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Les graines de la forêt vivante : restaurer les terres et le savoir sur le territoire des Maxakali

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Là où se dressait autrefois la forêt

Dans le nord-est de l’État brésilien du Minas Gerais, les terres entourant de nombreux villages maxakali portent les traces d’une grande perte. En effet, une grande partie de ce qui faisait autrefois partie de la dense forêt atlantique a disparu. Aujourd’hui, le paysage n’est plus que terres dénudées et herbes envahissantes. La forêt qui autrefois regorgeait d’animaux, de fruits, de plantes médicinales et de matériaux a disparu.

Cette transformation a bouleversé la vie quotidienne du peuple des Maxakali, également connu sous le nom de Tikmũ’ũn. Les plantes forestières autrefois utilisées pour l’artisanat et la fabrication d’outils sont plus difficiles à trouver. Les animaux et les poissons autrefois communs sont désormais rares. De fait, même les aliments ont changé.

Des membres de la communauté affirment que leur régime alimentaire comprenait autrefois régulièrement du miel provenant d’abeilles indigènes et des fruits de la forêt. Aujourd’hui, de nombreuses familles dépendent davantage d’aliments transformés importés de l’extérieur de leur territoire. Comme l’explique l’enseignant Marilton Maxakali, ces changements nuisent à la santé et affaiblissent tant les corps que les traditions.

Pour les Maxakali, la forêt a toujours été plus qu’une simple source de matériaux ou de nourriture : elle fait partie d’un monde vivant. Leur vie culturelle et spirituelle est profondément liée aux esprits de la forêt appelés Yãmĩyxop. Ces esprits-chanteurs se rendent dans les villages lors de rituels pour chanter, danser et partager la nourriture. Sans la forêt, cette relation devient de plus en plus difficile à entretenir.

Ainsi, restaurer la terre, c’est restaurer quelque chose de bien plus profond.

Un partenariat pour la restauration

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Mention photo : © Fundação José Silveira

Légende : Des membres d’une équipe travaillent ensemble pour préparer une parcelle de terre en vue de la reboiser.

Le territoire des Maxakali se trouve au sein du biome de la forêt atlantique brésilienne, l’un des écosystèmes les plus riches de la planète, mais aussi l’un des plus menacés. La revitalisation des terres dégradées dans cette région vient renforcer les moyens de subsistance locaux et contribue aux objectifs mondiaux en matière de biodiversité et de climat.

Des efforts de restauration sont en cours dans le cadre du projet Mimãtihi, un nom qui signifie « forêt vivante » en langue maxakali. Les communautés locales travaillent en collaboration avec le programme Arboretum de la Fundação José Silveira et avec des partenaires liés à la forêt modèle Hileia Baiana. Cette initiative s’inscrit dans le cadre d’efforts plus vastes de revitalisation de l’environnement forestier et est mise en œuvre par l’intermédiaire du Réseau international de forêts modèles (RIFM), un réseau mondial de partenariats visant à promouvoir la gestion durable des environnements forestiers. Les projets de forêts modèles rassemblent des communautés, des chercheurs, des gouvernements et d’autres partenaires en vue de trouver des solutions à divers problèmes, comme la dégradation des terres, la perte de biodiversité et les changements climatiques.

Cette approche collaborative permet d’éclairer les efforts de restauration non seulement grâce à la science, mais aussi aux connaissances locales, suivant les priorités des communautés. Le Canada appuie ces efforts dans le cadre d’initiatives internationales sur les forêts et le climat qui financent des activités de restauration, de formation et d’échange de connaissances. Ces partenariats contribuent à renforcer les solutions fondées sur la nature qui permettent de restaurer les écosystèmes tout en offrant un soutien aux populations qui en dépendent.

Planter une forêt vivante

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Mention photo : © Fundação José Silveira

Légende : Des membres de la communauté préparent des semis dans la forêt modèle Hileia Baiana, au Brésil.

Le projet Mimãtihi s’appuie sur les travaux antérieurs menés dans le cadre du programme RESTAURacción du RIFM, une initiative du gouvernement canadien visant à restaurer les environnements dégradés par la déforestation, la conversion des terres et les effets des changements climatiques. Son objectif est simple, mais ambitieux : faire renaître les forêts et soutenir les Maxakali de sorte qu’ils puissent diriger les travaux de restauration d’une manière qui honore leurs connaissances, leur culture et leur lien profond avec le territoire.

Le projet combine la restauration forestière et l’agroforesterie. Cette stratégie consiste à planter des arbres aux côtés de cultures et d’espèces fruitières qui favorisent la biodiversité et produisent des aliments et des revenus. En étroite collaboration avec des membres de la communauté maxakali, les équipes du projet ont mené des consultations et des évaluations sur le terrain pour cerner les zones prioritaires propices à la restauration et pour s’assurer que les travaux s’alignent sur les connaissances et les besoins locaux.

En 2025, dix zones d’agroforesterie couvrant environ quatre hectares ont été mises en place; on y a planté plus de 5 500 jeunes arbres indigènes aux côtés de bananiers, d’arbres fruitiers exotiques et de cultures telles que le maïs. Deux zones de restauration supplémentaires ont également été créées le long de cours d’eau et dans les zones de plaines inondables d’Aldeia Manoel Damasio, lesquelles ont permis d’ajouter 13 000 jeunes arbres supplémentaires sur quatre hectares supplémentaires.

Chaque plantation contribue à reconstituer les strates d’un écosystème forestier : de grands arbres formant la canopée, des espèces fruitières et des cultures fournissant des aliments à court terme. Au fil du temps, ces espaces commencent à se transformer : les oiseaux reviennent, l’ombre s’étend, le sol se régénère et la forêt commence à se rétablir.

Les femmes, les graines et le savoir forestier

L’un des principaux atouts du projet Mimãtihi réside dans les connaissances et la participation de la communauté maxakali, en particulier des femmes, qui jouent un rôle actif dans les activités de restauration.

Des ateliers et des séances de formation ont été offerts pour informer la population sur la collecte de graines, la gestion des pépinières et la production d’arbrisseaux. Ces activités aident les membres de la communauté à participer activement aux efforts de restauration en utilisant des espèces provenant des vestiges forestiers voisins. En s’approvisionnant en graines localement, l’équipe plante des arbres mieux adaptés au terrain et au climat.

De plus, ces activités aident les femmes maxakali à faire de l’artisanat traditionnel à partir de fibres et de matériaux forestiers et à préserver ce savoir-faire, et ce, même si les matières premières se font de plus en plus rares. En restaurant des espèces indigènes, comme l’embaúba, dont les fibres servent à fabriquer des sacs, des filets, des hamacs et d’autres articles tissés, le projet soutient à la fois les pratiques culturelles et les moyens de subsistance.

En ce sens, la restauration est aussi bien culturelle qu’écologique, car elle mène au retour de matériaux qui soutiennent la vie quotidienne et le savoir ancestral.

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Mention photo : © Fundação José Silveira

Légende : Des femmes de la communauté travaillent ensemble pour remplir des sacs de plantation avec de la terre dans le cadre d’une activité de préparation des semis.

Une nouvelle génération de gardiens de la forêt

Les jeunes façonnent également l’avenir du projet Mimãtihi.

Des enseignants des villages ont suivi une formation sur des sujets d’ordre social et environnemental et offrent désormais des cours sur la restauration, le changement climatique et la biodiversité. Des ateliers destinés aux jeunes, axés sur l’art et la communication communautaire, encouragent les jeunes maxakali à raconter l’histoire de leur territoire et les changements qui s’y produisent.

Par ailleurs, certains membres de la communauté ont endossé de nouveaux rôles en tant qu’agents agroforestiers et responsables de pépinières, contribuant ainsi à prendre soin des semis et à surveiller les zones de restauration. Ces fonctions renforcent l’autonomie de la communauté tout en développant une expertise locale en matière de gestion forestière.

De plus, des ateliers ont également été organisés tout au long du projet pour explorer divers sujets tels les plantes médicinales, le compostage, la gestion de l’eau et la production alimentaire biologique, des connaissances pratiques qui favorisent la santé des terres et des communautés.

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Mention photo : © Fundação José Silveira

Légende : Des membres de la communauté de tous âges sont rassemblées dans un champ pour participer à une activité de plantation d’arbres à grande échelle.

Restaurer la terre, raviver l’avenir

La restauration d’une forêt ne se fait pas du jour au lendemain.

Grâce à une stratégie de plantation minutieuse, à une gestion responsable et à une étroite collaboration, l’environnement commence lentement à se rétablir : les arbres prennent racine, les cours d’eau se stabilisent et la biodiversité commence à revenir. Pour les Maxakali, ces changements signifient bien plus qu’un simple rétablissement écologique. La restauration renforce les pratiques culturelles, fait revivre le savoir et garantit que les générations futures pourront continuer à vivre en harmonie avec la terre.

Mimãtihi, c’est plus qu’un simple projet de reforestation. Il s’agit de rebâtir une relation entre les personnes et le monde vivant qui les entoure. Ce projet montre comment le savoir local, l’action communautaire et le soutien international peuvent s’allier pour restaurer et protéger certaines des forêts les plus menacées au monde. Pour les Canadiens et les citoyens du monde, c’est un rappel de l’ampleur que peuvent prendre les effets de la restauration des écosystèmes locaux. Des forêts saines favorisent la résilience des communautés partout dans le monde. Sur les terres des Maxakali, ces ressources ne fournissent pas seulement de la nourriture, des fibres et des remèdes; elles permettent également de séquestrer le carbone, de protéger la faune sauvage, de préserver la santé des cours d’eau et de contribuer à la lutte contre les changements climatiques – des bienfaits qui s’étendent bien au-delà de cette région du Brésil.

À mesure que les forêts repoussent grandit également la possibilité d’un avenir où les écosystèmes, les moyens de subsistance et les cultures s’épanouissent tous ensemble.

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