Discours du ministre Baird sur les mariages précoces et forcés

Le 25 septembre 2013 - New York

Sous réserve de modifications

Pourquoi le mariage des enfants est-il un enjeu de politique étrangère important?

Distingués invités, Mesdames et Messieurs, je tiens d’abord à remercier Mme Gayle d’avoir présidé les discussions d’experts d’aujourd’hui. Je remercie aussi Farwa pour son récit émouvant ainsi que les autres coprésidents pour leur soutien à l’organisation de cette rencontre.

Le grand poète Khalil Gibran nous rappelle que « protéger les droits d’autrui est le but le plus noble et le plus beau d’un être humain ».

Ce n’est pas simplement une question de convictions et de valeurs. Cela implique aussi d’agir.

Protéger les droits de la personne et la dignité humaine est une obligation dont chaque État doit s’acquitter envers ses citoyens. C’est aussi une obligation qui incombe à tous les membres de la communauté internationale.

Chaque année, des millions de fillettes sont forcées de se marier, et cela, parfois même avant d’avoir atteint l’âge de huit ans. Pendant que nous serons réunis ici, plus de 1 500 enfants seront victimes d’un mariage précoce et forcé.

Or, cette pratique met en péril la vie même des jeunes filles. Les complications liées à la grossesse en bas âge peuvent provoquer de graves séquelles chez la mère, voire la tuer. Les complications à la naissance sont la principale cause de mortalité parmi les jeunes filles de 15 à 19 ans dans les pays en développement. Étant elles-mêmes des enfants, elles ne sont tout simplement pas prêtes à assumer le rôle de parent.

Le soutien à ces jeunes filles et la défense de leurs droits s’avère essentiel pour bâtir des communautés saines et vigoureuses. L’émancipation des jeunes filles, en leur permettant de réaliser tout leur potentiel, est bénéfique pour les familles, les collectivités et les pays. Malheureusement, malgré les progrès réalisés pour les protéger et assurer leur bien-être, des jeunes filles du monde entier continuent d’être privées de leur droit à une éducation et à des soins de santé de qualité, et courent le risque de souffrir de malnutrition et d’être victimes de violence, y compris d’un mariage précoce et forcé.

Il s’agit non seulement d’une question de droits de la personne, mais aussi d’une question de paix, de sécurité et de développement. Le mariage précoce et forcé peut priver les jeunes filles de leur éducation, et sans les connaissances fondamentales que permet d’acquérir l’éducation, elles ont moins de chance de connaître la prospérité et de pouvoir s’épanouir. Les statistiques sont formelles : plus une jeune fille fréquente longtemps l’école, moins elle risque de se marier précocement, moins elle aura d’enfants, plus faible sera leur taux de mortalité, et plus grandes seront ses chances d’épanouissement. Les femmes et les filles jouent un rôle essentiel dans une société dynamique, pacifique et développée.

L’éducation s’avère essentielle à plus d’un titre. Les jeunes filles doivent pouvoir s’émanciper, afin d’avoir leur mot à dire sur les décisions qui les touchent.

Le Canada accorde une priorité absolue à la participation pleine et entière des femmes et des filles à tous les aspects de la société. Lorsque les femmes participent activement à la vie de la société, cela permet de régler d’innombrables problèmes, et ce que nous espérons accomplir devient dès lors possible : l’accès à l’éducation pour tous et l’amélioration des soins infantiles et maternels. Ce qui est bon pour les femmes et les jeunes filles l’est pour nous tous.

Notre gouvernement est déterminé à défendre les droits de ces jeunes filles, même si ce n’est pas toujours bien vu ni avantageux de le faire. C’est pourquoi nous avons inscrit au rang de nos priorités de politique étrangère les efforts pour mettre fin au mariage précoce et forcé des enfants.

Nous n’avons pas peur d’évoquer ce problème dans nos discussions avec d’autres. Or, j’ai été choqué lorsque d’autres pays m’ont reproché d’être insensible aux différences culturelles en soulevant cette question.

Qu’à cela ne tienne, je continuerai à en parler. Je refuse de me taire sur une pratique contraire à la morale, qui mérite d’être condamnée.

Comment quiconque peut défendre la pratique qui consiste à marier de force et contre leur volonté des fillettes âgées parfois d’à peine huit ans?

Je suis conscient que le mariage précoce et forcé des enfants n’est pas apparu du jour au lendemain : ce problème ne date pas d’hier, et il ne se règlera pas en un jour.

Toutefois, en tendant vers cet objectif, chacun de nous peut contribuer à changer les choses à la longue.

Le Canada est déterminé à jouer un rôle de premier plan à cet égard. C’est pourquoi nous continuerons à collaborer avec tous les intéressés et tous nos partenaires dans le monde afin de trouver une façon de mettre fin à ces pratiques.

Quel rôle le Canada et la communauté internationale peuvent-ils jouer dans la lutte contre le mariage des enfants?

En tant que citoyens d’une communauté mondiale, nous avons le devoir solennel de défendre les personnes vulnérables, de donner une voix à ceux qui en sont privés, de tenir tête aux agresseurs et de promouvoir et protéger les droits de la personne et la dignité humaine, aussi bien dans notre propre pays qu’à l’étranger.

Pour tâcher de mettre fin à cette pratique, le Canada travaille conjointement avec la communauté internationale à tous les niveaux – de notre leadership aux Nations Unies à l’égard d’une nouvelle résolution mettant cette question en relief, jusqu’à nos partenariats avec les gouvernements nationaux, en passant par une aide concrète aux organismes locaux qui s’efforcent de mettre fin au mariage des enfants, au mariage en bas âge et au mariage forcé.

Le Canada a dirigé plusieurs activités fructueuses sur le mariage des enfants, le mariage en bas âge et le mariage forcé.

Il a piloté l’initiative internationale de 2011 pour instaurer la Journée internationale des filles. Cette journée a été célébrée pour la première fois l’an dernier. L’élan suscité par le thème du mariage des enfants a permis d’accroître la sensibilisation à cette question et de renforcer le mouvement visant à mettre fin à cette pratique — et l’élan se poursuit encore aujourd’hui.

En mars 2013, le Canada a coparrainé des activités parallèles en marge de la Commission sur le statut de la femme à New York, ainsi qu’à Genève durant la 23e session du Conseil des droits de l’homme. Le Canada a été l’hôte de l’exposition de photos du Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP) intitulée « Trop jeune pour le mariage », qui a eu lieu en mai 2013, à Ottawa. Les photos extraordinaires qui sont projetées dans cette salle sont tirées de cette exposition.

Le Canada a travaillé activement à la promotion d’un libellé sur le mariage des enfants, le mariage en bas âge et le mariage forcé au Sommet du G-8 et dans les résolutions de l’ONU, y compris la résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies visant à éliminer la violence faite aux femmes.

Plus récemment, le Canada a joué un rôle actif de concert avec un groupe restreint de pays dans la formulation d’une résolution de procédure sur le mariage des enfants, le mariage en bas âge et le mariage forcé dans le cadre de la 24e session du Conseil des droits de l’homme, qui est en cours à Genève. La résolution est importante en ce sens qu’elle réclame la tenue d’une discussion d’experts et la préparation d’un rapport du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme sur les façons de prévenir et d’éliminer le mariage des enfants, le mariage en bas âge et le mariage forcé, en mettant l’accent sur les défis, les réalisations, les pratiques exemplaires et les lacunes liées à la mise en œuvre.

Le Canada dirigera également la première résolution portant expressément sur le mariage des enfants, le mariage en bas âge et le mariage forcé à l’Assemblée générale des Nations Unies de cette année. Cette résolution servira à jeter un éclairage bien mérité sur cette question et à ouvrir la voie à une future résolution de fond sur ces pratiques. Nous espérons pouvoir compter sur votre appui pour cette résolution, ainsi que pour les initiatives futures visant à lutter contre le mariage des enfants, le mariage en bas âge et le mariage forcé.

Le Canada a financé des projets axés sur le mariage des enfants, le mariage en bas âge et le mariage forcé ainsi que sur les droits des filles en général, dans des pays en particulier, notamment par l’entremise du Fonds canadien d’initiatives locales, du Fonds pour la paix et la sécurité mondiales et de notre Programme d’aide au développement.

Au Bangladesh, par exemple, le Canada a aidé 85 établissements de santé à offrir des services de consultation aux adolescents en matière de santé génésique; elle a ainsi aidé 70 000 jeunes hommes et jeunes femmes, de même que leurs parents, à réduire les pratiques telles que le mariage des enfants, le mariage en bas âge et le mariage forcé.

Le Canada collabore également avec les principaux organismes des Nations Unies, comme le FNUAP et l’UNICEF, et avec d’importantes organisations de la société civile qui s’efforcent d’empêcher le mariage des enfants, le mariage en bas âge et le mariage forcé.

En 2013, le Canada a versé plus de 16 millions de dollars en soutien institutionnel au FNUAP. Ce financement aide à appuyer le mandat du FNUAP ainsi que ses activités visant à empêcher le mariage des enfants, le mariage en bas âge et le mariage forcé. Le Canada a aussi octroyé 17 millions de dollars en soutien institutionnel à long terme à l’UNICEF au cours de la même année. Cet apport a contribué à appuyer le mandat de l’UNICEF ainsi que les activités qu’il mène au sein des collectivités en vue de repousser l’âge de la nubilité et de régler les problèmes de discrimination sexuelle.

Le Canada continue de renforcer sa capacité à venir en aide aux Canadiens qui ont été forcés de se marier à l’étranger ou qui sont susceptibles de l’être. Il a notamment accru la formation de ses agents consulaires et de son personnel de première ligne à l’étranger, il met constamment au point des politiques consulaires en ce sens et travaille avec les ressources et les organisations communautaires canadiennes qui sont en mesure d’aider les victimes à leur retour au Canada.

Un autre exemple des efforts que déploie le Canada pour éliminer le mariage des enfants, le mariage en bas âge et le mariage forcé sont ses investissements généraux à l’échelle internationale pour accroître l’accès à l’éducation et améliorer la santé des mères et des enfants.

En 2012-2013, sous la direction du premier ministre Stephen Harper, le Canada a consacré 259,2 millions de dollars à l’éducation dans les pays en développement, dont 199,4 millions de dollars pour l’éducation de base. De plus, le Canada dirige des efforts internationaux — l’Initiative de Muskoka — destinés à mobiliser le monde entier afin de réduire la mortalité maternelle et infantile et d’améliorer la santé des mères et des enfants dans les pays les plus pauvres de la planète. La contribution du Canada dans ce secteur à l’horizon 2015 se chiffre à 2,85 milliards de dollars.

Pour terminer, j’aimerais vous remercier d’avoir participé à la réunion d’aujourd’hui et d’appuyer les efforts visant à mettre fin à la pratique du mariage des enfants, du mariage en bas âge et du mariage forcé, ainsi qu’à promouvoir le traitement équitable et les possibilités qui s’offrent aux filles partout dans le monde.

Peu de personnes peuvent à elles seules changer le cours de l’histoire, mais ensemble, nous pouvons contribuer à la dignité humaine, au respect et à la tolérance et, ainsi, écrire l’histoire de notre époque et jeter les bases du monde que nous léguerons à la prochaine génération.

Nous ne pourrons y arriver que si nous travaillons ensemble. Chacun a un rôle à jouer, autant les membres de la société civile, les gouvernements, les parlements, les Nations Unies que les dirigeants des organisations confessionnelles et communautaires.

Je me réjouis à la perspective de travailler avec vous dans le but de mettre un terme au mariage des enfants, au mariage en bas âge et au mariage forcé.

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