Petites et moyennes entreprises exportatrices appartenant à des femmes - Analyse descriptive et comparative

Audrey Ann Bélanger Baur
Économiste, Direction de l’analyse commerciale et économique
Le Bureau de l'économiste en chef, Affaires mondiales Canada

2019-10-03

Table des matières

Remerciements

L’auteure souhaite remercier ses collègues du Bureau de l’économiste en chef, Direction de l’analyse commerciale et économique, pour leurs avis et suggestions, notamment Kévin Chuang et Julia Sekkel, ainsi que Lyming Huang de la Branche des petites entreprises du ministère de l’Innovation, des sciences et développement économique du Canada. Nancy Blanchet a aussi apporté un grand support à la révision du texte en français et en anglais. Finalement, la révision des statistiques présentées au cours de ce rapport de la part de Statistique Canada est reconnue.

Abstrait non-technique

Ce rapport présente une analyse des petites et moyennes entreprises (PME) qui exportent appartenant à des femmes, à des hommes et à parts égales entre les femmes et les hommes. Des recherches préalablement menées ont conclu que les PME appartenant majoritairement à des femmes sont sous-représentées parmi les exportateurs. Ceci implique que les entreprises appartenant à des femmes ne bénéficieraient pas autant que les autres des opportunités qu’offre le commerce international. Cependant, la proportion des PME détenues par des femmes qui exportent a considérablement augmentée entre 2011 et 2017, éliminant presque entièrement la différence dans la participation aux exportations entre les femmes et les hommes. Deux facteurs ayant contribués à ce changement ont été identifiés. Tout d’abord, les entreprises appartenant à des femmes ont tendance à être plus petite, mais un nombre croissant d’entreprises avec 1 à 19 employés exportaient en 2017 comparativement à 2011. En second lieu, les PME détenues par des femmes sont maintenant mieux représentées dans les industries enclines à l’exportation. Ainsi, l’écart dans la participation à l’exportation entre les hommes et les femmes s’est grandement atténué. Néanmoins, l’écart en entrepreneuriat selon les genres persiste. Les PME appartenant à des femmes représentent toujours moins de 16 % des PME en général, et un petit écart a été identifié dans la valeur des revenus dérivés des exportations entre les PME détenues par des femmes et les autres entreprises.

En bref :

  1. La représentation des femmes parmi les entrepreneurs stagne depuis 2011;
  2. Cependant, la représentation des PME appartenant à des femmes parmi les exportateurs a doublé de 2011 à 2017;
  3. En fait, les entrepreneures exportent davantage parce qu’elles sont plus actives dans les industries orientées vers l’exportation et parce que les plus petites entreprises exportent plus qu’auparavant;
  4. Néanmoins, alors que les revenus provenant des exportations (en pourcentage des revenus totaux) ont augmentés pour les PME détenues par des femmes, celles-ci sont tout de même légèrement en arriérage comparativement aux autres firmes.

Codes JEL : F13, F68, J16, L11, L25, L26

Sommaire

Le présent rapport analyse certaines tendances et caractéristiques  appuyant l’internationalisation des petites et moyennes entreprises (PME) exportatrices canadiennes en fonction du genre majoritaire de leurs propriétaires. Il se fonde sur des données tirées de l’Enquête sur le financement et la croissance des petites et moyennes entreprises de 2011, 2014 et 2017, de Statistique Canada. Les conclusions principales de ce rapport sont :

Ces résultats remarquables semblent être attribuables aux facteurs suivants :

Les PME détenues par des femmes ont réalisé des gains importants en ce qui concerne non seulement la marge extensive (proportion et nombre d’entreprises exportatrices), mais aussi la marge intensive, puisqu’une plus grande proportion de leurs revenus provient de l’exportation. Dans l’ensemble, l’intensité des exportations des PME s’est accrue pour tous les groupes sexospécifiques visés par la présente étude. Toutefois, ce sont les entreprises détenues par des femmes qui ont connu la croissance la plus remarquable, l’intensité de leurs exportations étant 2,5 fois (150 %) plus importantes en 2017 qu’en 2011 , par opposition à une augmentation moyenne de 22,9 % pour toutes les PME.

Pendant la même période, la proportion des entreprises exportatrices a augmenté pour toutes les PME (détenues par des hommes, par des femmes et à parts égales par des femmes et des hommes). En revanche, les PME détenues par des femmes ont été les seules à connaître une croissance forte et régulière avant et après 2014. Toutefois, malgré une réduction importante de l’écart dans la participation à l’exportation, ces PME représentent encore une proportion relativement faible de l’ensemble des exportateurs, notamment en raison de la persistance du déficit entrepreneurial : depuis 2011, la proportion de travailleuses autonomes a augmenté de 10,6 %, mais la proportion des PME détenues par des femmes est restée inchangée.

Introduction

Au Canada, les petites et moyennes entreprisesNote de bas de page 1 (PME) représentent 99,8 % de toutes les entreprises et emploient 89,7 % de tous les salariés du secteur privé (ISDE, 2019). Ce sont les raisons principales pour lesquelles les PME sont considérées comme un pilier fondateur de l’économie. Par ailleurs, comme le Canada est une petite économie ouverte, il est important de veiller à ce que toutes les entreprises puissent participer au commerce international et à ce que les avantages du commerce soient répartis dans l’ensemble de l’économie. L’inclusion du plus grand nombre possible d’entreprises dans le système commercial mondial a le potentiel d’avoir une incidence directe sur le niveau de vie des Canadiens, puisque les entreprises exportatrices s’avèrent plus productives et versent des salaires plus élevés (Ciuriak et coll., 2015).

Au cours des dernières générations, la participation des femmes au marché du travail n’a cessé d’augmenter, si bien que plus de 80,0 % des Canadiennes travaillent aujourd’hui, contre 23,5 % en 1953 (Statistique Canada, 2018). Ces dernières décennies, en plus d’intégrer le marché du travail, les Canadiennes sont de plus en plus nombreuses à fonder des entreprises. De 2011 à 2017, le nombre de travailleuses autonomes a progressé de 10,6 %, contre 5,4 % pour l’ensemble des travailleurs autonomes (Statistique Canada, Tableau 14-10-0027). En 2016, le taux d’activité entrepreneuriale en phase de démarrage des femmes a été plus élevé au Canada que dans toutes les autres économies comparables axées sur l’innovation, y compris les États-Unis, l’Australie, le Royaume-Uni et l’Europe (Hughes, 2017).Note de bas de page 2 Grâce à la participation pleine et entière de toutes les PME (c.-à-d. détenues par des femmes, par des hommes et à parts égales par des hommes et des femmes) aux chaînes de valeur mondiales, les propriétaires d’entreprises, les travailleurs et tous les Canadiens pourront profiter pleinement des avantages économiques découlant du commerce mondial.

Cette publication fournit des statistiques à jour sur les données présentées dans le rapport intitulé Petites et moyennes entreprises détenues majoritairement par des femmes publié par Industrie Canada en 2015 et dans le rapport PME exportatrices détenues majoritairement par des femmes au Canada publié par le Bureau de l’économiste en chef en 2016. Après un survol des publications récentes sur le sujet (section 1), le rapport présente une analyse comparative des résultats de l’internationalisation des PME canadiennes détenues par des femmesNote de bas de page 3, par des hommes et enfin à parts égales par des femmes et des hommes en examinant leur propension à l’exportation (section 2) et en analysant certaines caractéristiques d’entreprises susceptibles d’avoir une incidence sur la probabilité qu’une entreprise se livre à l’exportation (section 3).

PME détenues par des femmes

Cette section présente des obstacles à la croissance et au rendement des PME canadiennes détenues par des femmes identifiés dans la littérature, y compris les facteurs culturels, les possibilités de financement liées à l’innovation et la poursuite d’activités sur le Web, comparativement aux autres PME.

En 2016, les femmes canadiennes ont atteint le taux le plus élevé d’activité entrepreneuriale en phase de démarrage comparativement aux autres économies axées sur l’innovation, telles que  les États-Unis, l’Australie, le Royaume-Uni et l’Europe (Hughes, 2017). Toutefois, en 2004, Orser et coll. ont constaté que la plupart des femmes détenant une PME exportatrice croyaient que le genre avait une influence directe sur les activités, la capacité de croissance et l’internationalisation de leur entreprise. De plus, l’étude a tiré la conclusion suivante :

Les obstacles sexospécifiques qui pourraient entraver les activités d’exportation comprenaient des facteurs culturels et personnels tels que le manque de respect perçu par les hommes chefs d’entreprise, la bravade, le chauvinisme, le fait de ne pas être pris au sérieux, les hommes d’affaires qui refusent de faire affaire avec une femme et la vérification des décisions par l’entremise des hommes employés.  [Traduction libre]

Orser et coll., Exporting as a Means of Growth for Women-owned Canadian SMEs (L’exportation en tant que moyen d’améliorer la croissance des PME canadiennes détenues par des femmes), 2004

Plus d’une décennie plus tard, en 2018, un sondage mené auprès des PME clientes d’Exportation et développement Canada (EDC), l’organisme de crédit à l’exportation du Canada, a révélé que les femmes en affaires continuent de se heurter à des obstacles sexospécifiques au pays.Note de bas de page 4 Les défis signalés par les répondantes incluent les suivants :

Selon une étude récente (Beckton et coll., 2018), 90,0 % des entreprises canadiennes détenues par des femmes exercent leurs activités dans le secteur des services comparativement à 70,0 % des entreprises détenues par des hommes. De plus, les fonds de programmes d’innovation ciblent les innovations en matière de produits et de technologies plutôt qu’en matière de services et sont critiqués pour leur négligence face à d’autres types d’innovation (innovation de procédés, innovation en marketing et innovation organisationnelle). Ainsi, les types d’innovation reconnus par ces fonds sont plus susceptibles d’être mis de l’avant par des entreprises détenues par des hommes. Ces obstacles sexospécifiques à l’établissement et à la croissance d’une entreprise pourraient constituer des obstacles à l’internationalisation des PME détenues par des femmes, notamment à leur capacité en matière d’exportation. En outre, des données récentes suggèrent que les entreprises détenues par des femmes et par des hommes affichent des taux similaires d’innovation en produits. D’après les données de 2017 de l’Enquête sur le financement et la croissance des PME, 19,7 % des entreprises détenues par des femmes déclarent développer des innovations de produits comparativement à 18,9 % des PME détenues par des hommes, mais il semble y avoir un autre biais industriel en faveur des entreprises de haute technologie appartenant typiquement à des hommes (Beckton et coll., 2018).

Une analyse supplémentaire visant à évaluer la probabilité d’obstacles sexospécifiques à la croissance et à l’exportation des entreprises peut être effectuée en examinant la performance des entreprises de cybercommerce en fonction du genre majoritaire des propriétaires. Exercer ses activités en ligne offre un certain degré d’anonymat qui pourrait réduire la discrimination sexuelle potentielle. Selon un document de discussion du Centre international pour le commerce et le développement durable (Suominen, 2018), les entreprises dirigées par des femmes et exerçant leurs activités en ligne obtiennent des résultats similaires à ceux des entreprises dirigées par des hommes. Le document suggère en outre que les femmes obtiendraient de meilleurs résultats en ligne que hors ligne en tant que propriétaires d’entreprise, peut-être parce que le Web est plus indifférent aux questions de genre. Ainsi, la réglementation numérique pourrait avoir un impact disproportionné sur les femmes car elles ont une présence en ligne plus forte (Suominen, 2018). Selon l’Enquête sur le financement et la croissance des PME, 2017, les PME canadiennes détenues par des femmes sont légèrement plus susceptibles d’exploiter un site Web (55,5 %) que les autres PME (53,2 %), et offrent des options de paiement en ligne à des taux beaucoup plus élevés (11,7 %) que ceux des PME détenues par des hommes (8,0 %) et des PME détenues à parts égales par des femmes et des hommes (7,6 %). Comme le nombre d’entreprises en ligne ne cesse d’augmenter, soutenir les femmes propriétaires d’entreprises en ligne est une avenue qui pourrait aider à la croissance et à combler les écarts de rendement entre les entreprises détenues par des femmes et les autres entreprises.

Boîte 1 – Définitions des catégories de propriétaires de PME par genre

Boîte 1 – Définitions des catégories de propriétaires de PME par genre
Version texteLa boîte présente un graphique en arbre qui définit toutes les petites et moyennes entreprises (PME) pour chacune des différentes constitutions selon le genre décrites dans cette étude. Les PME sont réparties en trois catégories: celles appartenant à des femmes (qui possèdent donc plus de 50 % des parts), celles appartenant à parts égales par des femmes et des hommes (les femmes possédant donc 50 % des parts), et celles appartenant à des hommes (où les femmes possèdent moins de 50 % des parts). De plus, la catégorie des PME appartenant à des femmes est désagrégée en deux sous-composantes : les PME détenues exclusivement pas des femmes (qui possèdent donc 100 % des parts), et les PME détenues majoritairement par des femmes (où elles possèdent entre 51 % et 99% des parts). Réciproquement, la catégorie des PME appartenant à des hommes est subdivisée en deux sous-composantes : les PME détenues exclusivement par des hommes (les femmes possédant donc 0 % des parts), et les PME détenues majoritairement par des hommes (où les femmes possèdent entre 1 % et 49 % des parts).

PME exportatrices

Cette section présente l’évolution de la représentation des PME appartenant à des femmes au sein de l’ensemble des PME et au sein des PME exportatrice par rapport à celles détenues par des hommes et à parts égales par des femmes et des hommes. La capacité d’exportation est une caractéristique souvent envisagée pour classer les entreprises, car elles sont exposées à un nouvel ensemble de défis en matière de logistique, de concurrence, de financement et de connaissance des marchés étrangers. Les entreprises exportatrices se sont avérées empiriquement plus productives (Baldwin & Yan, 2015). Elles sont également importantes pour le Canada, car les exportations représentent près du tiers du produit intérieur brut du pays (Statistique Canada, Tableau 36-10-0222).

La figure 1 présente la répartition des PME selon le genre majoritaire des propriétaires entre 2011 et 2017. Une analyse visuelle permet d’identifier les tendances dans l’évolution des PME selon le genre majoritaire des propriétaires.  

Figure 1 – Répartition des PME selon le genre majoritaire des propriétaires, 2011, 2014, 2017

Figure 1 – Répartition des PME selon le genre majoritaire des propriétaires, 2011, 2014, 2017
Version texte

Toutes les PME

PME détenues par des femmes

PME détenues par des hommes

PME détenues à parts égales entre les femmes et les hommes

2011

15,5 %

66,4 %

18,1 %

2014

15,7 %

64,7 %

19,7 %

2017

15,6 %

63,5 %

20,9 %

Figure 1 – Répartition des PME selon le genre majoritaire des propriétaires, 2011, 2014, 2017
Version texte

PME exportatrices

PME détenues par des femmes

PME détenues par des hommes

PME détenues à parts égales entre les femmes et les hommes

2011

7,4 %

75,2 %

17,3 %

2014

11,2 %

70,4 %

18,4 %

2017

14,8 %

66,3 %

18,9 %

Source : Bureau de l’économiste en chef, Affaires mondiales Canada, à l’aide de données obtenues
 de l’Enquête sur le financement et la croissance des petites et moyennes entreprises, 2011,
 2014 et 2017 de Statistique Canada.

Globalement, depuis 2011, la proportion de PME appartenant à parts égales par des femmes et des hommes a augmenté et la proportion de PME détenues par des femmes est restée relativement stable, bien qu’elle ait augmenté en nombre. Toutefois, la deuxième partie de la figure 1 démontre que les proportions de PME exportatrices et de PME appartenant à parts égales par des femmes et des hommes ont toutes deux augmenté. Ainsi, les PME à propriété féminine ont affiché une propension à l’exportation plus élevée en 2017 par rapport aux années précédentes, bien qu’elles n’aient pas été représentées parmi toutes les PME. Quant aux PME appartenant à des hommes, bien que leur proportion par rapport à l’ensemble des exportateurs ait diminué, leur nombre a augmenté au même rythme que la population des PME au cours de cette période.Note de bas de page 5 En outre, les PME détenues par des hommes demeurent en tête pour ce qui est de la probabilité qu’elles exportent vers les marchés étrangers, comme l’illustre la figure 2.

Selon l’Enquête sur le financement et la croissance des PME de Statistique Canada, la proportion de PME exportatrices appartenant à des femmes a doublé entre 2011 et 2017, même si elles n’ont pas progressé quant à leur représentation dans la population globale des PME. Par conséquent, les PME détenues par des femmes ne sont plus nettement sous-représentées parmi les exportateurs par rapport à l’ensemble des PME et représentent environ 15 % des PME dans les deux tableaux de répartition (présentés à la figure 1). La figure 2 étaye cette conclusion en soulignant la propension à l’exportation des entreprises selon le genre majoritaire des propriétaires entre 2011 et 2017.

Figure 2 – Propension à l’exportation des PME selon le genre majoritaire des propriétaires, 2011, 2014, 2017

Figure 2 – Propension à l’exportation des PME selon le genre majoritaire des propriétaires, 2011, 2014, 2017
Version texte

 

2011

2014

2017

PME détenues par des femmes

5,0 %

8,4 %

11,1 %

PME détenues à parts égales par des femmes et des hommes

10,0 %

11,0 %

10,5 %

PME détenues par des hommes

11,8 %

12,8 %

12,2 %

Toutes les PME

10,4 %

11,8 %

11,7 %

 Remarque : La propension à l’exportation reflète le pourcentage des entreprises qui exportent.

 Source :  Bureau de l’économiste en chef, Affaires mondiales Canada, à l’aide de données obtenues de l’Enquête sur le financement et la croissance des petites et moyennes entreprises,  2011, 2014 et 2017 de Statistique Canada.

La propension à l’exportation de l’ensemble des PME canadiennes est demeurée pratiquement inchangée de 2014 à 2017, après avoir augmenté d’environ 13,5 % de 2011 à 2014. La propension à l’exportation des PME appartenant à parts égales par des femmes et des hommes et des PME exportatrices détenues par des hommes a suivi une tendance similaire à celle de la PME canadienne moyenne au cours de cette période. La proportion des PME à propriété féminine a connu une croissance importante et forte parmi les exportateurs entre 2011 et 2017, surpassant ainsi l’ensemble des PME. Alors que les PME détenues par des femmes accusaient un retard de 5,4 points de pourcentage par rapport à la moyenne en 2011, l’écart s’est constamment réduit au fil des ans et se situe maintenant à 0,6 point de pourcentage. Le taux d’établissement des PME canadiennes détenues par des femmes s’est accru à un rythme sans précédent comparativement aux chiffres historiques, taux qui dépasse même celui des PME appartenant à des hommes (Hughes, 2017, p. 6). En fait, d’après les tendances des 20 dernières années, les Canadiennes sont plus susceptibles de lancer une entreprise que les autres femmes ailleurs dans le monde (Young, 2017).

Malgré les obstacles susmentionnés, ces dernières années, la croissance de la proportion de PME exportatrices détenues par des femmes a été supérieure à celles de leurs homologues.

 Plusieurs raisons pourraient expliquer l’augmentation récente du nombre de PME exportatrices détenues par des femmes. Par exemple la migration vers des industries qui exportent plus, ou qui connaissent une forte croissance, le succès des programmes et services gouvernementaux leur étant destinés, ou une tendance des PME exportatrices à changer le genre majoritaire des propriétaires au bénéfice des femmes. Par ailleurs, cela pourrait tout aussi bien indiquer que les PME détenues par des femmes ont réussi à accroître leurs efforts en matière d’exportation. En effet, l’internationalisation pourrait être l’une de leurs stratégies de croissance et elle pourrait s’avérer plus fréquente pour les entreprises de plus petite taille et exerçant principalement leurs activités dans le secteur des services pour l’exportation, comme les entreprises du commerce et des échanges électroniques.

Caractéristiques d’entreprise particulières

Cette section analyse certaines caractéristiques des PME détenues par des femmes, les comparant à leurs homologues, afin d’expliquer et de comprendre les facteurs qui ont mené à une croissance de la propension à l’exportation des PME détenues par des femmes. Les résultats de recherches antérieures ont démontré que les femmes propriétaires d’entreprise, bien que généralement plus instruites et ayant plus d’expérience en gestion, exportent à un taux inférieur à celui des PME détenues à parts égales par des femmes et des hommes et des PME détenues par des hommes parce qu’elles ont tendance à compter moins d’employés et à exercer leurs activités dans des industries moins susceptibles d’exporter (AMC, 2016; ISDE, 2015; Grekou et coll., 2018).

i. Taille de l’entreprise

Il est possible de classer les entreprises soit par taille selon le nombre d’employés ou par le montant annuel des recettes brutes. La taille de l’entreprise définie par le nombre d’employés est la mesure la plus couramment utilisée au Canada, et on s’attend à ce qu’il y ait peu de perte d’information puisque les deux caractéristiques sont fortement corrélées. La figure 3 démontre qu’en 2017, la propension à l’exportation selon la taille de l’entreprise a suivi une tendance à la hausse semblable à celle des années précédentes.

Figure 3 – Propension à l’exportation selon la taille de l’entreprise, 2011, 2014, 2017

Figure 3 – Propension à l’exportation selon la taille de l’entreprise, 2011, 2014, 2017
Version texte

 

2011

2014

2017

Micro (1-4 employés)

7,7 %

9,1 %

9,9 %

Très petites (5-19 employés)

11,2 %

12,4 %

12,0 %

Petites (20-99 employés)

19,2 %

20,7 %

17,0 %

Moyennes (100-499 employés)

34,4 %

25,0 %

29,1 %

Source:  Bureau de l’économiste en chef, Affaires mondiales Canada, à l’aide de données obtenues  de l’Enquête sur le financement et la croissance des petites et moyennes entreprises, 2011,  2014 et 2017 de Statistique Canada.

Toutefois, la répartition des PME selon le genre des propriétaires et la taille de l’entreprise est déséquilibrée, les PME détenues par des hommes gagnant en représentativité avec la taille croissante de l’entreprise (nombre d’employés), comme le démontre la figure 4.

Figure 4 – Répartition des propriétaires de PME par genre selon la taille de l’entreprise, 2017

Figure 4 – Répartition des propriétaires de PME par genre selon la taille de l’entreprise, 2017
Version texte

 

PME détenues par des femmes

PME détenues à parts égales par des femmes et des hommes

PME détenues par des hommes

Micro (1-4 employés)

17,2 %

20,3 %

62,5 %

Très petites (5-19 employés)

14,4 %

23,3 %

62,3 %

Petites (20-99 employés)

11,9 %

18,5 %

69,6 %

Moyennes (100-499 employés)

8,1 %

12,3 %

79,6 %

Source: Bureau de l’économiste en chef, Affaires mondiales Canada, à l’aide de données obtenues de l’Enquête sur le financement et la croissance des petites et moyennes entreprises, 2017 de Statistique Canada.

Les plus grandes entreprises peuvent plus facilement répondre à une demande accrue et disposent de ressources supplémentaires pour atteindre leurs clients étrangers. Il n’est donc pas surprenant de constater que les PME détenues par des hommes figurent majoritairement parmi les exportateurs, puisqu’elles englobent la majorité des grandes PME. Les tendances générales selon le genre des propriétaires présentées à la figure 4 ressemblent à celles observées en 2011 et 2014, à l’exception d’un déplacement marginal des PME détenues par des femmes vers des entreprises de plus grande taille. La composition des PME détenues par des femmes, selon la taille de l’entreprise, a légèrement changé de 2011 à 2017, puisque 1,9 % des PME détenues par des ont migré vers des petites et moyennes entreprises, délaissant les micro ou très petites firmes. La figure 5 illustre cette évolution entre 2011 et 2017.  

Figure 5 – Évolution de la répartition des PME détenues par des femmes selon la taille de l’entreprise, 2011-2017

Figure 5 – Évolution de la répartition des PME détenues par des femmes selon la taille de l’entreprise, 2011-2017
Version texte

 

Changement entre 2011 et 2017

Micro (1-4 employés)

+1,5 %

Très petites (5-19 employés)

-3,3 %

Petites (20-99 employés)

+1,4 %

Moyennes (100-499 employés)

+0,5 %

Source: Bureau de l’économiste en chef, Affaires mondiales Canada, à l’aide de données obtenues de l’Enquête sur le financement et la croissance des petites et moyennes entreprises, 2011 et 2017 de Statistique Canada.

Toutefois, cette évolution n’est pas suffisamment prononcée pour expliquer les changements importants identifiés dans la propension à l’exportation présentés à la figure 2. En effet, lorsqu’on estime la contribution de la propension croissante à l’exportation des microentreprises et des très petites entreprises (voir figure 3) par rapport à la propension globale des PME détenues par des femmes à l’exportation, on ne constate aucune retombée significative. Au fil des ans, la propension à l’exportation reste inchangée, autour de 11,1 %, lorsque l’on attribue la propension à l’exportation par taille d’entreprise de 2017 (figure 3) à la répartition annuelle des propriétaires par genre.Note de bas de page 6 Les résultats contrefactuels partiels présentés ici sont motivés par deux facteurs : la propension croissante à l’exportation par taille d’entreprise (2017 présenté dans la figure 4) et le déplacement marginal des PME détenues par des femmes vers des entreprises de plus grande taille, le facteur dominant étant le premier. L’essor du commerce électronique et la transformation numérique de l’économie offrent aujourd’hui aux plus petites entreprises de plus grandes possibilités de s’internationaliser. Bien que les PME détenues par des hommes soient de plus grandes entreprises qui sont plus enclines à l’exportation, l’augmentation de la propension à l’exportation des PME détenues par des femmes et des PME détenues à parts égales par des femmes et des hommes (voir la figure 2) suggère qu’elles ont probablement bénéficié des nouveaux canaux d’exportation créés par le commerce numérique qui sont plus accessibles aux petites entreprises.

Les PME détenues par des femmes sont surreprésentées parmi les microentreprises, car plus de 60 % de celles-ci  se classent dans cette catégorie. Les PME détenues à parts égales par des femmes et des hommes sont sous-représentées parmi les petites et moyennes entreprises par rapport aux PME détenues par des hommes. La proportion de PME détenues à parts égales par des femmes et des hommes parmi les petites entreprises a augmenté depuis 2014 (23.3 % en 2017), elle était supérieure de moins d’un point de pourcentage (20.2 %) relativement à la moyenne des PME (19.7 %). Cette forte augmentation pourrait être le signe d’un changement de tendance vers l’égalité des genres sur le plan de la propriété. Toutefois, l’enquête ne permet pas d’analyser les entrées, les sorties et l’évolution au fil du temps des entreprises et du genre majoritaire des propriétaires. Ainsi, bien que les PME détenues par des femmes aient tendance à être légèrement plus grandes qu’en 2011 et 2014, leur propension accrue à l’exportation semble être attribuable à un plus grand nombre de petites entreprises exportatrices plutôt qu’à une présence accrue des PME détenues par des femmes parmi les grandes PME.

ii. Secteur d’activité

Outre la taille de l’entreprise, le secteur d’activité d’une entreprise est un facteur important déterminant la probabilité d’exporter d’une entreprise. Certaines industries sont plus concentrées localement, comme la construction et la restauration, tandis que d’autres sont plus enclines à l’exportation, par exemple le secteur manufacturier et le commerce de gros. La figure 6 présente le pourcentage de PME qui exportent en fonction de leur secteur d’activité.

Figure 6 – Propension à l’exportation par industrie, 2017

Figure 6 – Propension à l’exportation par industrie, 2017
Version texte

 

Export Propensity

Manufacturier

35,2 %

Commerce de gros

24,0 %

Services professionnels, scientifiques et techniques

20,4 %

Transport et entreposage

19,4 %

Commerce de detail

10,4 %

Industries culturelles et de l’information

8,7 %

Agriculture, foresterie, pêche et chasse; Extraction minière, exploitation en carrière, et extraction pétrolière et gazière

6,8 %

Hébergement et restauration

5,3 %

Autres services

5,0 %

Construction

1,9 %

Remarque : L’industrie de l’information et l’industrie culturelle (SCIAN 51) comprend également les
 industries suivantes : immobilier et location (SCIAN 53), services administratifs et services
 de soutien, services de gestion des déchets et services d’assainissement (SCIAN 56)
, soins
 de santé et services sociaux (SCIAN 62)
, arts, spectacles et loisirs (SCIAN 71).
Source :  Bureau de l’économiste en chef, Affaires mondiales Canada, à l’aide de données
 obtenues de l’Enquête sur le financement et la croissance des petites et moyennes
 entreprises, 2017 de Statistique Canada.

La figure 7 illustre l’évolution sectorielle des PME détenues par des femmes de 2011 à 2017. Bien que les PME détenues par des femmes n’exportent pas autant que les PME détenues par des hommes ou à parts égales par des femmes et des hommes, elles sont plus susceptibles d’exporter si elles exercent leurs activités dans une industrie axée sur l’exportation, tel qu’illustré à la figure 6.

Figure 7 – Représentation des PME détenues par des femmes par industrie, 2011, 2014, 2017

Figure 7 – Représentation des PME détenues par des femmes par industrie, 2011, 2014, 2017
Version texte

 

2011

2014

2017

Manufacturier

6,5 %

8,8 %

12,1 %

Commerce de gros

6,8 %

8,7 %

9,1 %

Services professionnels, scientifiques et techniques

14,2 %

15,8 %

14,8 %

Transport et entreposage

8,9 %

8,1 %

7,1 %

Commerce de detail

24,4 %

22,0 %

24,3 %

Industries culturelles et de l’information

22,4 %

24,1 %

23,7 %

Agriculture, foresterie, pêche et chasse; Extraction minière, exploitation en carrière, et extraction pétrolière et gazière

4,8 %

6,2 %

5,5 %

Hébergement et restauration

25,4 %

21,4 %

19,9 %

Autres services

23,7 %

23,0 %

25,1 %

Construction

5,1 %

5,1 %

4,0 %

Source:  Bureau de l’économiste en chef, Affaires mondiales Canada, à l’aide de données obtenues de l’Enquête sur le financement et la croissance des petites et moyennes entreprises, 2011, 2014 et 2017 de Statistique Canada.

Les changements sectoriels expliquent en partie la propension croissante des PME détenues par des femmes à l’exportation. Voici les tendances les plus importantes :

Voici d’autres changements sectoriels significatifs :

La représentation des PME appartenant à des femmes, par industrie, est affectée par deux facteurs : la croissance du nombre d’entreprises dans ce secteur comparativement au reste de l’économie, et l’entrée et la sortie relative des PME appartenant à des femmes dans chacune des industries en comparaison à leurs homologues. Par exemple, la représentation des PME appartenant à des femmes dans l’industrie du transport et de l’entreposage a diminué continuellement de 2011 à 2017 (figure 7), mais la répartition des entreprises appartenant à des femmes dans cette industrie comparativement aux autres secteurs est demeurée stable, autour de 3,0 %, au cours de la même période (figure 8). Ceci suggère que les PME appartenant à des hommes et à parts égales entre des femmes et des hommes ont davantage contribué à la croissance de cette industrie dans l’économie que les PME appartenant à des femmes.

Le contraire s’est produit dans l’industrie du commerce de gros où les PME appartenant à des femmes ont maintenu une faible proportion comparativement aux autres secteurs, mais ont néanmoins vu leur représentation dans l’industrie croître continuellement. De plus, la représentation accrue des femmes dans le secteur manufacturier est le résultat d’une réorientation de celles-ci vers ce secteur au détriment d’autres industries, comme l’hébergement et les services alimentaires. En outre, la concentration des femmes dans les industries culturelles et de l’information, et des services professionnels, scientifiques et techniques, deux industries avec une propension à l’exportation relativement élevée, a crue de façon significative de 2011 (37,4 %) à 2017 (44,0 %), alors que leur représentation dans ces industries n’a qu’augmentée légèrement. La répartition des PME appartenant à des femmes à travers les industries est présentée dans la figure 8.

Figure 8 – Répartition industrielle des PME appartenant à des femmes, 2011, 2014, 2017

Figure 8 – Répartition industrielle des PME appartenant à des femmes, 2011, 2014, 2017
Version texte

 

2011

2014

2017

Manufacturing

11,4 %

10,8 %

11,1 %

Wholesale Trade

21,4 %

18,2 %

17,9 %

Professional, Scientific and Technical Services

26,7 %

29,6 %

30,3 %

Transportation and Warehousing

14,4 %

12,8 %

10,6 %

Retail Trade

10,7 %

11,4 %

13,7 %

Information and Cultural Industries

2,8 %

3,6 %

4,4 %

Agriculture, Forestry, Fishing, Hunting; Mining and Oil and Gas Extraction

2,7 %

3,2 %

3,0 %

Accommodation and Food Services

2,9 %

2,7 %

2,6 %

Other Services

2,1 %

2,5 %

2,2 %

Construction

5,0 %

5,3 %

4,2 %

Source:  Bureau de l’économiste en chef, Affaires mondiales Canada, à l’aide de données obtenues de l’Enquête sur le financement et la croissance des petites et moyennes entreprises, 2011, 2014 et 2017 de Statistique Canada.

Attribuer la propension à l’exportation par industrie pour chacune des années (2011, 2014 et 2017) à la répartition des PME détenues par des femmes dans toutes les industries en 2017 permet d’estimer l’impact de ces changements sur l’évolution de la propension à l’exportation des PME détenues par des femmes. Par exemple, la proportion des PME détenues par des femmes dans le secteur manufacturier est passée de 6,5 % en 2011 à 12,2 % en 2017 (figure 7). Autrement dit, une augmentation de 57.1 % dans la proportion des PME appartenant à des femmes dans le secteur manufacturier par rapport aux autres secteurs (figure 8). Tel que mentionné précédemment, en 2017, le secteur manufacturier affichait la propension à l’exportation la plus élevée de toutes les industries, soit 35,2 %. Simultanément, la proportion des entreprises détenues par des femmes dans le secteur de l’hôtellerie et de la restauration est passée de 25,4 % en 2011 à 19,9 % en 2017 (figure 7), soit une diminution de 26.4 % des PME appartenant à des femmes au profit de d’autres secteurs (figure 8). Il s’agit d’une industrie dont la propension à l’exportation est relativement faible, soit 5,3 %. Compte tenu du fait que ces chiffres sont des moyennes, si l’on maintient la propension à l’exportation au niveau de 2017, mais sans tenir compte d’autres facteurs, on peut démontrer que ces changements sectoriels ont eu un impact significatif sur l’évolution de la propension à l’exportation des entreprises détenues par des femmes. En effet, l’analyse contrefactuelle partielle démontre que les PME détenues par des femmes auraient eu une propension à l’exportation estimée à 8,4 % en 2011 et à 10,0 % en 2014, au lieu de 5,0 % et 8,4 %, respectivement.Note de bas de page 7 Ainsi, en plus des petites PME qui exportent plus qu’auparavant, les changements au niveau des secteurs d’activité des entreprises détenues par des femmes semblent être un facteur important menant à leur propension accrue à l’exportation avec le temps.

L’entrée accrue d’entreprises détenues par des femmes dans des secteurs exportateurs traditionnellement dominés par les hommes, qui versent généralement des salaires plus élevés, conduit à une économie plus inclusive. De plus, à mesure que la valeur et le nombre d’entreprises de ces secteurs augmentent, les avantages sont partagés entre un plus grand nombre de personnes.

iii. Intensité des exportations

L’intensité moyenne des exportationsNote de bas de page 8 des PME selon le genre majoritaire des propriétaires contextualise la propension à l’exportation en comparant la proportion des entreprises qui exportent au pourcentage moyen de leurs revenus provenant de ventes à l’étranger. Les entreprises à forte croissance affichent des intensités d’exportation plus élevées (de près de 10 %) que les entreprises sans croissance, soit environ 3 % (Statistique Canada, Enquête sur le financement et la croissance des PME (EFCPME), 2017). Cette tendance est probablement corrélée aux intentions de croissance des entreprises. En effet, une entreprise davantage axée sur le marché intérieur ne s’efforcera pas d’accroître la proportion de ses revenus qui provient des exportations. Toutefois, les données démontrent clairement qu’entre 2011 et 2017, l’intensité d’exportation des PME détenues par des femmes a considérablement augmentée. La figure 9 présente le pourcentage moyen des ventes des PME exportatrices à l’étranger selon le genre majoritaire des propriétaires.

Figure 9 – Pourcentage moyen des ventes réalisées à l’extérieur du Canada par genre majoritaire de propriétaires, 2011 et 2017

Figure 9 – Pourcentage moyen des ventes réalisées à l’extérieur du Canada par genre majoritaire de propriétaires, 2011 et 2017
Text version

 

2011

2017

PME détenues exclusivement par des femmes

1,6 %

2,8 %

PME détenues majoritairement par des femmes

0,5 %

7,2 %

PME détenues à parts égales par des femmes et des hommes3,5 %3,9 %

PME détenues majoritairement par des hommes

4,1 %

5,3 %

PME détenues exclusivement par des hommes

3,9 %

4,4 %

Source : Bureau de l’économiste en chef, Affaires mondiales Canada, à l’aide de données obtenues de l’Enquête sur le financement et la croissance des petites et moyennes entreprises, 2011 et 2017 de Statistique Canada.

Tous les groupes sexospécifiques de PME ont augmenté leur intensité d’exportation de 2011 à 2017, et plus particulièrement les PME détenues par des femmes. Ainsi, au cours de la période 2011 à 2017, non seulement une plus grande proportion des PME détenues par des femmes ont exporté, mais leurs exportations représentaient un pourcentage plus élevé de leurs ventes, ce qui témoigne de leur intégration croissante dans l’économie mondiale.

Toutefois, la figure 9 identifie un cas particulier : les PME à propriété majoritairement féminine, c’est-à-dire les entreprises dont les femmes détiennent de 51 à 99 % des parts. Ce groupe a connu le changement le plus important au niveau de l’intensité des exportations de 2011 à 2017, passant du groupe le moins intensif en exportations au groupe le plus intensif en exportations. Toutefois, la plupart des PME détenues par des femmes sont des PME à propriété exclusivement féminine, c’est-à-dire appartenant à 100 % à des femmes. Plus de 80 % des PME à propriété féminine sont détenues exclusivement par des femmes, de sorte qu’en moyenne, les PME appartenant à des femmes ont affiché une propension moyenne à l’exportation de 3,5 % en 2017, contre 1,4 % en 2011. De même, les PME détenues exclusivement par des hommes constituent la majorité des PME appartenant à des hommes (majoritairement et exclusivement). Le pourcentage moyen des ventes à l’étranger des PME détenues par des hommes s’est établi à 3,9 % en 2011 et a augmenté à 4,5 % en 2017.

iv. Commerce d’importation

Non seulement les PME détenues par des femmes ont accru leurs activités à l’exportation dans  l’économie mondiale, mais des données récentes démontrent qu’elles sont également actives sur le plan de l’importation, au même titre que les autres PME canadiennes (voir tableau 1).

Tableau 1 - Propension à l’importation des PME selon le genre majoritaire des propriétaires, 2017

Marchandises ou services importés en tant qu’intrants intermédiaires

Marchandises importées aux fins de revente telles quelles

Services importés

Appartenant exclusivement à des hommes

12,3 %

12,6 %

4,7 %

Appartenant majoritairement à des hommes

16,5 %

17,9 %

5,7 %

Appartenant à parts égales femmes -hommes

12,4 %

12,7 %

3,2 %

Appartenant majoritairement à des femmes

11,7 %

19,7 %

4,7 %

Appartenant exclusivement à des femmes

9,0 %

14,1 %

2,6 %

PME moyenne

12,3 %

13,6 %

4,2 %

Source : Bureau de l’économiste en chef, Affaires mondiales Canada, à l’aide de données obtenues de l’Enquête sur le financement et la croissance des petites et moyennes entreprises 2017 de Statistique Canada.

Les PME détenues par des femmes semblent être assez bien représentées sur le plan des activités d’importation. L’activité d’importation des PME selon le genre majoritaire des propriétaires offre un aperçu du type d’entreprise qu’elles exploitent. Par exemple, près d’une PME appartenant majoritairement à des femmes sur cinq a déclaré importer des marchandises de l’extérieur du Canada pour les revendre telles quelles, ce qui est une activité d’importation associée au commerce électronique. Ce taux supérieur à la moyenne suggère que de nombreuses PME détenues par des femmes exercent leurs activités au moyen du cybercommerce. Les PME, quel que soit le genre majoritaire des propriétaires, qui se lancent dans le commerce électronique sont plus susceptibles d’exporter et d’importer que les autres PME qui n’exercent pas d’activités en ligne (Suominen, 2018).

Le commerce électronique est une industrie précédemment identifiée comment offrant des opportunités d’exportation aux micros et très petites entreprises. Une analyse plus approfondie de l’impact du commerce numérique, et plus particulièrement du commerce électronique, dans le contexte de la diversification du commerce, sera incluse dans une prochaine publication sur les PME exportatrices à propriété féminine.

Conclusion

L’analyse des différences systématiques fondées sur le genre majoritaire des propriétaires de PME canadiennes est utile pour cerner les domaines dans lesquels, dans le cours des affaires, les entrepreneurs peuvent être sujets à des traitements différents en raison du genre. Bien qu’aucun lien de causalité ne soit identifié à partir de la base des données utilisée, les expériences respectives des femmes et des hommes en affaires diffèrent, même si les lois, réglementations et pratiques commerciales sont réputées être non sexistes.

La proportion de PME exportatrices appartenant à des femmes a doublé entre 2011 et 2017. De plus, les PME détenues par des femmes, contrairement à celles détenues par des hommes et celles détenues à parts égales par des femmes et des hommes, ont vu leur propension à l’exportation (proportion des exportateurs) augmenter en 2017 par rapport à 2014. En fait, la propension à l’exportation des PME à propriété féminine n’a cessé de s’améliorer depuis 2011 et cela est dû en partie aux plus petites entreprises, parmi lesquelles les entreprises détenues par des femmes représentent un pourcentage proportionnellement plus élevé, qui pénètrent plus rapidement les marchés internationaux et en partie en raison de l’évolution des secteurs dans lesquels les PME appartenant à des femmes ont tendance à exercer leurs activités.

Dans l’ensemble, l’intensité des exportations des PME a augmenté pour tous les groupes sexospécifiques visés par cette étude, mais les entreprises appartenant à des femmes ont connu la croissance la plus remarquable entre 2011 et 2017, l’intensité de leurs exportations étant 2,5 fois (150 %) plus importantes en 2017 qu’en 2011 comparativement à une augmentation moyenne de 22,9 % pour toutes les PME. Il semble que cette forte intensité d’exportation puisse être liée aux activités des entreprises détenues par des femmes dans le commerce électronique, notamment les PME détenues majoritairement par des femmes
(51 % à 99 %), qui ont accru à la fois leurs activités d’importation pour la revente et leurs activités d’exportation.

Les constations présentées dans ce document constituent un pas en avant pour éclairer les négociations commerciales et l’élaboration de politiques visant à tenir compte du contexte socioéconomique national des femmes et des hommes qui dirigent des entreprises canadiennes, et ce, afin de leur permettre de pénétrer les marchés internationaux et d’y exercer leurs activités.

Les PME détenues par des femmes semblent avoir considérablement réduit l’écart dans la participation à l’exportation, mais elles représentent encore une proportion relativement faible de l’ensemble des exportateurs en raison de la persistance d’un déficit entrepreneurial : le nombre de travailleuses autonomes a augmenté de 10,6 %, mais la proportion des PME détenues par des femmes demeure la même depuis 2011.

Références

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Beckton et coll., The Beacon Agency, Université de Carleton, groupe financier BMO et le gouvernement du Canada, Everywhere, Every Day Innovation. Women Entrepreneurs and Innovation, février 2018.

Catherine Décarie, Exportation et développement Canada, blogue, L’importance des femmes entrepreneures pour le Canada et le commerce international, mars 2018.

Ciuriak et coll., Politique globale, Firms in International Trade: Trade Policy Implications of the New Trade Theory, Volume 6, numéro 2, mai 2015.

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Hughes, K., Global Entrepreneurship Monitor, GEM Canada Report on 2015/16 Women’s Entrepreneurship, novembre 2017.

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Orser, B., Riding, A. and Townsend, J., Exporting as a Means of Growth for Women-owned SMEs, Journal of Small Business and Entrepreneurship 17, no 3 (Été 2014), pp. 153-176.

Direction générale de la petite entreprise, Industrie Canada, Petites et moyennes entreprises détenues majoritairement par des femmes, Édition spéciale des Principales statistiques relatives aux petites entreprises, mai 2015.

Statistique Canada, Le Quotidien, Mégatendances canadiennes, L'avènement des femmes dans le milieu de travail, 17 mai 2018.

Statistique Canada, Enquête sur le financement et la croissance des petites et moyennes entreprises, 2011, EFCPME, publiée par Innovation, Sciences et Développement économique Canada.

Statistique Canada,  Enquête sur le financement et la croissance des petites et moyennes entreprises, 2014, EFCPME, publiée par Innovation, Sciences et Développement économique Canada.

Statistique Canada,  Enquête sur le financement et la croissance des petites et moyennes entreprises, 2017, EFCPME, publiée par Innovation, Sciences et Développement économique Canada.

Suominen, K., International Centre for Trade and Sustainable Development, Document de discussion, Women-Led Firms on the Web: Challenges and Solutions, octobre 2018.

Université d’Ottawa, Telfer School of Management, Taskforce for Women’s Business Growth, recommandations de la table ronde du groupe de travail, novembre 2011.

Young, Lesley, Canadians are most active women entrepreneurs in the world, Université de l’Alberta, décembre 2017.

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