Redéfinir les règles : le rôle des femmes militaires dans la transformation des forces armées de l’Ukraine

De la première ligne aux « lignes de piquetage »
Le Mouvement des femmes vétéranes d’Ukraine – connu aujourd’hui sous le nom de VETERANKA – n’était pas une organisation officielle à l’origine. C’était un cercle de femmes qui se réunissaient de façon non officielle pendant la Révolution de la dignité. Lorsque la Russie a envahi l’Ukraine en 2014, ces femmes ont quitté leur vie civile pour endosser l’uniforme militaire.
À leur retour à la maison, elles se sont lancées dans une deuxième mission. Elles ont constaté que les femmes militaires manquaient de soutien et étaient victimes de préjugés profondément enracinés. Cette réalité était d’autant plus marquée lorsque des femmes tentaient d’obtenir justice pour les violences sexuelles et le harcèlement vécus durant leur service.
VETERANKA a donc commencé à défendre les droits des femmes militaires et à sensibiliser la population. Le groupe a plaidé pour une réforme législative et une amélioration des mécanismes de justice militaire. Il a réclamé des procédures officielles et transparentes. VETERANKA voulait que toutes les plaintes de harcèlement et d’abus soient signalées sans crainte, soient examinées de façon indépendante et fassent l’objet d’une enquête équitable.
Les premières revendications de VETERANKA ont donné lieu à la création de 63 postes de combat pour les femmes. Cette réforme a été déterminante, car la loi antérieure interdisait formellement aux femmes l’accès à des rôles de combat, forçant celles qui servaient au front à être officiellement classées dans des postes de non-combattantes. En corrigeant ce décalage entre la loi et la réalité des femmes militaires, la réforme a contribué à la lutte contre la discrimination fondée sur le sexe au sein des forces armées.
Du soutien à un moment critique
En 2022, l’invasion à grande échelle a commencé.
La nécessité du travail de VETERANKA s’est fait sentir du jour au lendemain et n’a cessé de croître rapidement. Avec le soutien du projet Appui à la gouvernance inclusive en Ukraine financé par Affaires mondiales Canada (AMC), VETERANKA est devenu une organisation non gouvernementale officielle. Le groupe a pour objectif d’améliorer la façon dont l’armée traite les femmes. Il joue maintenant un rôle déterminant au sein de la société civile en tant que défenseur de l’égalité entre les sexes en Ukraine. Il sert de pont entre les femmes militaires et les institutions de l’État, c’est-à-dire qu’il veille à ce que leur opinion soit prise en compte dans les discussions politiques et les réformes de la gouvernance.
Même après avoir vécu une tragédie, VETERANKA est resté fort et a continué d’avancer. La fondatrice du mouvement, Andriana Susak-Arekhta, a été victime d’une blessure causée par une mine terrestre qui a changé sa vie. VETERANKA a dû s’adapter et se réorganiser sous la nouvelle direction de Kateryna Pryimak.
Plutôt que de freiner l’élan de l’organisation, cette transition a mis en lumière sa force collective : un leadership qui ne repose pas sur une seule grande figure, mais sur une communauté de femmes déterminées. Ensemble, ces femmes travaillent à améliorer l’accès à la justice pour les femmes militaires.

Photo credit: © Veteranka
Une deuxième bataille
L’arrivée croissante de femmes au sein des forces de défense ukrainiennes a rendu le rôle de VETERANKA plus indispensable que jamais. En outre, cette participation croissante a mis au jour des failles grandissantes en matière de protection et de responsabilisation, devenues impossibles à ignorer.
Il y a eu le cas grandement médiatisé en 2025 d’une militaire qui a dénoncé le harcèlement sexuel persistant dont elle avait été victime et ses vaines tentatives d’obtenir de l’aide. Au lieu de recevoir de l’aide, elle a dû faire face à la pression et au silence. Cette situation a confirmé ce que VETERANKA soutenait depuis des années : les forces armées et leur système de protection des droits après le service militaire devaient faire l’objet d’une réforme structurelle.
De nombreuses plaintes étaient souvent étouffées. Les survivantes risquaient d’être victimes de représailles. Le système de justice militaire n’avait pas les mécanismes nécessaires pour intervenir. Souvent, les femmes militaires ne pouvaient pas recourir à des mécanismes de plainte impartiaux. La plupart des cas étaient traités à l’intérieur de la même chaîne de commandement. Il n’y avait pas de canaux de signalement sûrs ou indépendants, ce qui faisait en sorte qu’il était impossible d’ignorer la nécessité de traiter les cas de discrimination et de harcèlement sexuel généralisé.
« Notre objectif est de rendre la protection systématique, de sorte que le respect des droits ne dépend pas d’une ONG qui appelle quelqu’un, mais d’une procédure équitable qui s’applique à tout le monde. » – Représentante de VETERANKA (anonyme), Ukraine, le 8 février 2026.
VETERANKA a refusé de laisser ces histoires sombrer dans l’oubli sans réagir.

Photo credit: © Veteranka
Les revendications au sommet
VETERANKA a travaillé avec les survivantes et a commencé à communiquer directement avec les décideurs par l’intermédiaire de consultations et de groupes de travail. Une chose était très claire : le groupe ne se contentait pas de défendre des droits, il aidait à façonner la loi. Au-delà de leurs effets immédiats sur les militaires en service actif, les réformes ont renforcé l’ensemble du système de justice militaire. VETERANKA a cherché à changer la façon dont l’armée gère les plaintes en plaçant la responsabilisation et la protection des survivantes au cœur du processus. Les nouvelles procédures contribuent dorénavant à la prévention du harcèlement au sein de l’armée.
VETERANKA a lancé une pétition électronique nationale pour demander un véritable système de lutte contre le harcèlement sexuel dans les forces armées. La pétition a non seulement obtenu le soutien public requis, mais elle a aussi incité la présidence à fournir une réponse officielle. Cette démarche montre à quel point la mobilisation citoyenne peut déboucher sur des mesures et des politiques gouvernementales concrètes.
La ténacité du groupe a porté ses fruits. Le 30 avril 2025, le Verkhovna Rada a adopté le projet de loi no 13037 en première lecture.
Le Parlement a commencé à travailler sur des modifications au code disciplinaire et à la loi sur le service intérieur. Ce travail visait à renforcer la discipline militaire et à améliorer la prévention de la discrimination et du harcèlement sexuel. VETERANKA a contribué à ce processus grâce à une mobilisation soutenue et à son expertise. Le groupe a pris part aux discussions sur les politiques, ce qui a permis de veiller à ce que les réformes tiennent compte des besoins et des droits des femmes militaires.
Le 23 septembre 2025 (et de nouveau le 26 novembre 2025), le comité parlementaire a publié des conclusions. Il a recommandé l’adoption à la deuxième lecture.
Un changement durable
Bien que l’adoption officielle définitive reste à venir, les contributions de VETERANKA produiront des effets durables. Ses démarches ont contribué à l’établissement de règles claires et exécutoires encadrant le signalement et le traitement des cas d’inconduite. Ces règles renforcent la responsabilisation au sein du système de justice militaire de l’Ukraine. Elles aident les militaires qui sont victimes de discrimination et de harcèlement et améliorent les mécanismes utilisés pour traiter les plaintes.
Pour les femmes militaires ukrainiennes, VETERANKA représente un virage vers une culture militaire améliorée, fondée sur l’écoute, la protection et la garantie de la justice pour toutes les personnes en service. De façon plus générale, ce virage témoigne d’une évolution vers une gouvernance inclusive axée sur les droits et les besoins de l’ensemble du personnel.
- Date de modification: