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Retrouver un sentiment de sécurité malgré la guerre : espaces pour enfants en Ukraine

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Dans les régions de l’Est de l’Ukraine, l’enfance a été remodelée par la guerre. Les sirènes de raid aérien interrompent les jours d’école. Le bruit des bombes n’est jamais très éloigné. Dans tout le pays, plus de 3 000 enfants ont été tués ou blessés depuis le début de la guerre. Près du quart de l’Ukraine est contaminée par des mines et des restes explosifs, ce qui met des millions de personnes supplémentaires en danger. Pour les enfants qui grandissent dans cet environnement, la peur peut rapidement voler aux enfants leur enfance.

Denis, dix ans, connaît très bien cette réalité.

Il vit avec sa grand-mère, Oksana, qui travaille comme concierge dans une école locale. Depuis l’escalade de la guerre, leur communauté est la cible de bombardements réguliers. La peur fait maintenant partie de la vie quotidienne.

« J’ai peur d’être seul lorsqu’il y a des explosions. Quand j’entends les sirènes, je fige et je couvre mes oreilles », confie Denis.

Comme de nombreux enfants vivant près de zones d’hostilités actives, le petit garçon a commencé à se replier sur lui‑même. Les bruits forts le faisaient paniquer. Il trouvait les interactions sociales accablantes. Ce qui avait autrefois été une enfance ordinaire s’est lentement atrophié dans un monde défini par la prudence et l’anxiété.

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Source : © Anastasiia Zahoskina/Aide à l’enfance Canada

Légende : Ivanna tient contre elle sa fille Alina à l’extérieur d’un espace pour enfants dans la région de Kharkiv, en Ukraine.

Voir la peur imposer le silence

Pour Ivanna, 43 ans, la guerre a eu des conséquences encore plus lourdes sur ses plus jeunes enfants.

Lors d’un bombardement intense, la famille s’est mise à l’abri dans un sous-sol. Une nuit, la structure s’est effondrée sous l’effet des bombardements continus. L’expérience a gravement affecté son fils David et sa fille Alina, qui avaient 3 et 5 ans respectivement à l’époque.

« Au début de la guerre... Mon plus jeune fils [David] avait l’habitude de parler, de chanter, se rappelle Ivanna. Mais une nuit, le sous-sol s’est effondré sur nous. Et David a cessé de parler.

C’est très douloureux lorsque ton fils, qui parlait normalement, devient muet et ne t’appelle même plus "maman". »

Sa fille Alina a également éprouvé des difficultés après l’incident. Elle a commencé à bégayer; son élocution est devenue laborieuse et inégale après le traumatisme. Le même soir, son fils aîné Danil a compté 763 tirs de roquettes avant de finalement arrêter.

Comprendre le dilemme des aidants

Pour Oksana, le stress émotionnel était constant. Elle avait besoin de travailler pour soutenir sa famille, mais il lui était impossible de laisser Denis seul pendant les périodes de fréquentes alertes de raid aérien.

« Depuis le début de la guerre à grande échelle, nous craignons constamment les bombardements», explique Oksana. Je ne peux tout simplement pas laisser Denis sans surveillance, mais je dois gagner ma vie. »

Ivanna a vécu une situation différente, mais tout aussi difficile. Son domicile a été détruit pendant la guerre : il n’en reste que les murs et les fondations. Les fenêtres ont disparu et ses effets personnels à l’intérieur ont été volés.

Maintenant, elle vit dans un appartement loué et reçoit le soutien du gouvernement, puisqu’elle ne peut travailler qu’à temps partiel, constamment en quête d’un équilibre entre la nécessité de gagner sa vie et de prendre soin de ses enfants.

« Là où nous habitions, là où nous avions une maison… il n’y a plus rien, mentionne Ivanna. Nous essayons de fournir aux enfants tout ce dont ils ont besoin pour se développer et reprendre la vie qu’ils avaient avant la guerre, moralement et physiquement. »

Dans l’Est de l’Ukraine, de nombreuses familles sont aux prises avec des défis semblables. Les endroits sûrs où les enfants peuvent jouer, apprendre et composer avec ce qu’ils ont vécu sont rares. Les aidants – dont bon nombre sont des femmes – ont la lourde responsabilité de tenter de protéger leurs enfants contre les traumatismes. Ils le font malgré l’incertitude constante qui pèse sur leur capacité à subvenir aux besoins de leur famille en temps de guerre.

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Source : © Anastasiia Zahoskina/Aide à l’enfance Canada

Légende : Denis, un enfant de dix ans, tient un bricolage qu’il a fait dans un espace pour enfants dans l’oblast de Kharkivska, en Ukraine.

Offrir un endroit sûr pour les enfants

Oksana et Ivanna ont atteint un tournant lorsqu’elles ont découvert des programmes gratuits dans des espaces pour enfants à proximité. Soutenus par Aide à l’enfance Canada, ces espaces font partie d’une intervention humanitaire financée en partie par le gouvernement du Canada. En partenariat étroit avec des organisations locales, on y offre plus que de simples activités. Dans ces lieux, les enfants peuvent jouer, apprendre et se sentir en sécurité dans un environnement structuré et accueillant. Des animateurs formés sont présents chaque jour, offrant du soutien de façon à respecter la culture de chaque enfant et à répondre aux besoins de leur collectivité. Pour Oksana, l’effet était immédiat.

« Dès que j’ai appris qu’il y avait des cours gratuits pour les enfants [dans des espaces pour enfants], j’ai immédiatement emmené mon petit-fils là-bas, a déclaré Oksana. Et pendant que Denis est sous la garde des animateurs, je peux travailler avec l’esprit en paix. »

Lorsque Denis est arrivé pour la première fois, les animateurs ont remarqué à quel point il était prudent.

« Au début, Denis évitait les jeux bruyants et avait peur de tout bruit sec, déclare Olena, une animatrice. Grâce aux activités créatives et au soutien de ses amis, il est devenu plus ouvert et se sentait en sécurité. »

Par l’art, les jeux et les activités de groupe, Denis a lentement repris contact avec les autres. Il a commencé à dessiner, à faire des bricolages et à participer à des jeux de groupe. Ces activités simples du quotidien – jouer, rire, faire part de ses idées – sont devenues des étapes, petites mais importantes, vers le rétablissement de sa confiance.

« Maintenant, mon petit-fils ne fait pas que seulement exister au milieu de la guerre; il vit à nouveau son enfance. Dans ces endroits, les enfants s’ouvrent au monde et retrouvent le sentiment de sécurité qu’ils ont perdu à cause de la guerre. »

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Source : © Anastasiia Zahoskina/Aide à l’enfance Canada

Légende : David joue avec des jouets dans un espace pour enfants dans la région de Kharkiv, en Ukraine.

Restaurer un sentiment de normalité

Une expérience similaire a été vécue par les plus jeunes enfants d’Ivanna.

À leur retour dans leur ville d’origine, aucun psychologue n’était disponible pour aider David. Dans un espace pour enfants, il a pu rencontrer des spécialistes qui l’ont aidé à recommencer à parler. Il est redevenu capable de s’exprimer à l’aide de mots complets. Ivanna attribue ses progrès au professionnalisme des animateurs sur place et à l’approche qu’ils ont adoptée envers l’enfant.

Alina a également commencé à s’améliorer. Grâce au jeu, à l’art et aux activités en groupe, sa confiance s’est accrue et son élocution a gagné en stabilité.

Pour Ivanna, le fait de voir ses enfants rire, parler et jouer de nouveau – même pendant quelques heures seulement – a été un soulagement et un signe d’espoir.

Aider les enfants à guérir

Les expériences de Denis, David et Alina témoignent non seulement de leurs progrès individuels, mais aussi de l’incidence plus large du programme. À la fin de l’initiative, 1 847 enfants de l’Est de l’Ukraine avaient accédé à des espaces pour enfants, où ils pouvaient jouer, apprendre et recevoir du soutien psychosocial. À ce nombre s’ajoutaient 1 002 enfants qui ont pu bénéficier d’une gestion personnalisée des cas de protection de l’enfance adaptée à leurs besoins particuliers.

Les équipes mobiles de sensibilisation ont également étendu leur soutien aux familles des communautés difficiles à atteindre. Deux unités mobiles ont rejoint 5 950 personnes – dont 4 119 enfants – grâce à des séances de sensibilisation et à une aide directe liée à la protection et à la prévention en matière de violence sexuelle et fondée sur le genre.

Par ailleurs, les résultats sont encourageants. Tous les enfants et les aidants interrogés ont signalé des améliorations au bien-être des enfants après avoir participé à des activités psychosociales structurées. En parallèle, 98 % ont indiqué avoir accès aux services de protection, ce qui reflète une meilleure connaissance des mesures de soutien disponibles.

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Source : © Anastasiia Zahoskina/Aide à l’enfance Canada

Légende : Alina enlace son amie et son frère David dans un espace pour enfants de la région de Kharkiv, en Ukraine.

* Les noms ont été modifiés pour protéger l’identité des personnes mentionnées.

Les espaces pour enfants servent non seulement de lieux de jeu, mais aussi de points d’entrée pour des services de protection plus vastes. Les familles peuvent y recevoir des recommandations, des conseils et du soutien lorsque les enfants sont exposés à des risques élevés.

Pour les enfants comme Denis, David et Alina, ces espaces offrent quelque chose de tout aussi essentiel : un sentiment de vie normale.

Dans une région où les sirènes interrompent toujours les activités du quotidien, la chance de rire avec des amis, de se concentrer sur une activité créative ou de se sentir en sécurité pendant quelques heures peut faire une grande différence.

Pour les aidants comme Oksana et Ivanna, c’est rassurant de savoir que leurs enfants sont soutenus, compris et ne sont pas laissés à eux‑mêmes.

Pour les enfants eux-mêmes, c’est une chance, aussi petite soit-elle, de redécouvrir ce que l’enfance devrait être.

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