Le Canada et la Pologne font front commun

Cette opinion a été publiée dans le Gazeta Wyborcza, publication en langue polonaise, le 25 avril 2014.

Dans les temps difficiles aussi bien que dans les périodes de paix et de prospérité, le Canada et la Pologne sont demeurés des amis, des partenaires et des alliés. Aujourd'hui, devant l'agression cynique de la Russie, ils font de nouveau front commun pour se porter à la défense de la souveraineté, de l'intégrité territoriale et de la liberté.

Après que les Polonais se sont libérés avec bravoure de la tyrannie communiste, il y a 25 ans, le Canada a appuyé les réformes économiques courageuses qu'ils ont entreprises et qui ont permis à la Pologne de connaître l'une des grandes histoires de réussite de l'Europe. Le Canada est également fier d'avoir été le premier pays à ratifier l'adhésion de la Pologne à l'OTAN.

Nous avons fait cela parce que nos deux pays ont des racines communes profondes. Plus de 1 million de Canadiens sont fiers de se dire d'origine polonaise. Nous avons en commun un engagement fondamental à l'égard de valeurs telles que la liberté, la démocratie, les droits de la personne et la primauté du droit. Nous avons fait cela parce que nous savons que la liberté, la paix et la prospérité sont essentielles pour créer le monde auquel nous aspirons.

Maintenant, au XXIe siècle, le Canada et la Pologne continuent de faire front commun pour lutter contre l'agression. À l'est, le Kremlin a de nouveau recours à des méthodes de style soviétique pour amputer l'Ukraine, un État pacifique qui s'est volontairement départi de ses armes nucléaires en 1994, de bonne foi, en échange de l'engagement de la Fédération de Russie de respecter son intégrité et sa souveraineté territoriales. La crise qui a commencé en Crimée risque désormais de s'étendre à l'Ukraine orientale. Le président Poutine continue de recourir à des tactiques comme la tromperie et la propagande pour justifier ce que la communauté internationale dans son ensemble perçoit comme une invasion, une annexion et une occupation illégales d'un voisin démocratique pacifique. Cela est inacceptable.

Au sein de l'OTAN, les voix du Canada et de la Pologne doivent être celles de la clarté morale.

Il ne faut pas sous-estimer la capacité de cette alliance historique de veiller au maintien des principes qui ont garanti la paix depuis la chute de l'empire soviétique. La menace familière ressurgie du passé sera de nouveau réduite à néant. Nous exhortons conjointement la Russie de respecter ses engagements pris la semaine dernière à Genève, de désamorcer la crise, de respecter l'intégrité territoriale de l'Ukraine et de cesser de s'ingérer dans les affaires d'un État souverain.

J'ai rencontré hier le ministre des Affaires étrangères Sikorski à Varsovie. Nous avons signé un énoncé de principe sur la coordination de notre appui à l'égard de l'avenir de l'Ukraine en tant qu'État européen souverain, unifié et prospère, à l'abri de l'ingérence et des menaces russes. Le Canada et la Pologne étudieront des moyens de renforcer la société civile en Ukraine parce qu'ils connaissent le rôle important de celle-ci dans toute démocratie. Ils chercheront avec leurs partenaires ukrainiens des solutions pour répondre aux besoins énergétiques de l'État et contribueront au renforcement de l'expertise de l'Ukraine en matière d'opérations de maintien de la paix à l'étranger.

Le Canada et la Pologne travailleront également en étroite collaboration pour aider l'Ukraine à se remettre du triste héritage laissé par les sept décennies de mauvaise gestion économique du régime soviétique. Grâce à l'appui du FMI, et à une aide occidentale additionnelle qui se chiffre à plusieurs milliards de dollars, le nouveau gouvernement ukrainien est bien positionné pour prendre des mesures importantes pour réformer son économie, lutter contre la corruption et mettre en place un système de marché transparent et fondé sur des règles, favorable à une meilleure intégration dans les économies européenne et mondiale. Le Canada et la Pologne resteront des amis et des fervents défenseurs d'une Ukraine souveraine, pacifique et prospère.

Il y a 25 ans, la Pologne elle-même s'est lancée dans cette aventure. Aujourd'hui, nous en constatons les résultats extraordinaires. L'économie dynamique de la Pologne, comme celle du Canada, continue de prospérer en dépit de la récession mondiale récente. Pour le Canada et la Pologne, les nouvelles occasions qu'offrira l'accord commercial entre le Canada et l'UE reposeront sur les principaux investissements bilatéraux existants dans le secteur de l'énergie et des mines.

Toutefois, en dépit de nos réalisations communes, la crise en Ukraine nous rappelle que l'heure n'est pas à la complaisance. Le monde fait face à l'une des menaces à la paix et à la sécurité internationales les plus graves depuis la fin de la guerre froide. La Pologne et le Canada n'accepteront pas la tentative de la Russie d'imposer un « nouveau désordre mondial » et de réécrire les frontières de l'Europe. Nous avons exercé des pressions pour que de lourdes sanctions soient imposées aux représentants russes et ukrainiens responsables de la crise, et avons imposé de telles sanctions. Nous sommes prêts à en imposer de nouvelles au besoin.

La Pologne et le Canada continueront d'être des champions de la clarté morale, qui doit passer devant les intérêts économiques ou l'opportunisme politique. Ils y tiennent parce qu'ils connaissent la promesse de la liberté, les sacrifices qu'elle suppose et son héritage. Et ils savent que cette force de l'histoire humaine est invincible.