessionnisme, loin de là – les Québécois, dans leur grande majorité, déclarent être fiers d’être Canadiens –  mais il explique pourquoi les préoccupations particulières du Québec marquent profondément le système politique canadien.

Troisièmement, il prévaut en Suisse une égalité relative de niveau de vie économique et social entre les Suisses de différents groupes linguistiques, surtout entre les deux principaux, les germanophones et les francophones.  C’est devenu aussi le cas au Canada, les francophones catholiques ayant essentiellement rattrapé le niveau économique des anglophones, à la faveur de la sécularisation et d’une meilleure éducation, mais les griefs historiques marquent encore les mentalités.

Longue habitude de coopération, stabilité linguistique, égalité économique : voilà trois facteurs qui ont favorisé l’harmonie linguistique entre les Suisses. J’en propose un quatrième que j’ai avancé en 1995, alors que j’étais (encore jeune) professeur de science politique, dans un texte intitulé « Belgique et Canada : une comparaison de leur chance de survie ».Note de bas de page 3 Il tient à l’absence d’entité fédérée linguistiquement isolée.

En effet, la Suisse compte dix-sept cantons principalement germanophones, quatre francophones, un italianophone, trois reconnus comme bilingues et un trilingue.  D’un strict point de vue démographique, le poids des germanophones (indiquant l’allemand ou le suisse allemand comme langue principale) est prédominant, eux qui représentent environ 62 pour cent des citoyens suisses comparativement à environ 23 pour cent de francophones, 8 pourcent d’italophones et 0,5 pour cent de romanchophones. Mais avec trois langues officielles, quatre langues nationales, vingt-six cantons, trois mille communes gorgées de responsabilités au point de former le palier municipal le plus puissant qui soit, l’exécutif fédéral le plus collégial du monde et des référendums plus fréquents que dans toutes les autres démocraties réunies, la fédération helvétique met en scène une pluralité d’acteurs, d’alliances et de combinaisons variant au gré des enjeux. On évite ainsi le face-à-face inégal entre la Suisse alémanique et le reste du pays, de sorte que la division linguistique n’est jamais devenue le clivage dominant de la vie politique et du système de partis. L’exemple suisse est plutôt celui d’une fédération aux clivages variés, tantôt la base économique, tantôt l’axe rural-urbain, tantôt les différences générationnelles, et non en suivant encore et toujours la ligne de partage linguistique.

Dans une union fédérative rassemblant deux ou trois groupes linguistiques, il est préférable qu’aucun de ces groupes ne soit rassemblé dans un seul état fédéré. Lorsque chaque groupe linguistique est réparti en différents états fédérés, les coalitions au sein de l’union se font et se défont, au gré des enjeux, selon des lignes de partage qui ne sont pas forcément linguistiques. Les clivages de langue et de culture revêtent alors un importance beaucoup plus relative. Le mythe victimisant de la communauté linguistique isolée, discriminée, incomprise, prend difficilement racine dans un tel contexte. Voilà la chance de la Suisse.

Le Canada est une fédération décentralisée, faite de dix provinces et de trois territoires. Sa province la plus populeuse – et l’une des plus riches –  l’Ontario, représente 39% de la population et n’est donc pas en mesure d’imposer un monopole. C’est là un équilibre qui favorise la stabilité de l’union. Mais un legs de l’histoire est l’isolement linguistique du Québec, car bien qu’il y ait des francophones ailleurs au Canada (ex. les Acadiens), le Québec est la seule province principalement francophone. Si d’autres provinces, telles le Nouveau-Brunswick, le Manitoba ou l’Alberta, étaient majoritairement francophones, il y a fort à parier que l’union canadienne serait devenue aussi solide que l’union suisse.

Dans ce jeu à dix provinces, le Québec gagne souvent en s’alliant tantôt avec l’autre grande province industrielle du pays, l’Ontario, tantôt avec les provinces qui comme lui, sont moins riches que la moyenne nationale et demandent plus de redistribution régionale, tantôt avec les provinces de l’Ouest qui sont comme lui favorables au libre-échange économique international. Mais le Québec se sent seul concernant la langue, la culture, l’identité. Si une province plus riche que la moyenne nationale, ou peu industrialisée, ou pétrolière, était francophone, alors le Québec se trouverait à s’allier sur des enjeux économiques, écologiques ou sociaux avec des provinces anglophones et non toujours avec cette province francophone. Non seulement le sentiment d’isolement serait moindre, mais l’importance des questions de langue et de culture apparaîtrait dans sa relativité. On ne peut refaire l’histoire toutefois : la singularité linguistique et culturelle du Québec est un trait de l’union canadienne dont celle-ci doit tenir compte, comme l’ont reconnu, d’ailleurs, la Cour suprême, le Parlement et le Gouvernement du Canada.

La question linguistique soulève ainsi des enjeux différents en Suisse et au Canada, mais l’objectif est le même : démontrer que la diversité linguistique peut être une force pour un pays, que des populations de langues différentes peuvent en s’unissant se ranger parmi les pays les plus prospères du monde. Le US news 2020 Best Countries Rankings classe la Suisse et le Canada en tête des pays du monde. Nul doute que le multilinguisme de nos deux pays est l’une des sources de notre succès et l’une des conditions d’un avenir encore meilleur.

Wie lässt sich die Harmonie unter den Sprachen in der Schweiz erklären?

Hätte bei der Debatte „Schweiz – was nun? Mehrsprachigkeit und
Zusammenhalt“ vorgestellt werden sollen

Landesmuseum Zürich, Schweiz
3. November 2020

Stéphane Dion
Botschafter von Kanada in Deutschland und
Sondergesandter für die Europäische Union und Europa

Das Landesmuseum Zürich, der Tages-Anzeiger und swissinfo.ch haben uns gebeten, im Rahmen ihrer Diskussionsreihe „Schweiz – was nun?“ den außergewöhnlichen Zusammenhalt der Schweiz, im Vergleich zu anderen mehrsprachigen Ländern, zu erklären. Ich freue mich umso mehr, dieser Anfrage nachzukommen, als dies ein Thema ist, das mich seit vielen Jahren beschäftigt: beginnend in den 1990er-Jahren mit meinen Recherchen als Politologe zu sprachwissenschaftlichen Fragen, über meine Tätigkeit als Minister für intergouvernementale Angelegenheiten von Kanada von 1996 bis 2003, bis hin zu meiner Zeit als Minister für die offiziellen Sprachen Kanadas von 2000 bis 2003. Ich freue mich, nach der Nationalen Föderalismuskonferenz von Oktober 2017 in Montreux, die von den 26 Kantonsregierungen, der Schweizerischen Bundesregierung sowie dem Schweizer Parlament organisiert wurde und an der ich einen Vortrag gehalten habe, an dieser neuen Gelegenheit zur Reflexion und zum Dialog über den Fall der Schweiz im Vergleich zu anderen Demokratien, darunter Kanada, erneut teilnehmen zu dürfen.1

Es ist auffallend, dass das politische Leben in der Schweiz als Föderation nicht grundsätzlich nach homogenen Sprachgruppen strukturiert ist, die jeweils eine fest verankerte Position einnehmen. Die Schweiz ist gewiss nicht immun gegen sprachliche Spannungen, es gibt hierzulande jedoch keine ernsthaften Konflikte. Die einzige Ausnahme von dieser sprachlichen Harmonie ist die Jura-Frage. Dennoch hat sich in der Schweiz als Ganzes kein Sprachenkonflikt entwickelt. Der Zusammenhalt im Land ist stark, und in keiner der Sprachgruppen hat sich eine regionenübergreifende sezessionistische Bewegung herausgebildet. In diesem Land gibt es weder ein Äquivalent für die Unabhängigkeitsbewegung im kanadischen Québec oder im spanischen Baskenland bzw. Katalonien, noch gibt es regionale Zentrifugalkräfte wie zum Beispiel jene, die das politische Leben in Belgien dominieren.

Im Gegensatz zu den Entwicklungen in Kanada, Spanien oder Belgien ist in der Schweiz keine bedeutende politische Partei auf einer regionalen und sprachlichen Grundlage organisiert. Die wichtigste Regionalpartei stellt die rechtspopulistische Partei Lega dei Ticinesi dar, die bei den Nationalratswahlen 2019, im Tessin 16,4 Prozent der Stimmen erlangt hat. Erwähnenswert ist außerdem die Genfer Bürgerbewegung. Die großen, im Bundesrat vertretenen, Parteien der Schweiz sind in allen drei Sprachregionen präsent und werben im ganzen Land um die Wähler, weshalb ihre Wahlstrategien nicht auf sprachliche Fragen ausgerichtet sind. Selbstverständlich sind auch manche Parteien in bestimmten Regionen fester verankert als in anderen, aber sie sind bestrebt, sich im ganzen Land zu etablieren. In der Schweiz findet sich keine solch starke Regionalpartei wie der Bloc québécois, der einst den Status der offiziellen Oppositionspartei im kanadischen Unterhaus erlangte und aktuell die zweitstärkste Oppositionspartei darstellt. Die Schweiz ist dem Schicksal Belgiens entkommen, das keine nationale Partei mehr hat, um in den beiden großen Sprachregionen des Landes – Flandern und Wallonien – Vertreter wählen lassen zu können.

Die Schweizer wissen jedoch sehr wohl, dass ihr Land nicht immer so harmonisch gewesen ist. Jahrhundertelang sah sich das Land heftigen religiösen Auseinandersetzungen gegenüber. Die Konflikte zwischen Katholiken und Protestanten führten in den Jahren 1531, 1656, 1712 und 1847 zu gewaltsamen Auseinandersetzungen. Seit der Verfassung, die 1848 verabschiedet und in den Jahren 1874 und 1999 geändert wurde, herrscht in der Schweiz Religionsfrieden. Zu einer Lösung, religiöser Konflikte unter Christen, kam es jedoch auch in anderen Teilen Europas. Das Besondere an der Schweiz, als mehrsprachiges Land, ist die Tatsache, dass die Sprache nicht anstelle der Religion als Konfliktfaktor trat. Manche Denkströmungen mögen je nach Sprachgruppe mehr oder weniger verbreitet sein, aber das sind eher Tendenzen als klare Gegensätze.

Der Politikwissenschaftler Karl Deutsch bezeichnete die Schweiz als „paradigmatischen Fall politischer Integration“. Folglich müssen wir den glücklichen Fall der Schweiz erläutern. Es wurden bereits verschiedene Erklärungen gegeben, die der kanadische Soziologe Maurice Pinard in einem kürzlich erschienenen Buch mit dem Titel „Nationalist Movements Explained. Comparisons from Canada, Belgium, Spain, and Switzerland2 (deutsch: Nationalistische Bewegungen erklärt. Vergleiche aus Kanada, Belgien, Spanien und der Schweiz) aufgeführt hat. Im Wesentlichen beschreibt er drei Erklärungen, die mir alle plausibel erscheinen, allerdings würde ich noch eine vierte hinzufügen, die von mir selbst stammt.

Erstens fiel, mit Ausnahme der italienischsprachigen Bevölkerung, die vorwiegend katholisch ist, die religiöse Spaltung nicht mit der sprachlichen Teilung zusammen. Die Schweizer, die Französisch, Rätoromanisch, Deutsch oder verschiedene Dialekte dieser Sprachen sprechen, sind Katholiken und Protestanten und konnten somit eine jahrelange Zusammenarbeit aufbauen, sogar zu Zeiten der religiösen Konflikte.

Zweitens hat die Schweiz eine außergewöhnliche sprachliche Stabilität erreicht. In den vergangenen fünf Jahrzehnten, von 1970 bis 2018, sieht man einen leichten Rückgang der Deutsch (von 66 auf 62 Prozent), der Italienisch (von 11 auf 8 Prozent) sowie der Rätoromanisch sprechenden Bevölkerung (von 0,8 auf 0,5 Prozent), während der Anteil der Frankophonen von 18 auf 23 Prozent gestiegen ist. Somit hat sich die Verteilung zwischen der deutsch-, französisch- und italienischsprachigen Bevölkerung im Laufe der Jahre kaum verändert, weder in der Schweiz insgesamt noch in den einzelnen Kantonen. Damit sind Befürchtungen betreffend Sprachkonflikten weniger ausgeprägt, was zum Aufbau von Vertrauensverhältnissen zwischen den verschiedenen Sprachgruppen beiträgt. Die frankophone Bevölkerung in Kanada hat nicht so viel Glück. Obwohl der Prozentsatz der Einwohner Québecs, die französisch verstehen und sprechen, inzwischen bei 95 Prozent liegt, ist im Laufe der Jahre der Anteil der Kanadier, deren Muttersprache französisch ist, gesunken, und zwar von 29 Prozent im Jahr 1951 auf 21 Prozent im Jahr 2016. Die frankophone Bevölkerung Kanadas ist einem unvergleichlichen Assimilationsdruck seitens der englischen Sprache ausgesetzt, der Weltsprache schlechthin, die in Nordamerika allgegenwärtig ist. Die Frankophonen befinden sich nicht in einer mehrsprachigen Umgebung wie in Europa, sondern fühlen sich isoliert auf diesem riesigen englischsprachigen Kontinent. Dieses Gefühl der Isolation führt dazu, dass in Québec die Stärkung des politischen Status der einzigen frankophonen Regierung in Amerika auf breite Unterstützung stößt. Dieses Gefühl der Isolation macht noch lange nicht die gesamte Bevölkerung Québecs zu Separatisten, – die große Mehrheit der Kanadier behauptet nämlich, sie sei stolz auf ihre Staatsangehörigkeit – es erklärt jedoch, warum die spezifischen Sorgen der Bevölkerung Québecs, das politische System Kanadas so wesentlich prägen.

Drittens ist der soziale und wirtschaftliche Lebensstandard der verschiedenen Sprachgruppen in der Schweiz, vor allem der beiden großen, die aus den Deutsch- und den Französischsprachigen bestehen, praktisch identisch. Dies ist inzwischen auch in Kanada der Fall, wo die katholischen Frankophonen dank der Säkularisierung und einer besseren Bildung im Wesentlichen den Wohlstand der Anglophonen erreicht haben, die Mentalitäten jedoch immer noch durch historische Konflikte geprägt sind.

Es gibt drei Faktoren, die die sprachliche Harmonie unter den Schweizern begünstigt haben: eine lange Geschichte der Zusammenarbeit, die Stabilität der Verhältnisse zwischen den Sprachen sowie ähnliche ökonomische Verhältnisse. Ich schlage einen vierten Faktor vor, den ich 1995 als (noch junger) Professor der Politikwissenschaften in einem Text mit dem Titel „Belgique et Canada : une comparaison de leur chance de survie3 (deutsch: Belgien und Kanada: Ein Vergleich ihrer Überlebenschancen) dargelegt habe, nämlich, dass es keinen sprachlich isolierten Teilstaat gibt.

Die Schweiz besteht aus siebzehn vorwiegend deutschsprachigen Kantonen, vier frankophonen, einem italienischsprachigen, drei als zweisprachig anerkannten und einem dreisprachigen Kanton. Streng demographisch gesehen überwiegt der deutschsprachige Anteil (der Deutsch oder Schweizerdeutsch als Hauptsprache angibt); dieser macht ca. 62 Prozent der Schweizer Bevölkerung aus, im Vergleich zu ungefähr 23 Prozent Französisch-, 8 Prozent Italienisch- und 0,5 Prozent Rätoromanischsprachigen. Aber mit drei offiziellen Sprachen, vier Landessprachen, sechsundzwanzig Kantonen, dreitausend Gemeinden, die mehr Zuständigkeiten haben als jede andere Gemeindeebene der Welt, der weltweit kollegialsten Bundesexekutive und einer Vielzahl von Abstimmungen, die hier häufiger durchgeführt werden als in allen anderen Demokratien zusammen, verfügt die Schweiz als Föderation über zahlreiche Akteure und Bündnisse, die je nach anstehendem Thema variieren. Auf diese Weise vermeidet man, dass eine einheitliche deutschsprachige Mehrheit dem Rest des Landes gegenübersteht und dass die sprachliche Teilung zur Haupttrennlinie im politischen Leben und im Parteiensystem wird. Anstelle eines Landes, in dem sprachliche Differenzen immer entscheidend sind, ist die Schweiz eher eine Föderation mit unterschiedlichen Trennlinien: unterschiedliche wirtschaftliche Grundlagen, Stadt-Land-Unterschiede, Unterschiede zwischen den Generationen.

In einer föderativen Union mit zwei oder drei Sprachgruppen ist es besser, wenn sich keine dieser Gruppen in einem einzigen Teilstaat befindet. Wenn jede Sprachgruppe auf verschiedene Teilstaaten verteilt ist, werden Koalitionen innerhalb der Union entlang Trennlinien, die nicht notwendigerweise sprachlicher Natur sind, je nach anstehendem Thema gebildet und aufgelöst. Die sprachlichen und kulturellen Trennlinien nehmen dann eine viel relativere Bedeutung an. Der „Mythos des Opfers“ der isolierten, benachteiligten und missverstandenen Sprachgemeinschaft kann in einem solchen Kontext nur schwer Fuß fassen. Das ist das besondere Glück der Schweiz.

Kanada ist eine dezentralisierte Föderation bestehend aus zehn Provinzen und drei Territorien. In der bevölkerungsreichsten Provinz, Ontario, die gleichzeitig auch eine der wohlhabendsten ist, leben 39 Prozent der Bevölkerung. Sie hat daher keine Monopolstellung. Dieses Gleichgewicht fördert die Stabilität in der Union. Ein historisches Vermächtnis ist jedoch die sprachliche Isolation Québecs, denn obwohl es auch anderswo in Kanada Frankophone gibt (z. B. die Akadier), ist Québec doch die einzige ausschließlich französischsprachige Provinz. Wenn andere Provinzen wie Neubraunschweig, Manitoba oder Alberta mehrheitlich französischsprachig wären, wäre die kanadische Union mit ziemlicher Sicherheit genauso robust wie die Schweizer Union geworden.

In diesem Zusammenspiel von zehn Provinzen gewinnt Québec oft durch Bündnisse mal mit der anderen großen industriellen Provinz des Landes – Ontario –, mal mit Provinzen, die wie Québec weniger wohlhabend als der nationale Durchschnitt sind und nach mehr regionaler Umverteilung verlangen, und mal mit den Provinzen des Westens, die wie Québec einen internationalen freien Handel befürworten. Was jedoch die Sprache, die Kultur und die Identität betrifft, steht Québec allein da. Gäbe es eine frankophone Provinz, die reicher als der nationale Durchschnitt ist, über wenig Industrie verfügt oder Öl produziert, würde sich Québec bei wirtschaftlichen, ökologischen oder sozialen Herausforderungen trotzdem auch mit anglophonen Provinzen verbünden und nicht immer nur mit dieser frankophonen Provinz. Nicht nur das Gefühl der Isolation wäre verringert, sondern auch die relative Bedeutung von Sprach- und Identitätsfragen würde offensichtlich werden. Die Geschichte lässt sich jedoch nicht neu schreiben: Die sprachliche und kulturelle Einzigartigkeit Québecs ist ein Merkmal der kanadischen Union und muss von dieser berücksichtigt werden, wie es im Übrigen der Oberste Gerichtshof, das Parlament und die Regierung von Kanada erkannt haben.

Die Sprachfrage schafft also in der Schweiz und in Kanada unterschiedliche Herausforderungen, das Ziel ist jedoch gleich: Es gilt zu beweisen, dass sprachliche Vielfalt eine Stärke eines Landes sein kann und dass, wenn sich mehrsprachige Bevölkerungen zusammenschließen, Länder entstehen können, die zu den wohlhabendsten Staaten gehören. In der Liste der besten Länder der Welt 2020 von U.S. News rangieren die Schweiz und Kanada auf den vordersten Plätzen. Zweifellos ist die Mehrsprachigkeit, unserer beiden Länder, ein Grund für unseren Erfolg und eine der Voraussetzungen für eine noch bessere Zukunft.

1 Stéphane Dion, „Pourquoi le fédéralisme restera-t-il essential au 21e siècle?, L’actualité Fédérale, L’idée Fédérale Réseau Québécois de Réflexion sur le Fédéralisme : Band 8, Nr.4, November 2017, https://www.federalisme2017.ch/assets/articles/idee-federale-dion-novembre-fr.pdf.

2 Maurice Pinard, „Nationalist Movements Explained. Comparisons from Canada, Belgium, Spain, and Switzerland“, Routledge: 2020.

3 Stéphane Dion, „Belgique et Canada : une comparaison de leur chance de survie“, In: Serge Jaumain (Hrsg.), La réforme de l’État… et après? L’impact des débats institutionnels en Belgique et au Canada, herausgebracht von der Université de Bruxelles: 1997, S. 131-59.

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