Le point sur le commerce 2020

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Message de la ministre

En tant que ministre de la Petite Entreprise, de la Promotion des exportations et du Commerce international du Canada, je suis heureuse de présenter le rapport Le point sur le commerce 2020 au nom du gouvernement du Canada. Le rapport donne aux Canadiens un aperçu des activités économiques du pays en 2019, tout en reconnaissant l’incertitude sans précédent qui plane sur le monde en 2020, en pleine pandémie de COVID-19.

Au cours des derniers mois, les pays du monde entier ont uni leurs efforts pour lutter contre la pandémie mondiale, en veillant à assurer la santé et la sécurité des gens tout en cherchant à atténuer l’impact économique de la pandémie. Pendant cette période difficile, nous avons vu des entrepreneurs, des travailleurs et tous les Canadiens s’unir pour se soutenir les uns les autres. Nos entreprises ont fait preuve d’une souplesse et d’une créativité remarquables pour s’adapter et trouver des solutions novatrices aux défis auxquels elles étaient confrontées.

Le rapport souligne la façon dont l’innovation et la résilience canadiennes ont permis à nos entreprises de continuer à être compétitives sur le marché mondial, et à notre gouvernement de s’engager à appuyer le commerce pendant cette période d’instabilité.

Alors que la COVID-19 se propageait à travers le monde, de nombreux pays ont réagi en fermant leurs portes au commerce dans un effort visant à protéger leur population. Mais la COVID-19 ne devrait pas – et ne peut – servir d’excuse pour cesser de faire du commerce ou se replier sur soi-même.

Le commerce demeure essentiel à la prospérité des Canadiens, représentant près des deux tiers de notre économie nationale et soutenant 3,3 millions d’emplois au Canada avant la COVID‑19. Nous sommes reconnus mondialement comme une nation commerçante solide, stable et fiable et l’un des meilleurs endroits sur la planète où investir et démarrer une entreprise.

Mais les chaînes d’approvisionnement mondiales sont sous pression, aujourd’hui plus que jamais. C’est pourquoi, grâce à notre Stratégie de diversification des exportations, notre gouvernement a renouvelé son engagement à trouver des façons nouvelles de servir et de mieux appuyer les propriétaires d’entreprises et les entrepreneurs canadiens à connaître le succès sur le marché mondial.

Les accords de libre-échange, tels que l’Accord économique et commercial global entre le Canada et l’Union européenne (AECG), l’Accord de partenariat transpacifique global et progressif (PTPGP) et l’Accord Canada–États-Unis–Mexique, aussi connu comme le nouvel ALENA, élargissent et diversifient les débouchés commerciaux. Ils donnent aux entreprises canadiennes accès à 1,5 milliard de clients à travers le monde, tout en créant plus de possibilités et d’emplois pour les Canadiens. Notre approche axée sur le renforcement des liens commerciaux du Canada englobe des pourparlers avec le groupe Mercosur, l’Alliance du Pacifique et, éventuellement, l’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est.

Alors que nous poursuivons sur la voie de la reprise économique, nous continuerons de collaborer avec nos partenaires internationaux et nous assumerons un rôle de chef de file pour garder ouvertes les chaînes d’approvisionnement, renforcer et diversifier nos relations commerciales, et appuyer le commerce fondé sur des règles au XXIe siècle. Nous devons renforcer les institutions multilatérales, telles que l’Organisation mondiale du commerce, qui sont essentielles au soutien d’un régime commercial reposant sur des règles, ainsi qu’à la stabilité dont nos entreprises ont besoin pour prendre de l’expansion à l’échelle mondiale.

La reprise économique mondiale dépend d’une coopération et d’une collaboration inclusives et durables dans la sphère commerciale. Cela signifie qu’il faut veiller à ce que les groupes traditionnellement sous-représentés, notamment les femmes entrepreneures, les propriétaires de petites entreprise et les entreprises dirigées par des Autochtones, puissent accéder aux avantages du commerce. La diversité des opinions et des talents est propice à une innovation accrue, ce qui permet de créer des entreprises plus résilientes et capables d’affronter des périodes d’instabilité économique. C’est pourquoi notre gouvernement continuera de créer des débouchés qui profiteront aux Canadiens et aux entreprises canadiennes d’un océan à l’autre.

L’honorable Mary Ng
Ministre de la Petite Entreprise, de la Promotion des exportations et du Commerce international

Table des matières

Acronymes

$Can :
Dollar canadien
$US :
Dollar américain
ACEUM :
Accord Canada—États-Unis—Mexique
AECG :
Accord économique et commercial global entre le Canada et l'Union européenne
ALÉNA :
Accord de libre-échange nord-américain
BEC :
Bureau de l’économiste en chef, Affaires mondiales Canada
CNUCED :
Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement
É.-U. :
des États-Unis
F-A :
Fusions et acquisitions
FMI :
Fonds monétaire international
G$ :
Milliards de dollars
IDCE :
Investissement direct canadien à l'étranger
IED :
Investissement étranger direct
M$ :
Millions de dollars
OCDE :
Organisation de coopération et de développement économiques
PIB :
Produit intérieur brut
PME :
Petite et moyenne entreprise
PTPGP :
Accord de partenariat transpacifique global et progressiste
R-D :
Recherche et développement
SH :
Système harmonisé
TIC :
Technologies de l’information et des communications
UE :
Union européenne
WCS :
Western Canada Select
PEC :
Perspectives de l'économie mondiale
WTI :
West Texas Intermediate
OMC :
Organisation mondiale du commerce

Sommaire

Les événements économiques survenus jusqu’ici en 2020 ont été dictés par la pandémie de COVID-19. Le ralentissement qui en résulte marque la fin de l’expansion économique qui a commencé à la mi-2009, après la crise financière mondiale de 2007-2008. Cependant, avant même que la pandémie ne s’installe un peu partout à dans le monde, 2019 s’annonçait comme une année difficile pour l’économie mondiale, déjà secouée par des tensions croissantes, l’incertitude entourant les politiques commerciales entre les États-Unis et la Chine, et le processus du BREXIT. Ces conditions ont été exacerbées par des indicateurs économiques mitigés. En conséquence, les perspectives de croissance de l’économie mondiale en 2019 n’ont cessé d’être revues à la baisse – jusqu’à rejoindre le niveau le plus bas (2,9 %) depuis la récession qui a suivi la crise financière de 2007-2008 – alors que la performance mondiale au chapitre du commerce et de l’investissement en 2019 a stagné ou légèrement régressé.

Malgré la conjoncture économique incertaine à l’échelle mondiale, la performance du Canada en 2019 a été marquée par la croissance. Les exportations canadiennes de biens et services se sont élevées à 729 milliards de dollars en 2019, en hausse de 2,2 % par rapport à 2018. Les exportations de biens ont augmenté de 1,7 %, tandis que les exportations de services progressaient de 4,4 %. Les trois principales catégories d’exportation de biens du Canada – les produits énergétiques, les véhicules à moteur et pièces, et les biens de consommation – ont représenté plus de 45 % des exportations totales et ont augmenté plus rapidement que le taux de croissance de 1,7 % des exportations totales de biens. L’investissement étranger direct au Canada et l’investissement direct du Canada à l’étranger ont également enregistré une solide croissance – deux transactions importantes ayant notamment contribué à leur progression.

Le Canada conserve de solides liens commerciaux avec les États-Unis, l’Union européenne et la Chine, ses trois premiers partenaires en importance. Les exportations de biens vers les États-Unis et l’Union européenne ont montré une bonne progression, favorisées par les accords de libre-échange conclus avec ces partenaires commerciaux. En particulier, l’Accord économique et commercial global, qui en est dans sa deuxième année d’application provisoire, continue de soutenir les exportations canadiennes vers l’Union européenne. Il semble toutefois que l’accord ne soit pas pleinement utilisé par les exportateurs et les importateurs canadiens, ce qui laisse penser que des efforts supplémentaires pourraient être nécessaires afin d’en promouvoir les avantages.

En revanche, les exportations canadiennes vers la Chine, troisième partenaire commercial du Canada, ont connu une évolution très différente en 2019. Plutôt que d’augmenter, les exportations de biens canadiens vers la Chine ont connu une forte baisse de 16 %. Ce recul est imputable aux mesures commerciales imposées par la Chine sur les produits alimentaires canadiens. Un tel revers est toutefois loin d’être représentatif des relations commerciales entre la Chine et le Canada au cours des années 2010. En effet, entre 2010 et 2019, les exportations de biens du Canada en Chine ont progressé en moyenne de 6,3 % par an, tandis que les importations provenant de ce pays augmentaient de 6,6 %.

Malgré l’influence d’un contexte mondial difficile, la performance du Canada en matière de commerce et d’investissement a été relativement bonne dans l’ensemble en 2019, par comparaison avec les résultats observés ailleurs dans le monde. Néanmoins, les chiffres du commerce canadien ont été généralement inférieurs en 2019 à la moyenne annuelle de la dernière décennie. Les résultats de 2019 seront fort probablement éclipsés par les effets de la COVID-19, un défi d’envergure mondiale qui a surgi en 2020, auquel aucun pays n’a échappé, et qui devrait avoir des répercussions économiques et commerciales sans précédent.

Les mesures de confinement visant à limiter la propagation du virus ont touché tous les aspects du commerce mondial. L’édition de cette année du Point sur le commerce et l’investissement évalue les premiers effets de la COVID-19 sur les échanges commerciaux du Canada. Parti de l’Asie en janvier 2020, le virus s’est répandu très rapidement à quelques pays européens en février, pour éventuellement rejoindre toutes les régions du monde, y compris le Canada, en mars. Les données préliminaires indiquent que les effets sur le commerce canadien ont été inégalement répartis. Les premiers effets peuvent être observés au niveau des exportations de biens du Canada vers la Chine et la Corée du Sud, en baisse de 13 % et de 26 %, respectivement, pour le premier trimestre de l’année par rapport à la même période en 2019. Bien que ces reculs ne puissent être entièrement attribués à la COVID-19, les exportations totales de biens du Canada ont chuté de 7,9 % et les importations de biens de 8,4 % en mars 2020 par rapport à mars 2019. Mais les pertes ne sont pas uniformes; les exportations et les importations de certains biens avec certains partenaires commerciaux ont été durement touchées, tandis que d’autres semblent être demeurées presque intactes ou ont même fait des gains.

Les exportations d’énergie, les premières en importance pour le Canada, ont ressenti non seulement l’impact de la COVID-19 mais aussi celui de la dégringolade des prix du pétrole, entraînant un recul de 21 % en mars 2020 par rapport au même mois un an plus tôt. Les industries qui dépendent des chaînes d’approvisionnement internationales ont aussi été particulièrement touchées, comme en témoignent les baisses des exportations et des importations de produits de l’automobile (23 % et 18 %, respectivement), de machines (11 % et 10 %, respectivement) et de matériel électronique (26 % et 13 %, respectivement). En revanche, les exportations agricoles du Canada ont progressé en mars 2020 par rapport à l’année précédente. Elles ont enregistré une hausse de 13 % sous l’effet d’une augmentation des exportations de graines oléagineuses (60 %) et de légumes (49 %).

À mesure que la COVID-19 a affecté différents pays et régions sur la planète, ses divers effets sur le commerce sont apparus progressivement. Bien qu’il soit difficile d’établir un lien direct entre la COVID‑19 et les données du commerce avec un partenaire commercial particulier à tout moment durant les trois premiers mois de 2020, une tendance générale se dessine : le Canada a vu ses échanges avec la plupart de ses 10 plus importants partenaires commerciaux touchés à un certain degré par la COVID-19. En mars 2020, la baisse des exportations canadiennes variait de 3,2 % (Japon) à 35 % (Royaume-Uni), tandis que la baisse des importations canadiennes variait de 5,1 % (Japon) à 24 % (Chine). Alors que les échanges avec les États-Unis n’ont été que légèrement affectés en moyenne, avec des baisses d’environ 6 % pour les exportations et les importations, le commerce avec certains États a été plus fortement touché en raison de la présence de chaînes d’approvisionnement hautement intégrées dans certaines industries. L’impact de la pandémie a été particulièrement évident dans les échanges commerciaux avec le Michigan, imputable à la baisse des exportations et des importations d’automobiles. Les exportations vers les États de New York, du Texas et de Washington ont aussi fortement chuté en mars 2020.

La crise de la COVID-19 met en évidence le rôle essentiel des chaînes d’approvisionnement mondiales et les nombreux goulots d’étranglement qui peuvent perturber les exportations et les importations. Le présent rapport examine ces goulots d’étranglement ainsi que les industries canadiennes les plus et les moins vulnérables à des perturbations d’envergure mondiale. De nombreuses industries manufacturières ressortent comme particulièrement vulnérables aux chocs mondiaux en raison de leur dépendance à la fois envers des fournisseurs étrangers pour leurs intrants et des marchés étrangers pour leurs ventes. En revanche, l’industrie du commerce de détail et les autres industries de services pourraient être moins vulnérables aux perturbations car elles dépendent davantage des marchés et des fournisseurs nationaux. Mais en définitive, les risques associés aux chaînes d’approvisionnement internationales doivent être pesés contre les nombreux avantages qu’elles procurent : des entreprises plus compétitives et productives qui versent des salaires plus élevés aux travailleurs et offrent des prix plus bas aux consommateurs. À l’avenir, le défi sera de coordonner l’offre et la demande mondiales – une leçon continue pour les économies du monde alors qu’elles assouplissent leurs restrictions et reprennent leurs activités dans l’ombre de la COVID-19.

Chapitre 1 : Revue de l’année 2019

1.1 Le contexte économique, commercial et de l’investissement dans le monde

Même avant la propagation du virus de la COVID-19 à travers la planète, l’année 2019 s’annonçait difficile pour l’économie mondiale. Les tensions et différends commerciaux, les tensions géopolitiques, l’agitation sociale croissante dans plusieurs pays et les catastrophes climatiques plus fréquentes et plus intenses ont pesé sur la confiance des entreprises, les décisions d’investissement, la production industrielle et les échanges mondiaux, engendrant des conditions difficiles pour le commerce canadien.

Alors que les événements de 2019 se succédaient dans un climat de tensions mondiales croissantes, les effets ont commencé à apparaître dans les données et les prévisions économiques. Chaque année, le Fonds monétaire international (FMI) produit des prévisions semestrielles sur le PIB mondial et la croissance économique pour l’année en cours et la suivante. En octobre 2018, le FMI prévoyait que la croissance économique mondiale atteindrait 3,7 % en 2019, un taux similaire à la moyenne de la période de 2011 à 2018. L’estimation d’octobre 2018 du FMI reposait sur des données économiques montrant la reprise de la croissance qui avait débuté à la fin de 2016 et duré environ deux ans. Ce que l’estimation d’octobre 2018 n’a pu saisir c’est le ralentissement progressif de l’économie mondiale à partir du deuxième semestre de 2018. Cependant, en avril 2019, les données commençaient à refléter ce ralentissement et le FMI a révisé son estimation de la croissance pour 2019 à 3,3 %, 0,4 point de pourcentage de moins que celle d’octobre 2018. La persistance des tensions commerciales et géopolitiques dans le monde et les difficultés macroéconomiques et financières qu’ont connues les marchés émergents tout au long de 2019 incitèrent le FMI à revoir à la baisse son estimation de la croissance à 3,0 % en octobre 2019. En avril 2020, l’organisme prévoyait dorénavant que la croissance de l’économie mondiale en 2019 ne serait que de 2,9 % – le taux le plus bas depuis la récession de 2009 ayant suivi la crise financière mondiale qui avait débuté en 2008 (figure 1.1).

Au cours de la seconde moitié de 2019, plusieurs banques centrales ont réagi à la faiblesse de l’économie mondiale en abaissant les taux d’intérêt pour fournir une stimulation monétaire à leur marché intérieur. Cependant, dans beaucoup d’économies avancées, cette option était limitée par des taux d’intérêt déjà bas qui laissaient peu de place aux mesures de relance monétaire traditionnelles.
La faiblesse de la conjoncture économique mondiale n’a pas affecté les marchés du travail de la même façon que le commerce. Les marchés du travail sont demeurés remarquablement vigoureux dans de nombreuses grandes économies. En effet, plusieurs d’entre elles affichaient des taux de chômage à de bas niveaux record ou quasi-record, un facteur positif dans un contexte d’incertitude mondiale. En mai 2019, le taux de chômage au Canada a enregistré son plus bas niveau depuis 1976, engendrant des défis pour l’embauche de travailleurs qualifiés dans de nombreux secteurs de l’économie.

Le commerce est une composante importante de l’économie mondiale et il va de soi que les tendances et événements – tensions commerciales, événements géopolitiques et sociaux, catastrophes naturelles – qui ont un impact sur le commerce se répercutent également sur l’économie mondiale. Devant l’évolution de la situation en cours d’année, l’Organisation mondiale du commerce a successivement revu à la baisse ses projections du volume des échanges de biens. Son estimation d’avril 2020 prévoit maintenant un recul du commerce des marchandises en 2019, le premier depuis 2009.

Les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine, qui débutèrent en 2018, ont contribué à la faiblesse de la conjoncture de l’économie et du commerce mondial en 2019. Alors que certains pays auraient pu bénéficier à court terme du réalignement des chaînes d’approvisionnement et des transbordements causés par les tensions commerciales entre les deux pays, on prévoit que l’impact global sur le PIB mondial et la croissance du commerce sera négatif. D’ici la fin de 2021, le PIB mondial pourrait être inférieur de 1,2 % (Rapport sur la politique monétaire de la Banque du Canada, janvier 2020). De plus, le taux de croissance du PIB américain pourrait être inférieur de 0,5 point de pourcentage (de 1,6 % à 1,1 %), tandis que celui de la Chine pourrait être inférieur de 1 point de pourcentage, de 5,0 % à 4,1 % (Chen et Bennett, 2019).

Figure 1.1 : Croissance annuelle de l’économie mondiale

Figure 1.1 : Croissance annuelle de l’économie mondiale
Croissance  annuelle de l’économie mondiale
Équivalent textuel : Figure 1.1 Croissance annuelle de l’économie mondiale
20092010201120122013201420152016201720182019
Croissance historique du PIB (%)-0.15.44.33.53.53.63.53.43.93.6
Croissance du PIB, estimation d'octobre 2018 (%)3.7
Croissance du PIB, estimation d'avril 2019 (%)3.3
Croissance du PIB, estimation d'octobre 2019 (%)3.0
Croissance du PIB, estimation d'avril 2020 (%)2.9

Données : Perspectives de l’économie mondiale, FMI – Avril 2020. Données recueillies le 15 avril 2020.

À plus long terme, les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine pourraient réduire les échanges bilatéraux entre les deux pays d’environ les deux tiers. Un événement positif a été la signature de la première phase de l’Accord économique et commercial entre le gouvernement des États-Unis d’Amérique et le gouvernement de la République populaire de Chine. Cet accord a mis un terme à l’escalade des tensions commerciales entre les deux pays. Par contre, l’accord pourrait engendrer des effets de détournement de commerce pour d’autres pays, car toute entente entre deux pays accroît les échanges bilatéraux d’un bien donné entre ces pays et réduit la demande pour le produit en provenance des autres pays.

Comme pour le commerce mondial, on estime que les flux mondiaux d’investissement étranger direct (IED) ont diminué de 1,0 % en 2019 dans un contexte de faible conjoncture économique, d’incertitude et de tensions commerciales (Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement, 2020). La plus grande partie de la baisse peut être attribuée à la faiblesse des flux vers les pays développés, tandis que les flux d’IED vers les économies en développement sont restés inchangés. Il convient de noter que les flux d’IED vers le Royaume-Uni et Hong Kong ont diminué en raison de l’incertitude entourant le BREXIT dans le premier cas, et des tensions et contestations politiques dans le second. Les flux mondiaux d’IED vers la Chine et les États-Unis sont demeurés essentiellement stables dans un climat de tensions commerciales entre les deux pays.

1.2 Performance commerciale du Canada

Aperçu

Le commerce canadienNote de bas de page 1 a accusé une certaine faiblesse en 2019 par comparaison avec la tendance moyenne de 2010 à 2019. Cependant, compte tenu de la conjoncture difficile des échanges internationaux, le commerce du Canada a affiché une bonne tenue par rapport au commerce mondial.

Les exportations canadiennes de biens et services ont totalisé 729 milliards de dollars en 2019, une hausse de 2,2 %. Les exportations de biens ont augmenté de 1,7 %, tandis que les exportations de services progressaient de 4,4 % (figure 1.2). Cette expansion générale des exportations de biens et services a été modeste au regard de la dernière décennie, où l’augmentation annuelle moyenne des exportations de biens et services a atteint 4,6 %. Alors que les exportations de services représentent 18 % des exportations canadiennes, leur croissance annuelle moyenne a été de 5,7 % entre 2010 et 2019, dépassant la croissance annuelle de 4,4 % des exportations de biens, qui occupent une place beaucoup plus importante (82 %) dans les exportations canadiennes. En outre, la croissance des exportations de services a été moins volatile que celle des biens : les exportations de services ont progressé de 1,4 % à 6,9 % annuellement au cours de la décennie, tandis que la progression des exportations de biens a oscillé entre -1,0 % et 13 %.

Les importations canadiennes de biens et services ont aussi augmenté pour s’établir à 768 milliards de dollars en 2019, un gain de 1,5 % par rapport à 2018. Comme pour les exportations, la progression des importations de biens et services en 2019 a été modeste par rapport à la moyenne annuelle de 4,5 % enregistrée au cours de la dernière décennie. La croissance des importations de services a également été moins volatile que celle des importations de biens sur l’ensemble de la décennie.

Le déficit commercial du Canada s’est creusé durant la seconde moitié de la décennie; cela est attribuable aux exportations de biens qui ont tiré de l’arrière sur les importations de biens. L’amélioration du déficit des échanges de services au cours de la même période a en partie compensé le déficit commercial global. En revanche, le déficit du compte du revenu primaire a considérablement diminué, réduisant du même coup le déficit du compte courant. Par conséquent, les emprunts nets du Canada sur le compte courant et le compte de capital ont fléchi au cours de la dernière décennie. De même, l’emprunt net canadien sur le compte financier a reculé, les acquisitions nettes d’avoirs financiers ayant dépassé l’accroissement net des passifs sur la période.

Figure 1.2 : Exportations et importations canadiennes

Figure 1.2 : Exportations et importations canadiennes
Exportations  et importations canadiennes
Équivalent textuel : Figure 1.2 : Exportations et importations canadiennes
2010201120122013201420152016201720182019
Total des exportations canadiennes (millions $)485,941544,252554,611576,989633,112633,955638,093672,532713,350729,050
Total des importations canadiennes (millions $)517,153564,512589,136606,802651,176683,019685,869719,909756,913767,934
Exportations canadiennes de biens (millions $)404,852457,586462,639480,518530,628525,314522,302550,263585,199595,262
Importations canadiennes de biens (millions $)414,004456,395475,171487,759525,051549,063547,349574,406607,329613,706

Source des données : Statistique Canada, tableau 36-10-0014-01. Données recueillies le 28 mai 2020.

Le volume et les prix du commerce

Les valeurs du commerce incorporent des effets de volume et de prix. Le volume est une expression de la quantité ou du nombre d’unités échangées, abstraction faite des fluctuations de prix. Il est parfois utile d’exprimer le commerce en termes de prix, c’est-à-dire de comparer la valeur monétaire d’une unité d’exportation à la valeur d’une unité d’importation.

Comme pour le commerce exprimé en valeur, 2019 aura été une année morose pour le commerce canadien exprimé en volume lorsqu’on le compare à la moyenne de la dernière décennie. En 2019, le volume des exportations de biens a augmenté de 1,3 % et le volume des importations, de 1,3 %. Les exportations comme les importations ont progressé plus lentement que leur moyenne annuelle de la dernière décennie, soit 3,0 % et 2,6 %, respectivement. Durant la première partie de la décennie, le volume des exportations de biens a augmenté un peu plus lentement que le volume des importations de biens. Toutefois, dans la deuxième moitié de la décennie, la situation s’est inversée (figure 1.3). En effet, les produits énergétiques, la plus grande catégorie d’exportation de biens du Canada, ont augmenté en volume de 5,7 % par an sur l’ensemble de la décennie, tandis que les biens de consommation, la plus grande catégorie d’importation de biens du Canada, ont gagné en volume 1,8 % par an. La croissance annuelle de 2,5 % du volume des exportations de biens de consommation a aussi contribué à l’expansion du volume global des exportations de biens, dépassant la croissance du volume des importations.

Figure 1.3 : Indice du volume du commerce canadien des biens

Figure 1.3 : Indice du volume du commerce canadien des biens
Indice  du volume du commerce canadien des biens
Équivalent textuel : Figure 1.3 Indice du volume du commerce canadien des biens
2010201120122013201420152016201720182019
Indice du volume des exportations canadiennes de biens (2010 = 100)100.0104.3106.8109.6116.8120.8121.7123.8128.7130.4
Indice du volume des importations canadiennes de biens (2010 = 100)100.0105.7108.9111.7114.5115.4116.1120.8124.7126.4

Note : L’indice du volume du commerce utilise une pondération fixe de type Laspeyres.
Sources des données : Statistique Canada, tableau 12-10-0126-01. Données recueillies le 28 mai 2020.Calculs du BEC.

La tendance des prix des exportations et des importations au cours de la dernière décennie est à l’opposé de la tendance des volumes d’échanges : durant la première partie de la décennie, les prix des exportations de biens ont dépassé ceux des importations de biens, mais dans la seconde moitié de la décennie, la situation s’est inversée (figure 1.4). Cela s’explique en partie par la forte baisse des prix à l’exportation des produits énergétiques entre 2014 et 2016. Les prix à l’exportation des produits énergétiques se sont partiellement redressés en 2017 et 2018, pour ensuite reculer légèrement en 2019. Les prix à l’exportation des produits énergétiques ne sont jamais revenus à leur sommet de 2014 au cours de la seconde moitié de la décennie. Le prix à l’exportation des minerais métalliques et des minéraux non métalliques a également diminué durant la dernière décennie. Par conséquent, les termes de l’échange des biens du Canada se sont détériorés sur la décennie. Les termes de l’échange représentent le rapport entre les prix à l’exportation et les prix à l’importation d’un pays. On peut également les envisager comme le nombre d’unités d’exportation nécessaires pour acheter une unité d’importation. La détérioration des termes de l’échange des biens au cours de la dernière décennie signifie que le Canada a dû vendre plus d’exportations pour acquérir la même quantité d’importations.

Figure 1.4 : Indice des prix du commerce canadien des biens

Figure 1.4 : Indice des prix du commerce canadien des biens
Indice  des prix du commerce canadien des biens
Équivalent textuel : Figure 1.4: Indice des prix du commerce canadien des biens
2010201120122013201420152016201720182019
Indice du prix des exportations canadiennes de biens (2010 = 100)100.0107.6107.0108.4113.3110.3109.2114.0118.4118.7
Indice du prix des importations canadiennes de biens (2010 = 100)100.0103.8104.4105.5111.2118.2118.7119.7123.2126.0

Note : L’indice des prix du commerce utilise une pondération fixe de type Laspeyres.
Source des données : Statistique Canada, tableau 12-10-0126-01. Données recueillies le 28 mai 2020.
Calculs du BEC.

Performances du commerce des biens : les exportations

En 2019, les trois principales catégories de biens exportés par le Canada en termes de valeur ont été les produits énergétiques, les véhicules à moteur et pièces et les biens de consommation (tableau 1.1). Ces trois secteurs représentent globalement près de 47 % des exportations canadiennes de biens.

Les produits énergétiques ont été le principal secteur d’exportation de biens, représentant 20 % des exportations totales du Canada au cours de la dernière décennie. Bien que les exportations de produits énergétiques aient augmenté un peu plus rapidement que l’ensemble des exportations canadiennes en 2019, ce secteur a enregistré le troisième taux de croissance le plus bas parmi les secteurs d’exportation de biens durant la dernière décennie. Tel que mentionné ci-dessus, après avoir connu une forte expansion dans la première moitié de la décennie, les exportations canadiennes d’énergie ont subi une baisse marquée entre 2014 et 2016. Bien que les exportations canadiennes d’énergie aient augmenté à chaque année après 2016, elles n’ont pas encore retrouvé leur sommet de 2014.

Les véhicules à moteur et les pièces sont demeurés le deuxième secteur d’exportation du Canada en importance au cours de la décennie. Contrairement aux exportations de produits énergétiques, les exportations de véhicules à moteur et de pièces ont connu une forte expansion entre 2010 et 2019, affichant le deuxième taux de croissance annuel moyen le plus élevé parmi les secteurs d’exportation de biens. Cette forte progression annuelle est le résultat d’une croissance positive entre 2010 et 2016, suivie d’une croissance négative entre 2016 et 2018. 2019 a marqué la première année de croissance positive après deux années de recul.

Les biens de consommation ont commencé la décennie au quatrième rang des principales catégories d’exportation de biens du Canada, pour clore la décennie au troisième rang, devançant les exportations de minerais métalliques et de produits minéraux non métalliques.

Le secteur des aéronefs et autres matériels de transport est de taille modeste, représentant moins de 5 % des exportations de biens du Canada. Cependant, il a enregistré la croissance la plus rapide au cours de la dernière décennie, y compris en 2019. L’expansion la plus rapide est survenue entre 2013 et 2015. En revanche, les exportations de produits chimiques, plastiques et caoutchouc ont reculé en 2019 et sont le seul secteur d’exportation de biens à avoir connu une croissance annuelle moyenne inférieure aux exportations de produits énergétiques au cours de la dernière décennie.

Performances du commerce des biens : les importations

Le classement des principales importations de biens du Canada est demeuré constant du début à la fin de la décennie, les biens de consommation arrivant au premier rang, suivis des véhicules à moteur et des pièces, puis du matériel et des pièces électroniques et électriques. Ces trois secteurs représentaient ensemble un peu plus de 50 % des importations de biens du Canada en 2019.

Les biens de consommation, qui occupent la première place au tableau des importations, ont enregistré un bon taux de croissance en 2019, à 3,3 %, comparativement au taux global de 1,1 % pour l’ensemble des importations de biens du Canada. Ce secteur a également connu une progression régulière au cours de la dernière décennie, inscrivant une croissance positive à chaque année (moyenne annuelle de 5 %).

La croissance des importations de véhicules à moteur et de pièces, qui viennent au second rang des secteurs d’importation, a ralenti ces deux dernières années par rapport au taux de croissance annuel moyen de ce secteur durant la dernière décennie. En raison de la nature intégrée de la chaîne d’approvisionnement de la production automobile nord-américaine, où les pièces et les produits non finis traversent plusieurs fois la frontière avant de se retrouver dans un produit fini, les tendances de la croissance des exportations et des importations canadiennes de véhicules à moteur et de pièces sont souvent similaires.

Bien que les importations canadiennes de matériel et de pièces électroniques et électriques soient demeurées au troisième rang des secteurs d’importation de biens au Canada en 2019, elles ont enregistré le troisième taux de croissance le plus bas au cours de la dernière décennie.

Les aéronefs, pièces et autres matériels et de transport représentent une modeste part des importations canadiennes de biens, comme du côté des exportations de biens; néanmoins, les importations de ces produits sont celles qui ont augmenté le plus rapidement en pourcentage parmi l’ensemble des importations de biens durant la dernière décennie, y compris en 2019.

Les importations canadiennes de produits énergétiques ont été le seul secteur d’importation de biens à connaître un déclin au cours de la dernière décennie.

Tableau 1.1 : Valeur du commerce canadien des biens en 2019, par produit

Valeur
(G$)
Croissance annuelle
(%)
Croissance annuelle moyenne,
2010-2019 (%)
Exportations
Total5951,7 4,4
Aéronefs et autres matériels de transport et pièces288,96,3
Produits chimiques, plastiques et caoutchouc, de base et industriels34-2,31,9
Biens de consommation716,25,6
Matériel et pièces électroniques et électriques302,13,2
Produits énergétiques1142,73,2
Produits de la ferme et de la pêche et produits alimentaires intermédiaires38-4,45,4
Produits forestiers et matériaux de construction et d’emballage42-104,0
Machines, matériel et pièces industriels415,05,3
Minerais métalliques et produits minéraux non métalliques651,03,7
Minerais métalliques et minéraux non métalliques218,33,5
Véhicules à moteur et pièces933,05,7
 
Importations
Total6141,1 4,5
Aéronefs et autres matériels de transport et pièces26119,0
Produits chimiques, plastiques et caoutchouc, de base et industriels45-5,05,5
Biens de consommation1253,35,0
Matériel et pièces électroniques et électriques721,23,4
Produits énergétiques37-1,8-0,3
Produits de la ferme et de la pêche et produits alimentaires intermédiaires214,66,1
Produits forestiers et matériaux de construction et d’emballage270,14,5
Machines, matériel et pièces industriels691,85,7
Minerais métalliques et produits minéraux non métalliques40-4,51,3
Minerais métalliques et minéraux non métalliques14-1,46,2
Véhicules à moteur et pièces1151,15,5

Source des données : Statistique Canada, tableau 36-10-0020-01. Données recueillies le 28 mai 2020.
Calculs du BEC.

Sources des importations et destinations des exportations de biens

En 2019, les principaux partenaires commerciaux du Canada tant du côté des exportations de biens que du côté des importations ont été les États-Unis, l’Union européenne et la Chine (tableau 1.2). Parmi les premiers partenaires commerciaux du Canada en importance, l’Union européenneNote de bas de page 2 et l’Inde se démarquent pour avoir enregistré une croissance des importations et des exportations de biens positive et nettement supérieure à leur croissance totale respective (1,1 % et 1,7 %) en 2019. Les exportations canadiennes de biens vers l’Union européenne ont progressé pour une quatrième année d’affilée en 2019, à un taux de 7,7 %, après avoir connu une période volatile de hausses et de baisses au début de la décennie. L’application provisoire des dispositions de l’Accord économique et commercial global (AECG) depuis septembre 2017 a fourni un soutien sous-jacent aux exportations canadiennes vers cette région. Par contre, les importations canadiennes de biens en provenance de l’Union européenne n’ont augmenté que de 4,2 % en 2019, qui est la deuxième année civile ayant suivi l’application provisoire de l’AECG; cela représente une baisse par rapport à la première année de l’AECG, où les importations canadiennes de biens venant de l’Union européenne avaient bondi de 11,9 %.

Encadré 1.1 : Les exportateurs et les importateurs canadiens profitent-ils de l’AECG?

Deux années se sont écoulées depuis l’application provisoire de l’Accord économique et commercial global (AECG) entre le Canada et l’Union européenne, Cela soulève une question importante : les exportateurs et importateurs canadiens se prévalent-ils largement des tarifs préférentiels offerts par cet accord? En déterminant la mesure dans laquelle les importateurs et les exportateurs ont adopté ces tarifs préférentiels, le gouvernement canadien saura s’il doit intensifier sa campagne de promotion de l’AECG auprès d’un plus grand nombre d’entreprises canadiennes.

Selon un indicateur appelé le taux d’utilisation, il semble que, jusqu’à maintenant, les exportateurs et les importateurs canadiens ne profitent pas tous pleinement de l’AECG. Le taux d’utilisation montre la proportion des biens et des services admissibles pour lesquels un tarif préférentiel a été invoqué. En 2019, soit la deuxième année d’application de l’AECG, le taux d’utilisation moyen pour les exportations canadiennes vers l’UE était globalement de 53 %; mais du côté des importations, il n’était que de 46 % (Yu, 2020). La bonne nouvelle est que les deux taux étaient en hausse par rapport à 2018, la première année d’application de l’AECG : une progression de 3 points de pourcentage pour les exportations et de près de 9 points de pourcentage pour les importations.

Même si les taux d’utilisation annuels pour les exportations et les importations suivent une tendance à la hausse pour l’ensemble de l’UE, ils n’étaient pas les mêmes pour les différents partenaires commerciaux au sein de l’UE. Ainsi, les deux taux étaient inférieurs à la moyenne de l’UE pour l’Allemagne et le Royaume-Uni, les deux principaux partenaires commerciaux du Canada dans cette région. En revanche, les deux taux d’utilisation étaient supérieurs à la moyenne pour la France.

Comparaison des taux d’utilisation pour les importations et les exportations avec les principaux partenaires commerciaux de l’UE 

Ces résultats incitent à penser que de nouveaux efforts de promotion sont nécessaires, en accordant une attention particulière à certains marchés comme l’Allemagne et le Royaume-Uni, pour hausser les taux d’utilisation.

Version texte

Le taux moyen d’utilisation des tarifs préférentiels de l’AECG pour les exportations en 2019 était 53%. Les taux d’utilisation étaient plus élevés la moyenne pour les exportations destinées au Pays-Bas, la Belgique et la France. Ils étaient sous la moyenne pour les exportations destinées à l’Allemagne, le Royaume-Uni et l’Italie.

Le taux moyen d’utilisation des tarifs préférentiels de l’AECG pour les importations en 2019 était 46%. Les taux d’utilisation étaient plus élevés que la moyenne pour les importations provenant de la Belgique, la France et l’Italie. Ils étaient sous la moyenne pour les importations provenant de l’Allemagne, le Royame-Uni et les Pays-Bas.

En raison des diverses mesures commerciales prises par la Chine qui ont eu un impact sur le canola, le soja, la viande et d’autres produits alimentaires canadiens, les exportations canadiennes vers ce pays ont chuté de 16 % en 2019. Malgré ce recul récent, les exportations canadiennes vers la Chine ont augmenté en moyenne de 6,3 % annuellement entre 2010 et 2019. Les importations canadiennes de biens en provenance de la Chine ont avancé à un faible taux en 2019 (hausse de 1,1 %) par rapport à un taux de croissance annuel moyen de 6,6 % durant la dernière décennie (tableau 1.2).

Bien que les exportations canadiennes vers l’Inde ait connu une croissance irrégulière au cours de la dernière décennie, elles ont néanmoins augmenté globalement à un rythme rapide, enregistrant une progression de 12,6 % en 2019. De même, les importations de biens en provenance de l’Inde ont continué de croître à un rythme élevé sur l’ensemble de la décennie, y compris en 2019, marquant des gains à chaque année.

La croissance des échanges des biens du Canada avec les États-Unis a légèrement dépassé le commerce global des biens du Canada au cours de la dernière décennie, ce qui a haussé la part de ce pays dans le commerce canadien. Cependant, la plus grande partie de la croissance du commerce des biens du Canada avec les États-Unis est survenue dans la première moitié de la décennie; la part des États-Unis dans le commerce des biens du Canada poursuit une tendance à la baisse depuis 2014.

Tableau 1.2 : Valeur du commerce canadien des biens en 2019, par partenaire

Valeur
(G$)
Croissance annuelle (%)Croissance annuelle moyenne,
2010-2019 (%)
Exportations
Total5951,74,4
États-Unis4432,54,6
Union européenne507,73,3
Chine24-166,3
Japon13-2,83,2
Mexique8,4-122,5
Corée du Sud5,8-5,94,3
Inde5,0139,8
Hong Kong4,22,48,6
Autres pays413,72,5
 
Importations
Total 6141,14,5
États-Unis3920,34,7
Union européenne664,25,6
Chine471,16,6
Japon12-2,42,4
Mexique20-2,04,4
Corée du Sud8,52,46,8
Inde4,14,110,8
Hong Kong4,2-1,5-0,9
Autres pays594,41,4

Source des données : Statistique Canada, tableau 36-10-0023-01. Données recueillies le 28 mai 2020.
Calculs du BEC.

Performance du commerce des services

En 2019, la valeur des exportations canadiennes de services a augmenté dans tous les principaux secteurs, bien que la croissance des services de transport ait été un peu plus lente, à 3,9 % (tableau 1.3). Au cours de la dernière décennie, les exportations canadiennes de services de voyage ont enregistré un taux de croissance élevé, mais le rythme de croissance a ralenti au cours des deux dernières années. De même, la croissance des exportations de services commerciaux a été plus forte au début de la décennie que récemment.
Comme pour les exportations, la valeur des importations a augmenté dans tous les secteurs de services en 2019, mais à des rythmes différents. Plus particulièrement, la croissance annuelle des importations de services de transport a été nettement inférieure (1,0 %) à celle de tous les autres secteurs d’importation de services, tandis que les importations de services gouvernementaux ont enregistré le taux de croissance le plus élevé (7,4 %) en 2019. Sur la décennie, la croissance annuelle moyenne des exportations de services de voyage (7,8 %) a dépassé celle des exportations totales de services (5,7 %). En revanche, la croissance annuelle moyenne des importations de services de voyage a été inférieure à celle des importations totales de services durant la dernière décennie. Enfin, les importations de services commerciaux ont augmenté plus rapidement que celles des autres catégories de services au cours de la décennie (5,1 %), bien que la croissance ait ralenti en 2018 et 2019.

Tableau 1.3 : Valeur du commerce canadien des services en 2019, par catégorie

Valeur (G$)Croissance annuelle (%)Croissance annuelle moyenne, 2010-2019 (%)
Exportations
Total1344,45,7
Services commerciaux774,45,3
Voyages364,77,8
Transports193,94,4
Gouvernement1,75,50,3
 
Importations
Total154 3,14,6
Services commerciaux742,35,1
Voyages475,14,1
Transports321,84,3
Gouvernement1,47,41,2

Source des données : Statistique Canada, tableau 36-10-0014-01. Données recueillies le 28 mai 2020.
Calculs du BEC.

Sources des importations et destinations des exportations de services

Comme pour les échanges de marchandises, le commerce des services du Canada est concentré sur le marché américain, qui représentait un peu plus de 50 % des échanges de services totaux du Canada en 2019. La croissance du commerce des services avec les États-Unis a été faible en 2019 par rapport à la moyenne annuelle de la dernière décennie. Elle a également été inférieure à celle du commerce total des services, entraînant un léger repli de la part des États-Unis dans le commerce canadien des services.
Même s’ils ont ralenti ces dernières années, les échanges de services du Canada avec la Chine ont augmenté à un rythme effréné au cours de la dernière décennie (tableau 1.4). La majeure partie de cette croissance est imputable aux exportations de services vers la Chine, qui ont enregistré une croissance annuelle moyenne tout juste en deçà de 16 % sur la décennie, tandis que la croissance annuelle moyenne des importations n’a été que de 5,9 %.
Le commerce des services du Canada avec l’Inde a également progressé rapidement durant la dernière décennie, mais, comme beaucoup d’autres volets du commerce canadien, il a ralenti dans la seconde partie de la décennie.
De même, la croissance du commerce des services du Canada avec l’Union européenne a été faible en 2019 par rapport au rythme annuel moyen de la dernière décennie. Le déficit du commerce des services avec l’Union européenne a également augmenté au cours de la dernière décennie, la progression des importations de services (5,0 %) ayant dépassé celle des exportations de services (4,6 %).

Tableau 1.4 : Valeur du commerce canadien des services en 2019, par partenaire commercial

Valeur (G$)Croissance annuelle (%)Croissance annuelle moyenne
2010-2019 (%)
Exportations
Total1344,45,7
États-Unis722,95,7
Union européenne223,34,6
Chine8,08,116
Japon1,87,64,1
Mexique1,62,37,3
Corée du Sud1,65,14,2
Inde2,38,418
Hong Kong1,99,77,4
Autres pays228,43,9
 
Importations
Total1543,14,6
États-Unis843,14,0
Union européenne270,75,0
Chine3,05,85,9
Japon2,75,16,1
Mexique3,91,66,5
Corée du Sud0,60,04,9
Inde1,74,313
Hong Kong5,32,16,2
Autres pays265,64,9

Source des données : Statistique Canada, tableau 36-10-0024-01. Données recueillies le 28 mai 2020.
Calculs du BEC.

Encadré 1.2 : Exportateurs appartenant à des minorités visibles

Les récentes manifestations un peu partout dans le monde ont mis en lumière les inégalités existantes dans la société, y compris le racisme envers les personnes noires. Affaires mondiales Canada est déterminé à adopter un programme inclusif en matière de commerce qui aide tous les segments de la société à tirer parti des possibilités économiques inhérentes au commerce. Le soutien aux entreprises appartenant à des membres de minorités visibles et d'autres groupes sous-représentés est donc une priorité pour le Ministère.

Bien que les minorités visiblesNote de bas de page 3représentent 22 % de la population canadienne, elles ne comptent que pour 12,2 % des propriétaires de petites et moyennes entreprises (PME), en termes de proprit majoritaire, ce qui traduit une sous-représentation substantielle des minorités visibles au niveau de la propriété des PME. De plus, parmi les PME qui exportent, seulement 11 % appartiennent à des minorités visibles – un écart modeste dans la propension à exporter en comparaison des autres PME, mais qui persiste depuis plusieurs annéesNote de bas de page 4.

Les caractéristiques des PME appartenant à des minorités visibles diffèrent de celles qui n’appartiennent pas à des minorités visibles sous plusieurs aspects clés. Elles sont plus susceptibles d’être détenues majoritairement par des femmes que les entreprises n’appartenant pas à des minorités visibles (23 % contre 14 %), et le principal décideur a tendance à être plus instruit et plus jeune. En outre, ces entreprises ont une propension légèrement plus élevée à l’innovation : 61 % ont déclaré mettre en application une innovation touchant à un procédé, un produit ou aux ventes, comparativement à 56 % des entreprises n’appartenant pas à des minorités visibles.

Comprendre les caractéristiques clés des PME appartenant à des minorités visibles aide les responsables à élaborer des politiques et des programmes qui soutiennent les ambitions commerciales de ces propriétaires d’entreprises et vient compléter l’analyse antérieure sur les femmes exportatrices et les exportateurs autochtones, rapportée dans l’édition 2019 de Le point sur le commerce du Canada. Ce groupe de jeunes innovateurs hautement scolarisés comptant une importante représentation féminine est de bon augure pour l’avenir commercial du Canada à l’étranger.

1.3. Performance du Canada au chapitre de l’investissement étranger

En 2019, la performance du Canada au chapitre de l’investissement étrangerNote de bas de page 5 a été bonne en dépit du contexte mondial, avec une hausse des flux d’investissement étranger direct (IED) et des flux d’investissement direct du Canada à l’étranger (IDCE). La Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) a prévu une légère baisse des flux mondiaux d’IED (1 %) pour 2019 en raison d’une plus faible performance macroéconomique mondiale et de l’incertitude générale affectant les investisseurs. Du côté du Canada, toutefois, les flux d’IED et d’IDCE ont augmenté par rapport à l’année précédente et, dans les deux cas, dépassaient leur moyenne respective pour la décennie. Les flux d’IED en 2019 s’élevaient à 67 milliards de dollars contre une moyenne de 51 milliards de dollars pour l’ensemble de la décennie, tandis que les flux d’IDCE ont atteint 102 milliards de dollars, à comparer avec une moyenne de 72 milliards de dollars (figure 1.5).

Tel qu’indiqué à la section 1.1, « Le contexte économique, commercial et de l’investissement dans le monde », la majeure partie du déclin mondial était liée à la faiblesse des flux vers les pays développés. À l’encontre de la tendance, les flux d’IED vers le Canada ont toutefois augmenté de 11 milliards de dollars, soit 19 %, en 2019. L’IDCE a également avancé en sens opposé à la tendance mondiale, avec un gain en 2019, en continuant d’être largement concentré dans les économies développées. En effet, moins de 10 % du stock d’IDCE va dans des pays en développement, où il se concentre principalement dans les pays d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud (Yergeau, 2019). Dans l’ensemble, les flux d’IDCE ont augmenté de 37 milliards de dollars, soit 57 %, en 2019, après un recul d’importance comparable entre 2017 et 2018.

Comme le montre la figure 1.5, les flux d’IDCE et d’IED peuvent être assez fluctuants, une ou deux transactions majeures pouvant grandement influer sur les résultats d’une année donnée. Par exemple, le faible taux d’IED en 2017 est en partie attribuable à deux acquisitions importantes de filiales étrangères par des sociétés canadiennes dans le secteur de l’énergie. Ces acquisitions représentent des désinvestissements (baisse des flux d’IED); pourtant, les intérêts canadiens ont été maintenus en termes de production et d’activité économique. En excluant ces deux transactions majeures des données de 2017, les flux d’IED se sont élevés à près de 45 milliards de dollars, soit un peu plus de 30 % (environ 11 milliards de dollars), de plus que le montant de 34 milliards de dollars apparaissant dans les statistiques officielles.

Il y a eu une certaine consolidation dans le secteur minier en 2019, dont une importante transaction touchant les flux d’IED et une autre touchant les flux d’IDCE. La première transaction portait sur l’achat de la société Canadian Goldcorp Inc. par l’entreprise américaine Newmont Mining Corp. dans le cadre d’une transaction évaluée à 10 milliards de dollars. Cette fusion a contribué à hausser les flux d’IED en 2019. La deuxième transaction, la plus importante de l’histoire de l’industrie minière aurifère, a porté sur l’acquisition par Barrick Gold Corp. (une entreprise canadienne) de Randgold Resources Ltd., une société des Îles Anglo-Normandes, pour un montant de 18 milliards de dollars, créant ainsi la plus grande entreprise d’extraction d’or au monde en termes de valeur et de production.

Figure 1.5 : Flux canadiens d’investissement directs

Figure1.5 : Flux canadiens d’investissement directs
Figure1.5 : Flux canadiens d’investissement directs
Text version: Figure1.5 : Flux canadiens d’investissement directs
2010201120122013201420152016201720182019
Flux d'investissement direct du Canada à l'étranger (millions $)35,77051,60255,81959,09166,58486,24292,140101,69164,635101,587
Flux d'investissement étranger direct au Canada (millions $)29,25739,25443,07671,45965,18656,05747,79634,42456,31567,163

Source des données : Statistique Canada, tableau 36-10-0025-01. Données recueillies le 28 mai 2020.

Pour ce qui est de la composition des flux d’IED en 2019, on observe des parts similaires pour les bénéfices réinvestis et les fusions et acquisitions (FA) par rapport à la moyenne de la dernière décennie. Environ 40 % des flux d’IED provenaient de bénéfices réinvestis et environ 30 % de FA. Les 30 % restants correspondent à la catégorie « Autres flux », qui englobe les prêts et les remboursements de prêts entre des sociétés mères et leurs filiales, ainsi que les flux liés au financement des nouveaux investissements. En 2019, la part des fusions

et acquisitions dans les flux d’IDCE a été nettement inférieure à la moyenne de la décennie (environ 38 % contre 52 %), tandis que la part des bénéfices réinvestis était à peu près égale à la moyenne de la décennie, à environ 45 %. Il convient de noter que, tout comme les flux eux-mêmes peuvent fluctuer, leur composition peut varier considérablement d’une année à l’autre.

Composition sectorielle de l’IED et de l’IDCE

La majeure partie de l’augmentation de 37 milliards de dollars des flux d’IDCE en 2019 peut être attribuée au secteur de la gestion de sociétés et d’entreprises (qui a enregistré un gain notable de 24 milliards de dollars), suivi par le secteur des autres industries. En outre, le secteur de la gestion de sociétés et d’entreprises a été la destination de la plus grande partie des flux d’IDCE, le secteur des finances et des assurances arrivant au second rang. Comme il est expliqué ci-dessus, les flux peuvent fluctuer sensiblement, et il n’y a pas de tendance claire des flux d’IDCE par secteur sur l’ensemble de la décennie pour faire une comparaison avec 2019. La seule tendance claire de la décennie est que le secteur des finances et des assurances a enregistré des flux d’IDCE positifs à chaque année, alors que les autres secteurs ont connu des flux négatifs une ou deux années. Le secteur des finances et des assurances est arrivé premier ou deuxième pour l’importance des flux à chaque année de la décennie.

En 2019, le secteur de l’énergie et de l’extraction minière a reçu les flux d’IED les plus importants au Canada, suivi du secteur de la fabrication. Pour ce qui est des flux d’IED par secteur, il ne ressort pas de tendance sectorielle claire sur la décennie.

Tableau 1.5 : Flux d’IDCE et d’IED du Canada par secteur, 2019

Niveau (G$)Part (%)
IDCE
Total102 100
Énergie et extraction minière2020
Finances et assurances3029
Gestion de sociétés et d’entreprises3130
Fabrication3,73,6
Commerce et transport1413
Autres industries4,03,9
 
IED 
Total67100
Énergie et extraction minière1929
Finances et assurances9,114
Gestion de sociétés et d’entreprises9,414
Fabrication1827
Commerce et transport2,63,9
Autres industries8,312

Source des données : Statistique Canada, tableau 36-10-0026-01. Données recueillies le 28 mai 2020.
Calculs du BEC.

Sources de l’IED et destinations de l’IDCE

En 2019, les États-Unis ont reçu plus d’un tiers de l’IDCE et ont également été associés à environ la moitié des flux d’IED entrant au Canada. Bien que leur part des flux dans un sens comme dans l’autre ait fluctué au cours de la dernière décennie, les États-Unis demeurent le principal partenaire d’investissement du Canada. En 2019, les flux d’investissement en provenance des États-Unis ont également été supérieurs aux moyennes annuelles de la décennie, soit 25 milliards de dollars pour les flux d’IED.

En excluant la catégorie « Autres pays », le partenaire d’investissement occupant le deuxième rang était différent pour l’IED et l’IDCE en 2019. Le Royaume-Uni arrivait en deuxième place pour l’IDCE en 2019, tandis que la Suisse était la deuxième source d’IED du Canada. Le Royaume-Uni a été la deuxième destination de l’IDCE à chaque année durant la dernière décennieNote de bas de page 6, sauf en 2013. En revanche, le pays occupant le second rang des sources des flux d’IED a changé à chaque année au cours de la décennie.

Étant donné que l’IED peut transiter par des pays intermédiaires, les flux d’IED reflètent le dernier pays où se trouvait l’investissement avant d’entrer au Canada. Les statistiques présentées sur la base du pays d’investissement ultime identifient le pays où les investisseurs sont établis. Cette mesure est disponible pour les données sur les stocks, mais n’existe malheureusement pas pour les données sur les flux. Les données sur les stocks selon le pays d’investissement ultime indiquent que des pays comme les Pays-Bas et le Luxembourg ne sont pas des sources d’IED aussi importantes pour le Canada que les flux pourraient le laisser croire. En revanche, des pays comme les États-Unis, le Brésil et la Chine détiennent des stocks plus élevés sur la base du pays investisseur ultime, et leur importance pour le Canada en tant que sources d’IED pourrait donc être sous-estimée dans les données sur les flux. Jusqu’à la publication de nouvelles données sur les stocks d’IED, l’édition 2019 de Le point sur le commerce présente les stocks d’IED à la fois sur la base du pays d’investissement intermédiaire et du pays d’investissement ultime.

Tableau 1.6 : Flux d’IDCE et d’IED du Canada par secteur, 2019

Niveau (G$)Part (%)
Idce par pays de destination
Total  102100
États-Unis3736
Royaume-Uni7,67,5
Luxembourg6,86,7
Suisse6,66,5
Îles Caïmans3,13,0
Barbade2,12,1
Pays-Bas1,81,8
France1,81,7
Mexique1,61,6
Hong Kong1,41,4
Allemagne1,01,0
Chine0,60,6
Brésil0,30,3
Japon-0,1-0,1
Australie-1,0-1,0
Autres pays3131
 
Ied par pays source
Total67100
États-Unis3248
Suisse7,812
Pays-Bas5,48,0
Îles Caïmans4,16,1
Luxembourg3,14,7
Royaume-Uni2,63,8
Australie2,33,4
France1,92,8
Brésil1,52,2
Chine1,21,7
Barbade0,40,6
Allemagne0,40,6
Japon0,10,1
Mexique0,00,0
Hong Kong-0,7-1,0
Autres pays5,27,8

Source des données : Statistique Canada, tableau 36-10-0473-01. Données recueillies le 28 mai 2020.
Calculs du BEC.

Note : Statistique Canada fournit des données par pays pour 15 pays sélectionnés.

Encadré 1.3 : Le Canada a-t-il profité de l’Accord de partenariat transpacifique global et progressiste?

Lorsqu’un accord de libre-échange tel que l’Accord de partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP) est mis en œuvre, la question la plus fréquemment posée est : L’accord de libre-échange a-t-il amélioré la performance commerciale?

La réponse à cette question réside dans la mesure du changement dans la croissance des échanges commerciaux affectés par cet accord de libre-échange. Ce calcul nécessite des données sur les importations – généralement fournies par les partenaires de l’accord de libre-échange – qui incluent l’utilisation des préférences, ainsi que la quantité et la valeur des biens échangés par ligne tarifaire affectée par l’accord de libre-échangeNote de bas de page 7.

Le Japon est actuellement le seul membre du PTPGP à fournir des données sur ses importations en valeur par ligne tarifaire et, par conséquent, le seul partenaire dont la performance commerciale avec le Canada peut être analysée.

Au cours de la première année du PTPGP, 7 pays, dont le Canada, ont ratifié l’Accord. En 2019, les exportations canadiennes de marchandises vers les pays ayant ratifié l’Accord (à l’exclusion du Mexique) ont légèrement diminué (de 0,1 %) par rapport à 2018 – en raison de l’effet combiné d’une baisse des exportations de bois, d’aluminium et de graines oléagineuses et d’une hausse des exportations de viande, de céréales et de machines. Par contre, les importations canadiennes de marchandises en provenance des pays ayant ratifié l’Accord (à l’exclusion du Mexique) ont progressé de 5,7 % en 2019, principalement en raison d’une augmentation des importations de produits électroniques.

Les exportations canadiennes au Japon touchées par le PTPGP ont affiché une forte croissance, en particulier pour les produits ayant bénéficié d’importantes réductions tarifaires. Il convient de noter en particulier les exportations de produits ayant bénéficié de baisses tarifaires de plus de 10 points de pourcentage, principalement le bœuf congelé et frais, qui ont enregistré une croissance exceptionnellement forte de 162,3 %.

Ainsi, le PTPGP at-il soutenu le commerce canadien? Au regard des échanges commerciaux entre le Canada et le Japon, il est clair que les exportateurs canadiens bénéficient des réductions tarifaires de cet accord, tandis que la croissance des importations canadiennes en provenance du Japon se concentre principalement dans les produits bénéficiant de réductions tarifaires modestes (c.-à-d. entre 5 et 10 points de pourcentage).

Encadré 1.4 : Le nouvel Accord Canada–États-Unis–Mexique est en vigueur!

L’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA) a bien servi les intérêts commerciaux du Canada. Depuis sa mise en œuvre en 1994, l’ALÉNA a contribué à une expansion sans précédent des flux commerciaux à travers l’Amérique du Nord. Entre 1993 et 2019, le commerce total de marchandises a triplé entre le Canada et les États-Unis et s’est presque multiplié par dix entre le Canada et le Mexique. Globalement, les échanges trilatéraux de marchandises (le cumul des importations mutuelles entre les trois pays) ont progressé pour atteindre près de 1,1 billion $US en 2019.

L’ALÉNA modernisé est rentré en vigueur le 1 juillet 2020. Le nouvel Accord préserve des éléments clés de l’ALENA, modernise les mesures de discipline pour tenir compte des enjeux du commerce moderne, réduit les formalités administratives à la frontière et procure une plus grande prévisibilité et stabilité aux travailleurs et aux entreprises dans l’ensemble du marché nord-américain intégré. Dans l’ensemble, la modernisation de l’ALÉNA marque un important jalon dans les relations économiques du Canada avec les États-Unis et le Mexique.

Le Bureau de l’économiste en chef estime que la mise en œuvre de l’ACEUM procure au Canada des gains au niveau du PIB de l’ordre de 6,8 milliards $ (5,1 milliards $US), ou 0.249 %, qui auraient été perdus dans l’éventualité d’un retrait des États-Unis de l’ALÉNA. Du point de vue du marché du travail, l’ACEUM assure le maintien de près de 38 000 emplois qui auraient autrement été perdus, tout en préservant les gains de salaires réels pour les travailleurs canadiens, en particulier les opérateurs de machinerie, les travailleurs manuels et les travailleurs du secteur de la vente. Pour plus de détails, consultez L’Accord Canada–États-Unis–Mexique : analyse des répercussions économiques.

Messages à retenir

  • L’année 2019 a été marquée par une expansion et une solide performance du commerce et de l’investissement du Canada, alors même que la situation du commerce et de l’investissement dans l’ensemble du monde stagnait ou était en léger recul.
  • Les résultats observés pour le Canada en 2019 sont mitigés en regard de la dernière décennie. La croissance des échanges en 2019 a été inférieure à la moyenne annuelle pour l’ensemble de la décennie, tandis que les flux d’investissement en 2019 ont dépassé la moyenne de la décennie.
  • Malgré un recul de 16 % en 2019, les exportations canadiennes de biens vers la Chine ont augmenté en moyenne de 6,3 % annuellement entre 2010 et 2019.
  • Les flux d’IED et d’IDCE ont augmenté en 2019, ce qui est en partie dû à deux transactions importantes dans le secteur minier. La première a contribué à hausser l’IED, tandis que la seconde a fait augmenter l’IDCE.

Chapitre 2 : Premières répercussions de la COVID-19 sur le commerce international du Canada

L’année 2020 a débuté avec ce qui semblait être au départ une crise sanitaire localisée, causée par une maladie virale. Cependant, au cours des trois premiers mois de 2020, cette maladie – éventuellement appelée la COVID-19 – s’est propagée et a eu de profondes répercussions sur l’économie et le commerce mondiaux. Fin février, l’Organisation mondiale de la Santé rapportait des cas dans près de 60 pays, dont plus de 90 % en Chine. Fin mars, la COVID-19 s’était propagée à plus de 190 pays et, à ce moment, seulement 10 % environ des cas signalés se trouvaient en Chine.

Les gouvernements nationaux ont réagi à l’apparition des cas de COVID-19 sur leur territoire en appliquant des mesures de confinement. Comme la COVID-19 a touché les pays à des moments et à des rythmes différents, le début des mesures de confinement s’est étalé de janvier à février et à mars 2020. Ces mesures ont touché tous les aspects du commerce international, y compris le transport et l’approvisionnement en intrants. Suite à la publication des données sur le commerce des biens en mars 2020Note de bas de page 8, les premiers effets de la COVID-19 et les conséquences de la fermeture des usines et des entreprises à travers le monde et des mesures de confinement au foyer sur le commerce international du Canada ont pu être quantifiés. Puisque le moment de l’entrée en vigueur des mesures de confinement a varié d’un pays à l’autre, les effets sur le commerce international du Canada sont fort probablement différents selon le partenaire commercial considéré.

Ce chapitre commence par une analyse de la façon dont le commerce international dans différents secteurs au Canada a été touché par la COVID‑19 durant les premiers mois de la crise, pour ensuite préciser les changements survenus dans la structure des échanges du Canada par partenaire et par mode de transport. Le chapitre conclue en illustrant comment le Canada s’en est tiré par rapport à d’autres pays.

De nombreux partenaires commerciaux du Canada ont adopté leurs mesures de confinement en mars 2020. Les flux commerciaux internationaux étant sujets à des fluctuations mensuelles et saisonnières, le présent chapitre utilise des comparaisons d’une année sur l’autre pour le premier trimestre de 2020, en se concentrant plus spécifiquement sur le mois de mars, soit le dernier mois du premier trimestre, pour mettre en lumière l’impact de la pandémie.

La comparaison des données commerciales de mars 2020 avec les résultats pour l’ensemble du premier trimestre permet de distinguer les effets globaux de la COVID‑19 d’autres événements qui pourraient avoir influé sur les échanges commerciaux au cours du premier trimestre.

2.1 Effets par secteur

Le commerce des biens

Dans l’ensemble, le commerce des biens du Canada a reculé de 3,5 % au premier trimestre de 2020 par rapport à la même période en 2019, les exportations diminuant de 1,2 % et les importations de 5,7 % (tableau 2.1). Les baisses ont été concentrées en mars 2020, lorsque les fermetures et les mesures de distanciation sociale ont été mises en œuvre pour la première fois au Canada et chez plusieurs de ses principaux partenaires commerciaux. D’une année sur l’autre, les exportations et les importations du Canada ont chuté de 7,9 % et de 8,4 %, respectivement, en mars 2020. Cependant, les différents secteurs au Canada ont été touchés de manières différentes. Le tableau 2.1 présente la situation des 10 principaux secteurs de produits d’exportation et d’importation du Canada au premier trimestre de 2020.

Tableau 2.1 : 10 principaux secteurs de produits d’exportation et d’importation du Canada, T1 2020

T1 2020
(G$)
T1 2020
(variation annuelle, %)
Mars 2020
(G$)
Mars 2020
(variation annuelle, %)
Exportations
Total139-1,248-7,9
Énergie303,39,1-21
Automobiles17-115,5-23
Machines11-4,43,8-11
Pierres et métaux précieux7,46,92,412
Plastiques4,2-3,71,6-0,1
Électronique3,9-231,4-26
Bois3,7-3,61,53,4
Aéronefs et pièces3,6241,423
Aluminium2,8111,014
Produits pharmaceutiques2,8171,135
 
Importations
Total139-5,749-8,4
Automobiles22-117,9-18
Machines22-5,17,7-10
Électronique12-104,3-13
Énergie104,73,0-13
Plastiques5,2-5,11,9-1,5
Produits pharmaceutiques4,72,51,71,5
Instruments scientifiques4,0-4,11,4-11
Pierres et métaux précieux3,68,51,2-0,7
Produits en fer ou en acier3,1-9,31,1-12
Aéronefs et pièces3,1-301,1-13

Source des données : Statistique Canada, Base de données sur le commerce international de marchandises du Canada. Données recueillies le 7 mai 2020.
Calculs du BEC.

La chute des prix des produits de base a entraîné une baisse des exportations de produits énergétiques

L’énergie, le plus important secteur d’exportation du Canada, a vu ses expéditions augmenter au cours des deux premiers mois de 2020, ce qui a été suivi par un effondrement en mars, principalement dû à la baisse des exportations de pétrole brut et de gaz de pétrole. D’une année à l’autre, les exportations canadiennes d’énergie ont progressé de 3,3 % au premier trimestre de 2020 malgré le recul de 21 % survenu en mars.

La chute des prix du pétrole brut a été à l’origine de la baisse de 9,5 % des exportations de pétrole brut en mars 2020 (figure 2.1). Le prix de référence pour le pétrole brut nord-américain est le West Texas Intermediate (WTI), tandis que le Western Canadian Select (WCS) est la référence pour le pétrole brut lourd provenant des producteurs de l’Ouest canadien. La paire évolue habituellement de manière synchronisée alors que le WTI fixe les prix de référence et que le WCS se négocie ensuite avec une escompte à cause de son coût de raffinage plus élevé et des contraintes de capacité de transport. Même si le prix du WCS s’est redressé depuis son plancher historique de la fin de 2018, il suit une tendance à la baisse depuis mai 2019. En effet, entre le T1 2019 et le T1 2020, le prix moyen du WCS a chuté de 40 %, notamment sous l’effet d’une dégringolade de 73 % d’une année sur l’autre en mars 2020. De plus, l’effondrement des prix du marché du pétrole brut pourrait ne pas se refléter pleinement dans les valeurs à l’exportation pour deux raisons : premièrement, les fluctuations des prix du pétrole sont normalement observées avec un décalage dans les statistiques sur les exportations; deuxièmement, une augmentation des volumes exportés a atténué en partie la baisse globale. Les producteurs de pétrole utilisent souvent des instruments financiers pour se prémunir contre les chocs temporaires des prix du pétrole, ce qui les protège de la volatilité à court terme mais non de la faiblesse des prix du pétrole à plus long terme. Cet effet décalé, combiné au fait que les prix du pétrole ont poursuivi leur descente en avril, pourrait se traduire par une chute encore plus sévère des valeurs des exportations de pétrole brut au cours des prochains mois.

Figure 2.1 Prix par baril – pétrole WTI et WCS

Figure 2.1 Prix par baril – pétrole WTI et WCS
Figure 2.1 Prix  par baril – pétrole WTI et WCS
Équivalent textuel : Figure 2.1 Prix par baril – pétrole WTI et WCS
AnnéeMoisWCSWTI
2019Janvier34.351.4
2019Février45.355.0
2019Mars48.258.2
2019Avril53.363.9
2019Mai52.460.8
2019Juin41.754.7
2019Juillet44.757.4
2019Août43.154.8
2019Septembre44.857.0
2019Octobre42.054.0
2019Novembre42.357.0
2019Décembre39.159.9
2020Janvier36.857.7
2020Février27.350.6
2020Mars12.829.2

Sources des données : Prix du WCS provenant d’Alberta Energy, gouvernement de l’Alberta. Prix du WTI provenant de la US Energy Information Administration. Données recueillies le 7 mai 2020.

De nombreux facteurs sous-jacents ont contribué à l’effondrement des prix du pétrole brut, mais la chute brutale de la demande de pétrole alors que de nombreux pays partout dans le monde ont fermé leur économie pour limiter la propagation de la COVID-19 pendant les premiers jours de la pandémie en fait certainement partie. Avant que la COVID-19 ne provoque une crise d’envergure mondiale, la production de pétrole dépassait la demande. Les mesures de confinement liées à la COVID‑19 ont fait chuter la demande de pétrole – ce que l’on appelle un « choc de la demande » – qui, en l’absence d’une réduction correspondante de la production pétrolière mondiale, a entraîné une offre excédentaire de pétrole encore plus importante. Fin avril 2020, les contraintes et le coût élevé du stockage de l’excédent de pétrole brut ont fait reculer encore davantage les prix.

Les autres exportations d’énergie ont connu une baisse importante en mars 2020 par rapport à mars 2019. Les exportations de gaz de pétrole ont régressé de plus de 62 % en mars 2020, principalement en raison de la baisse des prix à l’exportation et des volumes de gaz naturel et de propane, tandis que le pétrole raffiné chutait de 34 %, le charbon de 35 % et l’énergie électrique de 16 %.

Du côté des importations, le secteur de l’énergie a subi une contraction plus modérée mais néanmoins importante. Par rapport à l’année précédente, les importations canadiennes d’énergie ont diminué de 13 % en mars 2020, principalement en raison d’une baisse de 20 % des importations de pétrole brut et d’un recul de 85 % des importations d’énergie électrique.

Les biens durables et les biens qui dépendent des chaînes d’approvisionnement internationales ont été particulièrement touchés

Les secteurs de la production automobile, des machines et de l’électronique ont été parmi les plus touchés en raison de la nature intégrée de leurs chaînes d’approvisionnement. Les arrêts de production de certains fabricants conjugués à des interruptions générales des activités ont entravé les approvisionnements en intrants intermédiaires et réduit la demande pour leurs produits. Étant donné que la plupart des produits que fabriquent ces secteurs n’ont pas de « date d’expiration » et que la demande pour ceux-ci dépend des habitudes de dépenses discrétionnaires des consommateurs, ces secteurs ne se rétabliront probablement pas complètement tant que les mesures de confinement ne seront pas levées au Canada et à l’étranger et que la confiance des consommateurs et le revenu personnel disponible ne se seront pas rétablis.

En mars 2020, les exportations de produits de l’automobile ont reculé de 23 %, principalement en raison d’une baisse des exportations vers les États-Unis. Les exportations de certains produits de l’automobile ont été plus durement touchées, en particulier les véhicules de tourisme, les pièces d’automobile et les camions. Les importations canadiennes de produits de l’automobile ont également diminué en mars, en baisse de 18 % d’une année sur l’autre, en raison notamment d’une réduction des importations de pièces d’automobile (baisse de 28 %).

De même, les exportations de machines et de produits électroniques ont reculé respectivement de 11 % et de 26 % en mars 2020. La baisse des exportations de machines est principalement attribuable aux turbines à gaz, aux moteurs à combustion interne et aux pièces, tandis que les exportations de produits électroniques ont diminué principalement en raison d’un repli des exportations de circuits intégrés électroniques et de téléphones. Les importations canadiennes dans ces deux secteurs ont aussi diminué en mars. Les importations de machines ont cédé 10 %, notamment en raison d’une baisse des importations de moteurs à combustion interne et de machines de traitement automatisé de l’information, alors que les importations de produits électroniques fléchissaient de 13 %, principalement à cause de la baisse des importations de téléphones.

Encadré 2.1 : Sécuriser de l’EPI pour le Canada : l’analyse des données par le BEC appuie les efforts du SDC sur le terrain

Comme le montre le présent chapitre, l’émergence de la COVID-19 a perturbé les chaînes d’approvisionnement mondiales et le mode de fonctionnement des entreprises au Canada et ailleurs dans le monde. Très tôt, Affaires mondiales Canada a mobilisé ses gens pour aider le Canada à trouver des solutions en vue de relever les défis nouveaux posés par la COVID-19, notamment la demande sans précédent d’équipement de protection individuelle (EPI) et d’appareils médicaux tels que les ventilateurs. Au sein du Ministère, deux groupes possédant une expertise unique ont joint leurs efforts pour aider le Canada à trouver les meilleures sources d’EPI. L’analyse des données par les économistes du commerce du Bureau de l’économiste en chef (BEC) a été mise au service des négociations menées par des délégués commerciaux du Service des délégués commerciaux du Canada (SDC).

Bien que la pandémie ait considérablement changé les conditions commerciales, les endroits où les produits sont fabriqués ont tendance à demeurer stables au fil du temps. S’appuyant sur cette hypothèse, le SDC a effectué une recherche détaillée des entreprises potentielles tandis que le BEC analysait les données commerciales de deux manières différentes afin d’identifier les sources internationales probables d’EPI et d’appareils médicaux. Le BEC a d’abord repéré les pays d’où le Canada avait importé de tels produits dans le passé, puis il a identifié les pays qui avaient été les plus importants exportateurs de ces produits dans le passé récent.

Cette approche a fait ressortir les résultats suivants :

  • La Malaisie, la Chine et la Thaïlande étaient les plus gros fournisseurs de gants en caoutchouc sur le marché mondial, y compris au Canada.
  • La Chine était le principal fournisseur de matériel de protection du visage et des yeux.
  • Les États-Unis étaient le principal fournisseur du Canada pour les catégories plus complexes de matériel de protection et d’appareils médicaux tels que les masques à gaz et les appareils respiratoires.
  • L’Australie et les États-Unis, suivis de la Chine et du Mexique, étaient les principaux fournisseurs de ventilateurs au Canada.

Le BEC a partagé ces renseignements avec le SDC afin d’aider les délégués commerciaux sur place à entreprendre des recherches stratégiques pour localiser ces équipements essentiels et négocier les meilleures transactions possibles pour le compte du Canada.
Le SDC a mobilisé les délégués commerciaux présents dans plus de 160 villes pour trouver et identifier des fournisseurs probables d’EPI au Canada en faisant appel à des contacts d’affaires existants et nouveaux, s’écartant ainsi de son mandat habituel. À l’aide des renseignements fournis par le BEC, le réseau du SDC a été en mesure d’élaborer une stratégie de recherche plutôt que de chercher de l’EPI là où il n’y en avait pas.

Les délégués commerciaux en poste en Malaisie et en Thaïlande ont concentré leurs efforts sur les entreprises spécialisées dans les gants en caoutchouc, tandis que les délégués commerciaux sur place en Australie et aux États-Unis ont établi des contacts avec des fabricants de ventilateurs. Dans certains cas, le SDC avait déjà des liens établis avec des entreprises du secteur de l’EPI. Dans beaucoup d’autres cas, les délégués commerciaux ont misé sur leur précieux savoir-faire commercial afin d’approcher des entreprises pour la première fois et négocier des ententes au nom des autorités sanitaires de partout au Canada. Ensemble, les économistes du commerce et les délégués commerciaux ont pu identifier les sources de ce matériel vital pour aider à combler les besoins du Canada.

D’autres secteurs comme ceux des produits agricoles et des biens médicaux se sont maintenus

Contrairement à la plupart des produits, les exportations agricoles du Canada ont progressé en mars 2020 par rapport à l’année précédente, et cette croissance a atténué le déclin global des exportations de biens canadiens en mars. Dominées par des exportations accrues de graines oléagineuses et de légumes, les exportations canadiennes de produits agricoles ont augmenté de 13 % en mars par rapport à l’année précédente. Les exportations de graines oléagineuses ont augmenté de 60 %, alors que les graines de canola  (71 %) et de soja (58 %) enregistraient des gains spectaculaires et que les exportations de légumes étaient en hausse de 49 % – soutenues par les légumineuses (62 %) et les pommes de terre (77 %). D’autres produits agricoles tels que les préparations de céréales, les graisses et les huiles ont également enregistré une croissance notable. À l’instar des exportations, les importations de produits agricoles ont aussi augmenté en mars, en progression de 8,2 %, grâce à une augmentation des importations de fruits et de noix (14 %) et de viande (34 %). Les exportations canadiennes de produits agricoles ont augmenté de 8,5 % et les importations de 4,1 % au cours du T1 de 2020 par rapport au T1 de 2019.

Les produits pharmaceutiques étaient également en progression (35 %), à l’opposé de la tendance générale à la baisse des exportations durant le mois de mars 2020. Cette trajectoire haussière se poursuivra vraisemblablement tant que durera la crise actuelle ou que le Canada développera une capacité supplémentaire pour ces produits. Les pierres et métaux précieux ont également vu leurs exportations augmenter (12 %) à mesure que les prix de l’or se raffermissaient, comme on le constate souvent en période d’incertitude accrue. Les hausses des exportations d’aéronefs et de pièces (23 %), d’aluminium (14 %) et de fer et d’acier (16 %) survenues en mars 2020 sont plus difficiles à expliquer et pourraient ne pas s’avérer durables.

Le commerce des services

Le commerce des services du Canada a mieux résisté que le commerce des biensNote de bas de page 9. Au premier trimestre de 2020, les exportations de services ont légèrement diminué, soit de 0,3 %, d’une année sur l’autre, le recul des exportations de services de voyage et de transport ayant été presque entièrement annulé par la hausse des exportations de services commerciaux (principalement des services financiers). Cette baisse de 0,3 % est modeste par comparaison avec la baisse de 2,9 % des exportations de biens au cours de la même période. Il en va de même des importations de services au Canada, qui ont chuté de 2,8 % au premier trimestre de l’année par rapport à l’année précédente, contre un recul de 5,5 % des importations de biens.

2.2 Effets par partenaire commercial

Comme nous l’avons indiqué au début du chapitre, la pandémie ne s’est pas manifestée initialement dans tous les pays au même moment et elle n’a pas frappé tous les pays de la même manière. Le virus a sévi très tôt en Chine et dans d’autres pays, et ceux-ci ont donc pu commencer à se rétablir ou à amorcer la phase de rétablissement plus tôt. En revanche, les États-Unis et les pays européens n’ont commencé à observer une augmentation du nombre de cas de COVID‑19 qu’en mars 2020. Les divers pays ont par ailleurs adopté des approches différentes pour freiner la propagation du virus, ce qui peut avoir eu des répercussions différentes sur les flux commerciaux internationaux, y compris ceux du Canada. Le tableau 2.2 fait voir les dix principales destinations des exportations et les 10 principaux pays d’origine des importations du Canada au premier trimestre de 2020.

Tableau 2.2 : 10 principales destinations d’exportation et sources d’importation de produits du Canada au T1 2020

T1 2020
(G$)
T1 2020
(variation annuelle, %)
Mars 2020
(G$)
Mars 2020
(variation annuelle, %)
Exportations
Total 139-1,248-7,9
États-Unis1060,737-6,3
Chine5,0-141,8-15
Royaume-Uni4,5-101,1-35
Japon3,00,81,1-3,2
Allemagne1,8290,833
Mexique1,7-100,6-13
Pays-Bas1,11,90,3-24
Corée du Sud1,1-260,3-25
France1,0290,311
Italie0,9310,4113
 
Importations
Total 139-5,749-8,4
États-Unis74-2,626-6,2
Chine15-204,5-24
Mexique8,2-8,92,8-20
Allemagne4,4-2,41,6-6,1
Japon4,1-0,91,5-5,1
Italie2,37,80,84,9
Royaume-Uni2,1-130,8-9,7
Corée du Sud2,0-130,7-9,4
Vietnam1,8160,712
France1,7-200,6-8,6

Sources des données : Statistique Canada, Base de données sur le commerce international de marchandises du Canada. Données recueillies le 7 mai 2020.
Calculs du BEC.

États-Unis

Par une forte marge, les États-Unis sont le premier partenaire commercial du Canada, en partie à cause de la présence des chaînes d’approvisionnement fortement intégrées entre les deux pays. En outre, les deux pays ont introduit leurs mesures en réponse à la COVID‑19 à quelques jours d’intervalle. Au premier trimestre de 2020, l’effet de la COVID‑19 et des mesures de confinement connexes sur le commerce des biens entre le Canada et les États-Unis n’était pas encore très grave; la croissance des exportations en janvier et février 2020 a contrebalancé la forte contraction de 6,3 % survenue en mars, qui correspond à peu près au recul des exportations canadiennes vers le monde. Pour l’ensemble du trimestre, les exportations de biens canadiens vers le marché américain ont en fait progressé d’un modeste 0,7 % pour s’établir à 106 milliards de dollars, tandis que les importations de biens en provenance des États-Unis ont légèrement diminué, soit de 2,6 %. Cependant, l’impact de la pandémie sur le commerce du Canada avec les États-Unis varie considérablement d’un État à l’autre.

La composition du commerce par produit explique une part importante des effets différents entre les États

Première destination des exportations du Canada aux États-Unis, le Michigan a glissé au second rang en mars 2020. Étant donné que les produits de l’automobile sont le plus important secteur d’exportation du Canada au Michigan, représentant historiquement environ les trois cinquièmes des exportations totales vers cet État, les exportations totales du Canada au Michigan ont été particulièrement touchées par la suspension, en mars dernier, des activités des constructeurs automobiles nécessitant la présence d’employés. Les exportations canadiennes vers le Michigan ont enregistré la plus forte baisse en valeur de tous les États, chutant de 25 % en mars d’une année sur l’autre. Les importations totales en provenance de cet État ont aussi régressé en mars, avec une baisse de 18 % par rapport à l’année précédente.

Par contre, bien que l’Illinois figure parmi les États les plus touchés par la COVID‑19, les exportations canadiennes vers cet État ont augmenté de 0,5 % en mars 2020 par rapport à il y a un an. Ce gain est presque entièrement dû à une augmentation des exportations de pierres et métaux précieux (or), qui a compensé les baisses survenues dans d’autres grands secteurs d’exportation tels que l’énergie. Ainsi, l’Illinois a remplacé le Michigan comme première destination d’exportation du Canada aux États-Unis en mars dernier. Toutefois, les importations canadiennes de biens en provenance de cet État n’ont pas tenu aussi bien, reculant de 23 % au cours du même mois.

Submergé par la COVID‑19, l’État de New York a été le plus touché par la pandémie aux États-Unis. Cela se reflète en partie dans les données sur le commerce, les exportations canadiennes vers cet État ayant chuté de 10 % en mars 2020 par rapport à l’année précédente, notamment en raison de la baisse des exportations d’énergie, qui a plus qu’annulé l’expansion des exportations de pierres et métaux précieux. Les importations canadiennes en provenance de New York ont également diminué en mars, reculant de 21 % d’une année sur l’autre.

Les exportations canadiennes vers d’autres grands partenaires commerciaux parmi les États américains, comme la Californie, le Texas et Washington, ont également été touchées à des degrés divers par la COVID‑19. Les exportations vers la Californie ont augmenté de 9,3 % en mars 2020, principalement grâce au principal secteur d’exportation vers cet État, l’automobile, qui représente quelque 60 % des exportations canadiennes totales vers la Californie. En revanche, les exportations du Canada au Texas ont reculé de 8,0 %, la croissance des exportations d’aéronefs et de pièces n’ayant pas réussi à compenser la forte baisse des exportations de produits énergétiques. Enfin, l’État de Washington se situe au milieu du peloton des États américains pour ce qui est de l’impact de la COVID‑19; les exportations canadiennes vers cet État ont diminué de 18 %, principalement en raison de la baisse des exportations de produits énergétiques, soit près du triple de la baisse des exportations totales aux États-Unis.

Autres pays

Certains pays ont été touchés tôt par la pandémie, mais les répercussions sur les exportations canadiennes n’ont pas été uniformes

Premier pays à mettre en œuvre des mesures de confinement en réponse à l’éclosion de coronavirus, la Chine a enregistré des baisses de ses exportations et de ses importations de biens avec le Canada parmi les plus importantes de tous les partenaires commerciaux du Canada. Au cours des deux premiers mois de 2020, les exportations canadiennes vers la Chine ont reculé de 13 % d’une année sur l’autre, vraisemblablement en raison de la baisse de la demande intérieure en Chine. Mais lorsque le Canada a suivi avec ses propres mesures de confinement en mars, le choc additionnel a provoqué une diminution encore plus marquée des exportations canadiennes (15 %). Pour l’ensemble du trimestre, les exportations canadiennes de biens vers la Chine ont chuté de 14 %, principalement en raison de la baisse des exportations de pâte de bois, de bois, de produits de l’automobile, de céréales et de machines. Les chocs provoqués par les mesures de confinement en Chine et au Canada ont engendré une pression nette à la baisse similaire du côté des importations canadiennes en provenance de la Chine, qui ont régressé de 20 % au premier trimestre de 2020 par rapport à l’année précédente (avec une baisse de 24 % en mars).

Encadré 2.2 : Ce que la reprise économique de la Chine après la COVID‑19 pourrait signifier pour le Canada

Premier pays frappé par la COVID‑19 et premier aussi à se défaire de l’emprise du virus, la Chine offre une étude de cas intéressante sur la reprise économique. Troisième partenaire commercial du Canada après les États-Unis et l’Union européenne, la Chine revêt une importance particulière pour le Canada : la résilience de la reprise économique en Chine pourrait atténuer l’impact d’un effondrement plus étendu du commerce international et aider les exportations canadiennes vers la Chine à se rétablir plus rapidement.

Le 20 janvier 2020, le gouvernement chinois a commencé à imposer des mesures pour lutter contre l’épidémie en restreignant la circulation des personnes et des biens et en interrompant toutes les activités commerciales non essentielles.

Ces mesures ont vite fait d’imposer un lourd fardeau à l’économie chinoise. En un trimestre, l’épidémie est devenue une pandémie et la croissance du PIB chinois d’une année à l’autre est passée de positive (6,0 %) au quatrième trimestre de 2019 à négative (-6,8 %) au premier trimestre de 2020. La Chine a encaissé un recul de sa croissance de près de 13 points de pourcentage en un trimestre, un constat d’autant plus frappant lorsqu’on le compare à la baisse de 9 points de pourcentage survenue au cours des 7 trimestres consécutifs de la crise financière mondiale de 2008-2009. La contraction de 6,8 % du PIB au premier trimestre de 2020 par rapport à l’année précédente est la première que la Chine ait connue depuis la mise en place des réformes économiques au début des années 1990.

Croissance du PIB réel de la Chine (trimestriel, annualisé, sur douze mois)

Croissance du PIB réel de la Chine (trimestriel, annualisé, sur douze mois)

Sources des données : Bureau national des statistiques (Chine).
Calculs de l’ambassade du Canada en Chine.

Diverses industries ont repris leurs activités en Chine à des moments différents en février et en mars 2020, certaines sérieusement retardées par des pénuries de main-d’œuvre (par exemple, la construction et la fabrication), tandis que les administrations locales interdisaient à d’autres de ré-ouvrir (comme dans les secteurs des loisirs, de l’éducation et du tourisme). Parallèlement, les mesures de l’augmentation de la consommation de charbon, de la congestion routière et des ventes immobilières semblaient prometteuses, quoique loin encore des niveaux d’activité de 2019, laissant penser que l’économie chinoise se rétablissait. À tout le moins, avec un certain nombre d’autres indicateurs majeurs montrant une tendance haussière, il y avait des signes encourageants que l’économie chinoise était en voie de guérison et qu’un « plancher » économique avait été atteint et que l’on commençait à s’en éloigner.

Pour le Canada, il s’agit d’une bonne nouvelle qui incite à penser que ce partenaire commercial clé cherchera à reprendre ses importations et ses exportations. Ainsi, au fur et à mesure que les industries canadiennes se remettront en activité, plusieurs se tourneront probablement à nouveau vers la Chine comme marché important, tandis que d’autres pourront recommencer à se procurer la plupart sinon la totalité de leurs intrants traditionnellement achetés en Chine.

Des risques subsistent bien sûr à l’horizon, dont le moindre n’est pas la possibilité d’une deuxième vague d’infections. La demande intérieure en Chine dépendra du maintien des niveaux d’emploi et de la croissance des salaires, mais dans le contexte actuel de baisse des bénéfices et de pressions déflationnistes, ces deux éléments pourraient poursuivre leur retrait. Si de tels risques se matérialisent, le Canada devrait s’attendre à exporter moins vers la Chine, à court et même à moyen terme, qu’avant la crise de la COVID‑19.

De façon similaire, la Corée du Sud a été l’un des rares pays à signaler des cas confirmés de COVID‑19 dès la fin janvier. Les exportations de biens canadiens vers ce pays se sont contractées de 26 % au premier trimestre de 2020, principalement en raison d’une baisse des exportations de produits énergétiques, de pâte de bois, et d’aéronefs et de pièces. Les importations canadiennes en provenance de la Corée du Sud ont également régressé de 13 % durant cette période.

En revanche, bien que le Japon ait été lui-même l’un des premiers pays à signaler des cas confirmés de COVID‑19, les exportations de biens canadiens vers ce pays sont demeurées stables. Sur une base annuelle, les exportations au Japon ont augmenté de 0,8 % au premier trimestre de 2020 en dépit d’un recul de 3,2 % en mars.

Certains pays européens ont défié la tendance et enregistré des hausses importantes des exportations venant du Canada

Les exportations de biens canadiens vers certains pays européens comme l’Allemagne, la France et l’Italie ont enregistré une croissance importante au T1 2020 et en mars 2020 (tableau 2.2). Les gains observés en mars ont de quoi étonner puisque les mesures de confinement ont été introduites par les gouvernements nationaux dans la première moitié du mois et sont demeurées en vigueur par la suite. Les exportations vers l’Allemagne ont augmenté de 29 % au premier trimestre de 2020 (33 % en mars), soutenues par les pierres et métaux précieux (déchets d’or et de métaux précieux). Les exportations canadiennes en  France et en Italie ont également affiché une croissance importante, en hausse, respectivement, de 29 % et de 31 % au T1 2020 (11 % et 113 % en mars). La croissance des exportations de graines oléagineuses, de minerais et de produits chimiques inorganiques vers la France a dominé le tableau, tandis que les exportations vers l’Italie ont progressé principalement en raison des produits énergétiques, des produits pharmaceutiques et des céréales.

À l’opposé, le Royaume-Uni, premier partenaire commercial du Canada en Europe, a connu une contraction marquée des expéditions de biens en provenance du Canada au T1 2020, soit de 10 % d’une année sur l’autre. La baisse s’est concentrée en mars alors que les deux pays ont mis en œuvre des mesures de confinement à l’échelle nationale durant la seconde moitié du mois. En mars 2020, les exportations de biens canadiens vers le Royaume-Uni ont chuté de 35 % par rapport à l’année précédente, principalement en raison de la baisse des exportations de pierres et métaux précieux (or) et de produits chimiques inorganiques.

2.3 Effets par mode de transport

Outre ce qui est échangé, et avec qui, la façon dont les biens sont transportés entre les pays est une autre dimension du commerce qui a été affectée par la COVID‑19. Il y a de nombreuses raisons pour lesquelles la crise pourrait avoir un impact plus important sur les biens transportés par certains modes par rapport à d’autres. Bien qu’il soit le moyen de transport le plus coûteux, le transport aérien est le plus rapide et il est ainsi privilégié pour certains biens qui ont une durée de conservation limitée ou coûtent cher à stocker, ou qui ont une grande valeur, ou encore qui sont expédiés vers des destinations lointaines comme l’Asie. Beaucoup de ces biens sont également expédiés dans les cales de fret des avions servant au transport des passagers, dont la majorité a été immobilisée pendant la crise. Les biens transportés par bateau peuvent passer des semaines en transit. Par conséquent, des biens expédiés avant le début de la crise pourraient ne pas être arrivés à destination avant la mise en place des restrictions. Pour compliquer davantage les choses, des pénuries de conteneurs de fret ont été signalées.

Au cours des trois premiers mois de 2020 par rapport au même trimestre de 2019, le transport routier des importations et des exportations a suivi de près la tendance à la baisse de l’ensemble des exportations et des importations (baisse de 1,2 % pour les exportations et de 5,7 % pour les importations  (tableau 2.3). Les quatre autres modes de transport montrent des résultats passablement différents.

Tableau 2.3 : Commerce par mode de transport, T1 2020

T1 2020
(G$)
T1 2020
(variation annuelle, %)
Mars 2020
(G$)
Mars 2020
(variation annuelle, %)
Exportations
Total139-1,248-7,9
Air173,85,6-1,0
Mer24-6,38,3-12
Autres215,66,7-20
Rail21-3,87,4-6,4
Route56-1,720-3,3
 
Importations
Total139-5,749-8,4
Air20-7,87,1-6,4
Mer30-8,310-9,3
Autres4,0-0,31,2-17
Rail120,84,6-5,5
Route74-5,326-8,7

Sources des données : Atlas du commerce mondial. Données recueillies le 7 mai 2020.
Calculs du BEC.

On aurait pu s’attendre à ce qu’avec l’arrivée de la COVID‑19 le commerce par voie aérienne enregistrerait de fortes baisses qui iraient en s’aggravant au cours du premier trimestre de 2020. Cependant, les exportations par voie aérienne n’ont diminué que de 1,0 % en mars 2020, un recul beaucoup plus modeste que la contraction  globale des exportations (7,9 %) pour ce mois, tandis que les importations ont diminué de 6,4 % en mars, ce qui est inférieur au repli du transport aérien pour le trimestre (7,8 %). Comme on pouvait s’y attendre, les exportations par voie aérienne vers la Chine ont enregistré une forte baisse, de plus de 19 %, au premier trimestre, à laquelle la crise de la COVID‑19 a très probablement contribué, bien qu’à un degré encore inconnu. Ces mouvements ont été compensés par une augmentation des exportations de petits avions vers les États-Unis (expédiés par la voie des airs) et des exportations d’or vers l’Allemagne, qui ont toutes deux contribué à une expansion de 3,8 % au premier trimestre par rapport à l’année précédente.

La route (camionnage)Note de bas de page 10 est le mode de transport le plus important au Canada pour l’ensemble des exportations et des importations (voir la figure 2.2). Globalement, celui-ci a enregistré une baisse de 1,7 % pour les exportations et de 5,3 % pour les importations au premier trimestre de 2020, bien que les reculs en mars aient été plus importants (3,3 % et 8,7 %, respectivement). Les exportations et les importations de produits de l’automobile ont été le principal facteur derrière la baisse enregistrée en mars, les usines d’automobiles ayant fermé leurs portes de part et d’autre de la frontière.

En raison des longs délais de transport entre l’expédition d’un produit et son arrivée, on pourrait s’attendre à ce que le transport maritime (par la mer) ait été le moins affecté des cinq modes de transport au début de la pandémie de COVID‑19. Cependant, les exportations par voie maritime ont connu la plus forte baisse, soit de 6,3 %, au cours des trois premiers mois de 2020, dont un recul de 12 % d’une année sur l’autre en mars 2020. Les baisses les plus marquées au premier trimestre étaient liées au commerce des biens avec la Chine et la Corée du Sud, qui ont été parmi les premiers pays à signaler une éclosion de COVID‑19. La baisse des importations par voie maritime a été la plus importante parmi tous les modes de transport pour les trois premiers mois de 2020, avec un recul de 8,3 % d’une année sur l’autre. En mars, la baisse a atteint 9,3 % par rapport à l’année précédente.

Les exportations par rail ont chuté de 3,8 % au premier trimestre de 2020, soit la deuxième plus forte baisse après les exportations par voie maritime. Mais la COVID‑19 n’a pas été la seule cause de ce déclin. Les exportations par voie ferroviaire pour le premier trimestre de 2020 ont aussi été perturbées par des grèves et des manifestations à travers le pays qui ont culminé en février et mars. Ces événements, combinés aux répercussions de la COVID‑19, ont entraîné une baisse de 6,4 % des exportations par voie ferroviaire en mars. Par contre, les importations par rail ont légèrement augmenté (0,8 %) au cours du premier trimestre malgré un recul de 5,5 % en mars.

Les exportations expédiées dans la catégorie « Autres » ont diminué de 19,9 % en mars 2020 par rapport à l’année précédente, bien qu’elles aient été en hausse sur l’ensemble du trimestre. Près de 90 % des exportations transportées par d’autres moyens sont du pétrole brut et du gaz naturel expédiés par pipeline. La baisse spectaculaire des exportations de pétrole en mars reflète le début de l’effondrement des prix pétroliers. Par ailleurs, les importations dans cette catégorie ne sont pas significatives compte tenu de leur valeur de 4 milliards de dollars au premier trimestre de 2020 et du modeste repli de 0,3 % survenu d’une année sur l’autre.

Figure 2.2: Comment les importations et les exportations canadiennes transitent-elles entre pays?

Figure 2.2: Comment les importations et les exportations canadiennes transitent-elles entre pays?
Figure 2.2: Comment les importations  et les exportations canadiennes transitent-elles entre pays?
Équivalent textuel : Figure 2.2: Comment les importations et les exportations canadiennes transitent-elles entre pays?
TOTAL des exportations canadiennes en 2019, selon le mode de transport
ModePart
Route39.4%
Mer18.5%
Autres15.5%
Rail14.8%
Air11.8%
TOTAL des importations canadiennes en 2019, selon le mode de transport
ModePart
Route52.8%
Mer22.7%
Air13.3%
Rail8.7%
Autres2.5%

Sources des données : Atlas du commerce mondial. Données recueillies le 7 mai 2020.

2.4 Comment le Canada se compare-t-il aux autres pays?

Le virus à l’origine de la COVID‑19 a touché presque tous les recoins de la planète. Les gouvernements ont réagi en adoptant diverses mesures, dont la plupart ont ralenti l’activité économique et commerciale. Pour une nation commerçante comme le Canada, une crise mondiale comme celle de la COVID‑19 a des répercussions importantes sur plusieurs secteurs de l’économie. Au moment de la rédaction du présent rapport (mai 2020), seules quelques-unes des principales économies exportatrices et importatrices avaient publié des statistiques commerciales pour mars 2020. La section suivante compare les effets de la crise sur les échanges commerciaux du Canada avec ceux ressentis dans cinq de ces économies : la Chine, le Japon, Singapour, la Corée du Sud et les États-Unis.

Effets sur le commerce pour certains pays sélectionnés

Les exportations canadiennes de biens se sont relativement bien comportées dans l’ensemble au premier trimestre de 2020

Comparativement à ces cinq pays, les exportations de biens du Canada ont affiché une bonne tenue relative au premier trimestre de 2020, ne fléchissant que de 1,2 % par rapport à l’année précédente (tableau 2.4). Par contre, les exportations de biens de la Chine ont été durement touchées au premier trimestre, subissant une baisse de 10 %, ce pays ayant été le premier frappé par la COVID‑19, entraînant la fermeture de Wuhan dès le 23 janvier 2020. Dans le cadre de ses mesures de distanciation sociale, la Chine a fermé un grand nombre d’usines au cours du premier trimestre, réduisant ainsi ses exportations de produits manufacturés. Par ailleurs, même si elle aussi a été touchée tôt par le virus, la Corée du Sud a néanmoins rapporté une hausse de ses exportations de biens au premier trimestre de 2020 par rapport à l’année précédente. Cela dit, la performance des exportations sud-coréennes au T1 2019 avait été relativement faible par rapport au T1 2018. L’impact de la COVID‑19 sur les exportations de biens du Canada, des États-Unis et du Japon était plus évident en mars 2020 qu’au début du trimestre, avec des reculs plus marqués d’une année sur l’autre en mars que pour le premier trimestre dans l’ensemble.

Du côté des importations, seuls le Canada, les États-Unis et le Japon ont enregistré des baisses au premier trimestre par rapport à l’année précédente. Il est difficile d’imputer ces baisses à la COVID‑19, car on observait déjà un déclin en janvier et février dans le cas du Canada et des États-Unis, soit avant que la COVID‑19 ne commence à se propager dans l’un ou l’autre pays. La cause sous-jacente de ces baisses pourrait être, du moins en partie, le ralentissement général de l’économie mondiale qui avait débuté en 2019. Pourtant, le taux de contraction s’est indéniablement accéléré en mars 2020, avec l’imposition de mesures de confinement liées à la COVID‑19 au milieu du mois dans les deux pays. La Chine, Singapour et la Corée du Sud n’ont pas enregistré de reculs trimestriels (sur douze mois) de leurs importations. Il convient de rappeler que de nombreux pays sont demeurés résolus à maintenir la circulation des biens, même s’ils ont restreint la circulation des personnes. De même, plusieurs pays ont mis en place des mesures de distanciation sociale autour de la mi-mars, ce qui pourrait vouloir dire que l’impact de la COVID‑19 ne ressort peut-être pas encore des données sur le commerce des biens.

Tableau 2.4 : Exportations et importations totales de biens, par économie déclarante

Tableau 2.4 : Exportations et importations totales de biens, par économie déclarante
T1 2020
(milliards)
T1 2020
(variation annuelle, %)
Mars 2020
(milliards)
Mars 2020
(variation annuelle, %)
Exportations
Canada139-1,248-7,9
Chine3 335-101 300-2,5
Japon18 111-5,56 358-12
Singapour127-1,344-0,6
Corée du Sud156 2234,756 8826,9
États-Unis396-3,1135-9,2
 
Importations
Canada139-5,749-8,4
Chine3 2441,11 1604,1
Japon18 314-7,26 353-5,0
Singapour1212,7400,3
Corée du Sud145 6954,651 2867,9
États-Unis569-4,9194-6,5

* En monnaie nationale
Sources des données : Atlas du commerce mondial. Données recueillies le 7 mai 2020.
Calculs du BEC.

Le commerce avec la Chine

En prenant le commerce avec la Chine comme base de référence, le commerce intra-asiatique a mieux résisté que le commerce transpacifique

lors que la majeure partie du monde n’a commencé à lutter contre la propagation de la COVID‑19 qu’à la mi-mars 2020, la Chine était dans les tranchées depuis janvier. En conséquence, les statistiques commerciales publiées par la Chine pourraient fournir des indications utiles au sujet de l’impact de la COVID‑19 sur le commerce au cours des trois premiers mois de 2020 (tableau 2.5). Le Canada, le Japon, Singapour, la Corée du Sud et les États-Unis ont tous enregistré une baisse de leurs échanges avec la Chine au premier trimestre de 2020 comparativement à l’année précédente. Le commerce du Canada avec la Chine était en recul marqué au premier trimestre de 2020, mais la baisse des échanges commerciaux entre la Chine et les États-Unis a été encore plus sévère.

En revanche, le commerce entre la Chine et ses partenaires asiatiques au premier trimestre de 2020 semble avoir mieux résisté que les échanges de la Chine avec ses autres partenaires commerciaux. Seul le temps et les données du commerce des trois prochains trimestres de 2020 confirmeront cette tendance ou révéleront la présence d’autres facteurs à l’œuvre. En outre, il semble qu’il y ait une différence notable entre les pays quant au moment où ils ressentent clairement les premiers effets de la COVID‑19 et les changements dans leur performance commerciale respective. Par exemple, les importations japonaises et sud-coréennes en provenance de la Chine ont connu leurs plus fortes baisses d’une année sur l’autre en février, tandis que les importations canadiennes et américaines en provenance de la Chine ont connu leurs plus importants reculs en mars. Les exportations du Canada, de Singapour et des États-Unis vers la Chine affichent une contraction marquée d’une année sur l’autre en février; pourtant, alors que les exportations de Singapour vers la Chine ont augmenté sur une base annuelle en mars, les exportations du Canada et des États-Unis vers la Chine ont continué à diminuer par rapport à l’année précédente.

Tableau 2.5 Exportations et importations totales de biens avec la Chine, par économie déclarante

Tableau 2.5 Exportations et importations totales de biens avec la Chine, par économie déclarante
T1 2020
(milliards)
T1 2020
(variation annuelle, %)
Mars 2020
(milliards)
Mars 2020
(variation annuelle, %)
Exportations
Canada5,0-141,8-15
Japon3 223-5,31 191-8,7
Singapour14-125,30,8
Corée du Sud34 914-2,413 0761,0
États-Unis22-158,0-24
 
Importations
Canada15-204,5-24
Japon3 842-171 432-4,5
Singapour15-2,66,07,1
Corée du Sud28 542-1,310 9029,4
États-Unis76-2820-36

* En monnaie nationale
Sources des données : Atlas du commerce mondial. Données recueillies le 7 mai 2020.
Calculs du BEC.

Encadré 2.3 : PME exportatrices et COVID-19

Le nombre d’entreprises canadiennes qui exportent des biens a diminué au premier trimestre de 2020, une grande partie de cette baisse survenant en mars, alors que plusieurs économies partout dans le monde, dont le Canada, mettaient en œuvre des mesures de confinement pour ralentir la propagation de la COVID-19. Les premiers effets de la COVID-19 ont été plus importants parmi les PME (entreprises ayant moins de 500 employés) que parmi les entreprises de plus grande taille.

Le nombre de PME qui ont exporté en mars 2020 était de 11 % inférieur à celui de mars 2019. Du côté des grandes entreprises, la baisse a été plus modeste, soit 8,3 %. De façon similaire, la valeur des exportations des PME a reculé de 10 %, contre 7,6 % parmi les grandes entreprises (voir Blanchet et Sekkel, 2020).

La baisse plus marquée du nombre de PME exportatrices par rapport aux grandes entreprises est encore plus notable si l’on considère que les exportations vers les États-Unis ont moins diminué globalement que les exportations vers d’autres destinations, et que les États-Unis sont une destination particulièrement importante pour les PME exportatrices. Par destination, le nombre d’exportateurs vendant des biens en Chine, en France et en Italie a enregistré les reculs les plus marqués – en baisse de 20 % dans chaque cas – tandis que la diminution du nombre d’entreprises exportant vers le marché américain a été moins forte (baisse de 9,1 %).

Le nombre d’exportateurs dans les secteurs producteurs de biens tels que la fabrication, l’extraction minière et l’agriculture a enregistré les baisses relatives les plus faibles. En revanche, le nombre d’exportateurs de biens dans les secteurs du commerce de détail et de gros est celui qui a le plus diminué en pourcentage parmi les principaux secteurs d’exportation.

Les baisses plus faibles des exportations (en valeur) par rapport à la diminution du nombre d’exportateurs incitent à penser que ce sont surtout des entreprises dont les exportations ont une valeur limitée qui ont été les premières à cesser d’exporter. Dans le commerce électronique, par exemple, le nombre de PME exportatrices a diminué alors que la valeur des exportations était en hausse, ce qui indique que la valeur moyenne des exportations par exportateur a augmenté.

Messages à retenir

  • Pour le premier trimestre de 2020, l’ensemble des répercussions de la COVID-19 sur le commerce canadien ont été limitées, à deux exceptions près : les exportations vers la Chine et la Corée du Sud ont reculé de 14 % et de 26 %.
  • Bien que les baisses de mars 2020 ne soient pas entièrement attribuables à la COVID‑19, les exportations de biens ont reculé de 7,9 % et les importations de biens de 8,4 %.
  • Les exportations et les importations d’énergie ont été durement touchées par la COVID‑19 alors que les prix de l’énergie dégringolaient : les exportations ont reculé de 21 % et les importations de 13 % en mars 2020.
  • En mars 2020, des répercussions sur le commerce ont été observées pour la plupart des 10 principaux partenaires commerciaux du Canada; les reculs des exportations ont varié entre 3,2 % pour le Japon et 35 % pour le Royaume-Uni, tandis que du côté des importations, elles ont varié entre 5,1 % pour le Japon et 24 % pour la Chine.
  • L’évaluation des premières répercussions de la COVID‑19 sur les flux commerciaux est manifestement une affaire complexe. Lorsque des mesures de confinement sont appliquées à différents moments dans différents pays, le défi est de coordonner l’offre et la demande mondiales – une leçon continue pour les économies du monde au moment où elles assouplissent leurs restrictions et reprennent leurs activités dans l’ombre de la COVID‑19.

Chapitre 3 : La vulnérabilité des industries canadiennes aux perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales

Le chapitre 2 a montré que les effets de la pandémie de COVID-19 sur le commerce canadien étaient inégalement répartis sur les trois premiers mois de 2020 : en mars 2020, les exportations et les importations de certains biens et avec certains partenaires commerciaux ont été fortement touchées tandis que d’autres semblaient presque intactes. Le présent chapitre examine pourquoi les industries canadiennes davantage intégrées aux chaînes de valeur mondiales sont souvent plus vulnérables aux chocs propres au commerce international que les autres industries.

Les entreprises qui participent à des chaînes de valeur mondiales en retirent des avantages indéniables. Elles peuvent ainsi se procurer des ressources, des intrants et de la main-d’œuvre à moindre coût. Elles ont accès aux connaissances et aux talents. Et elles peuvent trouver des produits et services uniques qui ne sont pas facilement disponibles au pays. Ces avantages contribuent à maintenir la compétitivité des entreprises et à stimuler l’innovation. Cependant, cette internationalisation accrue expose également les entreprises canadiennes à des chocs venant à l’extérieur du pays comme la COVID-19.

En prenant les premiers mois de la crise de la COVID-19 comme exemple, nous expliquons les différents points auxquels le commerce peut être perturbé par une catastrophe internationale soudaine, et nous examinons quelles industries canadiennes sont les plus vulnérables à des perturbations des chaînes d’approvisionnement et, ainsi, les plus frappées par des chocs internationaux comme les pandémies.

3.1 Types de chaînes d’approvisionnement internationales

Il ne fait aucun doute que les premiers mois de la pandémie de COVID-19 ont mis à rude épreuve les chaînes d’approvisionnement internationales. Le resserrement et la fermeture des frontières, les restrictions à la circulation des personnes, les contraintes sur la capacité de transport et la fermeture des entreprises ont perturbé de nombreuses chaînes d’approvisionnement auxquelles participent des entreprises canadiennes et en ont mis d’autres à risque. Parallèlement, la demande internationale de nombreux biens et services produits au Canada a chuté à mesure que les entreprises fermaient, que les revenus étaient perturbés et que les gens partout dans le monde sont restés chez eux.
Les perturbations des chaînes d’approvisionnement ont une incidence différente sur les industries canadiennes et les entreprises au sein de chaque industrie. L’impact de la perturbation dépend de nombreux facteurs, dont la mesure dans laquelle les chaînes d’approvisionnement d’une entreprise sont tributaires des pays étrangers comme sources d’intrants et comme marchés pour la vente de leurs produits, ainsi que le nombre et la répartition géographique des pays participant à leurs chaînes d’approvisionnement.

La figure 3.1 illustre trois grands types de chaînes d’approvisionnement internationales auxquelles les entreprises canadiennes peuvent participer et qui les rendraient plus vulnérables à des chocs mondiaux tels que la pandémie de COVID-19 :

Figure 3.1 Chaînes d’approvisionnement internationales

Figure 3.1 Chaînes d’approvisionnement internationales
Figure 3.1 Chaînes  d’approvisionnement internationales
Équivalent textuel : Figure 3.1 Chaînes d’approvisionnement internationales

Les importations peuvent être consommées directement au Canada, utilisées comme transbordements (exportées sans transformation importante) ou utilisées comme intrants intermédiaires à la production (y compris les biens d'équipement et la PI). 44% des importations sont consommées directement au Canada, tandis que 56% sont utilisées comme intrants intermédiaires à la production. Les transbordements sont ensuite exportés, tandis que les intrants intermédiaires sont soit exportés dans le cadre de la production finale, soit la production finale est consommée directement au Canada.

Que se passe-t-il lorsque les chaînes d’approvisionnement sont perturbées : goulots d’étranglement

Même la chaîne d’approvisionnement la plus simple comporte plusieurs goulots d’étranglement (figure 3.2). Premièrement, les usines étrangères qui fabriquent un produit importé par le Canada peuvent fermer temporairement, comme cela s’est produit pendant la pandémie de COVID-19Note de bas de page 13. Deuxièmement, le pays d’origine du fournisseur étranger peut réorienter la production d’une entreprise ou accroître sa demande intérieure pour un produit, limitant du même coup les exportations. C’est ce qui est arrivé pour l‘équipement de protection médicale durant les premiers jours de la crise de la COVID‑19. Troisièmement, les fermetures temporaires d’usines peuvent entraîner un effet domino, alors que les entreprises qui ont interrompu la production de certains biens réduiront les commandes auprès de leurs fournisseurs. On peut considérer les chaînes d’approvisionnement comme des flux : toute fermeture ou choc touchant les fournisseurs en amont aura un impact sur les entreprises qui fabriquent des produits et sur les consommateurs qui les utilisent en aval. Quatrièmement, la fermeture des frontières et les restrictions, y compris au Canada, peuvent ralentir ou interrompre le transport international des personnes et des biens.

Figure 3.2 Goulots d’étranglement possibles dans une chaîne d’approvisionnement internationale

Figure 3.2 Goulots d’étranglement possibles dans une chaîne d’approvisionnement internationale
FFigure 3.2 Goulots  d’étranglement possibles dans une chaîne d’approvisionnement internationale
Équivalent textuel : Figure 3.2 Goulots d’étranglement possibles dans une chaîne d’approvisionnement internationale

Producteur  étranger d'un intrant intemédiare

  • Interrompt la production après avoir le personnel à la maison, ou en raison de la maladie
  • Le pays d'origine réoriente la production
  • Propre chaîne d'approvisionnement compromise
  • Augmentation de la demande intérieure

Frontière extérieure

  • Restrictions à l'exportation
  • Restrictions au mouvement des personnes
  • Certains points de passage frontalier sont fermés

Transportation

  • Interruption des activités après avoir envoyé le personnel à la maison, ou en raison de la maladie
  • Frontière canadienne
  • Certains points de passage frontalier sont fermés
  • Capacité portuaire limitée

Comme l’a montré la crise de la COVID-19, les restrictions aux frontières et aux voyages internationaux ainsi que les règles et la réglementation des pays qui les appliquent limitent ou interdisent le transport de produits vers ou hors de tout pays impliqué dans la chaîne d’approvisionnement internationale, ainsi que des services engendrés par la circulation transfrontalière des personnes.

Le Canada est une nation commerçante, avec plus de 165 000 entreprises qui importent des biens et plus de 45 000 entreprises qui exportent des biens. Les importations de biens et services représentent 33 % du PIB du Canada et les exportations de biens et services, 32 %. Il est logique que les goulots d’étranglement qui affectent les principales chaînes d’approvisionnement du Canada touchent à la fois les exportateurs et les importateurs canadiens. Les entreprises canadiennes sont donc vulnérables aux perturbations de leurs approvisionnements en importations en amont et de leurs marchés d’exportation en aval. Les perturbations des chaînes d’approvisionnement touchent des entreprises canadiennes de toute taille, y compris de nombreuses petites et moyennes entreprises (PME) au Canada qui font partie de chaînes d’approvisionnement internationales et qui risquent donc d’être exposées à des chocs internationaux tels que la COVID-19. Les PME exportatrices et importatrices représentent une part importante de la collectivité des PME au Canada. En 2017, 12 % de toutes les PME exportaient des biens ou des services, mais dans le secteur manufacturier canadien, la proportion atteint plus du tiers. En outre, 12 % des PME canadiennes ont importé des biens ou des services utilisés comme intrants intermédiaires dans la production, tandis que 14 % ont importé des biens pour les vendre « tels quels » au Canada. De façon générale, les PME importatrices sont plus exposées aux perturbations internationales que les PME exportatrices; en 2018, quelque 162 280 PME ont importé des biens au Canada, soit près de 4 fois le nombre de PME qui ont exporté des biens.

Aucun secteur de l’économie canadienne n’est à l’abri des effets des perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales, bien que certaines industries puissent souffrir plus que d’autres selon leur dépendance à l’égard des marchés internationaux. Certaines seront plus exposées aux chocs sur l’offre en amont, d’autres aux perturbations de la demande en aval, et d’autres encore aux deux à la fois. Cela dit, les industries au sein de l’économie canadienne qui dépendent davantage de la consommation intérieure et moins des marchés internationaux seront à l’abri des chocs internationaux dans une certaine mesure. Cependant, elles n’ont pas été à l’abri des contraintes internes imposées au modèle du « statu quo » en lien avec la COVID-19, lorsque les gouvernements, à tous les niveaux au Canada, ont adopté des mesures pour que les Canadiens, y compris les acheteurs, restent chez eux. Le reste du présent chapitre examine la vulnérabilité relative de diverses industries canadiennes aux perturbations des chaînes d’approvisionnement internationales afin de déterminer celles qui sont les plus susceptibles de résister aux chocs internationaux.

3.2 Mesurer la vulnérabilité des industries canadiennes aux perturbations des chaînes d’approvisionnement

Après avoir établi que les catastrophes planétaires ont un impact sur les chaînes d’approvisionnement mondiales, la question de la mesure de la vulnérabilité d’une industrie canadienne donnée à de tels chocs se pose toujours. À l’aide de données sur 218 industries canadiennes, le Bureau de l’économiste en chef (BEC) a d’abord classé chacune de ces industries selon un indice de vulnérabilité à l’offre internationale, qu’il a construit pour déterminer la sensibilité de chaque industrie aux chocs touchant les approvisionnements en amont. À cette fin, nous avons évalué la mesure dans laquelle chaque industrie dépend d’intrants intermédiaires provenant de l’étranger pour des biens, des services ou les deux. Nous avons ensuite construit un deuxième indice, l’indice de vulnérabilité à la demande internationale, afin de classer chaque industrie en fonction de la demande en aval pour sa production. À cette fin, nous avons évalué dans quelle mesure chaque industrie dépend de la demande internationale pour écouler ses produits et services.
L’indice de vulnérabilité à l’offre internationale mesure les 4 éléments clés suivants :

Pour chaque industrie, ces éléments ont été tabulés, puis leur moyenne a été calculée afin d’obtenir un score global de vulnérabilité à l’offre pour cette industrieNote de bas de page 14.

L’indice de vulnérabilité à la demande internationale mesure les 3 éléments suivants :

Pour chaque industrie, ces éléments ont été tabulés, puis leur moyenne a été calculée afin d’obtenir un score global de vulnérabilité à la demande pour cette industrie.

La moyenne des scores individuels selon l’indice de la demande et l’indice de l’offre pour chaque industrie est ensuite calculée afin d’obtenir un score global unique, le score combiné, pour cette industrie, lequel indique sa vulnérabilité aux perturbations affectant à la fois l’offre et la demandeNote de bas de page 15

Les 25 industries les plus vulnérables et les 25 industries les moins vulnérables sont examinées tour à tour dans ce qui suit.

Encadré 3.1 : Les avocats exportent-ils? Un exemple d’exportation indirecte

Bien que certains secteurs de l’économie canadienne ne dépendent pas directement des exportations, ils peuvent néanmoins apporter une valeur ajoutée aux exportations d’autres secteurs. Cette valeur ajoutée peut prendre la forme de biens ou de services utilisés dans la fabrication des produits exportés par un autre secteur (par exemple, les pièces utilisées dans les voitures exportées), ou il peut s’agir d’un produit fini qui est exporté par un autre secteur (par exemple, un produit de consommation produit par un secteur et vendu à un grossiste qui l’exporte tel quel). On peut ainsi dire que ces secteurs ont des exportations indirectes. En utilisant les données des tableaux sur le commerce en valeur ajoutée de Statistique Canada, nous pouvons mesurer la part de ces exportations indirectes dans la production de chaque secteur. Ce résultat est utilisé pour le troisième élément de l’indice de vulnérabilité à la demande internationale.

Le secteur des services juridiques se concentre principalement sur le marché intérieur : les exportations directes ne représentent que 5 % de sa production. Cependant, ce secteur fournit également des services à valeur ajoutée aux exportations d’autres secteurs, et ces exportations indirectes représentent 9 % de la production du secteur. À titre d’exemple, un cabinet d’avocats peut apporter une valeur ajoutée à une entreprise exportatrice en l’aidant à enregistrer et à protéger sa propriété intellectuelle sur le marché où elle exporte. Aux fins de la présente analyse, ces services à valeur ajoutée sont considérés comme des exportations indirectes.

Les industries canadiennes les plus vulnérables aux interruptions des chaînes d’approvisionnement internationales

Cette section examine les industries canadiennes qui sont vulnérables aux perturbations de l’offre et de la demande internationales.

Le tableau 3.1 répertorie les 25 industries les plus vulnérables aux perturbations tant de la demande internationale que de l’offre internationale, classées de la plus à la moins vulnérable selon l’indice combiné pour l’offre et la demande. Une caractéristique qu’ont en commun ces industries est qu’elles s’approvisionnent en grande partie à l’étranger et qu’elles vendent une grande partie de leur production sur des marchés situés à l’extérieur du Canada.

Tableau 3.1 Industries canadiennes les plus vulnérables aux interruptions des chaînes d’approvisionnement internationales

Tableau 3.1 Industries canadiennes les plus vulnérables aux interruptions des chaînes d’approvisionnement internationales
RangSecteurScore de vulnérabilité à la demande internationaleScore de vulnérabilité à l’offre internationaleScore combiné pour l’offre et la demande
1Fabrication de voitures et de véhicules automobiles légers60,977,469,1
2Fabrication de camions lourds59,172,966,0
3Fabrication de composants de direction et de suspension pour véhicules automobiles (sauf les ressorts)55,272,864,0
4Fabrication de moteurs à essence et de pièces de moteurs pour véhicules automobiles59,466,963,1
5Estampillage de métaux pour véhicules automobiles58,865,562,1
6Fabrication de produits en plastique45,377,561,4
7Fabrication de produits en caoutchouc49,671,760,7
8Extraction des sables bitumineux62,555,559,0
9Fabrication de semi-conducteurs et d’autres composants électroniques47,470,358,9
10Fabrication de systèmes de freinage pour véhicules automobiles52,264,958,5
11Fabrication de pièces de transmission et de groupe motopropulseur pour véhicules automobiles50,565,257,9
12Fabrication de produits en papier transformé44,471,257,8
13Fabrication d’autres pièces pour véhicules automobiles47,767,557,6
14Fabrication de résines, de caoutchouc synthétique et de fibres et filaments artificiels et synthétiques53,461,157,2
15Fabrication de sucre et de produits de confiserie49,862,856,3
16Fabrication d’autres produits chimiques38,573,556,0
17Fabrication d’autres matériels et composants électriques38,971,455,1
18Fabrication de placages, de contreplaqués et de produits en bois d’ingénierie49,560,655,0
19Extraction de pétrole et de gaz (sauf les sables bitumineux)53,856,255,0
20Fabrication de matériel électrique et électronique pour véhicules automobiles42,167,554,8
21Fabrication d’autres machines d’usage général45,763,754,7
22Fabrication de carrosseries et de remorques de véhicules automobiles41,567,254,3
23Production et transformation d’alumine et d’aluminium50,757,954,3
24Fabrication de matériel électrique d’éclairage49,059,654,3
25Fabrication d’autres produits électroniques41,766,254,0

Note : Les scores de vulnérabilité à l’offre internationale et à la demande internationale proviennent de Boileau (2020). Le score combiné est la moyenne de ces scores de vulnérabilité.

Ensemble, ces 25 industries les plus vulnérables aux perturbations des chaînes d’approvisionnement internationales représentent 9,5 % de la production des 218 industriesNote de bas de page 16, et comme le montre le tableau 3.1, toutes sauf 2 (extraction de sables bitumineux et extraction de pétrole et de gaz) appartiennent à des industries manufacturières ou connexes. En effet, le secteur canadien de la fabrication a été confronté à des défis croissants au fil des ans et, en réaction, il a changé de manière significative. Alors que sa part du PIB est tombée de 16 % en 2000 à 10 % en 2019, l’industrie manufacturière est clairement un volet décroissant de l’économie canadienne et elle est la plus vulnérable globalement aux chocs qui frappent les chaînes d’approvisionnement internationales.

La figure 3.3 illustre les scores distincts de l’indice de l’offre et de l’indice de la demande présentés au tableau 3.1 pour les 25 industries les plus vulnérables. Plus la « bulle » de l’industrie est haute, plus l’industrie est vulnérable aux perturbations de la demande internationale. De même, plus la bulle de l’industrie se situe à droite, plus elle est vulnérable aux chocs de l’offre internationale. La taille de chaque bulle représente l’importance de l’industrie correspondante dans l’économie canadienne (mesurée par la valeur de la production).

Figure 3.3: Vulnérabilité de l’industrie aux perturbations de l’offre et de la demande internationales

Figure 3.3: Vulnérabilité de l’industrie aux perturbations de l’offre et de la demande internationales
Figure 3.3: Vulnérabilité  de l’industrie aux perturbations de l’offre et de la demande internationales
Équivalent textuel : Figure 3.3: Vulnérabilité de l’industrie aux perturbations de l’offre et de la demande internationales
IndustrieScore selon l'indice de vulnérabilité à l'offre internationaleScore selon l'indice de vulnérabilité à la demande internationaleProduction de l'industrie (milliards $)
Fabrication d'automobiles77.460.965,989.01
Extraction de pétrole et de gaz56.253.844,309.66
Extraction des sables bitumineux55.562.543,940.54
Produits en plastique77.545.324,741.72
Produits d'aluminium57.950.711,991.
Produits en papier71.244.410,264.27
Matériaux synthétiques61.153.49,871.64
Autres machines d'usage général63.745.77,875.43
Estampillage de métaux pour véhicule automobiles65.558.86,767.65
Moteurs à essence et pièces de moteurs pour véhicules automobiles66.959.45,585.51
Fabrication d'autres produits chimiques73.538.55,271.87
Produits en caoutchouc71.749.65,082.77
Fabrication de camions lourds72.959.12,900.02
Composants de direction et de suspension pour véhicules automobiles72.855.22,257.82

La fabrication de voitures et de véhicules automobiles légers est l’une des plus importantes industries au Canada en termes de production et c’est celle qui obtient le score le plus élevé selon l’indice combiné de vulnérabilité à l’offre et à la demande internationales. Son score élevé illustre la mesure dans laquelle la construction d’automobiles est tributaire des chaînes d’approvisionnement internationales. La fabrication d’automobiles arrive au deuxième rang pour la vulnérabilité à l’offre, ce qui n’est guère surprenant étant donné que cette industrie dépend fortement des intrants intermédiaires pour produire un véhicule fini, sa production finale. Des intrants intermédiaires sont nécessaires pour 86 % de la production de l’industrie, ce qui signifie que 14 % représente la valeur ajoutée par le producteur, tandis que 67 % de ces intrants sont importés. 75 %  de ces importations proviennent des États-Unis.

Cette concentration géographique de l’offre contribue au score élevé (77,4) de vulnérabilité à l’offre de l’industrie, le deuxième plus élevé du groupe après la fabrication de produits en plastique. De plus, cette industrie importe potentiellement 589 produits d’un nombre limité de fournisseurs, un autre élément contribuant à son score élevé de vulnérabilité à l’offre. Il est clair que cette industrie est très vulnérable aux chocs internationaux qui provoquent des ruptures d’approvisionnement, car elle dépend de quelques fournisseurs établis dans quelques régions. Du côté de la demande, la fabrication de voitures et de véhicules automobiles légers se classe également au deuxième rang (après l’extraction des sables bitumineux) selon l’indice de vulnérabilité à la demande, avec un score de 61. Les exportations représentent 86 % de la production de l’industrie et celles-ci sont très concentrées géographiquement – 96 % des exportations de l’industrie prennent la destination des États-Unis. Alors que les exportations indirectes représentent moins de 0,1 % de la production de l’industrie, ses scores élevés pour la dépendance à l’égard des exportations et pour la concentration des exportations la poussent vers le haut sur l’indice de vulnérabilité à la demande.

L’extraction des sables bitumineux est l’industrie la plus vulnérable à la demande internationale étant donné que 75 % de sa production est exportée et que 100 % de ces exportations vont aux États-Unis. Les exportations indirectes représentent une tranche supplémentaire de 4 % de sa production. Cette vulnérabilité n’a jamais été aussi évidente que dans le contexte actuel de pression à la baisse sur les prix de ce secteur. En revanche, l’industrie des sables bitumineux arrive au dernier rang (55,5) parmi les 25 industries pour ce qui est de la vulnérabilité à l’offre internationale. Les intrants intermédiaires représentent 51 % de la production des sables bitumineux, et 20 % de ces intrants proviennent de l’extérieur du Canada, dont 67 % des États-Unis. Les sables bitumineux utilisent également beaucoup d’intrants intermédiaires importés figurant sur la liste des sources limitées d’approvisionnement (comme pour les produits chimiques, les lubrifiants et les machines de construction), portant à 55,5 son indice de vulnérabilité à l’offre, ce qui est supérieur à la moyenne pondérée de 49,7 des 218 industries.

Les industries canadiennes les moins vulnérables aux interruptions des chaînes d’approvisionnement internationales

Cette section examine de plus près les industries qui affichent un faible score à la fois selon l’indice de vulnérabilité à l’offre internationale et selon l’indice de vulnérabilité à la demande internationale.

Les 25 industries canadiennes qui se classent au bas de l’indice combiné pour l’offre et la demande sont davantage axées sur le marché intérieur et ne sont que peu ou pas exposées aux marchés étrangers du côté de la demande ou celui de l’offre (tableau 3.2). Elles requièrent peu d’intrants venant de l’extérieur et sont donc les moins vulnérables aux interruptions des chaînes d’approvisionnement internationales.

Tableau 3.2 Industries canadiennes les moins vulnérables aux interruptions des chaînes d’approvisionnement internationales

Tableau 3.2 Industries canadiennes les moins vulnérables aux interruptions des chaînes d’approvisionnement internationales
RANGSECTEURScore de vulnérabilité à la demande internationaleScore de vulnérabilité à l’offre internationaleScore combiné pour l’offre et la demande
194Magasins de meubles et d’accessoires d’ameublement de maison15,039,227,1
195Autres institutions sans but lucratif au service des ménages8,645,527,0
196Services éducatifs14,239,726,9
197Magasins de vêtements et d’accessoires vestimentaires16,237,626,9
198Services de comptabilité, de préparation de déclarations de revenus, de tenue de livres et de paie18,035,726,9
199Organisations subventionnaires, civiques, professionnelles et assimilées8,145,426,7
200Collèges communautaires et cégeps6,147,126,6
201Magasins d’articles de sport, d’articles de passe-temps, de livres et de musique17,535,626,6
202Magasins de produits de santé et de soins personnels16,736,226,4
203Assistance sociale4,248,626,4
204Coopératives de crédit locales14,038,626,3
205Banques et autres intermédiaires de dépôt et de crédit19,232,325,7
206Magasins d’électronique et d’appareils électroménagers16,534,925,7
207Magasins de détail divers (sauf pour le cannabis)14,437,025,7
208Écoles élémentaires et secondaires4,246,725,4
209Magasins d’aliments et de boissons12,737,925,3
210Magasins de marchandises diverses13,835,824,8
211Stations d’essence14,334,724,5
212Services d’enquête et de sécurité12,836,024,4
213Assureurs10,337,724,0
214Bureaux d’agents et de courtiers immobiliers et activités liées à l’immobilier8,938,923,9
215Autres services gouvernementaux aux Autochtones9,738,123,9
216Organisations religieuses4,541,923,2
217Agences, maisons de courtage et autres activités liées à l’assurance11,033,122,1
218Locateurs de biens immobiliers6,735,621,1

Note : Les scores de vulnérabilité à l’offre et à la demande internationales proviennent de Boileau (2020). Le score combiné est la moyenne de ces scores de vulnérabilité.

Ensemble, ces 25 industries les moins vulnérables aux perturbations des chaînes d’approvisionnement internationales représentent 18 % de la production des 218 industries étudiées, soit presque le double de la production combinée des 25 industries les plus vulnérables. Le groupe le moins vulnérable est dominé par le commerce de détail ainsi que par les services professionnels, les services éducatifs et les autres industries de services.

’industrie des banques et des autres intermédiaires de dépôt et de crédit, qui figure parmi les plus grandes industries se classant au bas de l’indice de vulnérabilité combiné, offre un bon exemple d’une industrie qui est relativement à l’abri des perturbations des chaînes d’approvisionnementNote de bas de page 17. Du côté de la demande, le secteur bancaire se situe près du bas de l’indice de vulnérabilité, soit au 161e rang sur 218 industries. Les exportations de services bancaires ne représentaient que 8 % de la production de l’industrie, et ces exportations étaient relativement diversifiées, 56 % allant aux États-Unis (la moyenne de l’ensemble des industries canadiennes est de 71 %), tandis que les exportations indirectes ne représentaient que 8 % de sa production. L’indice de vulnérabilité à la demande de l’industrie bancaire était de 19, ce qui en faisait la plus vulnérable aux fluctuations de la demande internationale parmi ces 25 industries. En revanche, l’indice de vulnérabilité à l’offre de l’industrie bancaire était de 32,3, ce qui en faisait la moins vulnérable aux fluctuations de l’offre internationale parmi ces 25 industries. Bien que les intrants intermédiaires du secteur bancaire représentent 25 % de sa production, seuls 9 % de ces intrants étaient importés. Alors que 68 % de ces importations provenaient des États-Unis, l’industrie importe relativement peu de produits figurant sur la liste des sources d’approvisionnement limitées.

i certaines industries semblent être isolées des perturbations de l’offre et de la demande en fonction de leur score sur chaque indice, cela ne signifie pas forcément que des pandémies telles que la COVID‑19 ou d’autres perturbations internationales ne les affecteraient pas d’autres manières. Ainsi, bien que le transport aérien (non énuméré sur la liste) se situe près du bas de l’indice combiné de vulnérabilité à l’offre et à la demande (183 sur 218), ce qui incite à penser que cette industrie pourrait ne pas dépendre des importations ou des exportations, elle dépend manifestement de la capacité de l’ensemble des voyageurs à franchir les frontières. Les universités (non énumérées sur la liste) sont un autre exemple (classées 189 sur l’indice combiné) d’industrie où les restrictions ou les changements de comportement des étudiants étrangers pourraient avoir un impact significatif sur la production de services. On peut ainsi choisir n’importe quelle industrie dans cette liste moins vulnérable et trouver de nombreuses façons dont elle pourrait être affectée par des chocs internationaux tels que la COVID-19.

Les industries de services canadiennes les plus vulnérables aux perturbations de l’offre internationale

Dans cette section, nous examinons les industries de services qui ont un score élevé sur l’indice de vulnérabilité à la demande internationale (mais pas sur l’indice de vulnérabilité à l’offre) ou un score élevé sur l’indice de vulnérabilité à l’offre internationale (mais pas sur l’indice de vulnérabilité à la demande).

Au sein de l’économie canadienne, nous avons déterminé que la viabilité de 38 secteurs représentant une grande variété d’industries dépend davantage de la demande internationale pour leurs services et moins de fournisseurs internationaux. En d’autres termes, ils obtiennent un score élevé sur l’indice de vulnérabilité à la demande et un faible score sur l’indice de vulnérabilité à l’offre. Ce groupe englobe les services de transport par pipeline et par rail, certaines industries extractives (comme la potasse), ainsi que la R-D, la publicité, les services de consultation professionnelle et les services administratifs. (Voir Boileau, 2020.)

À l’autre extrémité de l’échelle, 29 industries offrant principalement des services figurent parmi les industries ayant une forte vulnérabilité à l’offre internationale et une faible vulnérabilité à la demande internationale. Il s’agit notamment de certains services manufacturiers et des grands secteurs de services gouvernementaux à tous les niveaux, ainsi que les institutions offrant des services de soins de santé et les services de défense.

Les services du gouvernement fédéral, des provinces et des administrations municipales ont été assignés à cette catégorie parce qu’ils obtiennent tous trois un score particulièrement élevé pour le quatrième élément de l’indice de vulnérabilité à l’offre (soit le nombre de produits importés pouvant être fournis par un nombre limité de sources d’approvisionnement). En fait, les trois secteurs de services gouvernementaux utilisent une grande variété de produits importés, y compris des produits agroalimentaires, des produits chimiques et des métaux et minéraux provenant d’un nombre limité de fournisseurs. Les services des gouvernements provinciaux, par exemple, ont le score le plus élevé de toutes les industries pour cet élément, important quelque 1 572 produits sur les 2 107 que renferme la liste.

Réduire la vulnérabilité à l’offre et à la demande : l’effet des TIC

Alors que les exportations de services traditionnels nécessitent souvent le déplacement de personnes – que ce soit des Canadiens qui se rendent à l’étranger pour fournir des services ou des visiteurs au Canada qui achètent des services – un nombre croissant de services canadiens se révèlent, ou sont présumés, être livrables sous forme numérique par le biais des technologies de l’information et des communications (TIC) (figure 3.4). L’utilisation de la technologie pourrait isoler plusieurs de ces industries plus vulnérables des perturbations de l’offre et de la demande qui pourraient autrement les toucher. Les plateformes numériques familières qui permettent aux gens d’effectuer des transactions à distance comprennent le courrier électronique, la vidéoconférence et les dossiers partageables dans le nuage. La crise de la COVID-19 a été transformatrice d’une foule de manières, notamment en perturbant le modèle du « statu quo ».

Figure 3.4: Exportations de services pouvant être habilités par les TIC, 2017

Figure 3.4: Exportations de services pouvant être habilités par les TIC, 2017
Figure 3.4: Exportations  de services pouvant être habilités par les TIC, 2017
Équivalent textuel : Figure 3.4: Exportations de services pouvant être habilités par les TIC, 2017
Exportations de services canadiens vers le monde
CatégorieIndustrieNiveau (G$)
Services pouvant être habilités par les TICServices commerciaux64.5
Services ne pouvant être habilités par les TICVoyages32.4
Services ne pouvant être habilités par les TICTransports17.4
Services ne pouvant être habilités par les TICCommerce et gouvernement8.0

3.3 Où allons-nous à partir d’ici?

La recherche indique que la participation d’une entreprise à des chaînes de valeur mondiales améliore sa productivité et sa compétitivité. En période de chocs planétaires comme celui de la COVID-19, certains pourraient faire valoir que les coûts l’emportent sur les avantages de la participation à des chaînes de valeur mondiales. L’ouverture aux marchés internationaux met certaines entreprises à risque. Pourtant, les chaînes d’approvisionnement internationales vont vraisemblablement subsister dans l’avenir et les entreprises canadiennes trouveront des moyens de s’adapter aux inévitables chocs futurs. L’approvisionnement à l’étranger continuera de permettre à ces entreprises d’abaisser leurs coûts et d’acquérir des intrants de haute qualité, d’accéder à des connaissances spécialisées et de trouver des produits et services uniques que le Canada ne peut pas encore leur fournir. L’exportation permet aux entreprises canadiennes de répondre à la demande dans les économies en croissance rapide et oblige les entreprises nationales à « faire mieux » pour être concurrentielles sur le marché mondial. Mais comme l’a rappelé la COVID-19, la mondialisation est souvent une arme à double tranchant. Il existe indéniablement des risques. Mais la concurrence internationale engendre souvent l’innovation, ce qui peut déboucher sur de meilleurs produits et services faits au Canada.

Messages à retenir

  • À mesure que l’économie canadienne et celles de ses partenaires commerciaux se remettront de la COVID-19, les diverses industries feront face à des défis uniques en tentant de rétablir leurs liens internationaux.
  • Les industries manufacturières sont particulièrement vulnérables aux chocs mondiaux car elles dépendent à la fois de fournisseurs étrangers pour leurs intrants et des marchés étrangers pour leurs ventes.
  • En revanche, le commerce de détail et les autres industries de services peuvent être moins vulnérables aux perturbations parce qu’ils dépendent davantage des marchés et des fournisseurs nationaux.
  • Les risques associés aux chaînes d’approvisionnement internationales doivent être mis en balance avec leurs nombreux avantages : des entreprises plus concurrentielles et productives qui versent des salaires plus élevés aux travailleurs et qui offrent des prix plus bas aux consommateurs.

Bibliographie

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Yergeau, Marie-Ève (2019). « L’investissement direct canadien dans les pays en développement : une analyse descriptive », Affaires mondiales Canada, Bureau de l'énomiste en chef, https://www.international.gc.ca/trade-commerce/economist-economiste/analysis-analyse/countries-invest-dev-pays.aspx?lang=fra

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