Une approche féministe : l’égalité des genres dans l’action humanitaire

La présente politique de champ d’action fournit une orientation additionnelle sur ce que le Canada vise à accomplir par l’entremise de son action humanitaire, tel que souligné dans la Politique d’aide internationale féministe. Cette politique de champ d’action guide les efforts du Canada en matière de programmation, plaidoyer et de politiques stratégiques, par l’entremise d’approches ciblées et transversales.

Contexte

Le Canada a adopté une Politique d’aide internationale féministe en vue d’éliminer la pauvreté et de bâtir un monde plus pacifique, plus inclusif et plus prospère. Le Canada sait que promouvoir l’égalité des genres et renforcer le pouvoir des femmes et des filles constituent le moyen le plus efficace pour atteindre cet objectif. L’approche féministe du Canada est fondée sur les droits de la personne et sur l’inclusion. Elle est stratégique et ciblée, elle se veut transformatrice et militante, et elle est fondée sur des faits et la responsabilisation.

En matière d’aide humanitaire, cela veut dire que le Canada appuie une action humanitaire tenant compte des genres, qui est nécessaire pour répondre aux besoins et aux priorités spécifiques des personnes en situation de vulnérabilité, particulièrement les femmes et les filles, pour soutenir le renforcement de leur pouvoir et pour s’assurer que notre aide ait un impact plus fort et durable. En adoptant une approche féministe, le Canada est donc déterminé à respecter les principes humanitaires lorsqu’il fournit son aide humanitaire, en s’assurant de répondre adéquatement aux besoins spécifiques des personnes touchées par une crise. Le Canada sait qu’en adoptant une approche qui tient compte des genres pour notre aide humanitaire, nous renforçons aussi l’ensemble de notre réponse humanitaire.

Lorsque les questions d’égalité des genres ne sont pas suffisamment prises en compte dans la mise en œuvre des interventions humanitaires, l’efficacité et l’impact de cette aide humanitaire s’en trouvent diminuées. Cela peut même nuire aux populations que l’on essaie d’aider. Lorsque les vulnérabilités préexistantes ne sont pas suffisamment prises en compte, les interventions humanitaires ne répondent pas systématiquement et adéquatement aux besoins spécifiques des femmes et des filles. Par exemple, lorsque les mesures d’intervention ne prennent pas en compte les besoins spécifiques et les droits des femmes et des filles dans les camps de personnes déplacées, comme des espaces sûrs pour se laver et aller aux toilettes, les femmes subissent plus de violence sexuelle et fondée sur le genre, ce qui mine encore plus leur sécurité, leur dignité et leur bien-être. Or les femmes jouent un rôle primordial dans leur famille et de leur communauté. Quand elles ne peuvent répondre à leurs besoins fondamentaux, c’est l’ensemble de leur communauté qui en souffre. Par exemple, lorsque les interventions humanitaires prennent des mesures précises pour faciliter l’accès des femmes aux produits alimentaires, la prévalence de la faim dans les foyers diminue.

Bien qu’elles soient disproportionnellement touchées par les conflits et les catastrophes naturelles, les femmes et les filles ont la capacité de contribuer aux efforts humanitaires et de diminuer les souffrances et, au-delà de l’intervention humanitaire, de faciliter la réconciliation, de participer aux processus de paix et de reconstruire leur communauté. Elles sont néanmoins trop souvent exclues des processus décisionnels, et leur potentiel en tant qu’agentes de changement est négligé. Pourtant, par les bouleversements sociaux qu’elles provoquent, les crises offrent aussi des occasions de changer les normes sociales discriminatoires et les rapports de force inégaux. Les acteurs humanitaires doivent reconnaître et saisir ces occasions de contribuer à changer les rapports de force inégaux et  éviter de renforcer les normes sociales discriminatoires. L’appui aux groupes de défense des droits des femmes dans le cadre des interventions humanitaires permet aux femmes d’avoir une voix collective plus forte et de faire pression en faveur de leurs propres priorités et d’une participation égale à la prise de décisions. Les hommes et les garçons peuvent également s’avérer de solides alliés pour promouvoir et appuyer les droits des femmes, et ils doivent être mobilisés pour atteindre une égalité des genres durable.

Les acteurs humanitaires, notamment le Canada, ont la responsabilité d’améliorer les pratiques humanitaires afin de mieux cerner les besoins particuliers des personnes vulnérables et marginalisées et de mieux y répondre. Cependant, la mise en place de politiques et de stratégies en matière d’égalité des genres n’est pas suffisamment intégrée à la façon dont l’aide humanitaire est acheminée. Les acteurs humanitaires doivent éliminer les obstacles et les contraintes systémiques à tous les niveaux, et ils doivent investir les ressources nécessaires pour assurer une prise en considération complète et systématique de l’égalité des genres dans toutes les interventions humanitaires.

Priorités du Canada

À titre de chef de file reconnu en matière d’aide humanitaire, le Canada collabore avec les autres acteurs du système humanitaire mondial afin de sauver des vies, d’alléger la souffrance et de préserver la dignité des populations touchées par les crises. Dans le cadre de son aide humanitaire internationale, le Canada répond aux besoins des personnes touchées par des catastrophes naturelles ou par des crises résultant d’une action humaine en appuyant des interventions humanitaires rapides et coordonnées, qui sont fondées sur les principes humanitaires et les besoins.

L’approche du Canada en matière d’action humanitaire

Conformément à son engagement à l’égard des « Principes et bonnes pratiques pour l’aide humanitaire », l’action humanitaire du Canada est :

  • fondée sur les principes humanitaires : l’aide humanitaire du Canada soutient les organisations qui adhèrent aux principes humanitaires, à savoir l’humanité, la neutralité, l’impartialité et l’indépendance;
  • fondée sur les besoins : le Canada accorde son financement humanitaire de manière à intervenir de façon proportionnée et appropriée afin de protéger et d’aider les populations touchées par les crises;
  • basée sur la prise en compte des genres : l’aide humanitaire du Canada répond aux besoins et aux priorités spécifiques et intersectionnels des personnes vulnérables et marginalisées, particulièrement les femmes et les filles, reconnaît leurs connaissances et leurs compétences, et s’assure qu’elles sont consultées et en mesure de participer de manière égale aux prises de décisions et à leur mise en œuvre;
  • innovante : le Canada adopte une approche féministe et soutient les initiatives et les partenariats novateurs, y compris en matière de financement, qui sont susceptibles d’avoir un plus grand impact sur les personnes dans le besoin;
  • rapide : le Canada fournit un soutien rapide et précoce en réponse aux urgences humanitaires afin de sauver des vies, de réduire les besoins, d’améliorer les résultats sur le plan humanitaire et d’atténuer les répercussions à long terme;
  • coordonnée : le Canada adopte une approche féministe pangouvernementale qui comprend à la fois des efforts diplomatiques, humanitaires, de développement, et de paix et sécurité, et collabore avec les autres intervenants humanitaires pour éviter les dédoublements et optimiser l’efficacité de la mise en œuvre.

Dans le cadre de cette approche, le Canada fournit de l’aide humanitaire en tenant compte du niveau des besoins, de l’intensité des conflits, des déplacements de population et de l’insécurité alimentaire.

L’augmentation du nombre et de l’intensité des conflits armés, ainsi que l’ampleur et la fréquence des catastrophes naturelles, exacerbées par les effets des changements climatiques, ont engendré des besoins humanitaires sans précédent. Face à l’écart croissant entre les besoins humanitaires et les ressources disponibles, et compte tenu de l’écart entre les besoins spécifiques des femmes et des filles et les fonds alloués, le Canada et les autres membres de la communauté internationale maintiennent des efforts continus afin d’améliorer l’efficacité du système humanitaire international, comme en témoignent les engagements pris dans le cadre du Programme d’action pour l’humanité et de la Grande Négociation. En encourageant un financement plus transparent, plus prévisible et plus flexible, ainsi qu’une aide mieux ciblée, assortie d’une plus grande responsabilisation à l’égard des populations touchées, le système humanitaire vise à mieux répondre aux besoins différenciés de toutes les personnes touchées par les crises. Des approches globales associant les efforts de développement, de consolidation de la paix et humanitaires sont également nécessaires afin de mettre en place des solutions à long terme pour les personnes touchées par les crises et, au bout du compte, bâtir un monde plus inclusif, pacifique et prospère.

L’action humanitaire tenant compte des genres dans les approches globales

Des efforts collectifs exhaustifs sont nécessaires pour renforcer les liens entre l’action humanitaire, le développement et la paix, et pour trouver des solutions à long terme visant les personnes touchées par une crise. Dans le cadre de son mandat de sauver des vies, l’aide humanitaire peut contribuer à créer un environnement propice à un monde plus inclusif, pacifique et prospère.

L’action humanitaire tenant compte des genres peut jouer un rôle clé en reconnaissant le potentiel des femmes et des filles à titre de puissantes agentes de changement et en appuyant leurs capacités, le renforcement de leur pouvoir et leur leadership. Pour contribuer à l’établissement de bases solides en faveur d’une égalité des genres durable au moyen d’une action humanitaire tenant compte des genres, le Canada :

  • appuie, dans la mesure du possible, l’action humanitaire transformatrice sur le plan des genres, en particulier au moyen d’initiatives visant à éliminer les relations de pouvoir inégales et accroître la résilience et la capacité d’autonomie;
  • reconnaît et soutient les capacités, les systèmes et les structures locaux existants, y compris les organisations communautaires, les organisations de défense des droits des femmes, ainsi que les systèmes formels et informels de santé, d’éducation, de droit et de gouvernance;
  • favorise les investissements à long terme dans les moyens de subsistance et l’accès inclusif à l’emploi pour les populations touchées.

Des progrès supplémentaires doivent être accomplis afin de modifier la façon dont l’aide humanitaire est fournie. Grâce à sa Politique d’aide internationale féministe et à la Déclaration de Whistler sur l’égalité des genres et le renforcement du pouvoir des femmes et des filles dans l’action humanitaire, le Canada a amélioré l’intégration des considérations liées à l’égalité des genres dans l’ensemble de ses activités d’aide humanitaire afin que celle-ci réponde mieux aux besoins particuliers des personnes touchées par les crises. Le Canada a également accru la part de son aide humanitaire qui répond à des besoins particuliers, comme les besoins en matière de santé sexuelle et reproductive et ceux liés à la violence sexuelle et fondée sur le genre.

La présente politique décrit la façon dont le Canada déploie ses efforts pour accroître la prise en compte des questions d’égalité des genres dans les interventions humanitaires au moyen d’approches ciblées et transversales dans quatre domaines clés :

  1. Principes humanitaires et droit international humanitaire
  2. Violence sexuelle et fondée sur le genre pendant les crises humanitaires
  3. Santé sexuelle et reproductive pendant les interventions humanitaires
  4. Renforcement du pouvoir des femmes et des filles

Les actions menées dans ces quatre domaines s’inscrivent dans l’approche globale du Canada en matière d’action humanitaire afin d’améliorer l’aide offerte aux personnes qui en ont besoin pendant les crises humanitaires.

Cette politique soutient le principe fondamental du Programme de développement durable à l’horizon 2030 (Programme 2030) qui consiste à ne laisser personne de côté, et elle contribue à la réalisation des engagements pris par le Canada, en vertu du Programme d’action pour l’humanité et de la Grande Négociation, de répondre aux besoins humanitaires ainsi qu’aux risques et aux vulnérabilités connexes, et de les réduire. La mise en œuvre de cette politique fait partie de l’approche féministe du Canada visant à apporter un changement transformateur à ceux qui en ont le plus besoin.

1. Principes humanitaires et droit international humanitaire

Les principes humanitaires prônent une approche guidée par les besoins humanitaires, ce qui exige une action humanitaire répondant pleinement aux besoins différenciés des femmes, des hommes, des filles et des garçons touchés par les crises. Or, le système humanitaire ne prend pas systématiquement en compte la pauvreté et les vulnérabilités préexistantes liées à des facteurs identitaires. De plus, les violations généralisées du droit international humanitaire, notamment l’augmentation des attaques contre les acteurs humanitaires et le personnel médical, ainsi que les obstacles à l’acheminement de l’aide, compromettent de plus en plus l’accès humanitaire et empêchent l’aide humanitaire d’atteindre les personnes qui en ont le plus besoin.

Afin de s’attaquer à ces enjeux liés à l’égalité des genres, le Canada :

Pour aider à préserver l’espace humanitaire, le Canada :

Le Canada soutient les acteurs humanitaires qui adhèrent aux principes humanitaires

Humanité : Il faut alléger la souffrance humaine, où qu’elle soit. L’objectif de l’action humanitaire est de protéger la vie et la santé et de garantir le respect des êtres humains.

Neutralité : Les acteurs humanitaires ne doivent pas prendre parti pendant les hostilités ou se lancer dans des polémiques de nature politique, raciale, religieuse ou idéologique.

Impartialité : L’action humanitaire doit être menée uniquement sur la base des besoins, en donnant la priorité aux situations de détresse les plus urgentes sans faire de distinction entre les nationalités, races, genres, croyances religions, classes ou opinions politiques.

Indépendance : L’action humanitaire doit être indépendante de toute visée politique, économique, militaire ou autre dans les zones où elle est mise en œuvre.

Ces principes constituent les bases de l’action humanitaire. Ils occupent une place centrale dans l’établissement et le maintien de l’accès aux populations touchées, que ce soit dans le cadre d’une catastrophe naturelle ou d’une situation d’urgence complexe comme un conflit armé.

2. Violence sexuelle et fondée sur le genre pendant les crises humanitaires

Pendant les crises humanitaires, l’effondrement des structures sociales et le mépris des lois, auxquels s’ajoutent les inégalités des genres préexistantes, augmentent le risque d’exposition à la violence sexuelle et fondée sur le genre. En outre, les droits de la personne sont bafoués, et les femmes et les filles sont particulièrement exposées aux viols, aux mariages d’enfants, précoces et forcés, à l’infanticide et à l’exploitation sexuelle. Dans de nombreux conflits armés, les hommes et les garçons, et particulièrement les adolescents, sont également les cibles de violence sexuelle. Ces actes de violence, qui vont à l’encontre du droit international humanitaire, ont souvent des conséquences mortelles; lorsque les personnes survivent, les séquelles physiques et psychologiques entravent leur accès à une aide essentielle et immédiate en plus de nuire à leur capacité, et à celle de leur communauté, de se rétablir à long terme.

Afin d’assurer une action humanitaire globale qui intègre ou appuie des stratégies de prévention, d’atténuation et d’intervention en matière de violence sexuelle et fondée sur le genre, le Canada :

3. Santé sexuelle et reproductive pendant les interventions humanitaires

Dans les situations de crise humanitaire, l’accès des femmes et des filles aux services de santé reproductive est souvent interrompu, ce qui les expose à des grossesses non désirées dans des conditions difficiles et augmente le risque d’avortements dangereux ainsi que la mortalité maternelle. Les femmes touchées par des crises courent de plus hauts risques de fausse couche, d’accouchement prématuré, de complications liées à l’accouchement et d’infertilité. La fourniture de services de santé sexuelle et reproductive dans le cadre des interventions humanitaires permet de sauver des vies en s’attaquant aux problèmes liés aux grossesses non désirées, aux complications obstétriques, à la violence sexuelle et fondée sur le genre, aux infections transmises sexuellement et à une vaste gamme de problèmes en matière de santé reproductive.

Afin d’assurer une action humanitaire globale qui intègre ou fournit toute la gamme de services de santé sexuelle et reproductive et de droits connexes, le Canada :

4. Renforcement du pouvoir des femmes et des filles

Les femmes et les filles sont de puissantes agentes de changements dans leurs communautés et sont les mieux placées pour déterminer leurs besoins et les meilleurs moyens d’y répondre. Cependant, dans les situations d’urgence, leur participation aux processus décisionnels de l’intervention humanitaire est souvent négligée. De plus, les pratiques actuelles en matière d’aide humanitaire ne prennent pas systématiquement en compte le contexte et les obstacles socioculturels auxquels les femmes sont confrontées en temps de crise, comme l’accès restreint à l’éducation. Ces pratiques ne peuvent donc pas assurer la participation pleine et entière des femmes aux processus humanitaires. La voix et le leadership des femmes et des filles touchées par les crises demeurent sous-évalués et sous-utilisés lors des interventions humanitaires.

Afin de faire en sorte que l’action humanitaire tienne compte de la voix et du potentiel des femmes et des filles, le Canada :

Notes de bas de page

Note de bas de page 1

L’Appel à l’action pour la protection contre la violence fondée sur le genre dans les situations d’urgence (Call to Action on Protection from Gender-Based Violence in Emergencies), lancé en 2013, vise à mobiliser une action collective de nombreux partenaires (p. ex., les gouvernements, les donateurs, les organisations internationales, les organisations non gouvernementales, la société civile locale et les organisations de défense des droits des femmes).

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