Introduction

Les crises marqueront 1961 et souvent pendant cette année, le monde semblera vaciller dangereusement au bord d=un conflit majeur. L=invasion américaine de Cuba se solde par une débâcle gênante à la baie des Cochons. Au Laos, au vu de l’aggravation de la situation, le Canada est forcé d=admettre la nécessité de convoquer une nouvelle fois la Commission internationale de supervision et de contrôle (CISC) en Indochine. Les difficultés auxquelles se heurte la force de maintien de la paix des Nations Unies (ONU) au Congo s=intensifient après le décès du secrétaire général de l=ONU, Dag Hammarskjöld, dans un accident d=avion dans la nuit du 17 au 18 septembre. Mais l=événement politique le plus dramatique et le plus marquant de 1961 est l=érection du mur de Berlin à la mi-août. Peu de temps après que Berlin-Est se soit retrouvée complètement coupée de tout contact avec l=Occident par le gouvernement de l=Union des républiques socialistes soviétiques, celui-ci reprend ses essais nucléaires à grande échelle, faisant exploser une bombe de 58 mégatonnes. Les États-Unis lui emboîtent le pas rapidement, une décision que le premier ministre John Diefenbaker qualifie d’« absurde » (document 114).

De fait, l=irritation de Diefenbaker au sujet de nombreux aspects de la politique étrangère américaine ne cesse de croître en 1961. En février, il a une rencontre cordiale avec le nouveau président américain, John F. Kennedy, à Washington, D.C. (voir document 320). Toutefois, la visite du président Kennedy à Ottawa, en mai, (voir document 324) ne se passe pas aussi bien. Après leur entretien, Diefenbaker est persuadé que Kennedy s=attend à ce qu=Ottawa adopte aveuglément l=orientation de Washington dans les dossiers de politique étrangère. À la fin d=août, le premier ministre déclare sans ambages « qu=il en a assez de se faire dire de garder le silence au sujet de Berlin... Après tout, le New York Times est rempli de discours de sénateurs et d=autres personnalités exprimant leurs opinions, et il n=est pas enclin à rester muet, comme si le gouvernement canadien n=avait pas d=opinion qui lui soit propre. Il ne veut pas être un simple suiveur des Américains » (document 258).

En dépit de cette crispation, le secrétaire d=État aux Affaires extérieures du Canada, Howard Green, continue d=avoir foi en la cause du désarmement et de s=y dévouer. D=ailleurs, il réussit à remporter certains succès dans ce domaine. Par exemple, depuis l=échec du Comité des dix pays à l=été de 1960, Green milite sans relâche en faveur d=une reprise des négociations au sein d=un comité reconstitué. En décembre 1961, les Nations Unies adoptent finalement une résolution en ce sens (voir document 139), qui débouche sur la création du Comité des 18 pays l=année suivante. Toutefois, les Américains expriment leur « profonde déception » face à la décision du Canada d=appuyer une résolution de la Suède appelant à la création d=un « club non nucléaire » – c=est-à-dire un groupe de pays refusant de se doter d=armes nucléaires (document 134).

La campagne de Green en faveur du désarmement et son appui à la résolution suédoise reposent sur sa profonde opposition à l=idée que le Canada se dote d=un arsenal nucléaire. En janvier, le greffier du Conseil privé Robert Bryce, qui est favorable à l=acquisition de ces armes, écrit à Diefenbaker : « Le principal problème est, bien sûr, M. Green. Cela m=ennuie beaucoup, car j=ai énormément de respect et d=affection pour cet homme, même si je ne partage pas son avis. Je serais heureux de vous aider dans la mesure de mes moyens. Je pourrais notamment rédiger une note que vous pourriez lui donner, ou discuter de la question avec certains de ses collaborateurs, au premier chef Norman Robertson, qui l=encouragent dans sa résistance opiniâtre à l=idée que nous nous dotions d=un arsenal d=ogives » (document 326). Plus tard au cours de l=année, le ministre de la Défense, Douglas Harkness, déclare à ses collègues du Cabinet qu=« il y a un monde de différence entre les armes défensives dont nous souhaitons équiper les Forces canadiennes, et les bombes à hydrogène qui viennent immédiatement à l=esprit dès qu=il est question d=armes nucléaires. Les missiles BOMARC ne pourraient pas déclencher une guerre... Le gouvernement ne devrait pas perdre de temps et amorcer des négociations en vue d=un accord pour doter les Forces canadiennes d=armes nucléaires. Il faudrait, dans un premier temps, conclure un accord; ensuite, le gouvernement pourrait décider s=il veut vraiment équiper les Forces armées canadiennes d=armes nucléaires en conformité de cet accord, et à quel moment » (document 243). Toutefois, Robertson continue d=appuyer Green dans son opposition aux plans de Harkness. Certaines déclarations américaines ne font rien pour apaiser leur crainte d=un conflit nucléaire. Ainsi, le général Lauris Norstad déclare qu=il « peut envisager une demi-douzaine de situations où l=usage d=armes nucléaires par les forces de l=Organisation du Traité de l=Atlantique Nord serait la seule action sensée possible » (document 295). Commentant une ébauche d=accord entre le Canada et les États-Unis rédigée par des fonctionnaires du ministère de la Défense nationale, Robertson et George Ignatieff avisent Green qu=il ne respecte pas « l=exigence que vous avez spécifiée, soit que les ministres devraient savoir à l=avance les obligations et les répercussions que cela entraînerait pour le Canada » (document 345). À la suite de la décision des Américains de reprendre les essais nucléaires, le premier ministre devient beaucoup moins réceptif aux arguments de Bryce et de Harkness. Il déclare : « que la position officielle maintenant adoptée par le président a coulé les armes nucléaires au Canada. À une autre occasion, il mentionne qu=il devient de plus en plus évident que le Canada ne se dotera pas d=armes nucléaires, à moins qu=il y ait une guerre » (document 360).

Contrairement aux années précédentes, à la fin de 1961, la possibilité qu=un conflit sérieux assombrisse les relations canado-américaines commence à déborder la question des armes nucléaires. Néanmoins, de nombreux dossiers litigieux continuent de se régler avec une relative facilité. Les relations entre le gouvernement canadien et le nouveau gouvernement Kennedy s=ouvrent sur une note prometteuse, le secrétaire d=État Dean Rusk ayant confié à l=ambassadeur canadien, Arnold Heeney, son enthousiasme à l=idée de maintenir la « relation spéciale » entre les deux pays, pour autant que cela puisse se faire « sans susciter de soupçon ou de ressentiment chez les autres proches alliés des États-Unis. » À cela, Heeney répond que la relation canado-américaine est « fondamentalement solide et amicale » et que « toute divergence vraiment sérieuse concernant des objectifs clés est improbable » (document 317). Toutefois, Cuba – qui « semble avoir eu la priorité » parmi les sujets abordés par Kennedy au cours de sa visite à Ottawa (document 324) – est un dossier délicat, particulièrement après que Fidel Castro ait publiquement proclamé : « Ceci est une révolution socialiste » (voir document 821). Selon une note des Affaires extérieures, on ne peut pas « présumer que le peuple canadien sympathiserait avec une initiative des États-Unis visant à renverser le régime Castro par la force ». De plus, l=adhésion du Canada à l=embargo américain contre Cuba risque d=avoir de graves répercussions économiques. « En tant que pays tributaire du commerce international, le Canada ne peut recourir à la légère aux armes d=une guerre commerciale, » fait-on valoir dans une note d=information du ministère des Finances en amont de la réunion de la Commission mixte canado-américaine du commerce et des affaires économiques, en 1961 (document 398). Conséquemment, Ottawa souhaite ardemment que l=on trouve un moyen « d=apaiser les tensions dans les Caraïbes sans recourir à une intervention armée ou à des mesures économiques extrêmes » (document 828). Un commentaire de Green, qui jugeait souhaitables des négociations entre les États-Unis et Cuba, est fort mal accueilli par Washington (voir documents 834-836, 838, 846). Tout en étant sensibles aux vives préoccupations des Américains à l=égard du régime Castro, les diplomates canadiens, quant à eux, demeurent convaincus de la nécessité d=une « politique plus positive des États-Unis » vis-à-vis l=Amérique latine (document 839). Cette position ne contribue vraisemblablement pas à favoriser l=harmonie et la bonne volonté entre Ottawa et Washington.

Des problèmes similaires surviennent au sujet du Vietnam, mais dans ce domaine, les Affaires extérieures ont tendance à se montrer plus réceptives au point de vue américain et à aider plus activement Washington. Les diplomates canadiens et américains partagent une intense frustration face aux nombreuses violations de l=accord de cessez-le-feu de 1954 par le Vietnam du Nord et à la réticence des membres polonais et indiens de la CISC à enquêter sur ces infractions. En fait, plus tôt dans l=année, le commissaire canadien, Charles Woodsworth, affirme, dans un rapport transmis depuis Saïgon, qu=en raison des querelles internes sur la question, « la Commission internationale au Vietnam a pratiquement cessé de fonctionner en tant qu=entité efficace » (document 721). Devant cette situation, les Américains proposent un plan visant à augmenter massivement le nombre de leurs conseillers militaires au Vietnam du Sud. Woodsworth prédit avec justesse : « Si les États-Unis agissent ainsi, c=est un avenir tumultueux que nous connaîtrons ici, comme tout l=Occident » (document 728). Toutefois, Ottawa est conscient « que toute tentative canadienne pour détourner les Américains de leurs intentions déclarées... serait inopportune, et sans doute mal comprise » (document 744). Au bout du compte, un difficile compromis intervient : les États-Unis n=annonceront pas publiquement leur intention de passer outre aux termes de l=accord de cessez-le-feu; et les Canadiens tenteront d=empêcher toute condamnation des États-Unis par leurs collègues polonais et indiens. Comme Green le résume à la fin de l=année, Ottawa comprend que les États-Unis ont « d=importantes responsabilités au Vietnam... et qu=il leur appartient de prendre leurs propres décisions quant à la meilleure façon de les assumer ». Toutefois, le Canada ne peut oublier qu=il a « des responsabilités d=un autre ordre découlant de sa participation à la CISC ». Le département d=État « doit reconnaître les difficultés et les limites de notre position » et éviter de placer les Canadiens dans une situation où ils seraient obligés, soit de se ranger du côté des Polonais et des Indiens contre les États-Unis, soit d=appuyer ouvertement les violations américaines des accords de Genève (document 764).

La situation à Cuba et au Vietnam oblige le Canada à prendre en compte les priorités de la politique étrangère américaine. À l=inverse, les interactions entre les deux pays sur le droit de la mer, la vente de blé canadien à la Chine et le statut des magazines américains au Canada sont façonnés surtout par des préoccupations canadiennes. Ottawa est profondément déçu de l=échec de la seconde Conférence des Nations Unies sur le droit de la mer tenue à Genève, en 1960, une proposition canado-américaine commune ayant passé à une voix seulement d=obtenir la majorité requise des deux tiers. En 1961, les Affaires extérieures déploient d=intenses efforts pour tenter de convaincre Washington qu=une convention multilatérale fondée sur la proposition rejetée pourrait être couronnée de succès. Le département d=État « ne voit pas d=inconvénient » à ce que le Canada et le Royaume-Uni sondent l=opinion d=autres pays (document 73). Mais même si les résultats du sondage sont généralement encourageants, à l=automne 1961, il devient évident que Washington n=appuiera pas une campagne en faveur d=une convention multilatérale. Devant ce résultat, les autorités canadiennes doivent décider s=il y a lieu de porter unilatéralement les eaux territoriales du Canada de 3 à 6, voire à 12 milles des côtes (voir document 104). De Washington, l=ambassadeur Heeney transmet un avertissement du gouvernement américain : si le Canada décide d=agir unilatéralement, « alors, il devra se préparer à vivre “des temps très difficiles” » (document 107).

Sur le plan économique, les pommes de discorde sont nombreuses, mais l=esprit de compromis l=emporte. Le rapport de la Commission royale d=enquête sur les publications (le rapport O=Leary) renferme plusieurs recommandations visant à interrompre le flux des dépenses publicitaires vers les éditions canadiennes de magazines américains comme le Reader=s Digest et Time. De manière plus parti-culière, la Commission préconise dans son rapport que le coût des annonces publicitaires qui s=adressent au marché canadien mais qui paraissent dans une publication étrangère ne soit plus déductible de l=impôt sur le revenu. Avant même la publication officielle du rapport, Washington émet des protestations. Dans un effort pour répondre aux préoccupations américaines tout en améliorant la position des magazines canadiens, le comité du Cabinet sur le rapport O=Leary propose un compromis en vertu duquel Reader=s Digest et Time pourraient poursuivre leurs activités au Canada (voir documents 417-419).

Parmi les dossiers économiques canado-américains les plus sensibles sur le plan politique en 1961, l=annonce d=une importante vente de blé canadien à la Chine communiste soulève de vives préoccupations aux États-Unis. Rapidement, les filiales canadiennes d=entreprises pétrolières américaines veulent savoir si l=approvisionnement en mazout des navires transportant le blé en Chine violerait les règles en matière de contrôle des avoirs étrangers (aux termes de la Trading With the Enemy Act). À l=occasion de la première rencontre du premier ministre avec le nouveau président américain, Diefenbaker avertit Kennedy que « toute tentative d=intervention de la part du Bureau de contrôle des avoirs étrangers dans ce dossier provoquerait un tollé au Canada » (document 783). Peu de temps après, l=ambassadeur Heeney rapporte que les autorités américaines « s=emploient mani-festement à trouver une procédure acceptable en vertu de leur législation pour résoudre le problème » (document 784). Alors que les premières livraisons de blé commencèrent à arriver, les entreprises américaines refusent de fournir l=équipement nécessaire aux chargements. Encore là, les politiciens américains réagissent rapidement afin de trouver une solution. Le Trésor américain accepte « d=autoriser les exportations de ces produits... dans les cas où des commandes ont déjà été reçues par l=entreprise fournisseur aux États-Unis ». On fait valoir que cette mesure « représente un arrangement à l=amiable avec le gouvernement du Canada » (document 795). Cet esprit de collaboration est d=autant plus bienvenu que, selon un rapport, le gouvernement chinois « a l=intention de reconduire ces achats sur une base annuelle » (document 797).

Enfin, le moment de la ratification par le Canada du Traité du fleuve Columbia pose aux deux pays un problème inhabituel, puisque le premier ministre de la Colombie-Britannique, W.A.C. Bennett, est responsable du délai. En mai, le secrétaire de l=Intérieur, Stewart Udall, informe E. Davie Fulton que « les États-Unis sont “prêts à donner le feu vert”; en fait, ils sont plutôt impatients de commencer ». Udall « ne pas semblé trop s=inquiéter de la possibilité que la ratification ici soit retardée jusqu=à l=automne », mais il « a laissé entendre qu=un report à l=année suivante pourrait inciter les États-Unis à faire une demande pour revoir le projet de développement du fleuve Columbia » (document 439). En novembre, la ratification semble plus inatteignable que jamais. Depuis l=ambassade à Washington, Saul Rae rapporte à Ottawa que ses collègues et lui « évitent scrupuleusement d=évoquer la question du Traité du fleuve Columbia avec les responsables américains ». Toutefois, la presse américaine commence à publier des articles négatifs sur les empêchements attribuables au premier ministre Bennett (document 448). Ne voulant pas que le Traité devienne caduc, à la fin de l=année, les membres du Cabinet se disent « prêts à faire certains compromis avec le gouvernement de la Colombie-Britannique, si cela s=avère nécessaire pour réaliser l=objectif visé par le Traité » (document 458).

En 1961, les relations du Canada avec le Royaume-Uni glissent aussi vers l=affrontement. Le premier ministre britannique, Harold Macmillan, tient beaucoup à ce qu=on ne dénonce pas ouvertement les politiques raciales de l=Afrique du Sud à la réunion des leaders du Commonwealth de 1961, et à ce qu=on encourage l=Afrique du Sud à demeurer au sein de l=association. Précisant qu=il a « énormément réfléchi à la question », Diefenbaker souhaite s=élever contre l=apartheid, mais il « répugne à être responsable de l=expulsion de l=Afrique du Sud du Commonwealth » (document 459). Bryce croit fermement qu=un geste du Canada est nécessaire pour renforcer « le rôle du Commonwealth en tant que pont entre les Blancs et les personnes de couleur » (document 461). De Londres, le haut-commissaire George Drew rapporte que les responsables britanniques répandent avec ardeur l=idée que « tous les pays du Commonwealth, sauf le Canada » sont disposés à adopter une position modérée à l=égard de l=Afrique du Sud. Drew lui-même est convaincu qu=au contraire, « la Malaisie, l=Inde, le Ghana et le Nigeria accueilleraient sans doute favorablement une position ferme » (document 462). Désormais, Diefenbaker est résolu « à dénoncer vigoureusement l=apartheid » (document 472), mais il espère également que certaines concessions de la part de l=Afrique du Sud permettront de reporter la question d=une autre année. Lors de la rencontre, il propose de ne pas critiquer directement l=Afrique du Sud; au lieu de cela, les premiers ministres devraient faire une déclaration collective décrivant le Commonwealth comme une organisation multiraciale. Dans ces circonstances, les Sud-Africains choisissent de quitter le Commonwealth. C=est un triomphe diplomatique, le résultat souhaité ayant été obtenu sans que le Canada puisse être tenu responsable d=avoir « forcé » l=Afrique du Sud à partir.

Ce dénouement suscite l=allégresse générale à Ottawa, mais dans ses rapports, Drew accuse les Britanniques de tenter de faire porter le blâme au Canada en faisant publier des articles dans les journaux. Drew soupçonne que les Britanniques de vouloir adopter une façon de faire similaire au sujet de leur éventuelle adhésion à la Communauté économique européenne (voir document 506). Les Britanniques promettent aux pays du Commonwealth qu=ils seront consultés avant qu=une décision définitive soit prise, mais il semble que le processus de consultation sera tout au plus une formalité. Craignant de voir s=effriter les liens commerciaux entre le Canada et le Royaume-Uni, Diefenbaker estime qu=« un sujet d=une aussi grande importance pour le Canada ne devrait pas être traité comme s=il s=agissait quasiment d=une simple affaire de routine » (document 491). Le ministre des Finances, Donald Fleming, reconnaît « le poids réel des relations politiques et économiques actuelles entre le Royaume-Uni et les autres pays du Commonwealth ». En conséquence, « le Royaume-Uni a une grande responsabilité à cet égard » (document 522). Suivant l=exemple de Fleming, d=autres représentants à la réunion du Conseil consultatif économique du Commonwealth, à Accra, réclament aussi des consultations plus approfondies avant que les Britanniques arrêtent leur décision. Même si certains ministres du Cabinet sont ambivalents quant à la ligne dure adoptée par le Canada, Diefenbaker et Drew continuent d=exiger d=être pleinement informés des intentions du Royaume-Uni. Les représentants du gouvernement britannique hésitent à fournir cette information. Vers la fin de l=année, Drew conclut qu=il y a « peu de doute que la décision de joindre les rangs de la Communauté européenne a déjà été prise, sous réserve de peaufiner quelques détails, contrairement aux nombreuses assurances données ». Il fait valoir que le Canada a des raisons à la fois sentimentales et extrêmement pratiques de s=opposer à la voie choisie par la Grande-Bretagne. « J=estime qu=en tant que pays qui, en fait, a accouché du concept du Commonwealth moderne en 1867, nous avons des raisons particulières d=être attachés au maintien et au renforcement du Commonwealth », écrit-il (document 534).

Cependant, en dépit de toutes ces controverses et des germes de problèmes à venir, dans un domaine de politique internationale de la plus haute importance, le Canada collabore de façon constructive avec les États-Unis et le Royaume-Uni. Tout au long de 1960, les Affaires extérieures ont résisté à l=idée de convoquer de nouveau la Commission internationale de surveillance et de contrôle au Laos afin de discuter de la situation instable, et de plus en plus violente, dans ce pays. Au début de 1961, le gouvernement laotien lui-même accepte d=examiner une proposition indienne sur le sujet. Le secrétaire britannique aux Affaires étrangères, Lord Home, écrit à Green : « Je pense que nous sommes indubitablement à la croisée des chemins et que nous devons peser en faveur d=un règlement pacifique si nous voulons éviter que le conflit se propage » (document 656). Green demeure opposé au plan, faisant remarquer que la CISC a été créée afin « de superviser et de contrôler un cessez-le-feu existant, et non... d=en négocier un [nouveau] » (document 658). Les Américains ont, eux aussi, des réserves, mais lors d=une réunion à Washington, les représentants des trois pays conviennent d=un plan d=action. La Commission est convoquée une nouvelle fois et ses membres sont envoyés au Laos pour faire une évaluation préliminaire de la situation. Le Canada participe aussi à la conférence internationale à Genève. En dépit « d=échanges intenses » à la conférence (document 717), à la fin de l=année, Green est en mesure de féliciter les représentants canadiens d=avoir réussi à négocier un mandat régissant les activités futures de la Commission qui préserve « les principes que nous jugeons importants » (document 719).

Même si les relations avec les États-Unis et le Royaume-Uni dominent la politique étrangère canadienne au cours de l=année 1961, Ottawa tient plus que jamais à forger des liens solides avec le monde en développement. La réticence de Diefenbaker à suivre l=exemple américain à l=égard de Cuba s=explique en partie par l=importance qu=il accorde à la réputation du Canada en Amérique latine; par ailleurs, son opposition aux politiques raciales de l=Afrique du Sud reflète sa volonté de maintenir de bonnes relations avec les pays non blancs du Commonwealth. De nombreuses autres manifestations confirment cette tendance. Aux Affaires extérieures, un groupe d=experts est constitué afin d=établir les grandes lignes d=une approche canadienne cohérente à l=égard des questions africaines aux Nations Unies. Le gouvernement met sur pied des programmes d=aide à la fois pour les pays du Commonwealth et les pays francophones en Afrique. En outre, le Canada accepte d=envoyer des instructeurs militaires francophones au Ghana. Le premier ministre de la Guinée britannique, Cheddi Jagan, et le président de la Tunisie, Habib Bourguiba, sont reçus à Ottawa. Malheureusement, l=entretien de Jagan avec Diefenbaker n=est guère cordial, ce dernier soupçonnant Jagan de vouloir à la fois transformer la Guinée britannique en pays communiste et la maintenir à l=intérieur du Commonwealth (voir docu-ment 602). Toutefois, sa rencontre avec Bourguiba est beaucoup plus fructueuse. Leur conversation porte sur une vaste gamme de sujets, notamment Cuba, l=Algérie et le Congo, et Diefenbaker manifeste un réel intérêt pour les points de vue non occidentaux (voir document 857).

En 1961, il y a peu de changement au sein de la haute direction du Ministère, au pays et à l=étranger. Howard Green et Norman Robertson demeurent à leur poste tout au long de l=année, tout comme Arnold Heeney à Washington, George Drew à Londres, Pierre Dupuy à Paris, Chester Ronning à New Delhi, Escott Reid à Bonn, Jules Léger au siège social de l=OTAN à Paris, et Charles Ritchie aux Nations Unies. Au début de l=année, Arnold Smith devient ambassadeur du Canada à Moscou. À Ottawa, Marcel Cadieux reste sous-secrétaire adjoint. John Watkins devient sous-secrétaire associé et il joint ainsi Evan Gill, George Glazebrook, George Ignatieff et A.E. Ritchie. Au sein du Cabinet, le ministre des Finances, Donald Fleming, conserve son portefeuille, tout comme George Hees au Commerce, Douglas Harkness à la Défense nationale et Ellen Fairclough à la Citoyenneté et l'Immigration.

Les documents consultés pour le présent volume proviennent principalement des archives du ministère des Affaires extérieures et des dossiers personnels du premier ministre Diefenbaker, conservés au Diefenbaker Canada Centre, à Saskatoon. Des documents additionnels proviennent des dossiers d=autres ministères fédéraux, outre les documents personnels des ministres du Cabinet et de hauts fonctionnaires du gouvernement. En cours de préparation, les chercheurs ont bénéficié d=un accès illimité aux dossiers du ministère des Affaires étrangères et d=un excellent accès à d=autres collections. Une liste complète des documents d=archives consultés figure à la page xxix.

Le choix des documents du volume 28 s=inspire des principes généraux énoncés dans l=introduction au volume 7 (p. ix-xi) et modifiés dans l=introduction du volume 20 (p. xxiii). Les volumes de cette série visent à rendre compte, dans une même collection, des grandes décisions prises par le gouvernement du Canada en matière de politique étrangère en mettant l=accent sur les relations bilatérales et multilatérales les plus importantes, ainsi que sur les grands dossiers de la politique internationale à l=égard desquels les membres du Cabinet et les hauts fonctionnaires ont été amenés à prendre d=importantes décisions stratégiques. Par ailleurs, certains passages et certains noms ont été omis de façon à respecter les dispositions de la Loi sur l=accès à l=information et de la Loi sur la protection des renseignements personnels. Ces suppressions sont signalées dans le texte.

Les signes typographiques sont les mêmes que ceux décrits dans l=introduction du volume 9 (p. xix). Une croix (†) indique un document qui n=est pas imprimé. Les suppressions éditoriales sont signalées par une ellipse (Y). L=expression « groupe corrompu » signale des problèmes de décryptage dans la transmission du télégramme original. Les mots et les passages biffés par l=auteur, les notes marginales et les listes de destinataires sont indiqués en bas de page uniquement lorsqu=on a jugé que cela était important. À moins d=indication contraire, il faut supposer que les documents ont été lus par leur destinataire. Les noms propres et les noms de lieux ont été normalisés. Les réviseurs ont corrigé les fautes d=orthographe, de majuscule et de ponctuation. Tous les autres ajouts rédactionnels sont indiqués par des crochets. Les documents sont reproduits en anglais ou en français, selon la langue originale.

En faisant les recherches nécessaires à la rédaction de ce volume, j=ai pu compter sur l=assistance enthousiaste et efficace de Jennifer Anderson. Le personnel de Bibliothèque et Archives Canada m=a prodigué une aide et des conseils précieux, tout comme Rob Paul, du Diefenbaker Centre. Le manuscrit a été dactylographié et mis en pages par Aline Gélineau. Gail Kirkpatrick Devlin a dressé la liste des personnes et s=est chargée de la relecture de l=ensemble du manuscrit; dans les deux cas, elle a bénéficié du concours de Christopher Cook. Michael Stevenson a compilé l=index. Comme toujours, Aline, Gail, Chris et Michael se sont acquittés de leur travail dans la bonne humeur et avec un professionnalisme exemplaire. Le bureau de la traduction d=Affaires étrangères et Commerce international Canada a fourni les versions françaises des notes en bas de page et d=autres textes connexes. Le rédacteur en chef de la série, Greg Donaghy, a lu l=ensemble du manuscrit, ce qui lui a permis de formuler de nombreux commentaires constructifs. J=assume l=entière responsabilité du choix final des documents. Enfin, la publication de la série n=aurait pas été possible sans le soutien constant du directeur de la Direction de la recherche sur les politiques, Ariel Delouya.

JANICE CAVELL