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Interventions à la Conférence internationale de haut niveau des Nations Unies sur l'eau

Décennie internationale d’action « L’eau pour le développement durable », 2018-2028
Dushanbe, Tadjikistan
20 au 22 juin 2018

Stéphane Dion
Envoyé spécial auprès de l’Union européenne et de l’Europe et ambassadeur du Canada en Allemagne

Intervention en plénière au nom du Canada : Un partenaire pour la gestion de l'eau

Distingués Coprésidents, Excellences, Distingués Délégués, Mesdames et Messieurs,

En tant qu’envoyé spécial du premier ministre Trudeau, je participe à cette prestigieuse conférence pour réaffirmer, d’abord et avant tout, que le Canada souhaite contribuer à l’élaboration d’une série complète d’engagements pour protéger l’eau, y compris avec les cinq républiques d'Asie centrale, dont le Tadjikistan, qui a lancé l’idée de la Décennie d’action, une initiative dont il peut être fier.

Nous proposons un partenariat tourné vers l'action, y compris pour la réduction des risques de catastrophe et la gestion transfrontalière de l’eau. Le Canada souhaite ardemment partager son expérience positive en ce qui concerne la gestion de l'eau, que ce soit sur son territoire ou le long de sa frontière avec les États-Unis, et par-delà celle-ci. Nous voulons que les autres puissent tirer parti de notre expertise concernant les services et les technologies en lien avec l’eau. Le Canada souhaite partager les enseignements qu’il a tirés, stimuler l’innovation et accroître l’accès à l’expertise scientifique et aux données.

Nous sommes conscients que, pour être un partenaire international digne de confiance, notre pays doit d’abord montrer l’exemple sur son territoire même. C’est ainsi que nous consentons des investissements importants dans différents domaines, comme la durabilité des ressources hydriques, la recherche ainsi que la protection des zones maritimes et côtières. De plus, avec d’autres pays, nous avons décidé d’interdire les microbilles de plastique. Et, parmi les priorités du dernier G7, le premier ministre Trudeau avait demandé la tenue de discussions sur les côtes et les pêches durables, la coopération scientifique dans le domaine de l'eau, la surveillance de la pollution et la réduction des matières plastiques. Par ailleurs, la nouvelle politique d’aide internationale féministe du Canada vise à accroître le rôle des femmes et des filles, y compris dans la gestion de l'eau. Enfin, nous investissons 2,65 milliards de dollars pour aider les pays en développement à lutter contre les changements climatiques.

Le Canada respectera l’engagement qu’il a pris à Paris de réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES), comme devraient le faire tous les pays. Sinon, nous continuerons à subir les conséquences des changements climatiques, comme l’élévation du niveau de la mer, la salinisation des terres et de l’eau, des catastrophes climatiques extrêmes, la fonte des glaciers, l’acidification et l’altération de la chimie de l’eau de mer ainsi que la dégradation des écosystèmes marins dont dépend la pêche.

Dans un monde où la gestion de l'eau constitue le défi du siècle, le Canada compte faire partie de la solution. Selon le Forum économique mondial, la crise de l'eau constituera la principale menace pour l’industrie et la société au cours de la prochaine décennie. Comme l’ont déclaré les Nations Unies, la gestion durable de l'eau et de l’assainissement contribue aux efforts plus larges visant à mettre fin à la pauvreté, à favoriser le développement durable et à maintenir la paix et la stabilité.

Toutefois, les Nations Unies ont également averti qu’au rythme actuel, le monde n’atteindra pas, d’ici 2030, les cibles pour l’eau fixées dans les Objectifs de développement durable.

Sans une action concertée, non seulement il sera impossible de réaliser les objectifs de développement durable, mais l'eau, domaine où la coopération constituait la norme jusqu’ici, pourrait aussi devenir une source de plus en plus importante de conflits à l’avenir.

Le Canada – comme tous ceux rassemblés ici – ne peut l’accepter. Nous coopérerons et nous unirons nos efforts pour assurer un avenir viable aux générations futures : à nos enfants et à nos petits-enfants. Notre pays, qui a la chance de posséder un cinquième des ressources en eau douce de la planète, y compris le littoral le plus long, et de loin, sera votre partenaire.

Près de 60 pour cent du corps humain est composé d’eau. Environ 71 % de la surface de la Terre est recouverte d’eau. Notre avenir, comme la vie, dépend d’un monde où tous bénéficient d’un accès sûr à cette ressource.

Discours liminaire devant le groupe de spécialistes au sujet du partenariat pour l'action se rapportant à l’eau. La gestion de l’eau demeurera-t-elle une source de paix?

Excellences, distingués délégués, mesdames et messieurs, à l’échelle mondiale, on compte 263 bassins versants traversant les frontières politiques d’au moins deux pays. Ceci représente environ la moitié de la surface terrestre et 40 pour cent de la population mondiale. À l'échelle mondiale, les États doivent souvent faire des choix et prendre des décisions au sujet de la gestion de l'eau qui auront une incidence sur un autre État. Par exemple, on pourrait circonscrire les pénuries en eau en améliorant l'irrigation dans un pays, mais cela se ferait au désavantage des pays en aval, et particulièrement si l'on n'accordait pas une grande attention au fait d'adopter une approche sensible aux conflits ou si l'on ne se consacrait pas à une coopération étroite.

En mettant l'accent sur des mécanismes de bonne gouvernance et de recherche scientifique, la gestion concertée de l’eau peut créer des occasions de nouer des relations plus solides. Plutôt que se consacrer séparément à des objectifs égoïstes, les États peuvent poursuivre un but commun.

Permettez-moi de commencer en vous annonçant la bonne nouvelle : au cours des 60 dernières années, plus de 300 accords internationaux se rapportant à l’eau ont été conclus, alors qu’en comparaison, seulement 37 différends ont été signalés entre des États sur le sujet de l'eau. Les éléments probants indiquent clairement que la coopération relativement aux eaux partagées contribue à instaurer un respect, une compréhension et une confiance réciproques entre les pays. Cela encourage aussi la paix, la sécurité et la croissance économique régionale. Toutefois, les questions qui se posent à notre groupe de spécialistes sont les suivantes : les expériences positives du passé permettront-elles de bien prévoir l’avenir?

L’eau continuera-t-elle de constituer la base d’une coopération pacifique, ou au contraire, deviendra-t-elle une source importante de tensions et de conflits?

Si les différends interétatiques se rapportant à l’eau ont habituellement été réglés par la voie diplomatique, cette pratique survivra-t-elle à des défis hydriques de plus en plus importants?

Au centre de la réponse à ces questions se trouve l’interrogation qui constitue le thème de la discussion de notre groupe, à savoir : réussirons-nous à améliorer substantiellement nos partenariats liés à l’eau?

Les défis déjà considérables qui entourent la gestion de l'eau douce ne feront qu’augmenter. En 2016, le Forum économique mondial a classé la crise de l'eau à la première place des risques mondiaux qui se poseront aux industries et sociétés au cours de la prochaine décennie. À l’échelle mondiale, la demande d'eau devrait dépasser l’approvisionnement durable de 40 pour cent dès 2030. L’OCDE estime que d’ici 2050 quatre milliards de personnes pourraient vivre dans des zones où l'eau est rare (soit deux fois plus de personnes qu’à l’heure actuelle), et que les pertes dues à des inondations extrêmes pourraient être plus de deux fois plus fréquentes. Les auteurs d’une étude de la Banque mondiale ont déterminé qu’une mauvaise gestion de l'eau et les changements climatiques pouvaient provoquer une chute du PIB allant jusqu’à 14 pour cent au Moyen-Orient, 12 pour cent dans le Sahel et 11 pour cent en Asie centrale. Le poids total des matières plastiques se trouvant dans les océans pourrait y être plus important que celui des poissons d’ici 2050.

Les répercussions des changements climatiques ont souvent un lien avec l’eau. Par exemple, des inondations plus fréquentes; des sécheresses plus graves; des ondes de tempête plus élevées; la fonte de la glace de mer et des glaciers; la montée du niveau de la mer et la salinisation des terres et de l’eau; l'acidification et l’altération de la chimie de l’eau de mer et de l’écologie des pêches.

Pour nourrir une planète de neuf milliards d’habitants d’ici 2050, on estime qu’il faudra que la production alimentaire augmente de 50 pour cent. Comment y parvenir avec une mauvaise gestion de l'eau? 70 pour cent de la consommation d'eau sert à l’irrigation. L’agriculture irriguée représente approximativement 40 pour cent de la production alimentaire mondiale.

Selon l’Agence internationale de l’énergie, la demande d’énergie mondiale devrait augmenter de 30 pour cent d’ici 2040, c’est-à-dire dans à peine 20 ans de maintenant. En disant cela, souvenons-nous qu’environ 90 pour cent des sources d’énergie (y compris l’électricité) ont besoin d'eau dans le cadre de leur processus de production.

En 2007, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme a déclaré que l’accès sécuritaire à l’eau et à l’assainissement constituait un droit de la personne. Mais aujourd’hui, des services d’eau potable gérés de manière sécuritaire font défaut à 2,1 milliards de personnes; des services d’assainissement élémentaires font défaut à 2,3 milliards de personnes; la moitié des lits d’hôpital à l’échelle mondiale sont occupés par des personnes souffrant de maladies d’origine hydrique; 80 pour cent des bassins hydrographiques se déversent sans traitement; les inondations et les autres catastrophes liées à l’eau représentent 70 pour cent de l'ensemble des décès provoqués par des catastrophes naturelles; plus de la moitié des écoles primaires des pays en développement n’ont pas accès à des installations d’eau et d'assainissement; 70 pour cent des marécages naturels du monde ont disparu; entre un tiers et la moitié des stocks de poissons sont soit surexploités, soit épuisés; les espèces exotiques envahissantes prolifèrent.

Sans une action concertée pour faire face à ces défis, non seulement les objectifs de développement durable seront hors de portée, mais l'eau, domaine dans lequel la coopération était auparavant la norme, pourrait constituer de plus en plus une cause de conflits à l’avenir.

De 2007 à 2010, la Syrie a connu les pires sécheresses de son histoire. S’en sont suivis des récoltes particulièrement médiocres et l’exode rural massif de familles d’agriculteurs. Un rapport du Programme des Nations Unies pour le développement signale que près de 75 pour cent des agriculteurs du nord-est de la Syrie ont perdu l’entièreté de leur récolte et que les gardiens de troupeaux ont perdu 85 pour cent de leur cheptel. Selon un autre rapport des Nations Unies, plus de 800 000 Syriens ont perdu leur moyen de subsistance à la suite des sécheresses. Bien entendu, il serait réducteur d'affirmer que ces sécheresses constituent la cause de la guerre civile syrienne. Cependant, les problèmes liés à l’eau, lorsqu’ils se combinent avec la pauvreté, les tensions sociales et idéologiques, un leadership inefficace et des institutions politiques faibles contribueront à une agitation sociale pouvant déboucher sur la faillite des États et sur des conflits. Nous savons aussi que les changements climatiques augmenteront la gravité des sécheresses et des autres phénomènes naturels perturbateurs.

Les changements climatiques accentuent les risques en matière de sécurité comme l’indiquait un rapport du G7 intitulé Un nouveau climat pour la paix. Les changements climatiques augmenteront les risques de conflits autour des ressources naturelles, le risque de crises migratoires, le risque d’insécurité alimentaire et de famine, et le risque de dégradation des zones côtières. Entre 147 et 216 millions de personnes vivent sur des terres qui seront sous le niveau de la mer ou sous le niveau des crues régulières d’ici la fin du siècle.

Prenez par exemple la région dans laquelle nous nous trouvons, elle a été durement touchée par le rétrécissement de la mer d’Aral au cours de la période soviétique. Et maintenant, les changements climatiques aggravent rapidement la pénurie d’eau en Asie centrale et contribuent au rétrécissement des glaciers du Tadjikistan. Les glaciers constituent les sources des rivières d’Asie centrale, qui représentent à leur tour une source économique pour le Tadjikistan, lequel cherche à développer sa production hydroélectrique. Certains de ces pays dépendent presque entièrement d’une irrigation artificielle pour satisfaire leurs besoins en eau. La plus grande partie de leur approvisionnement provient de sources transfrontalières.

Par conséquent, il faut voir d’un bon œil le fait que le Tadjikistan et l’Ouzbékistan avancent vers la conclusion d’un accord au sujet du projet de barrage de Rogoun. L’Ouzbékistan et la République kirghize ont récemment signé une entente frontalière très importante. La coopération transfrontalière est essentielle pour la sécurité de la région et pour sa capacité à répondre aux problèmes croissants en matière d’eau et de climat.

L'accélération des changements climatiques, l'augmentation de la fréquence des sécheresses et des inondations ainsi que la variation croissante affectant le débit des eaux et l'augmentation de la production hydroélectrique nécessaire pour l'agriculture, la production d'énergie et la consommation humaine contribuent à ce que l'accès à des ressources hydriques, leur gestion et leur sécurité posent un défi majeur à l’échelle mondiale.

Il est indéniable que l’action unilatérale de gouvernements ou d’entités privées ne peut pas permettre de faire face à ces enjeux de gestion de l'eau qui sont d’une complexité croissance. Pour parvenir à un monde dans lequel l’approvisionnement en eau est assuré, il faudra que tous les utilisateurs d’eau partagent les ressources de manière mieux coordonnée et plus durable.

À l’heure actuelle, nous ne sommes pas armés pour y parvenir. Sur les 263 bassins hydrographiques existant au niveau international, 158 ne font l’objet d’aucun cadre de travail coopératif de quelque sorte que ce soit. Aux taux actuels de mise en œuvre, la plupart des pays ne satisferont pas à la cible au sein des objectifs en développement durable consistant à assurer pour eux-mêmes d’ici 2030 la gestion intégrée des ressources en eau. Selon les Nations Unies, des pays ont signalé l'existence d’obstacles à la conclusion d’un tel accord en raison d’un manque de volonté politique; d’asymétries de pouvoir; de cadres légaux, institutionnels et administratifs nationaux fragmentés; d’un manque de capacité financière, humaine et technique; d’une corruption endémique profonde; d’un mauvais accès aux données, notamment pour ce qui est des aquifères transfrontaliers et de leurs frontières. Nous ne traiterons pas convenablement les enjeux tels que la politique instable en amont et en aval avec des systèmes de gestion de l’eau mal planifiés et se décomposant, ni avec une irrigation peu économique et improductive, ni encore avec des pénuries d’eau endémiques. Les États auront besoin d’institutions plus réactives et responsables, d’un surcroît d’ouverture et de transparence, et de la participation des citoyens et de la société civile.

La gouvernance à l’échelle mondiale, régionale et nationale se trouve au cœur de la gestion de l'eau. Le Canada souhaite proposer son expertise dans ce domaine, tout en apprenant des autres pays. Le Canada est désireux d’accroître les possibilités de partenariats par l’intermédiaire de sa nouvelle politique d’aide internationale féministe dont le but est d’améliorer le rôle des femmes et des filles, notamment dans le domaine de la gestion de l’eau; et par l’intermédiaire de ses investissements s’élevant à 2,65 milliards de dollars destinés à aider les pays en développement à lutter contre les changements climatiques. Nous sommes prêts à trouver de nouvelles possibilités de partenariats stratégiques avec d’autres pays, organismes internationaux et contributeurs ainsi qu’avec le secteur privé. Le Canada dispose d’un secteur des technologies et services hydriques qui est solide et qui est prêt à être exporté. Dans la même veine que la démarche empruntée par le premier ministre Trudeau au G7 ce mois-ci, le Canada fera la promotion de la reconnaissance de l’eau comme constituant une priorité mondiale dans des forums clés car nous saisissons l’importance et la nécessité de parvenir à une coopération mondiale.

Nous nous réjouissons également de faire part de notre expérience en matière de projets hydroélectriques et de coopération transfrontalière. Il existe des moyens de consolider les mécanismes de règlement des différends dans les bassins internationaux partagés. Le Canada et les États-Unis gèrent les eaux qu’ils ont en commun de manière coopérative et pacifique depuis plus de cent ans. Les bassins transfrontaliers que nous partageons avec les États-Unis sont les zones dans lesquelles réside la plus grande partie de notre population. Nos deux pays collaborent depuis longtemps et avec efficacité à régler les questions qui touchent nos eaux communes. Nous gérons nos eaux transfrontalières par l’intermédiaire d’un certain nombre de mécanismes de coopération tels que des accords et traités bilatéraux, et d’autres types d’instruments.

Au premier chef de ces instruments figure la Commission mixte internationale (CMI) instituée par le Traité des eaux limitrophes de 1909. La CMI est une entité indépendante qui conseille les deux pays en toute objectivité. Elle s’efforce de prévenir et résoudre les différends relatifs à la quantité d'eau et à sa qualité. Pour remplir son mandat, la CMI émet des ordonnances d’approbation pour les projets ayant une incidence sur les eaux communes; réglemente le fonctionnement de certains projets; sensibilise les gouvernements aux enjeux naissants; et entreprend des études à la demande du Canada et des États-Unis. La CMI est un organisme respecté de part et d’autre de la frontière. Son bilan est caractérisé par l'efficacité et l’implication auprès des collectivités locales.

La CMI se fonde sur la recherche scientifique. Elle consulte, établit des consensus, recherche la participation publique et noue le dialogue avec les gouvernements et les peuples autochtones. Ses travaux sont discrets, méthodiques et fondamentaux. Son incidence est déterminante. La CMI offre un exemple de coopération que le monde entier peut imiter.

Le Canada et les États-Unis gèrent également leurs eaux communes par l’intermédiaire d’un certain nombre d’autres mécanismes de coopération bilatérale tels que des protocoles d’entente et des déclarations de coopération intervenant souvent au palier infrafédéral. Par exemple, en 2016, la Colombie-Britannique et l'Alaska ont signé une déclaration de coopération sur la protection des eaux transfrontalières dans le but d’améliorer la surveillance de la qualité de l’eau.

Par l’intermédiaire de relations bilatérales et du bon emploi des organismes multilatéraux, il existe des moyens de parvenir à des avantages de sécurité internationale concrets.

Alors, coopérons et rassemblons nos efforts afin d’offrir aux générations qui nous suivent un avenir viable. Le Canada, un pays qui a la chance de posséder un cinquième de l'eau douce du monde et, sans conteste, la plus longue côte maritime du monde, souhaite apprendre de vos expériences et être votre partenaire dans notre quête d’une gouvernance pacifique et exemplaire de l'eau.

Discours du président auprès du groupe de spécialistes pour l'action sur les personnes vulnérables, notamment les réfugiés et les migrants. De l’eau pour chaque foyer.

Excellences, distingués intervenants, mesdames et messieurs, dans l’énoncé qui nous a tous rassemblé ici aujourd’hui à cette séance intitulée « De l’eau pour les personnes vulnérables, notamment les réfugiés et les migrants », on nous demandait de nous concentrer sur les liens entre l'eau, la pauvreté et la migration, et de débattre de stratégies pour améliorer la sécurité de l'approvisionnement en eau.

Il y a deux manières de répondre à cette demande. La première consiste à cerner les moyens permettant d’apporter suffisamment d’eau potable aux personnes vulnérables, aux réfugiés et aux migrants d’aujourd’hui. Dans notre groupe, nous disposons d’experts qui évoqueront ce besoin pressant. La seconde manière de répondre que nous devons évoquer concerne les moyens permettant d’éviter qu'advienne un monde touché par une pénurie croissante d’eau. Par conséquent, on distingue un besoin pressant et une tendance inquiétante.

Je vais axer mes remarques introductives sur la tendance inquiétante, et sur les efforts que nous devons mobiliser afin de l’empêcher de se concrétiser.

On peut lire dans le Rapport sur la mise en valeur des ressources en eau qu’il existe « un lien manifeste entre la pénurie d’eau et l’insécurité alimentaire, l’instabilité sociale et l’agitation sociale, ce qui peut avoir pour conséquence de provoquer et d’intensifier la migration partout dans le monde » [Traduction]. En tant que tel, ce lien n'est pas nouveau. Ainsi, comme le relève l’Organisation internationale pour les migrations, « l’interaction entre la dégradation de l’environnement et les migrations est un phénomène universel depuis le début de l'espèce humaine » [Traduction]. La nouveauté tient maintenant à la gravité et à la soudaineté de ces défis relatifs à la pénurie d’eau qui sont aggravés et renforcés par les changements climatiques provoqués par l'activité humaine.

Il est difficile de cerner précisément le degré de responsabilité de la pénurie croissante d’eau dans l'afflux actuel de migrants en comparaison du poids revenant aux causes politiques ou sociales de ce phénomène tant ces facteurs sont imbriqués. On peut toutefois tenter d’en faire une estimation.

Selon la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification, on estime à 25 millions le nombre de personnes par an qui sont forcées de quitter leur logement, à l’échelle nationale ou internationale, en raison de catastrophes naturelles anthropiques. D’ici 2050, ce chiffre pourrait augmenter pour atteindre celui de 50 à 700 millions de personnes. Vous constatez l’ampleur de l’écart entre les deux extrémités de la prévision (entre 50 et 700 millions). Il est extrêmement difficile de prédire les répercussions des changements climatiques, mais aussi de notre capacité en tant qu’êtres humains à réagir de manière appropriée et à mettre en œuvre des stratégies et des politiques qui répondront au mieux aux enjeux liés à la sécurité de l'approvisionnement en eau dans le monde. Tant de choses dépendent de nous.

Avant tout, nous devons aider les personnes à rester au même endroit. Nous devons préserver les conditions qui leur permettront de rester chez elles et d’éviter d’être déplacées de force. Mais si ces personnes ont à se déplacer, nous devons les aider et offrir des politiques efficaces d’intégration afin d’appuyer leur adaptation à leur nouveau pays. En tant que pays multiculturel, le Canada est disposé à faire part de son expérience de l’intégration de populations issues de toutes les communautés à sa société.

Une action doit être menée qui consiste à s’occuper des zones à risque quant à la sécurité de l'approvisionnement en eau. On peut classer 40 pour cent de la surface terrestre mondiale dans la catégorie des terres arides risquant la désertification. Actuellement, deux milliards de personnes vivent sur ces terres. Une grande partie de ces personnes sont sur le point d’être gravement touchées par la dégradation des sols, l’insécurité alimentaire, la pauvreté et la pénurie de terres cultivables. La désertification peut conduire à une migration massive si nous n’agissons pas collectivement en employant les politiques appropriées.

La liste des actions à mener est éloquente. Il s’agit de tenir nos engagements pris à Paris; de tenir nos engagements relativement à chaque ODD, et notamment ceux qui concernent l’eau et la pauvreté, la lutte contre la désertification et la déforestation; et par-dessous tout de coopérer et de rassembler nos efforts. Autrement dit, nous devrions agir comme chacun de nos intervenants exhortera nos États et le monde à agir. Ce groupe de spécialistes est désigné par les organisateurs de cette conférence comme un groupe d'action. Alors, agissons ensemble pour offrir aux générations suivantes un avenir viable fondé sur la sécurité de l'approvisionnement en eau pour tous. De l’eau pour chaque foyer.

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