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Les sages-femmes sauvent des vies, quoiqu’il arrive

Ambassador Rita Rudaitis-Renaud
Les sages-femmes sont en première ligne, adaptant leurs services pour que les femmes continuent de recevoir les soins dont elles ont besoin.

Les rues animées de Kinshasa, en République démocratique du Congo (RDC), sont devenues silencieuses lorsque la pandémie de COVID-19 a entraîné le confinement de la ville en mars.

Mais comme les mères de partout dans le monde le savent bien, s’il y a une chose qu’une pandémie ne peut pas arrêter, c’est la naissance d’un bébé prêt à venir au monde. Les restrictions de déplacement rendant plus difficile que jamais l’accès aux services de santé, les femmes enceintes de Kinshasa et dans de nombreux pays en développement sont confrontées à une incertitude accrue quant à la possibilité d’accoucher en toute sécurité.

Une sage-femme souriante ouvre les portes arrières d’un véhicule.

Une sage-femme ouvre les portes d’une clinique de santé mobile afin de fournir des soins de santé aux patients. Photo: FNUAP RC

Les sages-femmes sont en première ligne, adaptant leurs services pour que les femmes continuent de recevoir les soins dont elles ont besoin. En collaboration avec le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP), les sages-femmes de l’Association des sages-femmes de la RDC se sont rendues dans les rues de Kinshasa à bord de cliniques mobiles équipées pour fournir des soins à leurs patientes.

Dans un contexte où l’eau courante est rare, l’électricité est limitée et les patients n’ont pas toujours de quoi payer pour les soins reçus, la tâche d’offrir des services de sages-femmes dans les pays en développement était déjà intimidante en soi, forçant ainsi les sages-femmes à innover et à trouver des solutions.

Une sage-femme masquée posant une corne de Pinard sur l’abdomen d’une femme enceinte, elle aussi masquée.

Une sage-femme prodigue des soins prénataux à une patiente, ce qui permet de réduire les risques de complications de grossesse.
Photo: FNUAP Soudan du Sud

« Et puis, il y a le fait que la plupart de ces sages-femmes sont elles-mêmes des femmes, ajoute-t-elle. Il y a un fardeau familial et économique que de nombreuses sages-femmes doivent maintenant gérer en plus de tout le reste. » Par exemple, elles peuvent avoir un conjoint qui est sans travail et des enfants qui ne sont plus à l’école dont elles doivent s’occuper, tout en continuant à exercer ce métier salutaire.

Une femme assise replie une étoffe devant un auditoire attentif.

Séance d’information offerte par l’Association des infirmières et des sages-femmes du Soudan du Sud sur la confection de masques improvisés. Photo: FNUAP Soudan du Sud

Malgré tout, les sages-femmes sont parmi les plus ardents défenseurs de l’accès continu aux ressources permettant d’assurer la santé des femmes, et elles trouvent des moyens créatifs de rester en contact avec les communautés qu’elles servent. L’Association des infirmières et des sages-femmes du Soudan du Sud (en anglais) utilise la téléconsultation, la radio et des séances d’information pour faire passer le message. Elle a également adapté ses installations en fonction de l’éloignement physique et ses membres enseignent aux mères à se laver efficacement les mains et à utiliser des masques.

Le Canada travaille depuis des années avec des pays comme le Soudan du Sud afin de renforcer la profession de sage-femme. Par exemple, grâce au soutien du Canada et d’autres donateurs, ce pays a fait passer le nombre de sages-femmes formées de 8 à 800 au cours de la dernière décennie.

Selon un rapport de l’Organisation mondiale de la Santé (en anglais), si un nombre suffisant de sages-femmes étaient formées selon les normes internationales, les taux de décès maternels, de naissances d’un enfant mort-né et de décès néonataux dans le monde chuteraient de 80 %. Les sages-femmes, qui représentent une solution efficiente et adaptée à la culture locale, fournissent également d’autres soins cruciaux allant de l’accès aux moyens contraceptifs à la prise en charge des cas de violence fondée sur le genre.

Dans les régions éloignées où il n’existe pas d’autres services de santé, les sages-femmes locales contribuent à combler une lacune importante, en particulier pendant la pandémie, alors que les travailleurs de la santé sont encore moins susceptibles de se déplacer de village en village.

Deux travailleuses de la santé au chevet d’un patient.

Gulbadan Rahimi (à gauche), étudiante sage-femme au sein d’un programme de la Fondation Aga Khan Canada soutenu par AMC, aide à prodiguer des soins. Photo: Kiana Akheri/Aga Khan Foundation Canada

Gulbadan Rahimi vit dans un village rural de montagne en Afghanistan. Après avoir vu beaucoup de mères et de bébés mourir, et après avoir elle-même perdu des enfants, elle a décidé de devenir sage-femme grâce à un programme de la Fondation Aga Khan du Canada, appuyé par AMC. « Je suis tellement heureuse de rentrer chez moi pour y être consultante auprès des mères », dit-elle.

Dans le contexte actuel, de nombreuses sages-femmes vont au-delà de leur travail de veiller à la santé des femmes et font aussi la promotion d’informations vitales sur l’eau, l’hygiène, l’assainissement et la manière de prévenir la propagation de la COVID-19.

Ma Shwe Wutt Hmon communique des renseignements sur la COVID-19 auprès des membres de sa communauté au Myanmar. Mère de deux enfants, elle fait du porte-à-porte et distribue des brochures dans son village et dans les villages voisins. Elle en fait elle-même la lecture à ceux qui ne savent pas lire.

Un élément incontournable du programme de formation des sages-femmes d’AMC est le renforcement des associations de sages-femmes. Ces organisations procurent des soins de qualité et militent en faveur de la santé des femmes, des sages-femmes et de la profession de sage-femme. Grâce à l’expertise d’organisations comme Cuso International, l’Association canadienne des sages-femmes (ACS) et le Fonds des Nations Unies pour la population, le Canada a contribué à consolider ces organisations dans plusieurs pays, et l’investissement porte aujourd’hui ses fruits : les sages-femmes formées et passionnées qui composent ces organisations défendent désormais la santé des femmes et trouvent des moyens nouveaux et innovants de fournir des soins aux mères pendant la crise actuelle.

Une sage-femme masquée remet un feuillet d’information à une femme sur le pas de sa porte.

La sage-femme Ma Shwe Wutt Hmon, formée grâce au programme de World Vision Canada « Enrich » soutenu par AMC, distribue des feuillets d’information aux membres de sa communauté. Photo: Vision mondiale Canada

Quand on lui demande ce qui l’a le plus impressionnée dans le soutien du Canada envers les sages-femmes, Kirsty Bourret, sage-femme de l’ACS, répond que c’est la confiance.

« Ça a vraiment aidé les sages-femmes à comprendre leur valeur en tant que professionnelles de la santé, et leur capacité à avoir une incidence sur la santé sexuelle et reproductive dans leur pays, dit-elle. Quand vous avez cette confiance en vous et que vous comprenez votre valeur et votre place, vous vous mobilisez dans les circonstances les plus difficiles, parce que vous croyez non seulement en ce que vous pouvez donner, mais aussi en ce que la profession de sage-femme peut apporter. »
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