Un front unifié : des jeunes de la région rurale de Ngong se mobilisent pour empêcher le mariage d’une amie

Habiba avait 16 ans lorsqu’une camarade de classe est venue la voir en panique. Le père de cette dernière avait pris une décision : fini l’école, elle devait se marier. Il y voyait une solution pragmatique. Habiba voyait les choses différemment. Appuyée par un réseau qu’elle avait mis des mois à bâtir, elle savait exactement quoi faire.

Source : Mireille Lassou, P4G Communications Officer, Ngong, Cameroon
Légende : Membres d’un club Champions du changement à Ngong.
Tisser un filet de sécurité
Le réseau d’Habiba a vu le jour grâce à Plan pour les filles, une initiative soutenue par le Canada qui mène des activités au Cameroun et au Kenya depuis 2018. Ce qui distingue ce projet, c’est son architecture. Plutôt que de proposer des programmes aux communautés, elle renforce les capacités au sein même de celles-ci en établissant :
- des clubs Champions du changement, qui réunissent les jeunes chaque semaine;
- des comités de protection de l’enfance, qui offrent une formation en intervention aux parents et aux chefs traditionnels;
- des comités consultatifs, où les filles et des adultes alliés se réunissent pour prendre des décisions.
Lorsque Habiba a demandé de l’aide, des membres de cette structure ont répondu présents à tous les échelons.
Elle a réuni cinq membres du club : trois filles et deux garçons. Elle a également fait appel à Fadimata Hamadou Innawa. En tant que sœur aînée du chef du village, Mme Innawa jouissait d’une réelle influence à Ngong. Elle avait été formée par Plan pour les filles pour reconnaître et gérer des situations exactement comme celle-ci. Ensemble, ils sont allés voir le père de la jeune fille et lui ont expliqué le prix de sa décision. Il a écouté les visiteurs. Moins d’une semaine plus tard, il avait changé d’avis. Sa fille a repris le chemin de l’école au trimestre suivant.
Rien de tout cela n’était le fruit du hasard.
« Dans notre club Champions du changement, nous parlons de leadership et apprenons à communiquer avec assurance, explique Habiba, pour savoir comment parler avec nos parents et même avec les autorités. »
L’intervention a réussi grâce à la convergence de divers facteurs. Les aînés avaient le soutien de la communauté. Des garçons se sont rangés aux côtés des filles. La structure était claire, et tous y connaissaient leur place.

Source : Mireille Lassou, P4G Communications Officer, Ngong, Cameroon
Légende : Habiba anime une séance de sensibilisation à l’intention de ses pairs.
Ce qu’il faut pour qu’une communauté change d’avis
Mme Innawa a souvent repensé à ce jour-là. Sa propre façon de penser a évolué grâce à sa participation à l’initiative Plan pour les filles : elle a pris conscience de ce qui se passait autour d’elle et est devenue mieux à même d’identifier la nature des situations.
« Maintenant, quand je vois des choses qui ne devraient plus se produire, je rappelle les gens à l’ordre. »
Elle prend toujours des nouvelles de l’amie d’Habiba, et n’hésite pas à lui rappeler de saisir cette deuxième chance.
L’histoire s’est répandue dans toute la communauté jusqu’à être intégrée à son identité. Pour la première fois, des adultes ont commencé à demander leur avis aux jeunes. Peu à peu, les anciennes règles dictant qui peut parler et qui doit se taire ont commencé à s’estomper.

Source : Mireille Lassou, P4G Communications Officer, Ngong, Cameroon
Légende : Des membres d’un club Champions du changement défendent l’égalité des genres et les droits des jeunes.
Des résultats produits de l’intérieur
Au Cameroun, trois jeunes femmes sur dix sont mariées avant l’âge de 18 ans. Dans les régions où l’initiative Plan pour les filles intervient, le taux des mariages précoces chez les femmes de 18 à 22 ans est passé de 24 % à 8 %.
Ce changement s’est opéré de l’intérieur. Il a été amené par les clubs qui se réunissent chaque semaine et les comités qui se mobilisent lorsqu’on fait appel à eux. Il est né grâce à une adolescente de 16 ans qui, consciente de l’existence de son réseau, l’a utilisé pour sauver une amie.
« Quiconque envisage de prendre une telle décision y réfléchira désormais à deux fois, a expliqué Mme Innawa en se souvenant de la manière dont les jeunes se sont mobilisés.
« Je regrette seulement que de tels groupes n’aient pas existé quand j’étais jeune. »
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