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Un projet canadien protège et soutient les populations LGBTQI+ dans les pays du Sud

Dans certains pays du monde, les personnes LGBTQI+ peuvent subir de la discrimination et de la violence, être persécutées et même être criminalisées en raison de leur orientation sexuelle, de leur identité de genre et de leur expression de genre.

Pour ces personnes qui cherchent à fuir des milieux aussi dangereux, le Canada offre une protection par l’entremise de ses initiatives de réinstallation de réfugiés. Le Programme de parrainage privé de réfugiés (PPPR) permet à des groupes privés de parrainer des réfugiés admissibles vivant à l’étranger. Ainsi, dans le cadre du partenariat avec l’organisme Rainbow Refugee, des groupes communautaires parrainent à titre privé des réfugiés LGBTQI+ avec le soutien du gouvernement. Le programme a aidé des réfugiés à se réinstaller dans l’ensemble du pays, de la Nouvelle-Écosse à la Colombie-Britannique, en passant par l’Ontario.

Rendre possibles de tels parrainages dans des endroits autres que le Canada permettrait d’accroître le nombre de communautés sûres pouvant accueillir les personnes LGBTQI+ qui sont à risque dans leur propre pays. C’est l’objectif de l’un des programmes soutenus par le Fonds Agir ensemble pour l’inclusion (Fonds AGIRI), un projet d’Affaires mondiales Canada (AMC) de 16,7 millions de dollars qui s’étalera sur 7 ans.

Le Fonds AGIRI s’inscrit dans le cadre d’une initiative de 30 millions de dollars annoncée en 2019 par AMC et visant à faire progresser les droits de la personne et les résultats socio-économiques des personnes et des communautés LGBTQI+ dans les pays en développement. Mis en œuvre par Equitas en collaboration avec le Réseau Dignité Canada, le Fonds AGIRI a déjà commencé à aider les partenaires du Canada et des pays en développement qui œuvrent auprès des personnes LGBTQI+ vulnérables de partout dans le monde.

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Pax Santos est la gestionnaire de programme à Rainbow Railroad et gère le projet du groupe financé par le Fonds AGIRI.
Source : Kat Hartog

« Nous cherchons à soutenir les efforts locaux pour faire avancer les droits des personnes LGBTQI+ à l’échelle mondiale », affirme Pax Santos, gestionnaire de programme à l’organisme Rainbow Railroad. Elle ajoute que le programme pilote de 2 ans, financé par le Fonds AGIRI et intitulé Building Durable Solutions for LGBTQI+ Refugees in the Global South (Bâtir des solutions durables pour les réfugiés LGBTQI+ dans les pays du Sud), est conçu pour renforcer les capacités internes de 6 groupes partenaires LGBTQI+ en Afrique subsaharienne et en Amérique latine. Il les aide notamment à mettre sur pied des programmes de parrainage de réfugiés LGBTQI+ semblables à ceux offerts par le Canada dans le cadre du partenariat avec l’organisme Rainbow Refugee.

« Ce sont les citoyens locaux qui dirigent la réinstallation », explique Mme Santos, qui gère le projet financé par le Fonds AGIRI. L’organisme Rainbow Railroad soutient ses partenaires sur le terrain en offrant de la formation et en partageant avec eux les documents détaillés qu’il a mis au point sur le parrainage privé des réfugiés LGBTQI+ et qui doivent être adaptés à leur situation. Le Fonds AGIRI aide également les groupes partenaires à améliorer les services qu’ils fournissent, par exemple en répondant aux besoins en matière de santé mentale des personnes LGBTQI+ qu’ils aident.

Prêcher par l’exemple

Selon Doug Kerr, directeur exécutif du Réseau Dignité Canada, l’un des grands objectifs du projet AGIRI est de créer des liens avec des organisations LGBTQI+ ailleurs dans le monde et de les faire participer à ces programmes. Le groupe chapeaute quelque 50 organisations de la société civile du Canada qui s’intéressent à l’avancement des droits de la personne pour les personnes LGBTQI+ du monde entier.

Figure 2

Doug Kerr (à gauche), directeur exécutif du Réseau Dignité Canada, visite Peggy’s Cove, en Nouvelle-Écosse, en compagnie de Mariano Ruiz, coordonnateur de projet de la Fondation AMAL, qui était un invité d’honneur à la Fierté de Halifax l’été dernier.
Source : Courtoisie du Réseau Dignité Canada

Kerr souligne que, lorsque cette coalition diversifiée a vu le jour de façon informelle en 2015, « le Canada n’était pas du tout un acteur dans le milieu ». Alors que les personnes LGBTQI+ dans de nombreuses régions du monde étaient confrontées à des violences sanctionnées par l’État, à des peines d’emprisonnement et à d’autres formes d’oppression, les militants ont demandé au Canada de « prêcher par l’exemple », raconte-t-il, ce qui a conduit à l’officialisation du réseau en 2020.

Il ajoute que le Fonds AGIRI fournit un financement gouvernemental à des partenaires qui travaillent depuis un certain temps sur les enjeux LGBTQI+ dans le monde. Autrefois, ce type de soutien se faisait de manière fragmentaire, par exemple par l’entremise du Fonds canadien d’initiatives locales (FCIL), qui permet à des missions canadiennes individuelles ailleurs dans le monde d’accorder de petites subventions pour aider à financer les activités et les initiatives des organisations locales.

Selon M. Kerr, le Fonds AGIRI va beaucoup plus loin que le FCIL en encourageant l’innovation et la flexibilité dans ses subventions, ce qui fait en sorte que « différents groupes essaient différentes choses ». Dans le cadre du projet AGIRI, il y aura 4 rondes de financement totalisant 9,7 millions de dollars, précise-t-il. Celles-ci appuieront des initiatives pluriannuelles mises en œuvre par des organisations canadiennes en collaboration avec des partenaires locaux dans les pays en développement.

Kerr fait remarquer que parmi les organisations sélectionnées pour recevoir un soutien financier dans le cadre du premier appel de propositions du Fonds AGIRI en 2021 figurent 2 initiatives axées sur la santé mentale et le bien-être des militants queer à l’étranger. La première initiative est mise en œuvre par l’Alliance internationale francophone pour l’égalité et les diversités (Égides) en partenariat avec 4 groupes au Cameroun et en Haïti, et l’autre initiative est mise en œuvre par la Fondation Stephen Lewis et 6 groupes partenaires au Kenya et en Ouganda.

Figure 3

La Fondation Stephen Lewis du Canada a reçu un financement du Fonds AGIRI pour un projet qui traite de la santé mentale et du bien-être des militants queers au Kenya et en Ouganda. Pour célébrer la Journée mondiale de la santé mentale, le 10 octobre, notre partenaire Icebreakers Uganda a organisé un événement à Kampala où les participants Nagykatims Ali (à gauche) et Ramlat Ali ont tenu des pancartes contenant des messages sur la santé mentale.
Source : Sofi Lundin

Le Fonds AGIRI prévoit également la somme de 600 000 $ pour soutenir des initiatives plus petites à court terme, notamment pour aider les défenseurs des droits LGBTQI+ dans les pays en développement à répondre aux menaces immédiates ou à profiter de possibilités émergentes à petite échelle. La première petite initiative financée par le Fonds AGIRI concerne un groupe de cinéastes queer en Haïti qui travaillent sur des films abordant les enjeux liés aux droits LGBTQI+ dans leur pays afin d’influencer l’opinion publique et les décideurs. Cette initiative a été mise en œuvre par la Fondation Massimadi, un groupe culturel composé de personnes 2ELGBTQI+ noires et de descendance africaine établi à Montréal, en partenariat avec l’Institut EDI2 Équité, Diversité, Inclusion, Intersectionnalité de l’Université Laval et l’Institut Panos en Haïti.

Le projet AGIRI est également conçu pour faciliter les activités d’échange de connaissances entre les organisations canadiennes et internationales qui travaillent à l’avancement des droits des personnes LGBTQI+.

Une approche fondée sur les droits de la personne

François Legault est un agent principal de développement à AMC, dont les responsabilités comprennent la supervision du Fonds AGIRI. Il affirme qu’au cœur de ce programme se trouve une approche fondée sur les droits de la personne qui vise à protéger et à soutenir les groupes de personnes vulnérables et marginalisées. Le programme appelle plus particulièrement les personnes et les communautés à prendre en main leur propre développement; il fait d’elles des participantes et des agentes de changement à chaque étape du projet.

« Nous nous efforçons de réduire le déséquilibre des pouvoirs et d’accroître le respect des droits de la personne de l’ensemble de la population », affirme M. Legault. Il ajoute que la structure de gouvernance du Fonds AGIRI permet de mobiliser les petites et grandes organisations LGBTQI+ de différents pays et régions, et ce, à toutes les étapes du processus de sélection des projets et du cycle de financement. Le comité consultatif du programme et son comité de sélection des projets regroupent une diversité de militants internationaux et issus de pays en développement.

Figure 4

François Legault est un agent principal de développement à AMC qui a notamment pour responsabilité de superviser le Fonds AGIRI.
Source : Carol Hoppy

« L’objectif global est d’appliquer les principes d’inclusion et de diversité dans la gouvernance des projets et de respecter le fait que ce sont les membres de la communauté qui devraient avoir un droit de regard majeur, notamment dans la façon de gérer les fonds et d’organiser les structures de gouvernance, explique M. Legault. C’est la voie que nous voulons suivre, à Affaires mondiales Canada, et la façon dont nous voulons faire les choses, conformément aux principes de notre Politique d’aide internationale féministe. »

Tashi Pietrzykowska, gestionnaire des communications et de la mobilisation du public au Réseau Dignité Canada, affirme que ce modèle permet de soutenir les personnes LGBTQI+ et de leur donner les moyens de prendre des décisions et de réclamer des changements dans leur milieu. « Il s’agit très certainement d’un tremplin pour amorcer un grand nombre de discussions et définir les responsabilités de toutes les parties concernées.»

Pour la Fundación Amal Argentina (Fondation AMAL), un groupe de bénévoles de Buenos Aires qui s’emploie à promouvoir le parrainage communautaire de migrants et de réfugiés LGBTQI+, le soutien reçu du Fonds AGIRI lui permet d’accroître sa visibilité et d’améliorer ses capacités. Mariano Ruiz, le coordonnateur de projet du groupe, soutient que le projet AGIRI sert également à « faire le pont » entre le Canada et l’Argentine, qui ont beaucoup en commun en tant que pays ayant une longue histoire d’immigration.

Le soutien rend le groupe plus professionnel

La Fondation AMAL est venue en aide à des réfugiés LGBTQI+ du monde entier qui ont fui des États sanctionnant l’homophobie et la violence et qui ont demandé l’asile en Argentine. Selon M. Ruiz, un programme de parrainage mieux établi, semblable à celui offert par le Canada dans le cadre du partenariat avec l’organisme Rainbow Refugee, permettrait de réinstaller ces personnes. Celles-ci pourraient ainsi obtenir de l’aide pour répondre à leurs besoins, notamment en matière de logement, de soins de santé, d’éducation et de soutien psychologique.

Le financement reçu dans le cadre du Fonds AGIRI sert à former des personnes pour aider les migrants et les réfugiés qui s’identifient comme LGBTQI+ et à trouver d’autres groupes argentins susceptibles d’offrir des services de parrainage, précise M. Ruiz. La Fondation AMAL, qui était largement informelle et composée de bénévoles, est aujourd’hui en mesure de payer une partie de son personnel, d’élargir les types de personnes qu’elle peut aider et de créer du matériel publicitaire pour solliciter d’éventuels donateurs. « Nous essayons de rendre notre organisation plus professionnelle », conclut M. Ruiz.

Figure 5

Mariano Ruiz est le coordinateur de projet de la Fondation AMAL.
Source : Courtoisie de la Fondation AMAL

Améliorer la qualité de vie des populations LGBTQI+ des pays du Sud est l’une des grandes priorités du Fonds AGIRI. Par exemple, Mme Santos explique que le projet de Rainbow Railroad est conçu pour stimuler les activités de défense des intérêts de groupes locaux qu’il soutient, comme la Fondation AMAL, et améliorer les droits des personnes LGBTQI+ sur le terrain. Elle souligne que, l’an dernier, son organisation a reçu des demandes d’aide de la part de personnes LGBTQI+ provenant de 143 pays. S’attaquer aux causes profondes de la discrimination à laquelle ces personnes doivent faire face dans ces pays pourrait améliorer leur qualité de vie.

« Dans un monde idéal, personne ne demanderait notre aide pour fuir la persécution ou la violence subie en raison de son orientation sexuelle ou de son identité de genre, affirme Mme Santos. Si on peut améliorer les structures en matière de droits de la personne et les capacités organisationnelles des groupes locaux et des militants qui se portent à la défense de ces droits, au bout du compte, on réduira le nombre de personnes faisant appel à des services comme ceux de Rainbow Railroad. »

Selon Mme Santos, le programme du gouvernement canadien, assorti d’une enveloppe de 30 millions de dollars, constitue un gain important. « Nous sommes heureux de voir un financement de cet ordre-là. » Elle ajoute que le projet AGIRI en soi « représente une première étape formidable ». À son avis, il témoigne d’un réel engagement à intégrer les personnes LGBTQI+ aux discussions internationales, notamment en ce qui concerne le financement du développement international.

Legault note qu’à plusieurs égards, le Fonds AGIRI est une œuvre en chantier. « À mesure que nous tirons des enseignements de chaque petite étape réalisée, nous pouvons continuer d’avancer », commente-t-il. Ces progrès permettent d’accroître les capacités au sein d’AMC et des organisations canadiennes et internationales qu’il soutient. La clé du succès est de se concentrer sur les questions urgentes, c’est-à-dire d’aider les personnes LGBTQI+ qui subissent des menaces immédiates à l’étranger, tout en travaillant à changer les lois et les attitudes culturelles dans ces pays.

Nouer des liens avec les partenaires internationaux

Kerr estime que le projet AGIRI contribue à établir des liens avec des partenaires dans les pays du Sud, et il s’attend à d’autres développements. « Le Canada a certainement commencé à passer de la parole aux actes, mais le travail n’est pas fini. »

Il mentionne que le projet réunit également le Canada et d’autres pays qui sont actifs dans le domaine, avant d’ajouter qu’on pourrait assister à un virage mettant l’accent sur certaines régions ou unissant les efforts canadiens à ceux d’autres pays. « L’un des grands avantages de ce projet est qu’il nous permet de faire le pont avec des initiatives semblables à l’étranger, de manière à assurer une certaine cohérence entre les diverses initiatives que nous finançons. »

Selon M. Kerr, même s’il est important que le Fonds AGIRI finance des programmes LGBTQI+ indépendants, il aimerait à l’avenir que des initiatives LGBTQI+ soient financées dans le cadre de projets de développement international plus généraux, comme ceux portant sur la démocratie, la paix, la sécurité ou l’égalité entre les genres.

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