Annexe B : Cadre de l’APEC sur le perfectionnement des ressources humaines à l’ère numérique

I. Contexte

L’ère numérique émergente et la quatrième révolution industrielle ont des effets sans précédent sur les habitudes de vie et de travail des gens. Reconnaissant que toutes les économies ont de la difficulté à répondre aux demandes en ressources humaines dans cette nouvelle ère, l’APEC s’est engagé en 2016 à renforcer les efforts que nous déployons afin d’assurer à tous un travail décent et la qualité de la vie professionnelle, particulièrement aux groupes socialement vulnérables, en donnant accès à une éducation et à une formation professionnelles de qualité inclusives, en stimulant l’entrepreneuriat, en améliorant la protection sociale et en renforçant la coopération régionale.

Le monde du travail subit des changements structuraux majeurs, avec les progrès technologiques, l’augmentation de la fragmentation de la production, la demande croissante pour de nouvelles compétences et le changement dans les relations de travail. La technologie, la numérisation et l’automatisation promettent d’améliorer la productivité, d’accroître la production économique et de créer des emplois hautement spécialisés – favorisant d’énormes possibilités économiques et sociales dans toutes les économies. En plus d’augmenter la productivité de la main-d’œuvre, l’adoption de technologies numériques et d’automatisation permet également le développement de nouveaux modèles d’affaires, de marchés et de possibilités d’emplois.

Toutefois, la technologie numérique peut être perturbatrice, avec des conséquences d’envergure sur la productivité, l’emploi et le bien-être. Ces changements rendront probablement certaines professions obsolètes et davantage de travailleurs occuperont des emplois vulnérablesNote de bas de page 1, par exemple les travailleurs indépendants et les aides familiaux non rémunérés, professions qui représentent déjà 50 pour cent des emplois en Asie du Sud-Est et dans la région du Pacifique, et 40 pour cent en Extrême-Orient. Sans oublier que des secteurs de l’industrie comme la fabrication sont aussi à risque. Il est démontré que l’automatisation pourrait priver les économies plus pauvres d’occasions de développement économique, créant de nouveaux fossés numériques et une plus grande inégalité. Cette situation pourrait provoquer une désindustrialisation prématurée dans de nombreuses économies en développement avant même d’arriver au seuil de l’industrialisation atteinte par les économies développées (Rodrik, 2015).Note de bas de page 2

Le perfectionnement de la technologie a mené à un urgent besoin de perfectionnement des ressources humaines, incluant les recherches sur l’effet de cette modernisation sur le marché du travail, l’éducation, la formation et le recyclage professionnel. Combiné aux analyses du marché du travail, le tout soutiendra des investissements ciblés conséquents avec les besoins économiques. Une politique fondée sur des données probantes est nécessaire pour s’assurer que les personnes actives sont aptes à travailler et prêtes pour relever les défis et saisir les occasions de l’ère numérique.

II. Objet

Le Cadre met de l’avant des directives et des mesures adéquates pour appuyer les économies dans la préparation des personnes actives à relever les défis et à saisir les occasions du monde du travail d’aujourd’hui et de demain. Compte tenu des défis et des occasions associés à la numérisation, il est important que l’APEC soit utilisée comme plateforme régionale pour favoriser le dialogue et la collaboration pour le développement des ressources humaines à l’ère numérique.

Le Cadre s’ajoute aux initiatives qui existent déjà, comme la stratégie d’éducation de l’APEC, et il contribue aux efforts mondiaux, dont « l’initiative du centenaire sur l’avenir du travail » de l’OIT et les objectifs de développement durable des Nations Unies, et le partage de la prospérité dans notre région. Notons en particulier l’objectif 4 qui est d’assurer l’accès de tous à une éducation de qualité, sur un pied d’égalité, et promouvoir les possibilités d’apprentissage tout au long de la vie, et l’objectif 8 qui est de promouvoir une croissance économique soutenue, partagée et durable, le plein emploi productif et un travail décent pour tous.

III. Objectifs

Les objectifs du Cadre sont : 

  1. Adopter une orientation stratégique de haut niveau sur le renforcement de la coopération régionale dans le développement des ressources humaines à l’ère numérique;
  2. Identifier les défis communs en matière de politiques concernant le renforcement du capital humain devant les changements technologiques rapides;
  3. Déterminer les domaines prioritaires de collaboration dans lesquels l’APEC peut offrir une valeur ajoutée et intervenir.

IV. Domaines prioritaires et mesures

Les membres de l’APEC intensifieront la coopération régionale dans les domaines prioritaires suivants afin de s’attaquer aux défis communs en matière de politiques concernant le renforcement et l’adaptation du capital humain à l’ère numérique :

  1. Avenir du travail à l’ère numérique et incidences sur les politiques du marché du travail
    1. Projets de recherches conjoints et régionaux de l’APEC :
      • Examiner les impacts de la nouvelle technologie et de la numérisation sur le monde du travail; offrir aux économies membres de l’APEC une bonne indication d’où, quand et comment la numérisation et la nouvelle technologie changeront les processus de production. Ceci comprendra l’examen des occasions et des défis découlant de la quatrième révolution industrielle, du commerce numérique et du commerce électronique.
      • Évaluer les effets de la numérisation et de l’automatisation sur le rendement du marché du travail, l’offre et la demande et l’intervention en matière de politiques, incluant les politiques d’ajustement structurel pour augmenter la participation de la population active, soutenir la réintégration des travailleurs déplacés et la mobilité professionnelle, sectorielle et géographique.
      • Examiner les défis du marché du travail par rapport aux groupes vulnérables et les mesures stratégiques qui appuient leur capacité d’adaptation aux changements structuraux;
      • Connaître de nouveaux secteurs en croissance et des modèles opérationnels pour la création d’emplois et d’occasions pour les réformes d’orientation du marché du travail afin d’encourager la participation de la main-d’œuvre.
    2. Discussions régionales de l’APEC en matière de politiques pour :
      • Générer des discussions sur les politiques dans les économies membres de l’APEC afin de rédiger des recommandations claires pour les interventions auprès du public, au besoin;
      • Trouver des façons d’établir des politiques pangouvernementales qui soutiennent l’adaptation au marché du travail, l’emploi, l’apprentissage continu et la participation de la population active;
      • Élaborer des politiques pour favoriser l’innovation et l’entrepreneuriat dans l’ère numérique.
    3. Développement d’initiatives, de programmes et de projets conjoints pour promouvoir la coopération et l’échange des pratiques exemplaires pour :
      • Explorer le rôle du système d’information et des données sur le marché du travail, et le rôle des services d’emploi public et privé dans la manière d’aborder les défis et les occasions découlant de la mondialisation et de la numérisation ainsi que la façon dont ces institutions peuvent être améliorées grâce aux technologies de l’information et de la communication;
      • Examiner les effets de l’ajustement structurel sur le développement des ressources humaines et tenir compte des recommandations du prochain Rapport sur la politique économique de l’APEC sur la réforme structurelle et le développement du capital humain;
      • Souligner l’impact de la gouvernance des travaux sur les économies membres de l’APEC, considérer les lacunes par rapport au travail décent et à l’augmentation des processus de fragmentation de la production, ainsi qu’examiner de nouvelles formes de relations d’emploi et d’associations de travailleurs dans le contexte de la polarisation et la personnalisation du travail;
      • Évaluer de nouvelles formes de travail résultant de la numérisation accrue, comme la croissance du travail virtuel et de l’économie à la demandeNote de bas de page 3 selon laquelle l’offre et la demande d’emploi sont gérées en ligne ou avec une application mobile, et des conséquences sur la nature changeante des relations de travail, de la protection sociale et de la mobilité professionnelle;
      • Échanger les bonnes pratiques et les approches novatrices dans l’amélioration des services d’emploi public qui répondront mieux aux besoins diversifiés des travailleurs de l’ère numérique.
  2. Éducation et formation en matière de compétences
    1. Projets de recherches conjoints et régionaux pour :
      • Anticiper et nommer les compétences futures dans la région qui seront nécessaires pour répondre aux besoins des technologies émergentes et de la numérisation par le biais de l’apprentissage continu;
      • Étudier et partager l’information sur les meilleurs moyens et les pratiques exemplaires dans l’enseignement, l’apprentissage et l’apprentissage à distance de ces compétences nécessaires à l’ère numérique.
    2. Discussions régionales de l’APEC en matière de politiques pour :
      • Exprimer les points de vue sur l’adaptation des systèmes d’éducation et de formation et sur les répercussions;
      • S’inspirer des leçons apprises des économies membres de l’APEC sur la façon d’améliorer la mise en œuvre des systèmes d’EFTP incluant les systèmes d’assurance qualité qui correspondent le mieux aux besoins du marché du travail visant une société inclusive;
      • Considérer les modèles pour les partenariats publics/privés qui favoriseront des mécanismes de coordination institutionnelle et locale/centrale pertinents et des structures pour appuyer les compétences qui répondront aux besoins du marché du travail;
      • Développer et utiliser les compétences axées sur la demande de l’industrie du 21e siècle, incluant les connaissances spécialisées et le savoir-être;
      • Accroître l’utilisation de la technologie pour renforcer la collaboration entre le gouvernement, le monde universitaire et l’industrie pour développer des compétences et un entrepreneuriat du 21e siècle.
    3. Développement de programmes et de projets conjoints pour promouvoir la coopération et l’échange des pratiques exemplaires pour :
      • Élaborer des programmes de formation flexibles et novateurs pour combler les pénuries de nouvelles compétences et de compétences spécialisées pour l’ère numérique, incluant la mise en œuvre de cadres de qualifications intérieures, locales et sectorielles;
      • Mettre en place une reconnaissance officielle des compétences pour certaines des professions moyennement spécialisées dans les secteurs qui comprennent de nombreux migrants comme la construction et le travail ménager;
      • Déterminer comment l’innovation et la technologie peuvent être utilisées pour renforcer la capacité institutionnelle pour le système de formation professionnelle et d’enseignement technique (FPET);
      • S’efforcer d’améliorer la qualité de l’enseignement et de la participation des personnes actives dans l’apprentissage des disciplines incluses dans la FPET;
      • Utiliser davantage les technologies de l’information et des communications pour améliorer l’employabilité de la main-d’œuvre à l’ère numérique, incluant l’apprentissage continu.
  3. Protection sociale
    1. Projets de recherches conjoints et régionaux pour :
      • Étudier les risques sociaux (intensification du travail, effets sur la santé et la sécurité, distinction floue entre le travail et la vie privée ou discrimination) afin de contribuer aux nouveaux programmes et politiques sur la protection sociale;
      • Étudier de nouvelles formes d’aide sociale (soutien/remplacement du revenu et programmes communautaires); trouver comment les changements liés à la numérisation et aux nouvelles technologies créeront des circonstances qui nécessiteront des solutions en matière de protection sociale.
    2. Discussions régionales de l’APEC en matière de politiques pour :
      • Considérer comment les approches participatives de l’assurance sociale devront s’adapter aux nouvelles formes d’emploi;
      • Explorer les choix qui appuient le développement de politiques adéquates en matière de protection sociale dans le monde du travail en changement, pour garantir que la couverture de la protection sociale pour les travailleurs concorde avec les différentes formes d’emploi;
      • Promouvoir l’accès à la protection sociale pour les femmes, les aînés, les travailleurs dans l’économie parallèle et dans l’économie du partage.
    3. Développement de programmes et de projets conjoints pour promouvoir la coopération et l’échange des pratiques exemplaires pour :
      • Élaborer des solutions adéquates pour la protection sociale capables de s’adapter aux nouvelles formes de travail de l’ère numérique;
      • Partager les leçons apprises sur comment les systèmes de protection sociale devront peut-être être changés ou adaptés pour satisfaire aux nouvelles formes de travail.

V. Mise en œuvre des domaines d’actions prioritaires par des plateformes de coopération

La plateforme de coopération devrait être établie par le GTDRH et devrait compléter les déclarations ministérielles existantes comme la déclaration ministérielle sur l’éducation de l’APEC adoptée à Lima en 2016 et la déclaration ministérielle sur le développement des ressources humaines à Hanoï en 2014. Elle pourrait comprendre les points suivants :

VI. Calendrier proposé pour la mise en œuvre du Cadre

Le calendrier proposé pour la mise en œuvre du Cadre s’échelonne de 2017 à 2025, avec un bilan des progrès en 2022 par les ministres responsables du développement des ressources humaines.

1 Selon le rapport de 2016 (OIT) : « ASEAN in Transformation: How Technology is Changing Jobs and Enterprises? », l’automatisation pourrait avoir des conséquences importantes pour les secteurs manufacturiers à prédominance de main-d’œuvre. On pourrait être témoin du remplacement de nombreux travailleurs peu spécialisés. Seulement dans le secteur automobile, plus de 60 % des salariés en Indonésie et 73 % en Thaïlande pourraient être remplacés par la production automatisée. Au Vietnam, environ 75 % des travailleurs en électronique et 86 % dans l’industrie du vêtement et de la chaussure sont également menacés par l’automatisation.

2 Rodrik, D. (2015) « Premature Deindustrialization », NBER Working Paper No 20935.

3 L’économie à la demande comprend deux formes de travail, le « crowd work » (travail réalisé via une plateforme numérique) et l’emploi à la demande avec les applications (p. ex.  Uber et Taskrabbit).

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