Discours du ministre Baird aux pourparlers de Genève II sur la Syrie

Le 22 janvier 2014 - Montreux, Suisse

Sous réserve de modifications

Distingués représentants et représentantes,

Il est bon que nous nous réunissions ici pour réitérer les engagements de Genève I. J’apprécie infiniment le travail qui a été accompli aujourd’hui. Mais ce que nous disons et faisons ici doit avoir un sens. Et un but.

Ce que nous disons et faisons ici doit tenir compte des tirs de canons qui résonnent encore dans les vallées de la Syrie et des avions qui bombardent les immeubles où habitent des civils innocents.

Plus de 130 000 Syriens ont été tués et d’innombrables autres ont été assassinés et mutilés. Des millions de personnes ont été déplacées. Des villes millénaires et de paisibles villages de la Syrie ont été réduits à l’état de ruines. Le riche tissu social syrien, fondé sur la tolérance et la diversité, a été déchiré en lambeaux, et on vole l’enfance d’une génération de garçons et de filles syriens.

Chaque jour qui passe, des enfants de la Syrie viennent grossir les rangs d’une génération perdue, apprenant la violence brutale plutôt que les sciences, les mathématiques ou la littérature.

Disons-le franchement : cette guerre a commencé parce qu’Assad a refusé d’accéder aux demandes fondamentales de son propre peuple, à savoir son droit à la liberté. Il a tenté d’écraser les revendications pacifiques des Syriens ordinaires en faisant preuve d’une sauvagerie extrême. Assad a déclaré la guerre à la Syrie pour défendre son propre avantage et son pouvoir personnel. Et il a utilisé l’arsenal de son pays — y compris ses armes chimiques — contre ceux qu’il avait le devoir de protéger.

Alors que la guerre civile qu’il a orchestrée fait rage autour de lui, Assad reste impassible. Froid et calculateur. Il a créé la conjoncture dont il avait besoin pour nous convaincre que son règne absolu est essentiel à la stabilité de la Syrie.

La guerre d’Assad a créé un vide que se sont empressés de combler des terroristes. Il a ainsi invité l’organisation terroriste du Hezbollah et son État parrain, l’Iran, à prendre part à ce conflit en passant par la porte d’entrée, puis a ouvert la porte arrière aux entités affiliées à al-Qaïda, comme l’État islamique en Iraq et au Levant, et le Front al-Nosra.

La menace terroriste qui s’accroît en Syrie est bel et bien réelle. Il s’agit d’une menace à la stabilité de l’ensemble de la région et du monde. C’est la même guerre que nous avons vue dans les rues de Bagdad, et ses agents ont été endurcis par les conflits des dix dernières années.

Toutefois, cette guerre n’a pas commencé en tant que guerre au terrorisme, comme l’affirme cyniquement le régime Assad. Cette guerre a commencé en tant que lutte du peuple syrien pour ses droits, sa dignité et sa liberté, ce qu’elle reste foncièrement.

Une solution politique qui tient compte de cette réalité est la seule qui puisse permettre à la Syrie de se relever de cette guerre catastrophique. Tant que la dignité et la liberté demandées par le peuple syrien ne seront pas enchâssées dans une entente pacifique et protégées par des institutions compétentes, la guerre fera rage, la menace terroriste prendra de l’ampleur, le cauchemar humain se poursuivra et la violence mettra en péril tous les voisins de la Syrie.

Je tiens à souligner la générosité des gouvernements et des populations de la région qui accueillent sur leur sol des réfugiés syriens, particulièrement la Jordanie, le Liban, l’Iraq et la Turquie. Le Canada s’est également montré généreux pour répondre aux besoins d’aide humanitaire du peuple syrien.

Cette aide est essentielle, et cette générosité ne doit pas être détournée au moment de la distribution pour venir accréditer les fausses revendications de légitimité d’un tyran. Elle doit servir à atténuer la souffrance du peuple syrien. Mais malgré toute cette générosité, les amis de la Syrie ne sauraient faire renaître l’espoir au cœur de ce peuple ni lui redonner son pays.

Le but de notre rencontre ici est d’entamer le processus qui mettra fin à ce conflit. Lorsqu’on se heurte à la destruction d’une nation fière et à la complexité des travaux à accomplir, il est facile d’être pessimiste.

Par le simple fait d’être présentes ici et d’ouvrir enfin un dialogue direct, les diverses parties à cette guerre civile font un premier pas vers la paix. Ne laissons pas notre pessimisme ou notre tristesse à l’égard de ce qu’est devenue la Syrie réduire l’importance de cet accomplissement. Les principes de Genève procurent une feuille de route vers cet objectif.

Cette feuille de route est le seul parcours acceptable pour passer du pays dévasté qu’est la Syrie d’aujourd’hui au pays que méritent les Syriens — quelle que soit leur religion, secte ou appartenance ethnique. La Syrie a une histoire riche en culture et en tradition de civilité qui constitue un legs à protéger pour les générations futures. Voilà le travail qui attend les délégations syriennes dans les jours et les semaines à venir.

Le Canada invite tous les Syriens à s’engager comme partenaires de la paix et à mettre en œuvre l’ensemble des dispositions de la Déclaration de Genève I, y compris l’établissement d’une autorité gouvernementale de transition. J’encourage vivement les Syriens à travailler ensemble afin de répondre aux besoins urgents et à instaurer un climat de confiance, en garantissant aux prestataires d’aide humanitaire un accès à toutes les régions, en effectuant des échanges de prisonniers et en concluant par la négociation des cessez-le-feu locaux.

Le Canada reconnaît combien il a été difficile jusqu’ici pour les membres de l’opposition syrienne de se présenter à la table des négociations — souvent sous le coup de menaces de mort. Je salue leur courage, qui leur sera d’autant plus nécessaire à mesure que nous progresserons sur le chemin de la paix.

Par la même occasion, nous appelons l’opposition syrienne à adopter, sans aucune ambiguïté, la vision d’avenir d’une Syrie qui respecte les droits de la personne et accepte la diversité du pays. Les dirigeants de la Syrie doivent représenter et refléter les intérêts de tous les hommes, femmes et enfants syriens.

Nous demandons à l’opposition de rejeter catégoriquement les extrémistes en leur sein et d’adhérer pleinement, dans ses paroles et ses gestes, aux valeurs démocratiques et aux principes de la tolérance. Nous invitons les membres de l’opposition qui partagent ces valeurs à exercer leur leadership au nom du peuple syrien. L’atteinte des résultats visés reposera sur un travail d’équipe, certes difficile et durement acquis, mais empreint de noblesse. Et tout véritable travail d’équipe nécessite des dirigeants qui sont prêts à coopérer.

Le chemin qu’il nous reste à parcourir est en effet pavé de défis, mais nous devons aller de l’avant en suivant l’appel lancé par ceux qui nous dirigeaient jadis et qui ont su forger une autre paix. Ill ne suffit pas de parler de paix. Il faut croire en elle. Et il ne suffit pas d’y croire. Il faut la construire. 

Ces paroles d’Eleanor Roosevelt mettent chacun d’entre vous ici présent à cette table au défi de décider s’il est résolu ou non à croire à la paix.

Le moment est venu pour les dirigeants de la Syrie de placer les intérêts de leur peuple au premier plan. L’histoire de la Syrie, son potentiel et son avenir sont bien plus grands que les intérêts personnels étroits de la famille Assad ou les divergences d’opinion au sein de l’opposition.

La clé de l’avenir de la Syrie est entre vos mains, à vous tous. Le défi moral de la réconciliation et de la reconstruction se pose maintenant à vous. Cette guerre a causé la mort de 130 000 de vos concitoyens et vous leur devez — à eux comme à tous les Syriens qui souffrent aujourd’hui — une Syrie qui incarne la paix, la prospérité et la liberté. Le Canada est à vos côtés dans vos démarches sur cette voie.

Je vous remercie.