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Le Canada contribue aux vaccinations cruciales durant les perturbations liées à la COVID-19

Le Canada contribue aux  vaccinations cruciales durant les perturbations liées à la COVID-19

Depuis une décennie, la Canadienne Simona Zipursky, conseillère principale du directeur de la polio pour l’Organisation mondiale de la santé à Bangkok, en Thaïlande, travaille à l’éradication de la polio. La COVID-19 a toutefois changé la façon dont le monde réagit à de nombreuses maladies évitables. « Je ne pensais jamais que je vivrais à une époque où il survient des épidémies actives de polio, auxquelles nous choisissions de ne pas réagir, déclare Simona Zipursky. C’était une décision difficile à prendre », dit-elle.

Une employée d’UNICEF Canada apporte son soutien aux communautés touchées par la polio. Photo: UNICEF/Knowles-Coursin
Une main ouvre la bouche d’un nourrisson afin de lui administrer des gouttelettes du vaccin contre la polio. Photo: UNICEF/Asad Zaidi

Le virus de la polio pénètre dans la circulation sanguine et peut envahir jusqu’au système nerveux central, entraînant la paralysie et la mort. Tout comme la COVID-19, le virus de la polio affecte les gens différemment et il y a un certain nombre de propagateurs asymptomatiques.

L’Initiative mondiale pour l’éradication de la poliomyélite a été lancée en 1988 par un large éventail de donateurs publics et privés, dont le Canada. Depuis lors, 2,5 milliards d’enfants ont été vaccinés, et la polio a été éradiquée à 99,9 %. Il ne subsiste que quelques poches au Pakistan et en Afghanistan.

Mais sans vaccination, le nombre de cas ne pouvait que connaître une flambée.

Safia Ibrahim est représentante spéciale pour la vaccination auprès de l’UNICEF. Ayant elle-même survécu à la polio, Mme Ibrahim connaît très bien les séquelles néfastes d’une telle maladie.  « J’ai contracté la polio en Somalie quand j’avais un an, dit-elle. Je me souviens que je voulais jouer avec d’autres enfants, sauter à la corde ou jouer à la marelle, mais je ne pouvais pas. Je ne pouvais pas aller à l’école... J’ai vu l’impact que les maladies infectieuses peuvent avoir sur les enfants lorsque l’accès aux soins de santé est difficile. »

Renforcer les systèmes de santé fragiles grâce aux infrastructures de lutte contre la polio

Mme Ibrahim craint que la pression suscitée par une pandémie mondiale soit trop forte pour les fragiles systèmes de santé des pays en développement. « Comme les ressources sont détournées des vaccinations de routine, de plus en plus d’enfants tomberont malades ou mourront de maladies pour lesquelles nous avons des vaccins », affirme-t-elle.

Une fillette en Afghanistan montre fièrement son ongle coloré, qui indique son statut vaccinal. Photo: UNICEF Afghanistan/Meerzad

Les vaccinations de routine améliorent la vie des enfants dans les pays en développement. Elles permettent d’éviter de façon sécuritaire les maladies évitables, non seulement la polio, mais d’autres maladies comme la rougeole et la tuberculose.

Mme Zipursky affirme qu’ils utilisent l’infrastructure existante mise en place pour l’éradication de la polio afin de lutter contre la COVID-19. « Fondamentalement, nous avons tout ce dont nous avons besoin pour le travail de détection des maladies, dit-elle. Détection rapide, réseaux de surveillance solides, vaccinateurs et coordinateurs communautaires au niveau des districts, des provinces et du pays. »

Ce travail impressionnant réalisé en coulisses est également souligné par Pierre Blais, directeur adjoint, programme des maladies infectieuses à Affaires mondiales Canada. Faisant partie d’une équipe de personnes qui offrent des conseils et un appui financier à des programmes dans les pays en développement, il affirme que ce qui a été réalisé est impressionnant.  « C’est semblable à ce que représente l’alunissage pour les États-Unis dans les années 1960, indique M. Blais. C’est un mariage de science de pointe, d’aspirations politiques, d’énormes engagements financiers, de travail acharné, de courage et de détermination sans faille.  Tout cela mis en œuvre dans une atmosphère de centre de crise. Nous devons nous tenir au courant ce qui se passe à l’échelle mondiale, mais suivre aussi ce qui se passe sur le terrain. »

En avril dernier, l’Initiative mondiale pour l’éradication de la poliomyélite a offert des ressources pour répondre à la COVID-19 tout en maintenant la surveillance de l’évolution de la polio. Grâce à ce suivi, l’OMS était au courant des flambées qui surgissaient dans le monde, mais à cause du risque de propagation de la COVID-19, le programme a été suspendu de façon temporaire.

Des travailleurs de la santé fournissent des vaccins à leurs communautés, en supervisant pour assurer une administration appropriée du vaccin. Photo: UNICEF/Frank Dejongh

Ce n’est pas la première fois que le programme est interrompu, mais comme l’explique Mme Zipursky, c’est la suspension plus dramatique.

« En Sierra Leone, la récente épidémie du virus Ebola a interrompu nos programmes de lutte contre la polio », déclare Mme Zipursky.  Comme pour la COVID-19, nous avions l’expertise nécessaire pour nous concentrer sur la lutte contre le virus Ebola. Bien sûr, il y a eu une suspension de notre programme, mais même si la COVID-19 est moins mortelle que le virus Ebola, les conséquences mondiales sont plus graves. »

La vaccination pendant la pandémie de la COVID-19 : relever de nouveaux défis

La pénurie d’équipements de protection et la redistribution des ressources des systèmes de santé fragiles mettent en danger des millions d’enfants dans les pays en développement.

L’Initiative mondiale pour l’éradication de la polio a conseillé aux pays de commencer à planifier une reprise sécuritaire des campagnes de vaccination contre la polio, en particulier dans les pays à haut risque. Les équipes sont désormais dotées des gants et des désinfectants nécessaires, tandis que les campagnes reprennent au Pakistan à compter de juillet 2020. Pour les travailleurs sur le terrain, ce n’est pas trop tôt.

Au Pakistan, Ms Robina, une vaccinatrice de l’équipe de l’éradication de la polio de l’OMS, affirme que la COVID-19 a compliqué l’approvisionnement. « Au tout début, nous avons fourni gratuitement des masques, des gants et des désinfectants au personnel de santé, dit-elle. Après cela, nous achetons (ces articles) de notre poche. »

Cette situation préoccupe aussi la vaccinatrice Mme Razia Subhan, à Lahore.  « Nous souhaiterions qu’on nous donne beaucoup de désinfectants, de gants et de masques que nous pouvons utiliser, dit-elle. Parfois, les gens nous rendent visite même s’ils n’ont pas de masque. Alors ils nous demandent les masques. Si le programme pouvait nous fournir ces articles, cela nous serait utile. »

Au Pakistan, une travailleuse de la santé porte un masque et des gants pour prendre la température d’un membre de la communauté. Photo: UNICEF Pakistan

Mais les défis liés à la logistique et à l’approvisionnement ne sont pas les seuls obstacles.  La perception de la COVID-19 dans la communauté représente aussi un obstacle. Inquiets par la possibilité d’attraper la COVID-19, les parents peuvent craindre de parcourir des kilomètres à pied ou de prendre les transports en commun pour se rendre dans les cliniques pour les vaccinations de routine.

Selon Ms Robina, les parents n’ont pas envie de passer beaucoup de temps près des cliniques. « Tous les parents souhaitent faire vacciner rapidement ses enfants et rentrer à la maison. En cette période, nous constatons que le comportement de certains parents présente un défi. Cependant, nous les conseillons afin qu’ils pratiquent la distanciation sociale au centre de santé. »

Mme Summer Iqbal est vaccinatrice à Lahore, au Pakistan. Elle se déplace pour voir les enfants en personne. À son avis, il faut du temps et plusieurs conversations pour convaincre certains parents que la vaccination est sécuritaire. « Nous sommes actuellement confrontés au problème suivant : dans certains cas, peu nombreux, les gens refusent de faire vacciner leurs enfants par crainte du coronavirus... Lorsque nous sommes retournés sur place un mois plus tard, nous avons discuté avec les parents et ils nous ont permis de vacciner leur enfant. »

Une fillette démontre l’une des mesures pour se protéger durant la pandémie de la COVID-19. Photo: UNICEF/Sahar

Selon les travailleurs de l’UNICEF en Afghanistan, la campagne de vaccination contre la polio menée de porte à porte a été interrompue par la COVID-19. Mais grâce au soutien de pays comme le Canada, les agents de mobilisation sociale qui luttent contre la polio aident les familles à faire le suivi pour le dossier médical de leurs enfants. 

Mme Melissa Corkum est la gestionnaire principale de l’intervention en cas d’épidémie de polio pour l’UNICEF. Cette Canadienne a travaillé en Afghanistan, au Pakistan et au Nigeria. Mme Corkum reconnaît que le processus de suivi, de financement et de distribution des vaccins, tout en les gardant au frais et en s’assurant qu’aucun enfant ne manque à l’appel est une entreprise colossale. 

« Je suis impressionnée par le travail nécessaire pour s’assurer de vacciner tous les enfants. Les femmes jouent un rôle essentiel à chaque étape du processus, notamment en sensibilisant la collectivité à l’importance de la vaccination au niveau communautaire. Ces femmes sont vraiment en première ligne, dans des circonstances difficiles où cela coûte des vies », a-t-elle déclaré.

La vaccination pour sauver des vies

Les travailleurs de première ligne font preuve de courage en soutenant une intervention de santé publique qui permet de sauver des vies de façon économique, en plus de permettre aux collectivités d’être en contact régulier avec le système de santé.

Un travailleur administre le vaccin oral contre la polio à une fillette. Il tient également un marqueur pour indiquer son statut vaccinal. Photo: UNICEF/Jalali

Malgré les progrès accomplis au cours des dernières décennies, et même si la COVID-19 n’était pas survenue, près de 19 millions d’enfants restent non vaccinés chaque année. Ce chiffre représente près de 20 % des enfants qui naissent chaque année.

Selon une récente mise en garde de l’OMS, de l’UNICEF et de Gavi, l’Alliance du vaccin, les perturbations causées par cette pandémie ont exposé au moins 80 millions d’enfants aux risques de contracter des maladies telles que la diphtérie, la rougeole et la polio.

En cette période de la COVID-19, il est important de noter que le maintien des programmes de vaccination permet de garantir que l’infrastructure nécessaire sera en place au moment du déploiement d’un éventuel vaccin pour la COVID-19 à l’échelle mondiale.

Le rôle du Canada hier, aujourd’hui et demain

Le Canada a annoncé une aide internationale de près de 500 millions de dollars pour la lutte mondiale contre la COVID-19 et la somme de 159,5 millions de dollars pour soutenir les efforts mondiaux de lutte contre cette épidémie.

En juin 2020, un montant supplémentaire de 180 millions de dollars a été accordé pour de l’aide humanitaire et pour contrer les impacts de la pandémie sur le développement. De plus, la somme de 120 millions de dollars a été annoncée pour le financement d’une collaboration mondiale visant à accélérer l’accès aux tests de dépistage de la COVID-19, aux traitements et aux vaccins éventuels.

Auparavant, le Canada a annoncé une contribution de 600 millions de dollars à Gavi, l’Alliance du vaccin, pour les cinq prochaines années et s’est engagé à verser 47,5 millions de dollars par an, pendant quatre ans, pour soutenir la phase finale du Plan stratégique de l’Initiative mondiale pour l’éradication de la poliomyélite.

Un groupe de travailleurs de l’UNICEF fournissent des ressources médicales à la collectivité. Photo: UNICEF/Knowles-Coursin

De l’avis de M. Akhil Iyer, directeur du programme d’éradication de la polio à l’UNICEF, les Canadiens ont toujours joué un rôle majeur dans la lutte historique contre la polio. « En tant que citoyen canadien, je suis fier de participer à cette initiative. Au Canada, dans les années 50, des épidémies de polio auraient pu paralyser ou faire mourir un nombre beaucoup plus important d’enfants, en plus de faire chuter l’économie et de pousser des millions de personnes dans le cercle vicieux de la pauvreté et de la maladie. »

Avant qu’un vaccin ne soit mis au point, la polio s’est répandue par vagues à travers l’Amérique du Nord, dans la première moitié du siècle dernier. Elle a aussi provoqué une panique générale qui peut sembler familière en 2020. Comme l’a rapporté le quotidien Toronto Star : « Des épidémies ont frappé en 1931 et de nouveau en 1937. À Toronto, les enfants étaient gardés à l’intérieur, tandis que les piscines, les parcs et les églises étaient fermés et la rentrée scolaire retardée. »

Une employée de l’UNICEF au Pakistan répond à des appels au sujet de la COVID-19. Photo: UNICEF Pakistan/Sharmin

Une fois de plus, la COVID-19 a rappelé aux Canadiens que les maladies infectieuses n’ont pas de frontières.

Affaires mondiales Canada travaille avec des partenaires pour s’assurer que les personnes les plus vulnérables, notamment les femmes et les enfants, ont accès aux vaccins pour les garder en bonne santé, quel que soit l’endroit où ils vivent.

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