Comment le Canada aide les femmes Krikati à revitaliser le Cerrado au Brésil

Le Canada reconnaît que la protection de la biodiversité à l’étranger et sur son territoire aide à bâtir des économies fortes et durables et à créer des sociétés plus saines et plus résilientes. Le Programme pour la biodiversité internationale 2023-2026 du Canada aide les pays en développement à respecter leurs engagements. Le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal contribue à la restauration, à la conservation et à l’exploitation durable de la biodiversité.
Le territoire des Krikati est situé dans l’une des régions les plus déboisées du Brésil. Ce sanctuaire naturel est devenu une référence en matière de résilience et de gouvernance ancestrale.

Légende : Mauricio Copacy Krikati, chef de l’Aldeia São José dans le territoire des Krikati, discute des ressources en eau avec Aryanne Amaral de l’Institut international d’éducation du Brésil (IEB) et d’autres visiteurs des berges de la rivière Pindaré © IEB
Le territoire fait partie du Cerrado, un point chaud de la biodiversité. Il s’agit de la région de savane tropicale la plus importante en Amérique du Sud; elle abrite plus de 14 000 espèces végétales, dont le tiers sont originaires de cette région. Le Cerrado emmagasine de grandes quantités de carbone dans ses systèmes racinaires profonds et joue un rôle essentiel dans la réalimentation des nappes souterraines. Il contribue à plus de 40 % des eaux de surface du Brésil en dehors de l’Amazonie, ce qui le rend essentiel à la sécurité de l’approvisionnement en eau, à la résilience des écosystèmes et à la régulation climatique au Brésil et dans le Cône sud.
Le territoire des Krikati est d’une superficie de plus de 146 000 hectares et comprend 14 villages. L’accaparement de terres, le clôturage illégal et les injustices environnementales menacent la région.
Les menaces se présentent également sous la forme d’infrastructures majeures, comme une autoroute de l’État qui traverse le territoire et met la faune et les personnes en danger en raison de la vitesse des véhicules. La construction de l’autoroute a exigé d’enfouir l’une des trois sources de la rivière Pindaré. Prenant sa source dans le territoire des Krikati, elle est l’une des rivières les plus importantes du Maranhão. Depuis des décennies, les Autochtones utilisent cet endroit pour les rituels, la pêche et le bain. Depuis la construction de la route, la rivière s’est asséchée et dégradée.

Légende : Silvia Cristina Puxcwyj Krikati discute avec des visiteurs des mesures visant à protéger la nature sur le territoire © IEB
« Nous essayons actuellement de rétablir cette source, ce qui est très difficile. Mais ce n’est pas seulement au peuple Krikati qu’il appartient de le faire; c’est aussi la responsabilité de l’ensemble de la société, a déclaré l’enseignante Silvia Cristina Puxcwyj Krikati. En raison de la construction et de la déforestation, l’eau s’est évaporée. Les poissons ont disparu. Le surubim – mieux connu sous le nom de Cõorõ par le peuple Krikati – le curimatá, le pial, ils faisaient partie des rituels de mon peuple. Si les jeunes ne connaissent plus ces espèces de poissons, ils croiront qu’il est normal qu’elles n’existent pas. C’est l’avenir des générations futures qui est ainsi condamné. »
En réponse à cette situation, la collectivité s’est jointe au projet de Renforcement des protections territoriales et de la gestion environnementale des terres autochtones Krikati mis en œuvre par l’Institut Makarapy. La collectivité a reçu le soutien du Fonds de partenariat pour les écosystèmes critiques et de son équipe régionale de mise en œuvre, Institut international d’éducation du Brésil, ainsi que du financement de la part du Programme international pour la biodiversité du Canada.
La collectivité a formé des brigades pour la restauration, mis sur pied des pépinières communautaires et commencé à restaurer les forêts riveraines à l’aide d’espèces indigènes. En parallèle, elle a permis aux femmes de devenir les gardiennes du point chaud et a enrichi les rives de plantes indigènes qui sont au cœur de la spiritualité, de l’alimentation et de la préparation de remèdes des Krikati.
Les femmes Krikati prennent les devants
Une approche transversale en matière d’égalité entre les genres a été adoptée dans le cadre du projet. Celui-ci rompt avec l’invisibilité historique des femmes autochtones en ce qui a trait aux mesures de conservation de l’environnement. Le projet a formé plus de 30 femmes Krikati sur des sujets comme la cartographie participative, la gestion territoriale et le leadership politique.
Les femmes qui étaient auparavant exclues de la prise de décisions dirigent maintenant des brigades pour la restauration. Elles travaillent directement à la collecte de semences, à la production de semis et à la restauration de la source. Le programme met l’accent sur le pouvoir d’action, l’autonomie et la justice climatique et comprend des programmes de mentorat, des groupes de discussion, des campagnes éducatives et de la formation sur les droits des femmes.
« Nous voyons que nous sommes capables d’occuper ces rôles en tant que femmes et de prendre soin de notre territoire pour lutter contre les problèmes environnementaux, a déclaré Rose Xera Krikati, membre d’une brigade pour la restauration. Ces initiatives sont importantes parce que nous prenons soin de nos maisons. Et nous constatons qu’aujourd’hui, il y a des plantes que nous n’avions pas auparavant, et grâce au travail de la brigade, nous voyons des arbres fruitiers – açaí, buriti – dans les cours arrière. »
Par l’intermédiaire du projet :
- 107 participants autochtones ont reçu une formation structurée sur la surveillance de l’environnement, la gestion territoriale, la cartographie, l’éducation environnementale et le genre, notamment;
- 57 femmes;
- 48 hommes;
- 2 participants non binaires;
- 2 femmes ont assumé de nouveaux rôles de leadership pour coordonner les activités d’éducation environnementale et de mobilisation communautaire;
- 6 hectares de terres autochtones Krikati ont bénéficié d’une gestion communautaire améliorée;
- 700 semis indigènes ont été plantés;
- 30 jardins agroforestiers domestiques ont été restaurés ou améliorés.
« L’histoire du peuple Krikati montre que la réaction à la crise climatique peut provenir des peuples et des savoirs traditionnels. C’est un exemple de résilience, de leadership communautaire et d’innovation à l’échelle des territoires », a déclaré Aryanne Amaral, analyste socioenvironnementale et cheffe de l’équipe régionale de mise en œuvre de l’Institut international d’éducation du Brésil.
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