Discours du ministre Baird au Global Dialogue on the Future of Iran [Dialogue mondial sur l’avenir de l’Iran]

Le 10 mai 2013 - Toronto (Ontario)

Sous réserve de modifications

Merci Mme Stein.

Salam.

Je suis ici aujourd’hui pour vous transmettre un message fort simple : le Canada est à vos côtés.

Nous sommes aussi aux côtés des courageux militants en Iran… aux côtés des membres dévoués de la diaspora canadienne à l’extérieur de l’Iran… et aux côtés de toutes les personnes éprises de liberté, de par le monde, qui souhaitent un avenir meilleur pour votre pays.

Nous savons que les Iraniens ont un vif désir de liberté. En farsi, liberté se dit āzādi. Un mot simple mais puissant.

Comme la grande poétesse persane Simin Behbani l’a dit un jour : « [...] parmi les milliers de mots que compte une langue, un seul mot peut prendre un millier d’années avant de disparaître ou de changer de sens. »

Notre travail consiste donc à faire en sorte que le terme āzādi ne disparaisse jamais du farsi, ni ne s’efface dans le cœur des Iraniens.

À tous ceux qui se trouvent en Iran maintenant, qui nous écoutent à partir d’un lieu sûr, où le régime ne peut réprimer votre curiosité ni contrôler votre conscience ni profiter de votre oppression, je tiens à vous dire que le Canada est à vos côtés.

Je sais que ce message peut sembler paradoxal de la part d’un gouvernement qui a rompu ses relations avec le régime l’an dernier.

Toutefois, notre décision de fermer l’ambassade du Canada à Téhéran ne visait pas le peuple iranien. Il ne s’agissait pas non plus de s’en prendre à la branche chiite de l’Islam et à sa riche contribution à la civilisation mondiale.

Il s’agissait d’assurer la protection de nos représentants courageux, femmes et hommes, qui servaient leur pays dans la paix.

Nous avons vu ce que le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) et les Basij faisaient subir aux Iraniens.

Nous avons vu la montée en puissance d’une dictature militaire et cléricale rétrograde.

Au fur et à mesure que nous condamnions les agissements du régime, les vies de nos diplomates étaient de plus en plus en danger.

Nous avons simplement perdu le peu de foi que nous avions en ce régime.

Cependant, nous n’avons jamais perdu la foi que nous inspire le peuple iranien. En fait, nous souhaitons élargir nos relations avec les Iraniens, à l’abri des censures du régime.

Et c’est pourquoi nous sommes ici réunis aujourd’hui.

Nous sommes rassemblés pour démontrer que les liens qui unissent des populations se trouvant pourtant aux antipodes peuvent se raffermir et grandir grâce à la détermination… au point de faire tomber des murs… au point, comme nous l’avons vu dans le passé, de percer les coupe-feu informatiques les plus étanches du régime.

Il y a quatre ans, le peuple iranien a fait preuve d’une détermination et d’un courage exceptionnels. Outrés par une fraude électorale qui bafouait leur droit de choisir… frustrés par une économie en ruine qui mettait un frein à leur créativité et à leur esprit d’initiative… des millions d’Iraniens sont descendus dans la rue.

Ils se sont élevés contre la répression brutale exercée depuis des décennies.

Ils ont exigé le respect de leur droit de décider eux-mêmes de leur avenir.

Pendant des semaines, le monde a observé ce soulèvement avec admiration, inspiré par la bravoure des Iraniens. De loin, notre population a suivi la situation et retenu son souffle… se demandant si la tyrannie allait de nouveau être renversée — comme la chronique d’une fin annoncée.

En rétrospective, je dois avouer que les nations éprises de liberté comme le Canada auraient dû exprimer plus énergiquement leur appui à ce mouvement. Nous aurions pu faire davantage.

À partir de nos postes de travail, nous avons posé quelques gestes modestes pour vous appuyer. Mais tout compte fait, même si nous avons réussi à modifier le profil des avatars de Twitter, c’est vous qui avez transformé ultimement le visage de la liberté.

Oui, le Mouvement vert a connu son premier souffle en Iran. Mais il continue de souffler sur le monde entier.

Il a nourri l’espoir chez les victimes de régimes oppressifs.

Il leur a donné un modèle à suivre.

Et ce modèle, ils l’ont certes suivi.

Maintenant, ils changent le visage de lieux où des populations étaient opprimées aux mains de dictateurs et de leurs sbires.

Des sbires comme ceux qui ont enlevé la vie à Neda Agha-Soltan — une jeune femme innocente et sans défense, brutalement abattue par les Basij. Comme la vidéo de ses derniers moments a été affichée sur YouTube, le monde entier en a été un témoin horrifié.

Il s’agissait d’un acte répugnant. Odieux. Et qui plus est, un acte qui révèle ce que le régime craint plus que tout. Et ce n’est pas l’Occident, ni les démocraties libérales. Non. Le régime craint le courage du peuple iranien.

En intensifiant sa répression, le régime force les activistes qui la subissent à quitter le pays. Et lorsqu’ils quittent, d’autres prennent la relève et s’exposent à la furie du régime.

Ils peuvent se consoler en sachant que des voix d’Iraniens à l’extérieur du pays s’élèvent pour plaider en faveur de la démocratie dans leur pays.

Ils peuvent se réconforter en sachant que ces voix iraniennes ont commencé le dur et long travail qui mènera, grâce à leur patience, à l’édification d’une société libre et ouverte en Iran.

Nous sommes tous d’accord sur ce point : le peuple iranien mérite des élections libres et justes.

Et non pas une autre version des sempiternels tours de passe-passe des pantins présidentiels de l’ayatollah Khamenei.

Et non pas une montée de la dictature militaire religieuse rétrograde.

Ils méritent de véritables élections, qui retirent le pouvoir des mains des manipulateurs pour le donner au peuple.

Je dis donc au chef suprême : plutôt que de gaspiller vos précieuses ressources à essayer de brouiller la retransmission de cette vidéo… ou d’essayer de bloquer les sites Web des Iraniens… ou de tenter d’écraser votre peuple sous le joug de la tyrannie… faites preuve d’ouverture.

Écoutez le peuple iranien.

Renoncez au système de la peur.

Tolérez les voix dissidentes.

Embrassez la liberté d’expression.

Élargissez la poursuite du savoir.

Libérez la population.

Mettez un terme à la tyrannie.

Imaginez.

Imaginez un Iran dont la culture politique reposerait sur l’inclusion et la liberté.

Imaginez un Iran où les gens seraient libres de faire valoir leurs points de vue et auraient le courage de les confronter à des points de vue opposés.

Imaginez un Iran qui protégerait avec vigueur la liberté d’expression, la liberté de conscience, la liberté de réunion et la primauté du droit.

Imaginez un Iran qui mettrait en place des mécanismes de contrôle rigoureux contre les abus de pouvoir et la corruption… où les règles seraient les mêmes pour tous les citoyens.

Imaginez un Iran où le gouvernement protégerait la vie de ses citoyens… où le gouvernement ne réduirait pas au silence, n’emprisonnerait pas et n’assassinerait pas les minorités ethniques, religieuses et culturelles en raison de leurs croyances.

Imaginez la démocratie. Ne faites que l’imaginer.

Le peuple iranien l’a fait. Il l’a imaginé parce qu’il désire ce que le monde entier désire : la prospérité et la liberté.

Et nous connaissons cette vérité historique à propos des démocraties : elles sont bien moins enclines à entrer en guerre les unes contre les autres. Et lorsqu’un pays n’est pas en guerre, il prospère.

Voilà l’étalon dont se serviront les Iraniens pour jauger le régime.

Pour y arriver, j’invite la communauté internationale et mes homologues des Affaires étrangères à adopter une position ferme d’appui du peuple iranien.

Nous pouvons y parvenir de trois façons.

La première consiste à demander au régime de répondre aux demandes et de combler les espoirs du people iranien avant les élections du mois prochain. Maintenant que nous avons votre attention, voilà comment vous pouvez répondre aux demandes de votre peuple :

  • abolissez la censure d’Internet et des autres médias;
  • libérez les prisonniers politiques;
  • autorisez les observateurs électoraux;
  • laissez les candidats communiquer librement avec le peuple.

La deuxième façon dont la communauté internationale peut raffermir sa position à l’appui du peuple iranien consiste à établir le contact avec les militants iraniens, comme nous le faisons aujourd’hui :

  • traiter directement avec ces militants, tout en isolant le régime;
  • leur accorder l’attention et la dignité qu’ils méritent en tant que voix démocratiques d’un grand pays doté d’une longue histoire, source de fierté;
  • protéger et encourager les militants en Iran;
  • trouver des façons de protéger les voix dissidentes… et ceux qui ont le courage de dire la vérité au sujet des Bassidjis… des actifs du CGRI… et de la tyrannie cléricale régressive qui règne actuellement sur l’Iran;
  • démontrer, à l’aide d’un soutien politique, que ces points de vue sont légitimes.

Finalement, la troisième façon de soutenir le people iranien consiste à appuyer les défenseurs des droits de la personne qui prennent des risques personnels énormes en essayant de protéger les autres.

  • nous devrions investir en eux;
  • nous assurer que le régime sait que nous communiquons régulièrement avec eux;
  • les rendre célèbres;
  • et faire subir au régime sa propre rhétorique.

Je reconnais que ceux d’entre vous qui cherchent à élargir l’espace démocratique en Iran courent le plus grand risque.

Je vous assure, de même qu’à toutes les voix démocratiques de l’Iran, que le Canada est votre allié.

Je sais également que les tensions qui existent entre la République islamique et la communauté internationale prendront fin lorsque l’Iran respectera les droits de la personne et instaurera la démocratie.

En attendant, la communauté internationale fera ce qu’il se doit pour se protéger contre le régime actuel.

Le premier ministre Stephen Harper et moi sommes entièrement résolus : le régime de l’ayatollah Khamenei demeure, à l’heure actuelle, la plus grande menace pour la paix et la sécurité mondiales.

C’est pourquoi nous avons inscrit l’Iran sur la liste des pays qui soutiennent le terrorisme...

Nous avons désigné les Forces Qods du CGRI et le Hezbollah comme des entités terroristes dans les lois canadiennes…

Et nous avons mis en œuvre des sanctions économiques sévères.

Le monde doit cibler les actifs du CGRI et révéler les richesses qu’il amasse au détriment du peuple.

Nous ne ménageons aucun effort pour mettre fin à la quête effrénée des armes nucléaires, mais maintiendrons des exemptions qui en réduisent les répercussions sur le peuple iranien.

Le régime prétend que les préoccupations internationales concernant son programme nucléaire servent de « prétexte à des sanctions ». À cet égard, je peux vous assurer que nos graves préoccupations au sujet du programme nucléaire du régime iranien sont absolument sincères, comme le sont les efforts de la communauté internationale.

Le président Obama a tendu la main et utilisé tous les moyens diplomatiques à sa disposition pour faire reculer le régime iranien.

Catherine Ashton et les 5P+1 ont poursuivi patiemment et de bonne foi le dialogue avec l’Iran.

Nous souhaitons tous une solution pacifique à cette crise.

Or, toutes les fois où nous avons proposé un nouveau compromis, le régime a répondu par l’intensification de ses activités et la provocation... y compris par de fausses promesses et des gestes vides de sens.

Je refuse de croire que la dictature militaire et religieuse de l’ayatollah Khamenei et de ses sbires du CGRI et des Bassidjis, ou encore de ses agents au sein du Hezbollah, représente l’avenir de l’Iran.

Ce régime est une coquille vide. Il n’a ni la profondeur, ni l’intelligence, ni l’humanité ni l’humilité nécessaires pour bâtir un avenir meilleur au bénéfice de son peuple.

Que cela soit bien clair : nous sommes conscients du vaste système de répression et de violation des droits de la personne mis en place par le régime de l’Ayatollah Khamenei sur le territoire iranien. Nous pouvons témoigner de la tyrannie impitoyable des Bassidjis et du CGRI, qui violent et torturent des Iraniennes et des Iraniens.

Nous sommes convaincus que le peuple iranien souhaite un changement. Que ce changement intervienne rapidement ou progressivement, les Iraniens ne toléreront pas indéfiniment l’hypocrisie et la corruption; le gaspillage de leurs ressources et la transformation de leur fière nation en une nation de parias.

Aujourd’hui, il n’est pas question du Canada, ni des politiques canadiennes. Il se peut que vous adhériez à nos politiques. Il est également possible que vous vous y opposiez. Cela est tout à fait acceptable. Nous sommes en démocratie après tout.

Toutefois, ce dialogue mondial concerne au premier chef le peuple iranien, c’est à dire vous, et l’avenir qui vous attend au sein d’une société libre et ouverte.

Vous entendrez un large éventail de points de vue aujourd’hui et demain, parfois profondément divergents, sur l’avenir de l’Iran et les choix que celui-ci devra faire.

Ces discussions donneront parfois lieu à des débats très animés. Certains pourraient aussi se montrer irritables. Ne vous laissez pas décourager par cela. Pour vous en convaincre, il vous suffit de regarder la période des questions au Parlement du Canada.

Il est sain d’avoir des débats animés. La démocratie serait inutile si nous ne pouvions exprimer nos divergences de vues.

Ce que vous entendrez au cours des deux prochains jours, c’est ce qui devrait être débattu publiquement en Iran.

Nous savons que cela se produit cependant dans les jardins des mosquées et dans les marchés… aux domiciles des agriculteurs et dans les salons de coiffure… dans les cuisines des Iraniens et dans leur milieu de travail.

Et ces conversations qui ont lieu dans la rue se poursuivent aisément dans l’infonuagique… dans les bulles (« hangouts ») Google… sur Twitter… et sur Facebook.

Les gens se moquent de l’Internet « halal », car ils trouvent à juste titre cette idée ridicule.

Je terminerai par ce message à l’intention des Iraniens — dans la rue et dans l’infonuagique — et tout particulièrement à ceux qui souffrent dans des cellules de prison ténébreuses, sous le joug des Bassidjis :

Un jour, l’Iran aura les institutions qui permettront à ses citoyens de débattre entre eux et de déterminer leur avenir sous le signe de la liberté.

Un jour, le peuple iranien jouira d’une liberté complète et aura accès à toutes les possibilités qui en découlent.

Un jour, l’intégration complète au système commercial mondial remplacera les sanctions économiques.

Un jour, l’Iran prendra la place qui lui revient dans les affaires internationales, en tant que puissance régionale respectée et de premier plan.

Lorsque la tyrannie aura été réduite en cendres, l’Iran et les Iraniens pourront alors s’affirmer en tant que société prospère et libre.

Chaque jour, les Iraniens se rapprochent du but.

Or, le courage dont font preuve les Iraniens qui choisissent la dignité humaine, au lieu de céder à la propagande cynique du régime en place, rend cet avenir encore plus imminent.

Chaque contact sous le signe de la liberté et de l’ouverture — en ligne ou en personne —, qui fait tomber peu à peu les murs d’une société fermée, contribue à rendre cet avenir encore plus proche.

Que ce soit aujourd’hui ou demain, et sur la voie de l’avenir, je tiens à vous adresser tous mes vœux de succès dans votre quête de liberté et votre action en faveur de l’āzādi.

Je vous remercie.