Discours du ministre Baird à l’occasion du Religious Liberty Dinner

Le 24 mai 2012 - Washington

Sous réserve de modifications

C’est un réel plaisir pour moi de participer au Religious Liberty Dinner de cette année.

Il s’agit vraiment d’un événement à ne pas manquer pour ceux d’entre nous qui se préoccupent des droits de la personne, et tout particulièrement de la liberté de religion.

C’est pourquoi je tiens à remercier les organisateurs et leur équipe pour m’avoir invité ici ce soir.

J’aime me retrouver à Washington.

C’est une capitale qui incarne les espoirs et les aspirations d’une grande nation, même en cette période d’impasse politique.

Les États-Unis, bien évidemment, sont un pays qui s’est bâti sur l’idée même de la liberté religieuse.

C’est la quête même de cette liberté qui a poussé les Pères pèlerins à émigrer vers l’Amérique.

C’est aussi la raison pour laquelle tant de gens immigrent encore aux États-Unis et au Canada aujourd’hui : cette promesse, cette possibilité d’une vie meilleure où l’on peut vivre librement, pratiquer sa religion en toute liberté et tirer de sa foi l’inspiration pour contribuer au plus grand bien de la société — à quelque chose de plus grand que soi.

Nos pays sont des exemples de liberté pour le monde entier et une terre d’accueil pour tous ceux qui aspirent à exercer leur droit fondamental de vénérer leur dieu et de le faire en toute liberté et en toute sécurité.

Je ne peux m’empêcher de m’arrêter ici et de penser à quelqu’un qui, malheureusement, n’est avec nous qu’en esprit seulement : un homme d’une profonde humilité et d’un courage extraordinaire.

Il y a trois ans, Shahbaz Bhatti a été nommé ministre fédéral pour les Minorités au Pakistan.

Seul chrétien au Cabinet, il s’était vu confier le rôle de donner aux nombreuses minorités religieuses du Pakistan une voix auprès du gouvernement et de leur assurer une plus grande présence dans la société.

Il s’est employé à améliorer la vie des opprimés et des marginalisés du Pakistan, au risque constant de sa propre sécurité.

Et la tragédie est survenue : Shahbaz a été assassiné l’an dernier à cause de son travail et à cause de ses idéaux. Il n’avait que 42 ans.

À peine un mois auparavant, Shahbaz était venu au Canada et avait rencontré notre premier ministre et d’autres membres du Cabinet. Il était quelqu’un de très impressionnant.

La nouvelle de son décès a profondément attristé notre gouvernement.

De voir quelqu’un qui fait le bien, qui fait ce qui est juste, être si tragiquement réduit au silence encore dans la fleur de l’âge…

Cela ne devrait jamais arriver. Nous devrions tous rejeter cette idée sur-le-champ.

Chers amis, des histoires comme celle qui est arrivée à Shahbaz Bhatti sont malheureusement beaucoup plus fréquentes qu’on ne le croit, et beaucoup plus fréquentes qu’elles ne devraient l’être.

Les réformateurs et les réformistes du monde entier se font littéralement attaquer tous les jours. Un trop grand nombre d’entre eux paient de leur vie leur lutte pour le respect des droits les plus fondamentaux que beaucoup d’entre nous, qui vivons dans une société pluraliste et démocratique, tenons pour acquis.

Le peuple juif ne le sait que trop bien.

Pendant des milliers d’années et dans de nombreuses sociétés, on a tenté de limiter le droit des Juifs de pratiquer leur religion, ou pire encore, de les exterminer purement et simplement.

L’Inquisition espagnole, les pogroms russes et, le plus horrible de tous, l’Holocauste ne sont que quelques exemples des manifestations du mal et des formes que peut prendre l’intolérance religieuse.

Bien que la légitimité de l’État juif remonte à des milliers d’années, lorsque le monde a pris connaissance des horreurs de l’Holocauste, aucun acteur raisonnable ne pouvait nier plus longtemps la nécessité de son droit d’exister.

Dans les années 1930 et 1940, le peuple juif était sur la ligne de front de la lutte mondiale contre le fascisme. Six millions de Juifs ont perdu la vie uniquement à cause de leur identité religieuse.

Aujourd’hui, Israël se trouve malheureusement sur la ligne de front du grand combat de la présente génération, c’est-à-dire la lutte antiterroriste.

Le peuple juif vit sous la menace constante et existentielle pesant contre l’État d’Israël.

Le monde ne peut considérer les déclarations du Hamas, du Hezbollah et de l’Iran comme de simples bravades et ne peut pas prendre le risque de tenter d’apaiser ces acteurs malveillants comme il a tenté d’apaiser les nazis. Nous savons le coût d’une telle approche et nous ne validerons d’aucune façon les positions de ces acteurs.

Nous avons adopté cette position parce que nous croyons que ces menaces sont réelles.

Nous soutenons que l’antisémitisme moderne réside dans les critiques disproportionnées faites à l’endroit d’Israël et dans le refus d’accepter son droit d’exister.

Certains ont substitué le relativisme moral à la réflexion rationnelle : toute correspondance établie entre l’État d’Israël, la seule démocratie libérale au Moyen-Orient, et les organisations terroristes internationales est tout simplement une prémisse erronée.

Sous la direction du premier ministre Stephen Harper et sous ma direction au ministère des Affaires étrangères, le Canada soutiendra l’État et le peuple juifs dans leur lutte pour protéger leur droit d’exister.

Nous ne pouvons pas permettre, et ne permettrons pas, que l’histoire se répète.

Dans de trop nombreux pays, le droit de croire et de pratiquer sa foi en paix et en sécurité se mesure encore en termes de sang répandu et de pertes de vie.

Il ne s’agit pas là d’un débat abstrait.

Les lois sur le blasphème visent directement les minorités religieuses.

Au cours des trois dernières années, le groupe terroriste Boko Haram a tué des milliers de personnes dans les marchés du Nigéria et dans les bureaux des organes de presse, ainsi que dans les églises et autres lieux saints.

Dans le nord du Mali, des terroristes ont détruit des sites religieux vieux de plusieurs siècles, y compris un site du patrimoine mondial à Tombouctou.

En Birmanie, malgré les réformes qui ont été mises en place récemment, le régime maintient ses pratiques discriminatoires à l’endroit de certaines formes de bouddhisme et limite les activités des musulmans.

Ailleurs, ce sont les bahá’ís ou encore les musulmans ahmadis qui sont victimes de violence, malgré les principes pacifiques qui guident leur vie, y compris, dans le cas des bahá’ís, l’unité de l’humanité, l’origine commune de toutes les religions et la recherche indépendante de la vérité.

Et pourtant, ce sont trop souvent des chrétiens qui sont la cible de ces vexations.

Les chrétiens, en particulier, font face à la persécution dans plusieurs pays du globe.

En Iran, nous sommes profondément troublés par la persistance des violations graves du droit des citoyens iraniens à pratiquer la foi chrétienne, y compris ceux qui sont accusés d’apostasie.

En Égypte, les coptes sont souvent victimes d’attaques, comme l’effroyable attentat qui a eu lieu à Alexandrie la veille du Nouvel An de cette année.

Ailleurs, des prêtres catholiques, d’autres membres du clergé chrétien et des laïcs sont forcés de pratiquer leur culte de façon clandestine tandis que leurs dirigeants sont détenus par l’État.

Face à ces situations scandaleuses et à ces actes répugnants visant à priver les gens d’un droit fondamental, le Canada prend la parole et passe aux actes.

En Iraq, où les États-Unis ont mené un énorme combat et ont payé un prix élevé pour lutter contre la tyrannie et assurer à la population un avenir meilleur et plus prometteur, de nombreuses difficultés demeurent. Les libertés fondamentales sont réservées à une poignée de privilégiés. Et les chrétiens ne font pas toujours partie de ces privilégiés.

Al-Qaïda a chassé de nombreux membres de la communauté chrétienne et d’autres minorités.

C’est pour ces raisons que le Canada a entrepris de lutter en faveur des droits fondamentaux et qu’il a mis en place un programme de réinstallation des réfugiés.

Le Canada a une tradition que certains Canadiens semblent avoir oublié au cours de la deuxième moitié du siècle dernier : une tradition de défense de la liberté et des droits fondamentaux, une tradition de résistance face à l’oppression.

C’est ce que nous avons fait aux tout premiers jours de la Deuxième Guerre mondiale.

Les Canadiens, et parmi eux mon grand-père, ont été solidaires de ces peuples courageux des pays captifs de l’Europe.

Mon grand-père et ses compagnons d’armes ont répondu à l’appel du devoir moral d’agir.

Il croyait, comme je le crois aussi, qu’il est dangereux de se soumettre à la pensée collective — beaucoup plus dangereux que de risquer sa vie pour protéger nos valeurs, nos libertés et notre dignité.

Tout comme le fascisme et le communisme ont été le grand combat de sa génération, nous devons aujourd’hui combattre le terrorisme.

Trop souvent, ce sont les minorités religieuses à travers le monde qui sont sur la ligne de front de ce combat.

Et pourtant, après la Deuxième Guerre mondiale, certains décideurs ont perdu de vue cette belle tradition de faire ce qui est juste et bon.

Certains ont décidé qu’il serait préférable de présenter le Canada comme un soi-disant intermédiaire honnête.

J’appelle cela « avoir peur de prendre une position claire » même lorsqu’il le faut.

Je suis donc fier de dire qu’en matière de politique étrangère, le Canada ne se contente plus d’être accommodant dans le seul but d’éviter de faire des vagues.

Les positions que nous défendons sont justes et fondées sur des principes, peu importe qu’elles soient ou non populaires, commodes ou opportunes.

Cela fait partie de notre engagement à respecter les droits fondamentaux de tous.

Nous agissons ainsi en l’honneur de ces hommes et ces femmes de la génération que Tom Brokaw a appelé « la plus grande génération » — pour honorer le sacrifice qu’ils ont fait.

La défense de la liberté de croyance et de pratique religieuse s’inscrit dans une perspective bien précise : l’histoire a montré que la liberté de religion et la liberté démocratique sont indissociables.

Comme l’avait fait observer le président Franklin Delano Roosevelt à la veille de la Deuxième Guerre mondiale :

« Lorsque la liberté de religion est mise à mal, c’est par des opposants à la démocratie. Lorsque la démocratie est réprimée, la liberté de pratiquer sa foi disparaît également. Et lorsque la religion et la démocratie disparaissent, la bonne volonté et la raison dans les affaires internationales cèdent la place à l’ambition effrénée et à la force brute. »

Autrement dit, les sociétés qui protègent la liberté de religion sont plus susceptibles de protéger d’autres libertés fondamentales.

Il s’agit habituellement de sociétés plus stables et plus prospères.

Si vous avez la liberté de religion, tout le reste viendra.

C’est pourquoi la liberté religieuse est un élément central de documents fondateurs comme la Déclaration universelle des droits de l’homme des Nations Unies et les chartes de droits de nos deux pays.

Ce point de vue a d’ailleurs été renforcé à l’occasion des consultations que nous avons menées dans tout le Canada et ailleurs dans le monde en prévision de la création de notre Bureau de la liberté de religion.

Les États-Unis possèdent déjà une bonne expérience dans ce domaine. Je profite ici de l’occasion pour remercier l’ambassadrice Suzan Johnson Cook [ambassadrice itinérante des États-Unis pour la liberté religieuse à travers le monde] de m’avoir rencontré pour me communiquer ses idées sur ce qu’il faut faire et ne pas faire à cet égard.

Comme peut l’apprécier quiconque a déjà travaillé pour un gouvernement ou avec un gouvernement, une telle entreprise n’est pas chose simple.

Il n’y a rien de facile. Et vous n’avez vraiment qu’une seule chance de réussir.

Nous savons que la liberté de religion ne veut pas dire l’absence de religion.

Nous avons donc mené de vastes consultations au Canada et nous avons voulu écouter. Nous prenons le temps de bien nous préparer afin que ce projet soit une réussite.

Nous ferons d’autres annonces sur ce sujet en temps voulu.

Ce qui me passionne le plus concernant ce nouveau bureau, c’est de voir jusqu’à quel point il pourrait aider nos diplomates partout dans le monde à se concentrer sur les questions de liberté de religion et de liberté de culte.

Le Canada est un pays de tolérance et d’acceptation, de paix et de sécurité. Nous sommes aussi une société pluraliste. Notre diversité nous donne un point de vue tout à fait particulier sur le monde.

Au Canada, la tradition politique dans ce domaine repose sur la collaboration avec divers groupes religieux afin d’offrir des programmes sociaux et des avantages plus importants que ce que le gouvernement seul pourrait offrir.

La vision du monde que nous partageons avec les États-Unis reconnaît que nous avons plusieurs ethnicités et plusieurs religions, mais que nous avons en commun une seule humanité.

Un de mes héros politiques est un ancien premier ministre du Canada, John Diefenbaker.

Durant son mandat, il a plaidé en faveur des droits de la personne tant au Canada qu’ailleurs dans le monde. Le jour de la présentation de la Déclaration canadienne des droits au Parlement, il a dit ceci :

« Je suis un Canadien, […] libre de m’exprimer sans crainte, de servir Dieu comme je l’entends, de défendre ce qui me semble juste, de contester ce qui me semble mal ou de choisir les dirigeants de mon pays. Cette tradition de liberté, je m’engage à la perpétuer, pour moi-même et au bénéfice de l’humanité tout entière. »

Aujourd’hui, ce grand défi, cette énorme responsabilité, nous la portons ensemble, mes collègues du Cabinet et moi-même. Et il s’agit d’une tâche importante que nous prenons au sérieux.

Ces paroles de William Wilberforce [1759-1833] sont toujours aussi vraies de nos jours : « On peut choisir de détourner le regard, mais on ne pourra jamais plus prétendre que l’on ne savait rien. »

Il y a des gens qui sont persécutés pour leurs croyances religieuses, mais nous ne pouvons pas dire que nous ne le savons pas.

Comme les États-Unis, nous nous rendons compte que nous ne pouvons pas être sélectifs quant aux droits fondamentaux que nous défendons, et nous ne pouvons pas choisir arbitrairement ceux et celles dont nous défendrons les droits.

Nous ne faisons pas de compromis au chapitre des droits fondamentaux. Pas plus que nous considérons ces droits comme appartenant à quelques privilégiés.

Nous défendons vigoureusement les idées, les principes et les traditions qui ont apporté à nos deux pays la prospérité économique et la richesse de la diversité.

Je sais que chacun d’entre vous partage ce même engagement. Et je peux vous assurer que vous avez à cet égard un partenaire engagé au Canada, un partenaire convaincu qui est prêt à donner l’exemple.