Guatemala : Croissance économique verte et inclusive favorisant les femmes et les jeunes autochtones – Document d’information

Affaires mondiales Canada invite les organisations canadiennes à soumettre des propositions de projets pour l’appel de propositions « Guatemala : Croissance économique verte et inclusive favorisant les femmes et les jeunes autochtones ». Cet appel vise à stimuler l’innovation afin d’accroître l’autonomisation économique des femmes et des jeunes, en particulier de communautés autochtones, grâce au renforcement des pratiques d’affaires novatrices dans les entreprises de petite envergure et à la création d’emplois décents. Il cible plus particulièrement les départements d’Alta Verapaz, Chimaltenango et Sololá, où le Canada est déjà présent, tout en soutenant des actions à portée nationale afin de faciliter la diffusion des résultats et d’assurer leur durabilité à long terme.

Contexte économique au Guatemala

Le Guatemala a l’une des répartitions les plus inéquitables de la richesse et de la propriété foncière en Amérique latine. Il est aussi l’un des rares pays de la région où la pauvreté a augmenté au cours de la dernière décennie. Plus de la moitié (59 p. 100) de la population guatémaltèque vit sous le seuil de la pauvreté, et 23 p. 100 vit dans l’extrême pauvreté (INE, 2015). Les taux élevés de chômage et d’emploi précaire, le faible niveau d’éducation, la discrimination ethnique et l’exclusion sociale sont les principaux facteurs de l’extrême pauvreté. En outre, la faible productivité, l’insuffisance des infrastructures, la corruption, la criminalité et l’impunité entravent la croissance économique et limitent l’accès aux emplois formels.

Selon un sondage de l’institut national de la statistique du Guatemala (2014), le département d’Alta Verapaz est le plus pauvre du pays, talonné par celui de Sololá. Dans le département d’Alta Verapaz, le taux de pauvreté et d’extrême pauvreté touche respectivement 83 p. 100 et 53 p. 100 de la population. Son économie repose principalement sur l’agriculture et l’industrie textile artisanale. Quant à Sololá, le taux de pauvreté s’y élève à 80,9 p. 100, et son économie repose principalement sur l’agriculture et le tourisme. Ces dernières années, ce département a connu une hausse importante de la migration, de la part notamment d’un grand nombre de jeunes non accompagnés. Enfin, dans le département de Chimaltenango, où le taux de pauvreté s’élève à 65,6 p. 100, l’activité agricole et le commerce en général constituent des secteurs économiques importants. Ses populations rurales pauvres migrent souvent vers les centres urbains du département, lesquels ont des taux d’homicide et d’exploitation sexuelle au-dessus de la moyenne nationale. Ce département a aussi été fortement touché par 36 ans de guerre civile, laissant des cicatrices qui causent encore à ce jour des conflits sociaux.

D’autre part, le racisme, la discrimination et l’exclusion sont présents dans toutes les sphères de la société guatémaltèque, mais ils touchent plus particulièrement les femmes, les jeunes et les autochtones, ce qui alimente le cercle vicieux de la pauvreté. Ces groupes ont historiquement été exclus des processus de consultations et de développement. Par ailleurs, l’absence d’accès à la justice et les attaques dont sont l’objet les organisations de la société civile qui défendent les droits de la personne peuvent empêcher ces groupes vulnérables et marginalisés de faire valoir leurs droits. C’est pourquoi une approche fondée sur les droits de la personne et sur un dialogue respectueux est essentielle dans le contexte guatémaltèque.

Statut des femmes au Guatemala

Au Guatemala, les inégalités entre les sexes sont perpétuées par des normes sociales discriminatoires qui portent préjudice aux femmes et aux filles ainsi que par un ancrage des rôles traditionnels de genre, ce qui nuit considérablement aux efforts de développement. En effet, le Guatemala est caractérisé comme étant une société patriarcale, où la prise de décisions ainsi que l’accès et le contrôle aux ressources sociales, politiques et économiques au sein des populations ladinos et autochtones ont historiquement été contrôlés par les hommes. Le taux d’activité économique des femmes au Guatemala est aussi plus faible qu’ailleurs en Amérique latine. Par exemple, bien qu’elles forment 53 p. 100 de la population en âge de travailler (INE et SEPREM, 2013), les femmes ne représentent que 35 p. 100 de la population économiquement active (INE, 2015). La plus faible participation des femmes au marché du travail est observée dans les zones rurales (30,2 p. 100 de femmes actives contre 88 p. 100 d’hommes). Les femmes guatémaltèques sont par ailleurs surtout présentes dans les secteurs des services (34,4 p. 100) et du commerce (37 p. 100).

La pleine participation des femmes au développement économique est limitée par les inégalités territoriales, ethniques et sexospécifiques. L’exclusion et le racisme ont engendré une forme systémique de violence et de discrimination qui touche davantage les femmes autochtones, en particulier dans les zones rurales. Le taux élevé d’analphabétisme chez les femmes ainsi que les barrières qui entravent leur accès à la formation technique et professionnelle limitent leurs possibilités de participer à l’économie formelle et d’intégrer des secteurs non traditionnels et prometteurs. En outre, l’accès limité à des services de santé sexuelle et reproductive, qui accentue le phénomène de grossesses précoces chez les adolescentes et de mortalité maternelle, compromet les droits des filles à accéder à l’éducation et à réaliser leur plein potentiel, ce qui restreint davantage leurs perspectives d’emploi et augmente leur dépendance économique. En milieu de travail, les femmes se butent à des conditions de travail précaires, à la violence, au harcèlement sexuel et aux inégalités salariales, et le rôle et la contribution des femmes au sein du secteur agricole sont peu reconnus. L’augmentation des possibilités pour les femmes d’obtenir un emploi décent requiert donc la réduction des barrières sexospécifiques à l’intégration et au maintien des femmes sur le marché du travail.

En plus des obstacles cités précédemment, les femmes guatémaltèques propriétaires d’entreprises de petite envergure se heurtent à un accès et à un contrôle très limités des ressources productives, comme l’accès à la propriété foncière, aux terres, aux capitaux, au crédit et aux technologies. Les préjugés à l’égard de la participation des femmes à des groupes tels que les coopératives, les associations de producteurs et les chambres de commerce, ainsi qu’à l’égard de leur présence à des postes décisionnels au sein d’organisations communautaires, restreignent également leur accès aux intrants, à l’information et aux marchés.

Les stratégies d’autonomisation économique doivent viser avant tout les facteurs qui aident les femmes à se tailler une place sur le marché et à y réussir. Elles doivent permettre, entre autres, de rehausser les compétences, d’accroître l’accès à des ressources productives, d’améliorer les environnements favorables et institutionnels, et d’aider les femmes à pouvoir prendre des décisions et à y donner suite pour tirer parti de la croissance et du développement économiques. Il est essentiel de prendre en compte les facteurs socioculturels qui limitent la capacité des femmes à interagir avec les marchés et à y trouver leur profit, comme l’absence de rémunération, la répartition inéquitable du travail ménager et des soins, la mobilité limitée ainsi que l’omniprésence de la violence sexuelle et fondée sur le genre.

Le gouvernement guatémaltèque s’est doté de diverses politiques publiques et stratégies et de plans nationaux pour éliminer les inégalités entre les sexes et les groupes ethniques, dont une politique nationale pour la promotion et le développement intégral des femmes (2008-2023) et un plan pour l’égalité des chances. Cependant, les institutions consacrées à l’autonomisation des femmes ont des capacités limitées pour mettre en œuvre les politiques existantes en la matière et en assurer le suivi, une situation qui est exacerbée par la faible présence de ces institutions au niveau départemental.

Statut des jeunes au Guatemala

Le Guatemala est marqué par un système économique qui a du mal à intégrer les jeunes. Ainsi, 70 p. 100 des jeunes vivent dans des conditions de pauvreté, et il est estimé qu’entre 800 000 et 1 million de jeunes de 15 à 24 ans ne travaillent pas et n’étudient pas (soit entre 24 et 30 p. 100 des jeunes). Leur subsistance repose sur le travail informel, les activités illicites et le travail domestique ou sur la migration, ce qui pose des risques tant pour la société que pour eux-mêmes.

Les principales barrières qui limitent la capacité des jeunes à devenir entrepreneurs ou à intégrer le marché du travail et à s’y maintenir sont liées au faible niveau d’éducation, à la discrimination basée sur l’âge et au manque d’accès aux infrastructures et aux opportunités économiques. Les jeunes femmes, en particulier celles d’origine autochtone, sont doublement désavantagées en raison de la discrimination basée sur le sexe et sur l’origine ethnique, en plus de devoir composer avec des grossesses précoces à l’adolescence.

Le développement économique des jeunes au Guatemala est donc essentiel afin d’améliorer la qualité de vie de ce segment de la population et de réduire parallèlement les incitatifs à migrer ou à se tourner vers des activités illicites. De plus, étant donné l’ouverture des jeunes à la nouveauté et leur grande capacité d’adaptation, le fait de travailler avec la nouvelle génération offre la possibilité d’engager un dialogue plus dynamique et interactif, qui pourra servir de catalyseur du changement.

Statut des peuples autochtones au Guatemala

Avec 41 p. 100 de sa population qui, selon le critère de l’auto-identification, se considère d’origine autochtone, le Guatemala se classe au deuxième rang dans les Amériques pour ce qui est de la proportion de personnes autochtones, après la Bolivie. Cependant, ce nombre est estimé comme étant sous-évalué, car beaucoup de personnes refusent de s’auto-identifier comme autochtones en raison du racisme et de la discrimination. Ainsi, la proportion réelle de personnes autochtones au Guatemala s’élèverait, selon les estimations, à environ 60 p. 100, et ce chiffre devrait augmenter étant donné leur taux de natalité supérieur à celui des personnes non autochtones. Dans les départements d’Alta Verapaz, Chimaltenango et Sololá, la population autochtone représente respectivement 89,7 p. 100, 96,5 p. 100 et 78,4 p. 100 de la population totale.

Alors qu’elles constituent une part importante de la population, les personnes autochtones sont encore parmi les plus pauvres et les plus vulnérables du pays. En effet, elles représentent 80 p. 100 des pauvres du Guatemala et elles jouissent d’une représentation politique limitée. La majorité des personnes autochtones vivent dans des zones rurales où elles ont un accès limité aux services de base tels que la santé et l’éducation, ce qui limite leurs capacités de développement. Les femmes et les filles autochtones sont particulièrement désavantagées et elles sont exposées à un niveau élevé de violence, en plus de vivre dans des conditions d’extrême pauvreté et d’exclusion économique, sociale et politique. Historiquement, les peuples autochtones ont été exclus des processus de développement, et le principe du consentement préalable, libre et éclairé sur les investissements économiques et leurs répercussions sur les peuples autochtones et l’environnement dans les territoires autochtones n’est pas encore pleinement mis en œuvre.

Le Guatemala a adhéré à la Convention (no 169) de l’Organisation internationale du travail relative aux peuples indigènes et tribaux et à la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, adoptées en 1989 et 2007 respectivement. Le 29 décembre 2016, le Guatemala a souligné le 20e anniversaire de la signature des Accords de paix qui ont mis fin à 36 ans de guerre civile, laquelle avait fait 200 000 victimes, dont 80 p. 100 d’origine autochtone. Parmi les accords parallèles signés, l’Accord sur l’identité et les droits des peuples autochtones définit le Guatemala comme une nation multiethnique, pluriculturelle et multilingue, établit l’institutionnalisme autochtone et énonce les droits politiques, économiques, sociaux et culturels des peuples autochtones. Le droit à la propriété foncière individuelle, communale et collective y est également reconnu tout comme l’obligation, pour l’État, de donner des terres publiques aux communautés autochtones qui en ont besoin pour leur développement, et celle de consulter ces communautés avant l’élaboration et la mise en œuvre de projets liés à l’exploitation des ressources naturelles. Bien que peu mis en œuvre, cet accord représente tout de même un atout de taille et une base solide sur laquelle les dirigeants autochtones peuvent concevoir et promouvoir un programme de développement qui réponde au contexte actuel et à leur vision du développement inclusif.

Contexte environnemental

L’état actuel de l’environnement physique au Guatemala reflète la structure et les problèmes sociaux et économiques du pays, tels que la pauvreté, l’utilisation et la réglementation inadéquates des terres, une gestion environnementale déficiente et la croissance démographique rapide. Les principales préoccupations environnementales actuelles sont liées à la pollution et à une répartition inégale des ressources en eau, aux émissions atmosphériques, à la déforestation et à l’érosion des sols. En effet, le territoire subit l’expansion accélérée et non planifiée de l’agriculture extensive et du développement urbain au détriment de la couverture forestière et de la biodiversité, et l’extraction incontrôlée des ressources du sous-sol s’intensifie, entraînant une hausse des conflits sociaux et environnementaux. L’état actuel de la situation démontre que l’étendue des richesses naturelles que possède le Guatemala peut être porteuse d’une croissance économique considérable, à la condition que celle-ci soit dissociée du modèle d’utilisation non durable des ressources naturelles.

En outre, le Guatemala compte parmi les 10 pays les plus affectés par les changements climatiques et les phénomènes météorologiques extrêmes au monde (Germanwatch, 2015), ce qui a pour effet d’accentuer la vulnérabilité du pays aux catastrophes naturelles et d’en augmenter l’intensité et la fréquence. Ces catastrophes prennent la forme notamment d’ouragans, de périodes de sécheresse prolongée et de pluies diluviennes entraînant des pertes de récolte, des glissements de terrain et des inondations. La faible capacité d’adaptation aux changements climatiques et de résilience des populations à cet égard a pour effet de réduire davantage les perspectives économiques et d’aggraver la pauvreté, l’insécurité alimentaire et la malnutrition chez les enfants. Les populations les plus vulnérables, spécialement les femmes, sont touchées de manière disproportionnée, puisqu’elles n’ont pas les moyens d’anticiper l’impact des changements climatiques ni de s’y adapter.

Afin de s’attaquer à ces questions, le gouvernement du Guatemala a adopté divers documents stratégiques dont une politique nationale sur le changement climatique (2009), une loi-cadre sur la réduction de la vulnérabilité, l’adaptation obligatoire aux effets des changements climatiques et l’atténuation des gaz à effet de serre (2013), une politique de production propre (2010) (en espagnol) et un programme environnemental (2016-2020) (en espagnol). En vertu de l’Accord de Paris sur les changements climatiques, il s’est aussi engagé à réduire de 11,2 p. 100 ses émissions totales de gaz à effet de serre et à prioriser la mise en œuvre de mesures d’adaptation dans certains secteurs clés dont la santé, l’agriculture, les ressources forestières, l’infrastructure et la gestion intégrée des ressources en eau.

L’engagement du Canada au Guatemala

L’aide internationale du Canada au Guatemala vise à relever les défis liés aux causes profondes de la pauvreté, de l’inégalité et de l’insécurité et à améliorer la vie des plus vulnérables, y compris les jeunes, les femmes et les filles, et les groupes autochtones. L’aide du Canada a contribué à améliorer la sécurité alimentaire, la croissance économique durable, la santé maternelle des nouveau-nés et des enfants, et la compétitivité dans les régions rurales. Elle vise aussi à relever les défis de la gouvernance en renforçant l’état de droit, la société civile et les droits de la personne, et en mettant l’accent sur la lutte contre l’impunité.

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