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Nettoyer l’héritage explosif de Daech en Irak

La date du 29 septembre 2014 restera gravée dans la mémoire collective des habitants du village de Mosherfa, dans le nord de l’Irak. Ce jour-là, les 400 familles qui y habitaient ont dû fuir leurs maisons vers les villages voisins pour échapper à la terreur de Daech.

En août 2015, les peshmergas ont chassé les combattants de Daech de Mosherfa. Presque toutes les familles qui s’étaient enfuies sont revenues s’installer dans le village. Un jour, un garçon qui conduisait un troupeau de chèvres dans les champs entourant le village a posé le pied sur une mine sans le savoir. L’explosion lui a été fatale.

Les familles ont rapidement constaté que, pendant que Daech contrôlait le village, ses collaborateurs avaient posé des mines et des engins explosifs improvisés partout dans Mosherfa et ses environs. Les mines se trouvaient dans la vaste majorité des champs autour du village. Daech avait également posé des mines de chaque côté du pont qui mène vers l’autoroute, ainsi que le long de la route pavée reliant Mosherfa à une autre autoroute qui permet de se rendre dans une cinquantaine de villages. Ces mines ont forcé les voyageurs à emprunter des routes non pavées et peu sécuritaires qui deviennent inutilisables en hiver. La seule école du village et le cimetière ont aussi été contaminés par des mines. Le chef du village, le moukhtar Mazahem Msarahad, avait réagi en déclarant : « Même les morts n’ont pas été épargnés par Daech! »

L’histoire du village de Mosherfa n’a rien d’unique. Depuis 2014, les hostilités en Irak ont forcé le déplacement de plus de trois millions de personnes dans l’ensemble du pays. Dans les zones libérées, Daech a laissé derrière lui des territoires pollués de mines et d’engins explosifs improvisés. Ces engins ont été reproduits en grande quantité et placés dans tous les endroits, parfois même dans des objets du quotidien. Dans les zones urbaines, leur concentration est particulièrement élevée. Ils se retrouvent dans les rues, les murs des bureaux, les écoles et les hôpitaux. Même les maisons doivent être décontaminées.

L’héritage laissé par Daech est extrêmement explosif et la présence de ces engins reste un obstacle à la stabilisation de l’Irak. Le Canada est déterminé à consolider la paix. Dans cette perspective, le gouvernement canadien a octroyé 7,5 millions de dollars à trois projets de déminage en Irak par l’entremise du Programme pour la stabilisation et les opérations de la paix (PSOP).

Dans un premier temps, le Canada a fourni 4 millions de dollars à un projet mené en partenariat avec le département d’État américain et cofinancé par les États-Unis, l’Allemagne et le Danemark. Grâce à cet appui, des équipes de déminage ont réalisé un travail considérable dans les zones urbaines de Ramadi, d’Anbar et de Mossoul. Au total, 227 372 mètres carrés de terrain densément contaminé ont été nettoyés. Ce projet est maintenant terminé.

Dans la région de Mossoul, le Canada collabore avec la Fondation suisse de déminage. En plus des opérations de nettoyage dans des zones densément peuplées, l’entente prévoit la formation de spécialistes irakiens en matière de déminage. Le projet, financé exclusivement par le Canada et annoncé tôt en 2018, recevra près de 1,5 million de dollars. Il  prendra fin en 2019.

Enfin, depuis 2016, le Canada est l’unique contributeur d’un projet de 2 millions de dollars. Son partenaire sur le terrain est l’organisme non gouvernemental Mines Advisory Group (MAG), qui travaille en Irak depuis plus de 20 ans. Les équipes de déminage financées par le PSOP travaillent dans les zones libérées de la province de Ninive, dans le nord-ouest de l’Irak. De 2015 à 2017, 601 130 mètres carrés de terrain ont été nettoyés, ce qui a permis d’assurer le retour sécuritaire de centaines de familles.

Grâce à ce projet, 215 949 mètres carrés de terrain ont pu être décontaminés dans la communauté de Mosherfa. Aujourd’hui, les deux côtés du pont qui mène vers l’autoroute ont été nettoyés, ce qui a permis de libérer le chemin conduisant à des endroits commerciaux stratégiques de la région et de reprendre les activités économiques au village. « Nous vivions constamment dans la peur jusqu’à ce que l’organisme MAG vienne aider notre village, raconte le moukhtar Msarahad. J’ai offert aux démineurs de se reposer dans nos maisons, mais ils ont poliment refusé. Ils travaillent vigoureusement et se consacrent à nous débarrasser des restes d’explosifs de guerre aussi vite que possible. Ils ont travaillé sans relâche et nous ont permis de reprendre nos vies normalement. »

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