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Enseignements tirés sur le terrain : la perspective mondiale d’un médecin canadien sur la pandémie de COVID-19

La Dre Adrienne Chan avec l'équipe de la clinique Tisungane - Crédit : Ian Brown Photography

Du fait de son travail en première ligne lors des épidémies de SRAS et d'Ebola et parce qu’elle a consacré une grande partie de sa carrière aux maladies infectieuses dans le monde en développement, la Dre Adrienne Chan a vu beaucoup de choses, qui éclairent ses réflexions et ses actions concernant la pandémie de COVID-19.

Dr. Adrienne Chan

La Dre Adrienne Chan à l'Hôpital central de Zomba, dans le sud du Malawi - Crédit : Ian Brown Photography

Mais pour ce médecin du Centre des sciences de la santé Sunnybrook, de Toronto, c'est une visite dans un hôpital du Zimbabwe en 2005 qui l'a le plus marquée.

Pendant ses études de médecine, la Dre Chan avait assisté au développement et au déploiement des médicaments salvateurs du traitement antirétroviral (TAR) du VIH, qui, au milieu des années 1990, avaient pratiquement mis fin aux décès résultant de cette maladie au Canada. Pourtant, une décennie plus tard, en parcourant cet hôpital d'Afrique australe, « j'ai vu des salles pleines d'adultes et d'enfants en train de mourir d'infections opportunistes que de nombreux médecins de ma génération formés au Canada avaient rarement observées ».

Ce fut une expérience particulièrement révélatrice.

« Le fait d’être confrontée de façon aussi viscérale aux injustices de cette disparité dans l'accès aux traitements m'a changée en tant que médecin et en tant que personne », se souvient la Dre Chan. Selon elle, « le retard dans le déploiement public du TAR dans les pays à faibles revenus est l'une des plus grandes injustices médicales de notre époque ».

Dre Adrienne Chan en 2010 avec l'équipe de la clinique Tisungane

La Dre Adrienne Chan avec l'équipe de la clinique Tisungane - Crédit : Ian Brown Photography

La Dre Chan est rentrée au Canada « avec pour objectif de contribuer un peu au déploiement du TAR en Afrique australe et d'essayer de mettre ces traitements à la disposition du plus grand nombre possible de patients atteints du VIH aussi rapidement que possible ».

C'est ce qu'elle a fait pendant 13 ans aux côtés de collègues du Malawi, dans le cadre d’un emploi pour Dignitas International. Elle y a travaillé de 2007 à 2010 d’abord en tant que coordinatrice de la clinique VIH de l'organisation et coordinatrice d'un programme médical national, puis, de 2010 à 2019, lors de fréquents déplacements au Malawi en tant que conseillère médicale.

La Dre Chan a également travaillé comme résidente de troisième année lors de l’éclosion de SRAS de 2003 à Toronto, et elle a alors pu constater « combien il est important d’assurer un leadership en première ligne ». Elle a aussi été consultante clinique pour le Département des maladies pandémiques et épidémiques de l'Organisation mondiale de la santé, où elle a dispensé une formation à l'équipe d’intervention contre le virus Ebola en Sierra Leone de décembre 2014 à février 2015.

Médecin spécialiste des maladies infectieuses, la Dre Chan a tiré de nombreuses leçons de cette expérience. « Mais je pense que l'une des choses les plus importantes est que vous ne pouvez pas gérer une éclosion à partir d'un ordinateur », explique-t-elle. « Cela nécessite une gestion sur place et un travail en étroite collaboration avec les fournisseurs de services de première ligne, surtout lorsqu'il s'agit de pathogènes nouveaux et à haut risque ».

L’obtention par les professionnels de la santé d’un engagement précoce et continu de la communauté, notamment en comprenant les populations qui sont touchées de manière disproportionnée par une épidémie, est également « essentiel pour élaborer une réponse efficace en matière de santé publique, et c'est une chose pour laquelle nous ne sommes pas toujours très doués », remarque-t-elle.

Dr. Adrienne Chan

La Dre Adrienne Chan, médecin au Centre des sciences de la santé Sunnybrook à Toronto - Crédit : Centre des sciences de la santé Sunnybrook Centre

Après que le Centre Sunnybrook a traité le premier patient canadien atteint de la COVID-19 en janvier 2020 et a commencé à soutenir les foyers de soins de longue durée de la région, qui étaient dévastés par le virus, la Dre Chan est devenue directrice médicale associée de la prévention et du contrôle des infections à Sunnybrook, et a pu ainsi mettre à profit son expérience de la gestion des éclosions. Récemment, lors du premier anniversaire de ce premier cas, le Centre avait géré plus de 4 000 patients atteints de la COVID-19.

Pour la Dre Chan, « l’un des moments les plus heureux de cette année difficile » a été celui où elle a su que tous les établissements de soins dont s’occupe Sunnybrook avaient pu offrir la vaccination aux résidents et que la plupart d’entre eux l’avaient acceptée. La vaccination avait également été offerte à tous les travailleurs de ces établissements.

Aujourd'hui, la Dre Chan siège au conseil d'administration de Partners in Health Canada, organisme de santé et de justice sociale dont la mission repose sur la notion de solidarité avec les populations vulnérables. Elle indique qu'elle a mis à profit les leçons tirées de son travail sur le VIH, la tuberculose et le virus Ebola dans les pays à faibles revenus pour établir une infrastructure efficace de recherche des contacts COVID-19 dans différentes régions d'Amérique du Nord.

La recherche des contacts et l'engagement communautaire sont les « pierres angulaires de toute bonne intervention en matière de santé publique », commente la Dre Chan. « Parce que les maladies transmissibles sont souvent inextricablement liées à la stigmatisation et à la marginalisation, l'engagement de la communauté est nécessaire pour que les interventions soient couronnées de succès ».

Pour la Dre Chan, « la rapidité avec laquelle la science a pu développer de multiples vaccins contre la COVID-19 est vraiment une réalisation remarquable ». Alors que les Canadiens s'interrogent sur le rythme des vaccinations, « je pense que nous avons oublié que pour des milliards de personnes dans le monde, le vaccin ne sera pas disponible avant 2022 ou même plus tard », déclare-t-elle. Elle pense qu'il pourrait falloir jusqu'à quatre ans pour fabriquer suffisamment de doses pour vacciner l’ensemble de la population mondiale.

« Nous sommes beaucoup plus interconnectés aujourd'hui qu'il y a 25 ans, et il est essentiel que nous ne répétions pas la même erreur de laisser encore une fois les pays pauvres à la traîne », prévient la Dre Chan. En effet, selon elle, les enseignements tirés de la réponse mondiale au VIH devraient être rapidement adoptés pour la vaccination contre la COVID-19.

Cela implique que les vaccins devraient être abordables et distribués équitablement, en donnant la priorité aux personnes les plus à risque, notamment les personnes âgées, les malades chroniques, les fournisseurs de soins de santé et les communautés touchées de manière disproportionnée par la COVID-19, selon des « approches fondées sur les données ». De plus, l'engagement des communautés devrait être un élément essentiel de la planification et de la mise en œuvre du déploiement des vaccins. 

« Les leçons du passé nous ont montré que la peur, le déni, l’excès de confiance, la stigmatisation et l'iniquité, en particulier, ont un coût humain important qui touche tout le monde », déclare la Dre Chan, en précisant que les pays à faibles revenus ne sont pas en mesure d'acheter le vaccin en gros comme le Canada peut le faire.

« Je pense que les gens oublient parfois que tant que le virus n'est pas contrôlé partout, chaque pays – y compris le Canada – risque de connaître une épidémie permanente ». La Dre Chan prévient que si l’on ne soutient pas ces populations plus pauvres, « il faudra plus de temps pour que la pandémie prenne fin pour nous tous ».

Le Canada soutient un accès équitable aux vaccins dans le monde entier

Le Canada est résolu à soutenir les efforts robustes et globaux déployés à l’échelle mondiale pour stopper la pandémie de COVID-19 et s'attaquer à ses effets sanitaires, sociaux et économiques dévastateurs sur les populations des pays en développement.

Depuis février 2020, le gouvernement du Canada a annoncé qu'il consacrera près de 1,6 milliard de dollars à la réponse mondiale à la COVID-19. Ce montant comprend plus de 865 millions de dollars pour le financement du dispositif pour accélérer l’accès aux outils de lutte contre la COVID-19 – l’Accélérateur ACT – une plateforme visant à mobiliser et à coordonner l'effort mondial nécessaire pour le développement, la production et la distribution équitables de tests, de traitements et de vaccins contre la COVID-19, qui sont sûrs, abordables et efficaces.

L'accès équitable de tous les pays à un vaccin abordable contre la COVID-19 est un élément essentiel de cette réponse mondiale. Pour atteindre cet objectif, un mécanisme permettant de regrouper l'achat de ces vaccins dans un grand nombre de pays a été créé par Gavi, l'Alliance pour les vaccins, ainsi que la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies et l'Organisation mondiale de la santé.

Cette initiative – le Mécanisme COVAX – soutient les efforts collectifs visant à favoriser un accès aux vaccins juste, équitable et opportun pour 190 économies participantes dans le monde, ce qui représente près de 90 % de la population mondiale. Son instrument de financement novateur permet aux pays à revenu élevé de financer leurs propres achats de doses à l’intention de leurs populations. Parallèlement, 92 pays à faible et moyen revenu peuvent acquérir des vaccins pour immuniser jusqu'à 20 % de leur population grâce au financement de l'aide publique au développement, et ils peuvent partager les coûts des doses supplémentaires au-delà de celles qui sont subventionnées par les donateurs.

Le Canada est l'un des principaux contributeurs au Mécanisme COVAX, par l’intermédiaire du système de garantie de marché du COVAX, à l’appui des pays à faible et moyen revenu. Soutenir ces pays dans leur lutte contre la COVID-19 et d'autres maladies infectieuses est un investissement pour protéger le Canada et les Canadiens.

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